Rapport examen théâtre hernani


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Publié le :2019-06-21 12:27:55 Lu :702 fois
Rubrique :Crmef,ENS,Université  
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Université Sidi Mohamed Ben Abdellah

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines

Sais – Fès

Département de Langue et de Littérature françaises

Filière : études françaises

rapport

Rapport de correction de l'épreuve

Théâtre romantique (XIX) – S4 – Session normale

Rapport établi par :

Mohamed Semlali

Année universitaire

2018-2019

Epreuve

Hernani

Laissez-moi, doña Sol, il le faut.
Le duc a ma parole, et mon père est là-haut !

Doña Sol à don Ruy Gomez.

Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même
Arracher leurs petits qu'à moi celui que j'aime !
Savez-vous ce que c'est que doña Sol ? Longtemps,
Par pitié pour votre âge et pour vos soixante ans,
J'ai fait la fille douce, innocente et timide,
Mais voyez-vous cet œil de pleurs de rage humide ?

Elle tire un poignard sur son sein.

Voyez-vous ce poignard ? – Ah ! Vieillard insensé,
Craignez-vous pas le fer quand l'œil a menacé ?
Prenez garde, don Ruy ! — Je suis de la famille,
Mon oncle ! Écoutez-moi. Fussé-je votre fille,

Malheur si vous portez la main sur mon époux !

Elle jette le poignard, et tombe à genoux devant le duc.

Ah ! je tombe à vos pieds ! Ayez pitié de nous !
Grâce ! Hélas ! monseigneur, je ne suis qu'une femme,
Je suis faible, ma force avorte dans mon âme,
Je me brise aisément. Je tombe à vos genoux !
Ah ! je vous en supplie, ayez pitié de nous !

Don Ruy Gomez.

Doña Sol !

Doña Sol.

Pardonnez ! Nous autres espagnoles,
Notre douleur s'emporte à de vives paroles,
Vous le savez. Hélas ! vous n'étiez pas méchant !
Pitié ! vous me tuez, mon oncle, en le touchant !
Pitié ; je l'aime tant !

Don Ruy Gomez, sombre.

Vous l'aimez trop ! Acte V, Scène 6.

Consignes :

1 – Rédigez l'introduction du commentaire composé. 8 p

2 – Analysez, dans une sous-partie, l'attitude de doña Sol dans le passage. 8 p

3 – En un paragraphe, commentez la dernière réplique de don Ruy. 4 p

Éléments de réponses

1- Rédigez l'introduction :

Nous arrivons au dénouement tragique du drame. Le pacte faustien que Don Ruy et Hernani avaient conclu dans le troisième acte trouve ici sa réalisation fatale. Hernani semble avoir oublié qu'il avait engagé sa vie et qu'il ne s'appartient plus depuis qu'il avait promis à Don Ruy, en contrepartie de sa protection, de se tuer aussitôt que le vieillard l'exigerait. Don Ruy Gomez avait refusé de livrer le bandit au roi et il avait perdu doña Sol qu'il s'apprêtait à épouser. Le vieux duc avait sauvé la vie d'Hernani et c'est cette même vie qu'il vient maintenant exiger dans cette scène en demandant au jeune marié de se donner la mort : le prédateur réclame sa proie. La situation dramatique est extrêmement tendue. Hernani ne peut pas refuser la demande du vieillard sans remettre en question sa valeur héroïque et ses principes chevaleresques : il n'est pas assez lâche pour préférer la vie à l'honneur. Ayant appris les termes funestes du contrat qui menace son bonheur, doña Sol se met dans une situation de désordre affectif extrême ; elle est presque en délire parce que le bonheur qu'elle avait à portée de main semble subitement s'évaporer et dégénérer en un cauchemar douloureux. L'héroïne peut-elle vaincre une force aveugle qui refuse de lâcher sa proie ? Il s'agira, en effet, de montrer comment la résistance de l'héroïne romantique est vouée à l'échec face à une fatalité destructrice. Pour ce faire, nous allons évoquer le pacte diabolique qui ramène le tragique sur scène après le faux dénouement du quatrième acte, ensuite, nous analyserons la vaine résistance de doña Sol qui multiplie les stratégies dans l'espoir de détourner le sort et, enfin, nous montrerons la force aveugle et morbide de la jalousie et de la haine qui condamne le couple héroïque.

