Ral - appel à contribution : de la littérature et de son enseignement


marocagreg (Admin) [2306 msg envoyés ]
Publié le :2018-12-12 03:03:13 Lu :614 fois
Rubrique :  
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N°4 de la Revue algérienne des lettres - RAL
Numéro thématique coordonné par :


Dr Samira BOUBAKOUR et Dr Abdelkrim BENSELIM


"De la littérature et de son enseignement"


« On n'apprend pas de quoi parlent les œuvres, mais de quoi parlent les critiques»— T. Todorov. Que reste-t-il réellement de l'enseignement de la littérature au lycée et à l'université ? Mieux encore, que reste-t-il de la littérature chez nous, enseignants de langue française ? Où est-elle passée, cette époque prestigieuse où l'on pouvait encore évoquer le « plaisir du texte », parler de goût pour les mots exquis, des belles phrases de Marcel Proust, des textes sublimes de François Mauriac, des éblouissantes jongleries de vocables de Raymond Devos ? Où est passée cette époque, devenue présentement nostalgique, où un roman, un sonnet, une pièce de théâtre ou un conte merveilleux meublaient le temps des universitaires, enseignants et étudiants, censés représenter emblématiquement les clercs de tous les temps ?
Revue algérienne des lettres

En fait, ce constat de déchéance intellectuelle et de déclin culturel s'origine dans des phénomènes exogènes fort complexes générés par la vie moderne, mais aussi et surtout par le mode de pensée subséquent à la vertigineuse lame de mondialisation qui, elle, a entrepris, dès la chute du mur de Berlin et l'effritement du bloc de l'Est, de banaliser tout ce qui n'était pas efficient sur le plan de la rentabilité économique et des transactions marchandes ; pragmatisme oblige, nous dira-t-on. Point n'est besoin, là, de multiplier les exemples pour démontrer cette déconsidération, voire cette négation déconcertante à plus d'un titre et élevée au rang des nouvelles valeurs anti-intellectualistes de la modernité. Mais, il faut dire à ce propos que cette situation, devenue un véritable « coup de semonce » pour bon nombre d'analystes en la matière, augure mal de l'avenir des sciences humaines, et partant de la littérature et des lettres d'une façon générale.
Aux yeux de certains, la littérature est devenue, de nos jours, le parent pauvre de l'enseignement de la langue française. Nos étudiants et nos lycéens, déjà fort fragilisés par une société livrée à elle-même sur plus d'un plan, n'en connaissent plus que des bribes éparses tout autant qu'incohérentes de la théorie. Au lieu de leur inculquer l'art de lire et donc d'appréhender le sens général d'une œuvre littéraire en rapport avec le monde, des enseignants ne font que ressasser à loisir et presque machinalement les différentes méthodes d'analyse d'un texte littéraire. Pour ce faire, tout un arsenal de théories et d'approches technicistes est alors mobilisé en défaveur de l'acte de lire des textes. Qu'il soit au lycée ou à l'université (licence et master en particulier), l'apprenant-lecteur est alors sommé de choisir des concepts comme architextualité, génotexte, épitexte, isotopie, focalisation zéro, artefact, polyphonie, généricité, etc., afin d'analyser et saisir le sens du texte, et ce sans avoir même commencé à s'investir dans les abysses de ce dernier et souvent… sans avoir même lu le tiers du texte. C'est ainsi en définitive que des notions comme genre, registre ou situations d'énonciation — ce que Todorov appelle « arcanes de la discipline » — prennent le pas sur le contenu du texte. De cette manière et selon ces méthodes appliquées d'une manière systématique, voire parfois injonctive et dogmatique, le texte est minutieusement décortiqué en relevant ses éléments sémiologiques et énonciatifs, son schéma actanciel, les fonctions de Jakobson qui gouvernent sa signifiance et l'incipit ainsi que la clausule qui assurent le fonctionnement sémantique de son ossature alors que l'appréhension globale et humaniste du texte en tant que tel, c'est-à-dire dans sa littérarité absolue loin de toutes les conceptions réductionnistes, est marginalisée. Non que ces notions soient inutiles mais l'acte de lire, de se frotter à la matérialité du texte, au texte tout simplement passe avant la théorie et avant l'analyse. On ne cherche le sens d'un texte, ses figures de style, son schéma narratif, son système de personnages, etc. qu'après l'avoir lu, qu'après l'avoir parcouru des yeux.
