Sujet et corrigé du cnaem (mémoire) - dissertation


Hassoun Oumaima (Prof) [47 msg envoyés ]
Publié le :2019-05-26 19:09:44 Lu :1503 fois
Rubrique :CPGE  
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Filières ECS-ECT Prof : HASSOUN Oumaima



DISSERTATION DE CULTURE GÉNÉRALE de l'année 2018-2019

Sujet : «Moi, ma mémoire est une bibliothèque parfaitement rangée» Yasmina TRABOULSI in Les Enfants de la Place


[Entrée en matière] « C'est la mémoire qui fait l'homme.» affirment les frères Jean-Yves et Marc Tadié dans leur essai Le Sens de la mémoire. En effet, la mémoire n'est pas seulement ce lieu où l'homme protège ses passé et futur mais, elle est surtout le lieu où il se conserve lui-même afin de constituer son identité personnelle. Pour ainsi dire, la mémoire est une multiplicité d'étagères qui s'étendent à mesure que l'homme avance dans la vie. [Annonce du sujet] C'est dans ce sens que Yasmina Traboulsi donne la réplique à un personnage de son livre Les Enfants de la Place qui, lui, assimile la mémoire à une bibliothèque, en ces termes : «Moi, ma mémoire est une bibliothèque parfaitement rangée[Analyse] Etant, éventuellement, l'endroit propice à la conservation des souvenirs, la mémoire dessine non seulement les contours de l'identité mais aussi, les différents moments qui l'ont composée. Tout comme la bibliothèque, elle forme un relevé quasi topographique du « moi » de son possesseur. Car, à l'instar de la bibliothèque qui se constitue d'acquisitions, de pertes et d'emprunts, la mémoire, elle, se construit par sédimentations; rappels, oublis et imagination. Ainsi, cette analogie révèle d'une part, la structure de la mémoire et d'autre part, lui assigne la qualité d'un «parfait rangement ». Or, le fonctionnement de la mémoire semble s'opposer à cela.

[Problématique] Il s'agira, donc, de voir comment, en étant une faculté intimement liée au moi, la mémoire devrait lui permettre non pas un rangement parfait, mais un arrangement, entre passé et présent, libre et conscient ? [Annonce du plan] La mémoire est une assise de l'identité humaine. Mais, cette faculté, ne procède pas, comme l'est le cas d'une bibliothèque, par une conservation des souvenirs, tout à fait organisée! C'est pour cela qu'il est, recommandé, in fine, de la libérer voire la rationnaliser.

L'homme est, par excellence, un être de mémoire. Au lieu de vivre un présent absolu, toujours renouvelé, au fil de ses perceptions et de ses actions, il mène un perpétuel chevauchement du passé, du présent et du futur. La mémoire est, à ce stade, la condition ultime de son humanité.

Sans la mémoire, le moi serait impossible de définir. En effet, selon John Locke, pour dire « je », il est nécessaire de « se reconnaître comme tel ». Autrement, ce qui fonde mon identité, c'est que je me souviens de mes actions et perceptions passées. Dans ce cadre, la mémoire est cette faculté qui, en enregistrant les souvenirs du moi, lui octroie sa valeur existentielle. A l'exemple de la bibliothèque qui tire son existence du principe d'accès à l'Histoire humaine, la mémoire voudrait permettre au moi d'accéder, d'abord, à sa propre histoire. L'auteur colombien Gabriel Garcia Marquez souligne, dans son Vivre pour la raconter, la valeur ontologique de la mémoire en disant: « La vie n'est pas celle que l'on a vécue, mais celle dont on se souvient, et comment on s'en souvient pour la raconter.» La mémoire rejoint là l'essence-même de la bibliothèque à savoir, l'ancrage du moi dans le monde.

Cet ancrage a pour rôle majeur de souscrire le moi dans le temps. En effet, la mémoire, de par son interminable retour au passé, permet au « moi » de mettre en œuvre des processus décisionnels et techniques qui puisent dans un capital d'expériences. Sa mémoire retenant le passé immédiat et anticipant le futur proche, effectue une synthèse temporelle l'aidant à lier les événements entre eux et à retrouver sa place dans l'espace-temps. De là, s'établit l'unité du moi qui apparaît comme le centre et le substrat de toutes ses expériences dans le temps. Dans Matière et Mémoire, Bergson affirme que «Dès qu'il devient image, le passé quitte l'état de souvenir pur et se confond avec une certaine partie de mon présent », la possession du présent, par le billet du déterminant « mon » met, à ce stade, l'accent sur la valeur d'une mémoire qui non seulement, permet l'homme à se situer mais également, lui offre l'occasion de prendre conscience de son « moi » intérieur.

Il va sans dire que même si la mémoire apparaît comme une assise fondamentale de l'identité, elle échappe, toutefois, à un rangement parfait de ses propres souvenirs.