2- L'attitude de doña Sol

En apprenant les termes du pacte fatidique qui soumet Hernani, son mari, à la volonté tyrannique de don Ruy Gomez, doña Sol éprouve successivement plusieurs émotions contradictoires et plusieurs mouvements de l'âme allant de l'agressivité de la mère couveuse à l'apathie de la femme impuissante. Hautement perturbée et agitée par la nouvelle foudroyante qui annonce l'écroulement de son foyer et de son bonheur, elle ne sait plus quelle attitude adopter. Dans un premier temps, lorsqu'elle prend conscience qu'Hernani n'est plus maître de son destin, elle opte pour la confrontation et adopte un ton très menaçant. Elle se compare à une tigresse dont on menace la portée ; ce faisant, elle adopte une posture maternelle défensive, et, instinctivement, se montre prête à tout sacrifier pour garder son amour, son dû. La référence à la race féline n'est pas fortuite puisque les félins sont, parmi les mammifères, les animaux qui défendent avec le plus de hargne leur progéniture. Pour Hernani, doña Sol est non seulement l'épouse ou l'amante, elle est la mère protectrice qui est prête à tout pour le défendre contre un père malveillant.

La stratégie de défense de doña Sol commence par un rappel et une mise en garde. Elle veut rectifier l'image (ethos) que l'on se fait d'elle. On la croit peut-être une femme docile et sans ressources, il n'en est rien. Elle fait comprendre à son vieil oncle que sa douceur habituelle, son innocence et sa timidité, loin d'être des signes de faiblesse, cachent une force insoupçonnée. Si, par pitié et par égard à l'âge de don Ruy, elle a toujours agi comme une femme paisible, elle est prête désormais à changer d'attitude, à montrer son côté agressif et la rage qui l'habite puisque le vieil insensé interprète sa douceur comme une faiblesse. C'est alors qu'elle sort son poignard comme un dard, prête à défendre sa ruche contre l'envahisseur. Chose étrange, même pendant ses noces, doña Sol semble toujours prévoir le pire, sinon pourquoi une mariée garderait un poignard sur son sein au moment même où elle fête son hymen ! Le poignard, en l'occurrence, symbolise non seulement le dard de l'abeille qui se sacrifie pour repousser le frelon sanguinaire qui s'attaque à son nid, il est aussi le symbole phallique d'une femme qui revendique ici le droit de protéger son dû au moment où son compagnon (Hernani) a complètement capitulé.

Le poignard, se substituant à la douceur conciliante habituelle du personnage, traduit le discours menaçant de doña Sol. C'est l'instrument de l'intimidation comme en atteste, sur le plan stylistique, la forte utilisation de la tonalité injonctive : « Craignez, prenez garde, écoutez-moi, etc. ». En traitant don Ruy Gomez de « vieillard insensé », doña Sol introduit un autre argument pour dissuader son adversaire. Outre l'agressivité langagière (menaces) et physique (le poignard), la jeune mariée rappelle à son interlocuteur leur sang commun : ils appartiennent à la même famille, à la même lignée « Je suis de la famille, mon oncle ». Doña Sol signifie de la sorte à don Ruy qu'il doit la traiter d'égal à égal, comme un adversaire de même statut, qu'il doit respecter ses choix et sa propriété (mon époux) : le combat est équilibré et don Ruy ne doit pas s'imaginer qu'il est face à un adversaire inférieur et facile à vaincre.

Ce premier mouvement alimenté par la colère s'essouffle bientôt et doña Sol change aussitôt d'attitude comme en témoigne la didascalie « Elle jette le poignard, et tombe à genoux devant le duc ». Après la menace, doña Sol opte pour une autre stratégie plus compatible avec son caractère habituel et avec son statut de femme douce et conciliante. La supplication se substitue à l'offensive et à l'attaque frontale. S'il est impossible de menacer un vieillard aguerri qui ne craint plus la mort, peut-être est-il encore possible de l'apitoyer, de le gagner par les sentiments. Adoptant une posture pathétique, doña Sol tombe aux pieds de son oncle et implore son pardon, sa grâce et sa magnanimité en l'appelant « monseigneur » comme pour marquer avec plus de force l'attitude de soumission. Elle veut le détourner de son projet funeste en suscitant sa pitié, en insistant cette fois sur le déséquilibre des forces « je ne suis qu'une femme, je suis faible […] je me brise aisément » ; elle répète à deux reprises « je tombe à vos pieds, je tombe à vos genoux » pour mettre en avant sa posture de soumission et amener ainsi le mâle dominant (don Ruy) à des sentiments plus favorables.

Touché, apparemment, par cette nouvelle attitude Don Ruy Gomez ouvre un instant une petite brèche dans la carapace de son âme asséchée. Doña Sol tente de s'y engouffrer le plus rapidement possible et change encore une fois d'attitude dans sa deuxième réplique. Implorant le pardon de son oncle, elle tente de justifier l'agressivité de son discours dans la tirade précédente (les vives paroles) par la douleur et l'amour qu'elle ressent pour son époux. C'est là qu'elle introduit un autre argument de nature affective en répétant anaphoriquement le mot pitié (Pardonnez ! Pitié ! Pitié !). Elle soutient que son oncle n'a pas été méchant (le présupposé est qu'il l'est maintenant), qu'il est de nature foncièrement bonne et qu'il peut donc retrouver la noblesse de son caractère et pardonner. Le point culminant du discours de doña Sol est alors atteint lorsqu'elle confesse ce qui la pousse à adopter le discours qu'elle vient de tenir devant son oncle : « je l'aime tant ». Doña Sol justifie ses écarts langagiers et la véhémence de son attitude par l'amour, mais c'était méconnaître la nature de la passion qui motive son oncle.

