Théâtre classique (phèdre)-examen et éléments de réponses


marocagreg  (Admin) [2261 msg envoyés ]
Publié le :2018-01-29 20:16:04   Lu :559 fois
Rubrique :Crmef,ENS,Université  
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ARICIE [...]

Défendez votre honneur d'un reproche honteux,

Et forcez votre père à révoquer ses vœux.

Il en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice,

Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice ?

Éclaircissez Thésée.

HIPPOLYTE

Hé ! que n'ai-je point dit ?

Ai-je dû mettre au jour l'opprobre de son lit ?

Devais-je, en lui faisant un récit trop sincère,

D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père ?

Vous seule avez percé ce mystère odieux.

Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les dieux.

Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime,

Tout ce que je voulais me cacher à moi-même.

Mais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé.

Oubliez, s'il se peut, que je vous ai parlé,

Madame. Et que jamais une bouche si pure

Ne s'ouvre pour conter cette horrible aventure.

Sur l'équité des dieux osons nous confier :

Ils ont trop d'intérêt à me justifier ;

Et Phèdre, tôt ou tard de son crime punie,

N'en saurait éviter la juste ignominie.

C'est l'unique respect que j'exige de vous.

Je permets tout le reste à mon libre courroux.

Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite.

Osez me suivre. Osez accompagner ma fuite.

Arrachez-vous d'un lieu funeste et profané,

Où la vertu respire un air empoisonné ;

Profitez, pour cacher votre prompte retraite,

De la confusion que ma disgrâce y jette.

Je vous puis de la fuite assurer les moyens ;

Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens ;

De puissants défenseurs prendront notre querelle ;

Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle.

A nos amis communs portons nos justes cris ;

Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris,

Du trône paternel nous chasse l'un et l'autre,

Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre.

L'occasion est belle, il la faut embrasser.

Quelle peur vous retient ? Vous semblez balancer ?

Votre seul intérêt m'inspire cette audace.

Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?

Sur les pas d'un banni craignez-vous de marcher ?

Racine, Phèdre, Scène 1, Acte V.


Répondez séparément aux questions suivantes :

- Rédigez entièrement l'introduction du commentaire composé du passage. 8 points.

- Analysez les vers soulignés. 6 points.

- Étudiez le vers suivant. Quels renseignements nous apporte-t-il sur les personnages, leurs caractères et leurs états d'âme ? 3 points.

« Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ? »

NB. 3 points sont réservés à la présentation du travail, à sa cohérence, à la qualité du style, etc.





Éléments de réponses
I- Cette ultime rencontre des deux amoureux (Hippolyte et Aricie) a lieu dans des conditions particulièrement difficiles. Les conséquences fâcheuses de la passion monstrueuse de Phèdre commencent à peser sur tous les personnages. Accusé d'avoir tenté de violer sa belle-mère, Hippolyte est maudit par son père qui le chasse du royaume. Aveuglé par la colère, Thésée refuse d'écouter son fils et dresse un mur d'incompréhension face à son fils qui subit, de ce fait, une atimie injuste. Devant cette disgrâce, Hippolyte, dans un état de trouble extrême, rejoint Aricie qui, parmi les personnages principaux, reste son seul refuge. Il lui demande de l'accompagner dans sa fuite, de s'affranchir de l’esclavage où la maintient Thésée depuis des années. Des alliés étrangers seraient prêts à les accueillir et à les aider à récupérer le trône. Mais, Aricie, contrairement à la turbulence de son interlocuteur, adopte une attitude mitigée, voire froide. Elle est contre la fuite et invite à Hippolyte à adopter une attitude plus offensive afin de réhabiliter son honneur. Or, Hippolyte se retrouve face à un dilemme tragique: il ne peut laver l'affront qu'on vient de lui faire sans jeter son père dans l'opprobre. Il préfère ainsi battre en retraite en comptant sur les divinités pour le venger contre sa monstrueuse belle-mère. Dès lors, on se demande comment cette scène, qui prépare le dénouement, s'offre comme le début d'une dépossession tragique du héros puisqu'elle rappelle la trahison de Phèdre, la malédiction de Thésée et la disgrâce d'Hippolyte qui semble, à ce stade crucial, douter aussi du seul amour qui lui reste. On verra ainsi, au début de notre commentaire, le malheur d'Hippolyte qui est déchiré entre la nécessité de se défendre et le devoir filial qui lui impose le silence. Ensuite, on montrera que cette scène annonce sur un ton prophétique la fin tragique de Phèdre. Exilé injustement, Hippolyte invoque la justice divine qui finira par rattraper les vrais coupables. On étudiera, pour finir, le projet de fuite et les réticences d'Aricie comme épreuve qui met en question l'amour des deux personnages présents sur scène.


