Le bourgeois gentilhomme et les formes du comique


OMARI Abdellatif (?) [176 msg envoyés ]
Publié le:2012-05-02 10:56:58 Lu :26152 fois
Rubrique :Projets, lectures et √©valuations  
  • 4.0 stars
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
5 votes    4/5


OMARI Abdellatif (Prof)


Le Bourgeois et les formes du comique


Remarque: Il s'agit d'une tentative de le√ßon adapt√©e au niveau des troncs communs. Les √©l√®ves, √† travers l'√©tude du Bourgeois gentilhomme, doivent √™tre amen√©s √† se doter, d'abord des caract√©ristiques d'un genre, √† savoir le genre ¬ęth√©tral¬Ľ (premi√®re s√©quence), ensuite des caract√©ristiques d'une forme de th√©tre, √† savoir ¬ęla com√©die¬Ľ, et principalement ¬ęles formes du comique¬Ľ (deuxi√®me s√©quence). L'esprit du programme qui opte pour une d√©marche progressive, vise √† doter les √©l√®ves de ce niveau (tronc commun) d'une connaissance du monde du comique et de ses rouages avant de les doter, en premi√®re ann√©e qualifiant, d'un savoir du monde tragique et de ses valeurs.
1-Le comique de caractère
. Mani√®re d'√™tre ou d'agir qui distingue un individu ou un groupe, le ridicule peut √©maner de la vie int√©rieure du personnage, de sa fa√ßon d'agir, de parler, selon son ge, ses passions, sa condition sociale, son sexe., d'o√Ļ l'impression du m√©canique plaqu√© sur l'humain. . . Jourdain a le caract√®re du bourgeois grossier qui veut se faire passer pour un noble. La peinture des traits de son caract√®re √† travers son comportement, ses paroles et √† travers le point de vue d'autres personnages, laissent entrevoir le ridicule de sa personne:
ActeI
. Scène1: sot, stupide, ignorant, un homme dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, n'applaudit qu'à contre-senset n'a du discernement que dans sa bourse; Jourdain est allé mettre en tête des visions de noblesse et de galanterie.
. Sc√®ne2: le mot ¬ędr√īlerie¬Ľ, lanc√© machinalement √† propos de la com√©die ballet que pr√©parent les deux artistes; ses expressions: ¬ęc'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualit√©¬Ľ, ¬ęvous me verrez √©quip√© comme il faut, depuis les pieds jusqu'√† la t√™te¬Ľ,¬ęRien. C'est pour voir si vous m'entendez bien¬Ľ, ¬ęje voudrais que vous la pussiez ragaillardir par-ci par-l√†¬Ľ,¬ęc'est sans avoir appris la musique¬Ľ, ¬ęje trouve cela bien trouss√©¬Ľ;la chanson vulgaire qu'il s'est mis √† chanter (Je croyais Janneton, plus douce qu'un mouton.); ses gestes, rendus par la didascalie, en entrouvrant sa robe; tout cela attire l'attention sur la grossi√®ret√©, l'ignorance et le ridicule du caract√®re du personnage. 2-Le comique de moeurs
Actes I et II
. En faisant de Jourdain un bourgeois grossier qui veut se faire passer pour un noble, l'auteur fait parallèlement la satire des moeurs de la société aristocratique et de celle bourgeoise de son époque. Est noble celui qui comprend la musique, la danse, la philosophie; sait manier les armes, s'habiller de telle manière, sait faire la révérence en saluant une dame, sait ouvrir la bouche et écarter les lèvres en parlant, sait écrire des mots galants à sa dame; il a de l'inclination pour les belles choses, un concert tous les mercredis ou tous les jeudis.de même, est bourgeois celui qui est grotesque et grossier, ignorant tout, non seulement les bonnes manières, mais toutes les sciences et toute la morale, et il n'a du discernement que dans sa bourse, croyant que son argent peut redresser les jugements de son esprit. 3-Le comique de gestes et de mouvements
Acte II (scène2)
. En regardant Monsieur Jourdain en cadence ou maniant une arme, tout en remuant les √©paules, dressant le corps, √©cartant les jambes, se penchant sur la cuisse, la main gauche √† la hauteur de l'oeil, les pieds sur une m√™me ligne.., nous pouvons imaginer la part de l'automatisme d√©gag√©e de sa personne tout en contrefaisant le danseur ou le ma√ģtre d'arme, c'est tout un m√©lange du grotesque, de la caricature, de la charge et de la difformit√© que repr√©sente le personnage. 4-Le comique de mots:Pur jeu de langage