3- Analyse de la dernière réplique de don Ruy Gomez : « Vous l'aimez trop ! »

Cette réplique incisive, tranchante dans sa brièveté, est la réponse du vieux à l'affirmation de doña Sol : « je l'aime tant ! ». Si l'adverbe « tant » marque une intensité positive et exprime le grand amour de doña Sol pour Hernani, l'adverbe « trop » marque une intensité excessive et implique un jugement négatif. Don Ruy ne voit pas d'un bon œil la confession d'amour de doña Sol d'où sa réaction à la fin du passage. Alors que doña Sol lui demande de pardonner, de bénir son amour pour Hernani, d'oublier les hostilités, elle obtient, en fin de compte, une réaction opposée. Le vieux, comme le montre la didascalie, devient sombre. L'adjectif ici nous renseigne à lui seul sur l'état d'esprit du duc. « Sombre » évoque les ténèbres, l'obscurité des enfers, le caractère funeste du personnage, le malheur qu'il apporte sur scène. Profondément jaloux, Don Ruy Gomez se sent dépossédé de son bien s'enfonce encore plus dans sa douleur et dans son rôle infernal en écoutant cette confession d'amour de sa nièce. Il ne voit plus en Hernani qu'un usurpateur qu'il faudrait exterminer. Non seulement, il est inapte à pardonner, il est décidé à jouer jusqu'au bout son rôle d'agent funeste, de trouble-fête qui réintroduit le tragique à la fin du drame.

Analyse des notes

rapport examen théâtre session normale-2019-Fes sais

rapport examen théâtre session normale-2019-Fes sais

rapport examen théâtre session normale-2019-Fes sais

Chiffres significatifs :

37 % des copies ont obtenu entre 0 et 1

57.5 % des copies ont obtenu moins de 5 / 20

21 % des copies ont obtenu une note entre 5 et 9

21,5 % des copies ont obtenu une note égale ou supérieure à 10

Le taux de validation du module de la session normale se situe dans les normes des sessions précédentes.

Quelques problèmes récurrents :

  • La plupart des étudiants qui assistent au cours n'ont pas de véritables problèmes méthodologiques. Plusieurs étudiants continuent néanmoins à ignorer complètement l'approche méthodologique de l'exercice du commentaire composé, noyant leur épreuve dans de longues récitations (apprises par cœur) sans rapport avec la consigne juste pour remplir la feuille de l'examen. D'autres oublient complètement de poser une problématique, de proposer un plan ou se contentent par paresse intellectuelle de transformer la consigne en plan !

  • Une dizaine d'étudiants continuent à croire qu'Hernani est un roman, ou peut-être ne savent pas la différence entre un roman, un poème et une pièce de théâtre !

  • Les problèmes les plus graves sont les problèmes de langue. C'est très décevant de constater que beaucoup d'étudiants en S4 ont encore des problèmes basiques (de lexique, de conjugaison, de grammaire et de syntaxe) qu'ils auraient dû régler au collège ou au lycée. Je les invite donc à réviser les leçons de grammaire en rapport avec :

– Les pronoms personnels (le, la, lui, leur)

– Le pronom relatif (dont) qui semble poser un réel problème puisqu'il est utilisé à tort et à travers.

– L'accord des noms et l'accord du participe passé. (Je tiens à souligner que le personnage est nom masculin et donc on écrit « personnage principal » et non « un personnage principale » comme le font un bon nombre de copies !

– La structure de la phrase : sujet – verbe – complément (souvent malmenée)

– L'infinitif et le participe : beaucoup d'étudiants ne mettent pas le verbe à l'infinitif après une préposition ou après un autre verbe (règle élémentaire), d'autres, au contraire, laissent tous les verbes à l'infinitif.

– La structure impersonnelle : « il s'agit » s'utilise toujours avec l'impersonnel (il) et non avec autre chose !

– La nominalisation : beaucoup étudiants n'ont pas su trouver le nom qui vient du verbe supplier !

– Beaucoup d'impropriétés lexicales (Doña Sol est une femme, non un personnage femelle), don Ruy Gomez n'est pas « le duc de doña Sol » ; on parle du siècle des Lumières et non du siècle de la Lumière, de l'aveu, non de l'avouement, de la pitié non de la pitier quant à ceux qui placent l'action de la pièce après la Deuxième Guerre mondiale, c'est sans commentaire !

Félicitations à ceux qui ont validé le module (comme d'habitude, on a eu droit à quelques excellentes copies) et bonne chance à ceux qui devront passer le rattrapage. J'espère que ce rapport les aidera à mieux préparer l'épreuve qui reste parfaitement à la portée d'un étudiant moyen.

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