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Appel à contribution (Revue)


APPEL À CONTRIBUTION POUR LE N°9

LA POST-MÉMOIRE COMME RÉSILIENCE À LA MÉMOIRE DANS LE ROMAN MAGHRÉBIN FRANCOPHONE

Numéro coordonné par Samia MOUFFOUK, Fouzia AMROUCHE et Abdelkrim BENSELIM


Cet appel a été consulté 60 fois
Lieu : Ain Témouchent - Algérie

Echéances:


Date limite pour soumettre une proposition : samedi 30 octobre 2021
L'événement aura lieu à partir de : vendredi 31 décembre 2021
Responsable scientifique:Benselim Abdelkrim


La littérature est le lieu de sapience qui permet la verbalisation des souvenirs en incarnant l’espace du mimétisme, du dynamisme représentationnel. Elle possède le pouvoir de refléter la réalité extérieure qu’elle invoque sans l’appréhender dans sa pluridisciplinarité en sauvegardant le décalage entre le réel et le langage.
Les écrivains maghrébins convoquent dans leur écriture les vestiges du passé et nourrissent leurs productions de l’univers de l’impensé métis et ce, non seulement en raison de leurs expériences singulières mais aussi parce qu’ils renvoient à de nouvelles perceptions de l’imaginaire collectif, un imaginaire qui invite à la concrétisation d’une conscience collective plurielle.
Un grand nombre de travaux sur la littérature maghrébine atteste que cette dernière a contribué à la stigmatisation de la réalité des traumas du colonisateur d’où s’est inspiré et avait pris source l’univers de fiction. Cette littérature, qui se trouve dans un entrecroisement mouvant entre culture/langue et passé/présent, représente une forme de résistance contre les traumas vécus et aboutit alors à la production d’écrits d’où se dégage un « trouble de l'identité » qui perturbera, à son tour, les rapports qu'elle entretient avec son passé, son imaginaire et particulièrement avec sa mémoire. Jacques Derrida s'est à juste titre interrogé sur cette situation polémique : « Ce “ trouble de l'identité”, est-ce qu'il favorise ou est-ce qu'il inhibe l'anamnèse ? Est-ce qu'il aiguise le désir de mémoire ou désespère le phantasme généalogique ? Est-ce qu'il réprime, refoule ou libère ? » (Derrida, 1996 : 36)
Répondant à ces dernières questions existentielles, Derrida affirme que « tout à la fois sans doute et ce serait là une autre version, l'autre versant de la contradiction qui nous mit en mouvement. Et nous fait courir à perdre haleine ou à perdre la tête ». (Derrida, 1996 : 36)