Acte I (scène2), Acte II (scène4), Acte V (scène1 et scène dernière)

-L'inversion:l'ordre des constituants de la phrase est inversé
Ainsi, la phrase ¬ębelle Marquise, vos yeux me font mourir d'amour¬Ľ, devient¬ęvos yeux beaux d'amour, me font, belle marquise¬Ľ ou bien ¬ęvos yeux beaux d'amour me font, belle marquise, mourir¬Ľ (acte II, sc√®ne4)
-la r√©p√©tition:expression qui revient et devient automatique et m√©canique ex: A travers plusieurs sc√®nes , l'expression ¬ęfait faire ¬Ľ(¬ęj'ai fait faire.¬Ľ, ¬ęje me suis fait faire.¬Ľ et l'expression ¬ęde qualit√© ¬Ľ (¬ęles personnes de qualit√©.¬Ľ, ¬ęles gens de qualit√©.¬Ľ reviennent comme un leitmotiv par la bouche de Jourdain; de m√™me, dans une m√™me sc√®ne (acte V, derni√®re sc√®ne), l'expression ¬ęAh! Que de bruit! ¬Ľ devient m√©canique
-Expression prise au propre alors qu'elle est employée au figuré
ex: Le mot ¬ę√©colier¬Ľ, employ√© par ma√ģtre de musique dans un sens figur√© ( un jeune qui a appris le m√©tier), est pris par Jourdain dans son sens propre, c'est-√† dire dans le sens d'un √©l√®ve de l'√©cole (acte I, sc√®ne2) -Interf√©rence (calembour): confusion sur le son ou sur le sens
. Jourdain emploie le mot ¬ęPaladin¬Ľ dans la phrase suivante: ¬ęMamamouchi, c'est-√† dire, en notre langue, Paladin¬Ľ, et qui signifie ¬ęchevalier errant du moyen ge √† la recherche de prouesses¬Ľ. Mais Madame Jourdain, qui ne conna√ģt que le mot ¬ęBaladin¬Ľ, qui signifie danseur de ballet, com√©dien ambulant¬Ľ, r√©pond:¬ęBaladin! Etes-vous en ge de danser des ballets¬Ľ(acte V, sc√®ne1)
5-Le comique de situation
Acte I, scène1; acte II ,scène4; acte III, scène16;acte IV
-Le personnage fantoche, qui se croit libre, n'est qu'une marionnette aux mains d'un autre qui s'en amuse:
D'apr√®s la conversation de ma√ģtre de musique et de ma√ģtre de danse, Jourdain parait effectivement comme un pantin √† leurs mains: ¬ęnous avons trouv√© ici un homme comme il nous le faut √† tous deux; ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain¬Ľ, ¬ęce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur √©clair√© qui nous a introduits ici¬Ľ , ¬ęEn tout cas, il nous donne moyen de nous faire conna√ģtre dans le monde, et il payera pour les autres ce que les autres loueront pour lui¬Ľ (acte I, sc√®ne1)
Mais Jourdain, ne se constitue vraiment marionnette qu' entre les mains de la marquise Dorim√®ne et le comte Dorante. Les deux nobles qui cherchent √† vider la bourse de Monsieur Jourdain, le laisse agir comme un homme libre en lui faisant des compliments pour tous ses gestes et paroles bouffons, mais ils s'en amusent par des expressions qui sugg√®rent le contraire de ce qu'ils veulent dire: ¬ęMadame , monsieur Jourdain sait son monde¬Ľ, ¬ęGalant homme tout √† fait¬Ľ, ¬ęj'ai beaucoup d'estime pour lui¬Ľ (acte III, sc√®ne16, acte IV)
