Quelle langue parle-t-on dans le « tchat » ?


Mahtane Hicham (Prof) [5 msg envoyés ]
Publié le :2019-03-03 22:01:38 Lu :260 fois
Rubrique :Crmef,ENS,Université  
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A l’instar des autres pays du Maghreb, le contexte marocain dans sa spécificité linguistique, présente, de par son histoire et sa géographie, une configuration complexe de sa situation sociolinguistique. Il offre un panorama assez riche en matière de multi ou de plurilinguisme.
Plusieurs chercheurs s’accordent à présenter la réalité linguistique marocaine comme une situation plurilingue où se juxtaposent l’arabe aussi bien dans sa forme dite classique que moderne ou dialectale, que l’Amazighe, le français et d’autres langues étrangères.
Ces langues se juxtaposent, s’interpénètrent, se métissent et rythment la vie des locuteurs marocains au quotidien. Manifestement, ces locuteurs mettent en usage des variétés langagières diverses, à savoir l’utilisation de l’arabe littéral ou marocain, de même qu’ils recourent à une sorte de langue métissée: Arabe marocain/français, arabe/berbère, français/berbère, etc.
Avec l’expansion des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), de nouvelles pratiques de l’écrit se construisent. Ces pratiques sont caractérisées par la transformation des rapports entre le parler et l’écrit et par la plurimodalité. Par le chat, en particulier, qui est une pratique de bavardage, activité éminemment solitaire, qui permet en effet d’interagir par le biais de la technique avec d’autresindividus connectés, tout en restant tranquillement derrière son écran et en pianotant sur son clavier, les locuteurs chatteurs marocains entrent en interaction en utilisant deux ou plusieurs languesdans le même discours.
Fréquemment, ils construisent un parler bilingue qui intègre l’arabe marocain et le français.
Il s’est avéré également que la communication médiatisée des Marocains mobilise de nouvelles formes conversationnelles et de nouvelles pratiques d'utilisation du code linguistique.
Une interpénétration entre le français et l’arabe marocain a constitué un aspect qui a beaucoup caractérisé les conversations des Marocains en ligne. A titre d’exemple, nos utilisateurs avaient transposé certains procédés propres à la langue française sur des mots arabes, tels que l’abréviation du mot slm qui devient le squelette consonantique de salam.
Les locuteurs chatteurs marocains font preuve d’une grande capacité de créativité.Ils approuvent leur génie dans la débrouille en mixant différents éléments linguistiques et prouvent leur liberté de créer leur propre langue.
L’observation des interactions médiatisées permet d’observer des comportements langagiers variés où toutes les langues s’interpénètrent, s’influencent, se juxtaposent pour laisser place à de nouvelles formes. Ces nouvelles formes ou mix-langues constituent un continuum où l’on peut trouver des éléments qui appartiennent soit à l’arabe marocain ou au françaisou bien qui n’appartiennent ni à l’arabe marocain ni au français, mais c’est un nouveau codeque nous qualifions de langue de la débrouille car les locuteurs chatteurs marocains se débrouillent en bricolant des langues approximatives proches de l’une et de l’autre mais sans être ni l’une ni l’autre, c’est une autre langue, la leur.
Dans le procédé de création lexicale, il arrive que l'on crée des mots et des expressions hybridées ayant pour origine un mot français et un mot d’arabe marocain. C'est le cas par exemple dans « bonne 3wacher » : [bonne fête] ou encore « salut 3alikom » : [salut à vous].
D’autres tranches de la population sur le tchat adoptent de nouvelles tendances et intègrent de nouveaux mots à leur vocabulaire. Ainsi, des expressions comme « stoupliiiii », qui résulte de « s’il te plait », obéit à la création lexicale et relève du néologisme de forme, lequel consiste à créer un signifiant nouveau pour un signifié. Il s’agit d’une forme de déviation graphique qui se réalise dans les conversations des tchatteurs. Il importe de mentionner que ces derniers recourent à un ludisme linguistique.
C’est le cas de la majorité des tchatteurs qui font preuve d’une grande capacité de créativité en pratiquant un jeu de langue ou de mots.
Ils livrent quelques innovations lexicales imputées à certains groupes des mots conjuguant pour la plupart le français comme matrice innovante.
On peut dire que les locuteurs tchatteurs marocains sont des communicateurs polyvalents. Les moyens dont ils disposent et qu'ils utilisent pour communiquer sont innombrables et ils ont à leur disposition une masse imposante d'information. L'utilisation des mots, des expressions qu’en font ces pratiquants a de multiples facettes. Ils s’adaptent en permanence à ces innovations lexicales, dont le choix et la disponibilité varient. Ce qui suppose une certaine influence exercée sur l’ensemble des utilisateurs.

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