Les écrivains maghrébins ont essayé de libérer la réalité en rapportant des témoignages poignants sur la colonisation et les événements historiques traumatiques postcoloniaux en amalgamant le factuel et le fictionnel pour transcender et pouvoir exprimer les atrocités inouïes et indicibles. La fiction leur a comblé les déficits de la mémoire/oublis et les blancs que l’Histoire officielle n’a pas pu ou n’a pas voulu divulguer. Cela nous mène à nous interroger sur la cause d’un tel choix scriptural et l’impact de la post-mémoire sur ces écrivains.
En fait, l’expérience traumatique demeure universelle, quelles que soient la race, la classe sociale et/ou l’idéologie des personnes qui l’ont subie. Cette expérience collective est la réaction aux traumas, événements douloureux qui causent le désarroi chez ceux qui les ont vécus.
Cet appel à contribution propose une lecture différente du roman maghrébin postcolonial en l’inscrivant dans une perspective latente qui est celle de la post-mémoire.
Cette dernière notion a été utilisée pour la première fois par Marianne Hirsch afin de parler de l'expérience d'artistes qui ont grandi avec des récits de survivants de la Shoah. Elle désigne la relation entre les générations à partir du trauma subi et vécu par les générations précédentes. « Les générations d’après » se souviennent de ce traumatisme sans être réellement concernées ; leur souvenir (mémoire) se construit par le biais d’histoires, d’images et de comportements dans le contexte de leur vie. La transmission sépulcrale et affective de ces expériences reconstruit une mémoire qui semble être la leur. La relation entre la post-mémoire et le passé est assurée à partir d’une projection imaginative des souvenirs hérités qui découlent d’une mémoire stigmatisée dominée par des récits écrasants qui ont déformé/déconstruit leur perception de l’Histoire pour la reconstruire indirectement par les fragments narratifs traumatiques. Cette continuité de l’effet des évènements du passé dans le présent renvoie au processus post-mémoriel qui est ancré dans un imaginaire collectif façonné à partir des souvenirs (historiques et familiaux) d’autrui, et qui prend en charge la multiple transmission médiatrice générationnelle. L’adoption des expériences traumatiques des générations précédentes en littérature peut se faire de manière inconsciente puisque les auteurs ne peuvent écrire sans passer par les phases d’identification, d’imagination et de projection. Surtout s’ils font partie des familles des survivants, ou s’ils ont côtoyé des personnes héritières du traumatisme. Cette transmission n’est pas seulement familiale ; elle peut passer par la médiation de textes historiques, culturels ou littéraires. Ce qui invite les approches interculturelles et intertextuelles comme dispositifs analytiques de l’écriture post-mémorielle littéraire.
La post-mémoire se situe donc dans le tiers-espace entre le passé et le présent en oscillant entre continuité et rupture. Elle demeure une suite inévitable de cette transmission traumatique transgénérationnelle et un besoin de se réconcilier avec son passé pour pouvoir récupérer son présent.
Nous essaierons de comprendre comment contribue l’écriture de la post-mémoire à la reconstruction de la mémoire et comment elle essaye de réconcilier le présent avec le passé. Nous interrogeons ces écrits sur la manière avec laquelle la post-mémoire pourrait accéder à la discursivité littéraire pour vérifier le réel à travers le souvenir transmis.
L'écriture de ces auteurs spectateurs ou héritiers de l'usurpation de leur Histoire et de la dilapidation de leur mémoire, transgresse-t-elle ou agresse-t-elle leurs traditions ? Quel aspect post-mémoriel serait susceptible de relier les écrits postcoloniaux ?
Ecrire la post-mémoire, c’est reconstituer l’histoire d’un traumatisme non vécu directement. Les techniques diffèrent d’un écrivain à un autre. Cette écriture post-mémorielle devient, dès lors, un produit sémiotique chimérique dans la mesure où elle prend en charge les aspects et les techniques rédactionnelles de plusieurs genres littéraires. Ce qui nous incite à examiner avec attention les limites des genres (roman historique, roman fictif /autofictionnel, témoignage, etc.) dans cette conception générique post-mémorielle.
À partir des contributions, nous espérons voir comment l’écriture post-mémorielle ôte au temps son aspect temps chronologique, pour l’inscrire dans la sphère du temps inachevé et immortel de la réconciliation car cette littérature offre aux lecteurs des œuvres extratemporelles par leur transmission du souvenir hérité de l’Autre traumatisé.
Les axes susceptibles d’orienter la réflexion des contributeurs sont les suivants (la liste reste cependant non exhaustive) :
• L’écriture post-mémorielle au service de la mémoire / réconciliation
• La transmission historique et mémoire/post-mémoire
• Les stratégies scripturales post-mémorielles : l’écriture du non-sens ; le non-dit ; le silence (l’écriture aphone…)
• L’épigénétique et le traumatisme en littérature
• La relation auteur/œuvre en post-mémoire
• Intertextualité et interculturalité au service de la post-mémoire
• L’analyse du discours post-mémoriel

Nous cernerons cette post-mémoire dans les récits littéraires maghrébins postcoloniaux /post-traumatiques qui témoignent d’une transmission intergénérationnelle de la violence historique.
Nous porterons un nouveau regard rétrospectif sur les stratégies scripturales choisies par les écrivains pour écrire cette transmission en donnant la possibilité d’émergence d’un temps alternatif qui rendrait les limites entre la mémoire et la post-mémoire poreuses.


Bibliographie

ANDERMAHR S. 2016. Decolonizing Trauma Studies: Trauma and Postcolonialism. MDPI.
DERRIDA J. 1996. Le monolinguisme de l’autre. Paris. Galilée.
DERRIDA J. 1967. L’écriture et la différence. Paris. Seuil.
HIRSCH M. 2012. The Generation of Postmemory: Writing and Visual Culture After the Holocaust. Columbia University Press.
STANGE V. E. 2017. « Survivre à La Survie: Remarques Sur La Post-Mémoire ». Dans Esprit, n° 438/2017, pp. 62–72.



Lien de soumission des articles : https://www.asjp.cerist.dz/en/submission/523
Lien de téléchargement du Template : https://www.asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/523
Tout article n’ayant pas respecté le Template est refusé.
Procédure de Sélection des Articles : Les propositions d’articles sont confiées tout d'abord au comité de rédaction pour une première lecture ensuite aux reviewers pour une évaluation en double aveugle. Une troisième expertise est prévue en cas d’avis contradictoires.



Dates importantes
Lancement de l’appel à contribution : 5 juillet 2021
Dernier délai pour la réception des articles varia : 30 juillet 2021
Dernier délai pour la réception des articles thématiques : 30 octobre 2021
Mise en ligne du numéro : Fin décembre 2021
Adresse de la revue : revue.ral@gmail.com
Site officiel de la revue : http://ral.univ-temouchent.edu.dz
Page de la revue sur la plate-forme ASJP : https://www.asjp.cerist.dz/en/PresentationRevue/523





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