-La r√©p√©tition: une situation revient malgr√© les efforts des personnages pour lui √©chapper: Dans la sc√®ne 4, acte II , un accrochage a eu lieu entre ma√ģtre de musique, ma√ģtre de danse, ma√ģtre d'armes, d'une part, et ma√ģtre de philosophie ,d'autre part .Monsieur Jourdain fait un effort pour arr√™ter le combat, mais la situation revient et devient cocasse par les coups qui pleuvent, et c'est l√† une autre forme du comique. -L'inversion: c'est le voleur vol√© (√† notre connaissance, la situation est absente dans la pi√®ce)
-le quiproquo: Acte V( scènes 5 et 6) Lucille, Madame Jourdain et particulièrement Monsieur Jourdain prennent Cléonte déguisé pour le fils du Grand turc 6-Le comique de forme
Il s'agit de difformer une personne en grossissant les traits de l'original (charge) ou en simplifiant en isolant un trait qu'on grossit et rend envahissant (caricature).
D√®s l'acte I, sc√®ne1, Monsieur Jourdain, en s'habillant avec les habits des nobles et √©tant en mouvement, il parait compl√®tement difform√© comme un clown ou un guignol. Il faut √©galement le voir entrain d'articuler les voyelles, ses mchoires isol√©s (acte II, sc√®ne4) pour voir le c√īt√© risible et grotesque du personnage.
7- Le burlesque: jeu de d√©calage -L'un des proc√©d√©s du burlesque consiste √† parler en termes grossiers ou archa√Įques des choses nobles et s√©rieuses ou √† l'inverse parler en termes nobles des choses vulgaires.
Ex: Jourdain, √† propos de la com√©die ballet (art s√©rieux) que pr√©parent M.de musique et M.de danse, emploie les termes les plus vulgaires et les plus grossiers: dr√īleries, ragaillardir, trouss√©, tr√©mouss√©. (acte1)
-Un autre proc√©d√© consiste √† des fa√ßons d'agir isol√©es de l'objet s√©rieux auquel l'usage les rattache. Ex: Ma√ģtre de musique, ma√ģtre de danse et ma√ģtre de philosophie sont des travestis, prenant le masque des artistes et des philosophes malgr√© eux. Les deux premiers parlent des beaux-arts, de la gloire, de la beaut√©, du go√Ľt, etc, de fa√ßon s√©rieuse comme s'ils sont de vrais artistes, inconscients de leur difformit√© et de la d√©formation par leurs propos de la nature des choses dont ils parlent. Les mots vulgaires qu'ils emploient ¬ęchatouillantes, r√©galer, repais, sots, stupide.) paraissent de fausses notes √† l'univers de l'art .Quant √† ma√ģtre de philosophie, ce n'est qu'un autre Pangloss, transform√© en pantin philosophique, en p√©dant absurde. -Une autre forme du burlesque consiste √† caricaturer et √† travestir les individus en humanisant les dieux ou en animalisant les humains L'un des int√©r√™ts du burlesque est la satire sociale.


Tout sur Le Bourgeois gentilhomme

Sujets similaires
évaluation : le bourgeois gentilhomme (exposition)
La politesse linguistique : donner de la face dans " le bourgeois gentilhomme" de molière.
Tc - le bourgeois gentilhomme - évaluation
Tc-le bourgeois gentilhomme, le philosophe
Le bourgeois gentilhomme: acte i scène 2

Voir tout Voir des sujets similaires

Moteur de recherche

Derniers articles sur le forum
Travaux encadr√©s  Vu 1212 fois
CPGE programme 2023-2024  Vu 13148 fois



R√©ponse N¬į11 20761

Application : Acte 1 Scènes II et III
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-02 11:15:50



C'est du travail remarquable...