Par ailleurs, la réalité socio-pédagogique nous apprend quant à elle, et cela est vérifiable aussi bien dans le champ scolaire qu'universitaire, que l'œuvre littéraire n'est lue que rarement dans son intégralité et que les nouvelles générations ne connaissent du roman que son titre, et… moins souvent son auteur. Plus alarmant encore, certaines œuvres ne sont connues qu'à travers des films comme L'incendie de Mohamed Dib ou Madame Bovary de Gustave Flaubert. En un mot, et comme l'attestent, à titre indicatif, Antoine Compagnon dans La Littérature pour quoi faire ? et Tzvetan Todorov dans son ouvrage La Littérature en péril, la littérature est devenue, pour reprendre le mot de ce dernier, « un objet langagier clos, autosuffisant, absolu » qui ne motive plus nos apprenants et qui ne suscite chez eux que déplaisir, répugnance et dégoût. L'écrivain finit par avoir cette triste impression de ne s'adresser au bout du compte qu'à lui-même, qu'à son alter ego dans l'éternel jeu de miroirs de son œuvre ? Est-ce alors la fin de la littérature, à l'instar de la fin de l'Histoire (Francis Fukuyama) et de la mort de l'auteur (Roland Barthes et Michel Foucault) qui ont si longtemps – et à coups de matraquage médiatique - émaillé la scène intellectuelle du XXe siècle, ou s'agit-il tout simplement d'une mutation culturelle entraînant le « déclin de son statut » dans une société de plus en plus happée par une mondialisation, elle-même profondément enlisée dans le plus exécrable des matérialismes connus à travers l'histoire de l'humanité ? L'enseignement des textes littéraires est-il en train de céder le pas aux structures, aux « modèles algorithmiques » et autres approches critiques au détriment des œuvres littéraires elles-mêmes ? Qu'enseigne-ton exactement en littérature ? La théorie prime-t-elle sur l'art dans l'enseignement de la littérature? La littérature est-elle réellement en péril ?
Le numéro 4 de la Revue algérienne des lettres RAL se veut une réflexion sur la fin ou non de la littérature, sur l'enseignement de la littérature, ses enjeux ainsi que sur les perspectives définies en termes de faisabilité pouvant se dessiner à l'horizon en vue de la réhabilitation du texte en tant que produit de culture conçu dans toute sa plénitude et incarnant largement la littérarité qui lui confère sa spécificité et son caractère culturel sui generis.


Les articles seront envoyés aux deux adresses suivantes (en même temps) :
Benslim2012.abdelkrim@gmail.com et samira.boubakour@yahoo.fr


La charte graphique et rédactionnelle est téléchargeable sur le site et le blog-miroir de la revue. NB : Il ne sera pas répondu aux articles n'ayant pas respecté la charte graphique de la revue.


Dates importantes
Lancement de l'appel à contribution : 20 décembre 2018
Dernier délai pour la réception des articles : 15 avril 2019
Réponse aux auteurs : à partir du 10 juin 2019
Publication et mise en ligne : Juillet 2019
Adresse : revuealgeriennedeslettres.ral@gmail.com
Site : http://pgraduation.cuniv-aintemouchent.dz/index.php/fr/recherche/revues-scientifiques
Blog-miroir : http://revuealglettres.canalblog.com/
Responsable : abdelkrim benselim
url de référence : http://revuealglettres.canalblog.com/
Source: Fabula




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