II- Le passage souligné montre l'agitation extrême d'Hippolyte qui adopte un ton injonctif et même autoritaire en pressant Aricie de le suivre dans son exil afin de s'affranchir de la condition d’esclave qui est la sienne depuis l'échec de la révolte de ses frères. Trop insistant, Hippolyte multiplie les verbes à l'impératif dont la portée prescriptive est renforcée par la répétition, trahissant ainsi son besoin de persuader son interlocutrice de la légitimité de sa demande. En plus de l'insistance, Hippolyte emploie ici plusieurs arguments pour entraîner Aricie à adhérer à sa demande. Non seulement il représente le palais de son père comme un lieu infect et profané par la présence de la monstrueuse belle-mère qui a osé égorger la vertu, mais il adopte, sur le plan prosodique, un rythme très rapide, à la limite de l’essoufflement, visant ainsi à dominer Aricie et l'empêcher même de réfléchir. Hippolyte introduit un second argument en invitant Aricie à profiter de la confusion occasionnée par cette affaire pour tromper la vigilance des gardes et se libérer de sa captivité. Il compte ainsi transformer en avantage sa propre disgrâce. Tous les impératifs utilisés dans ce court passage sont rattachés à l'idée d'un départ : sortez, osez me suivre, oser accompagner ma fuite, arrachez-vous d'un lieu infect. Tous ces verbes qui appellent un mouvement vers le dehors sont couronnés par le dernier verbe à l'impératif (Profitez) qui éclaire ainsi la logique d'Hippolyte : tirer profit d'un inconvénient, transformer la défaite et la disgrâce en victoire. L'utilisation, à double reprise, du verbe "Osez" suggère quant à elle qu'Hippolyte perçoit déjà la réticence d'Aricie qui semble douter de la réussite et de l'utilité de toute cette entreprise hasardeuse qui n'est, semble-t-il, que le résultat de l'agitation de son interlocuteur. On peut d'ailleurs se demander si Hippolyte cherche vraiment, de manière désintéressée, le bonheur d'Aricie et sa liberté, ou si, finalement, il n'est motivé que par un intérêt égoïste, en cherchant quelqu'un qui puisse partager sa nouvelle condition d'exilé. En tous cas, Hippolyte semble, après sa condamnation, sentir qu'entre lui et Aricie il n'y a plus seulement un sentiment d'amour puisqu'il partage désormais avec elle la même condition de victimes de l'injustice de Thésée.


III- Le vers proposé : "Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?"est l'expression d'un malaise. Hippolyte établit ici un constat : face à son agitation extrême (le feu), Aricie reste parfaitement calme : elle est de glace. Hippolyte enfiévré par l'injustice qu'il vient de subir cherche tout au long de ce passage à entraîner Aricie à sa suite, mais celle-ci, même si elle n'intervient pas dans la suite du passage proposé, montre une certaine résistance, car elle est du genre posé qui ne prend pas des décisions capitales à la légère. Le feu qui consume Hippolyte (la colère, l'enthousiasme, le désir de fuite, etc.) ne semble pas avoir un écho favorable auprès de sa bien-aimée qui est plus circonspecte et qui est plus favorable pour la confrontation et la lutte comme elle le dit clairement dans la première réplique. La conjonction "quand" au début du vers marque moins le temps, qu'un rapport d'opposition entre les deux personnages, ou plutôt entre leurs deux attitudes comme le montre l’antithèse (feu #glace) : d'un côté Hippolyte emporté, turbulent, agité et de l'autre Aricie calme, posée gardant tout son sang-froid. La question posée par Hippolyte introduit, en l’occurrence, un doute. Hippolyte ne comprend pas ce qui empêche Aricie d’adhérer complètement à son point de vue et de partager son enthousiasme.




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