Voilà deux scènes que j'ai données en application pour les formes de comiques. Je vais essayer d'envoyer les analyses faites avec mes élèves dans ce sens.

Merci pour le partage cher OMARI Abdellatif.

Scènes II

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES, MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE, MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER, MONSIEUR JOURDAIN, DEUX LAQUAIS.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES, apr√®s lui avoir mis le fleuret √† la main.- Allons, Monsieur, la r√©v√©rence. Votre corps droit. Un peu pench√© sur la cuisse gauche. Les jambes point tant √©cart√©es. Vos pieds sur une m√™me ligne. Votre poignet √† l'opposite de votre hanche. La pointe de votre √©p√©e vis-√†-vis de votre √©paule. Le bras pas tout √† fait si √©tendu. La main gauche √† la hauteur de l'Ňďil. L'√©paule gauche plus quart√©e [i] . La t√™te droite. Le regard assur√©. Avancez. Le corps ferme. Touchez-moi l'√©p√©e de quarte, et achevez de m√™me. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez de pied ferme. Un saut [6] en arri√®re. Quand vous portez la botte [7] , Monsieur, il faut que l'√©p√©e parte la premi√®re, et que le corps soit bien effac√©. Une, deux. Allons, touchez-moi l'√©p√©e de tierce, et achevez de m√™me. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez de l√†. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. Un saut [8] en arri√®re. En garde, Monsieur, en garde.

Le Ma√ģtre d'armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant, "En garde".

MONSIEUR JOURDAIN.- Euh ?

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Vous faites des merveilles.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Je vous l'ai d√©j√† dit ; tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, √† donner, et √† ne point recevoir : et comme je vous fis voir l'autre jour par raison d√©monstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez d√©tourner l'√©p√©e de votre ennemi de la ligne de votre corps ; ce qui ne d√©pend seulement que d'un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors.

MONSIEUR JOURDAIN.- De cette fa√ßon donc un homme, sans avoir du cŇďur [9] , est s√Ľr de tuer son homme, et de n'√™tre point tu√©.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Sans doute. N'en v√ģtes-vous pas la d√©monstration ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Et c'est en quoi l'on voit de quelle consid√©ration nous autres nous devons √™tre dans un √Čtat [10] , et combien la science des armes l'emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la...

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Tout beau, Monsieur le tireur d'armes. Ne parlez de la danse qu'avec respect.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Apprenez, je vous prie, √† mieux traiter l'excellence de la musique.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Vous √™tes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences √† la mienne !

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Voyez un peu l'homme d'importance !

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Voil√† un plaisant animal, avec son plastron !

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Mon petit ma√ģtre √† danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de la belle mani√®re.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre m√©tier.

MONSIEUR JOURDAIN, au Ma√ģtre √† danser.- √Čtes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison d√©monstrative ?

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Je me moque de sa raison d√©monstrative, et de sa tierce, et de sa quarte.

MONSIEUR JOURDAIN.- Tout doux, vous dis-je.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Comment ? petit impertinent.

MONSIEUR JOURDAIN.- Eh mon Ma√ģtre d'armes.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Comment ? grand cheval de carrosse.

MONSIEUR JOURDAIN.- Eh mon Ma√ģtre √† danser.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Si je me jette sur vous...

MONSIEUR JOURDAIN.- Doucement.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Si je mets sur vous la main...

MONSIEUR JOURDAIN.- Tout beau.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Je vous √©trillerai d'un air...

MONSIEUR JOURDAIN.- De grce.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Je vous rosserai d'une mani√®re...

MONSIEUR JOURDAIN.- Je vous prie.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Laissez-nous un peu lui apprendre √† parler.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon Dieu. arrêtez-vous.