Contrairement à la bibliothèque où l'on assemble les livres selon un ordre bien précis, la mémoire peut procéder par un stockage qui n'obéit à aucune structure déterminée. Le psychanalyste autrichien Sigmund Freud considère l'inconscient comme une mémoire seconde où les souffrances du passé préfèrent s'abriter. En pratiquant un ensemble d'exercices de réminiscence sur ses patients, hystériques qui plus est, Freud constate que cette méthode « cathartique » ne peut porter ses fruits sans la libération et des souvenirs et de leur réémergence. Autrement dit, la mémoire inconsciente opère par un rappel désordonné du passé en vue de comprendre l'état présent du moi. Freud résume ceci dans son Introduction à la psychanalyse en avouant que « Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. ». La mémoire est subséquemment appelée à se rappeler avant de refouler ses mauvais souvenirs.

La bibliothèque est un antidote contre l'oubli, elle est, comme le pense Jean-Paul Sartre, « le temple de la civilisation humaine ». La mémoire est supposée jouer exactement le même rôle par rapport au moi et à l'homme en général. L'aidant, sans cesse, à retrouver son passé pour poursuivre sa marche vers l'avenir, il lui arrive de rencontrer l'obstacle de l'oubli. Bien que le philosophe allemand Friedrich Nietzsche voie dans celui-ci un chemin vers le bonheur, il assure que, sans lui, «il est encore impossible de vivre» (Considérations inactuelles. En effet, l'oubli qui est l'effacement des souvenirs –relativement bons ou mauvais, utiles ou inutiles- semble être un dysfonctionnement de la mémoire-même. Si donc la bibliothèque possède la qualité de ranger parfaitement ses livres sans risque de perte, la mémoire, elle, a beau essayer de s'insurger contre les aléas du temps mais en vain. Pour parfaire l'arrangement de ses souvenirs, le moi a besoin d'envisager les qualités et mêmes les défauts de la mémoire comme des atouts.

Pour ce faire, il recourt à d'autres facultés qui assurent un bon fonctionnement à sa mémoire. La plus importante d'entre elles serait la conscience.

La conscience est une forme de connaissance des mécanismes de notre comportement et de nos passions. Elle est donc essentielle non pas pour se souvenir mais plutôt pour « bien » se souvenir. Complétant ainsi le fonctionnement de la mémoire, elle lui fournit des principes quasi existentiels tels que l'action raisonnable, la maîtrise de soi et le contrôle de ses émotions. Une telle mise en ordre rend alors possible une clarté, une intelligibilité et une progression du passé, bref, un sens et non une succession désordonnée d'événements. Sénèque, dans De la brièveté de la vie, n'insiste-t-il pas sur la nécessité de vivre conformément à la raison ? Pascal, dans les Pensées, ne décrit-il pas les effets du divertissement où l'homme s'égare quand il ne supporte pas ses fragilités?

Cependant, le «moi» ne peut se tenir à l'ordre de la raison garantit par la conscience pour évoluer. Il a, également, besoin de libérer ou plus exactement d'épurer sa mémoire. Si donc, pour Bergson, toute conscience du passé est essentiellement « un dynamisme créateur», ne doit-elle pas rester fidèle à l'ouverture sur le possible pour demeurer vivante? Ce risque semble peser sur les institutions sociales et culturelles. Fortes d'un passé glorieux, combien de civilisations brillantes ne se sont-elles pas figées sur elles-mêmes ? Sur leurs propres bibliothèques ? Dans son ouvrage, La Mémoire collective, Maurice Halbwachs a mis, indirectement, en garde contre cette mémoire figée, apparemment « parfaitement rangée » et qui conduit à la création d'un esprit conservateur (de conservation). Georg Simmel a proposé une forme d'épuration de la mémoire en révélant la nature d'une raison immobile chez l'être humain. Pour ainsi dire que, sans une mémoire consciente, capable de créativité, l'identité humaine se conserve et s'évite ce qu'il appelle «la tragédie de la culture ».

En somme, la mémoire comparée à une bibliothèque parfaitement rangée serait surtout une mémoire équilibrée par l'esprit de création. Tout comme la diversité que la bibliothèque est capable de soutenir, la mémoire est, pareillement, disponible à la nouveauté. Ici, l'esprit philosophique lui-même est interpellé.

Toujours située entre le passé et l'avenir, la mémoire, aussi complexe qu'elle en a l'air, ne doit pas oublier que son évolution émerge de sa capacité à dépasser son passé. Puisant dans les acquis de celui-ci, sa création les transforme radicalement et conduit le génie, selon les termes de Kant, non pas subir les règles existante à travers une imitation mais à inventer de nouvelles règles. Aussi, le moi voit-il son identité se multiplier et se fortifier. Et comme le formule André Gide dans Les Nourritures terrestres : « Ne retiens en toi qu'à ce que tu sens qui n'est vraiment qu'en toi-même et fais de toi, patiemment ou impatiemment, le plus irremplaçable des êtres ».



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