SC√ČNE III

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE, MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE, MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER, MA√ÉŇĹTRE D'ARMES, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.

MONSIEUR JOURDAIN.- Holà, Monsieur le philosophe, vous arrivez tout à propos avec votre philosophie. Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Qu'est-ce donc ? Qu'y a-t-il, Messieurs ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu'à se dire des injures, et en vouloir venir aux mains.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- H√© quoi, Messieurs, faut-il s'emporter de la sorte ? et n'avez-vous point lu le docte trait√© que S√©n√®que a compos√©, de la col√®re ? Y a-t-il rien de plus bas et de plus honteux, que cette passion, qui fait d'un homme une b√™te f√©roce ? et la raison ne doit-elle pas √™tre ma√ģtresse de tous nos mouvements ?

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Comment, Monsieur, il vient nous dire des injures √† tous deux, en m√©prisant la danse que j'exerce, et la musique dont il fait profession ?

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu'on lui peut dire ; et la grande r√©ponse qu'on doit faire aux outrages, c'est la mod√©ration, et la patience.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Ils ont tous deux l'audace, de vouloir comparer leurs professions √† la mienne.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Faut-il que cela vous √©meuve ? Ce n'est pas de vaine gloire, et de condition [11] , que les hommes doivent disputer entre eux ; et ce qui nous distingue parfaitement les uns des autres, c'est la sagesse, et la vertu.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Je lui soutiens que la danse est une science √† laquelle on ne peut faire assez d'honneur.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Et moi, que la musique en est une que tous les si√®cles ont r√©v√©r√©e.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Et moi, je leur soutiens √† tous deux, que la science de tirer des armes, est la plus belle et la plus n√©cessaire de toutes les sciences.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Et que sera donc la philosophie ? Je vous trouve tous trois bien impertinents, de parler devant moi avec cette arrogance ; et de donner impudemment le nom de science √† des choses que l'on ne doit pas m√™me honorer du nom d'art, et qui ne peuvent √™tre comprises que sous le nom de m√©tier mis√©rable de gladiateur, de chanteur, et de baladin !

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Allez, philosophe de chien.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Allez, bel√ģtre [12] de p√©dant.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Allez, cuistre fieff√©.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Comment ? marauds que vous √™tes...

Le philosophe se jette sur eux, et tous trois le chargent de coups, et sortent en se battant.

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Infmes ! coquins ! insolents !

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- La peste l'animal !

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Impudents !

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Diantre soit de l'ne bt√© !

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Sc√©l√©rats !

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le philosophe.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Au diable l'impertinent.

MONSIEUR JOURDAIN.- Messieurs.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Fripons ! gueux ! tra√ģtres ! imposteurs !

Ils sortent.

MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe. Oh battez-vous tant qu'il vous plaira, je n'y saurais que faire, et je n'irai pas gter ma robe pour vous séparer. Je serais bien fou, de m'aller fourrer parmi eux, pour recevoir quelque coup qui me ferait mal.





R√©ponse N¬į12 20769

Merci
Par LOUMATINE Abderrahim(Prof)le 2012-05-02 13:03:43

salam;

Merci pour le partage M. Omari.

Merci à vous aussi M.Idoubiya.




R√©ponse N¬į13 20774

Précieuse contribution
Par Dounia Azouz(CS)le 2012-05-02 13:19:05



C'est bien expliqué et bien illustré. Votre contribution aide à mieux appréhender la notion de comique. Maintenant à nous d'amener les élèves à utiliser certains procédés comiques dans des

situations qui s'y prêtent bien entendu.

Merci à vous.





R√©ponse N¬į14 20949

3-Le comique de gestes et de mouvements...
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-06 00:43:17



MA√ÉŇĹTRE D'ARMES, apr√®s lui avoir mis le fleuret √† la main.- Allons, Monsieur, la r√©v√©rence. Votre corps droit. Un peu pench√© sur la cuisse gauche. Les jambes point tant √©cart√©es. Vos pieds sur une m√™me ligne. Votre poignet √† l'opposite de votre hanche. La pointe de votre √©p√©e vis-√†-vis de votre √©paule. Le bras pas tout √† fait si √©tendu. La main gauche √† la hauteur de l'Ňďil. L'√©paule gauche plus quart√©e [i] . La t√™te droite. Le regard assur√©. Avancez. Le corps ferme. Touchez-moi l'√©p√©e de quarte, et achevez de m√™me. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez de pied ferme. Un saut [6] en arri√®re. Quand vous portez la botte [7] , Monsieur, il faut que l'√©p√©e parte la premi√®re, et que le corps soit bien effac√©. Une, deux. Allons, touchez-moi l'√©p√©e de tierce, et achevez de m√™me. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez de l√†. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. Un saut [8] en arri√®re. En garde, Monsieur, en garde.





R√©ponse N¬į15 20950

1-Le comique de caractère ...
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-06 00:44:42



MONSIEUR JOURDAIN.- Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe, Messieurs, Monsieur le Philosophe. Oh battez-vous tant qu'il vous plaira, je n'y saurais que faire, et je n'irai pas gter ma robe pour vous séparer. Je serais bien fou, de m'aller fourrer parmi eux, pour recevoir quelque coup qui me ferait mal.





R√©ponse N¬į16 20951

4-Le comique de mots...
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-06 00:47:19



MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Et que sera donc la philosophie ? Je vous trouve tous trois bien impertinents, de parler devant moi avec cette arrogance ; et de donner impudemment le nom de science √† des choses que l'on ne doit pas m√™me honorer du nom d'art, et qui ne peuvent √™tre comprises que sous le nom de m√©tier mis√©rable de gladiateur, de chanteur, et de baladin !

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Je vous l'ai d√©j√† dit ; tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, √† donner, et √† ne point recevoir : et comme je vous fis voir l'autre jour par raison d√©monstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez d√©tourner l'√©p√©e de votre ennemi de la ligne de votre corps ; ce qui ne d√©pend seulement que d'un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors.

MONSIEUR JOURDAIN, au Ma√ģtre √† danser.- √Čtes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison d√©monstrative ?





R√©ponse N¬į17 20952

5-Le comique de situation...
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-06 00:50:19



MONSIEUR JOURDAIN.- Holà, Monsieur le philosophe, vous arrivez tout à propos avec votre philosophie. Venez un peu mettre la paix entre ces personnes-ci.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Qu'est-ce donc ? Qu'y a-t-il, Messieurs ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu'à se dire des injures, et en vouloir venir aux mains.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- H√© quoi, Messieurs, faut-il s'emporter de la sorte ? et n'avez-vous point lu le docte trait√© que S√©n√®que a compos√©, de la col√®re ? Y a-t-il rien de plus bas et de plus honteux, que cette passion, qui fait d'un homme une b√™te f√©roce ? et la raison ne doit-elle pas √™tre ma√ģtresse de tous nos mouvements ?

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Comment, Monsieur, il vient nous dire des injures √† tous deux, en m√©prisant la danse que j'exerce, et la musique dont il fait profession ?

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Un homme sage est au-dessus de toutes les injures qu'on lui peut dire ; et la grande r√©ponse qu'on doit faire aux outrages, c'est la mod√©ration, et la patience.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Ils ont tous deux l'audace, de vouloir comparer leurs professions √† la mienne.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Faut-il que cela vous √©meuve ? Ce n'est pas de vaine gloire, et de condition [11] , que les hommes doivent disputer entre eux ; et ce qui nous distingue parfaitement les uns des autres, c'est la sagesse, et la vertu.

MA√ÉŇĹTRE √Ä DANSER.- Je lui soutiens que la danse est une science √† laquelle on ne peut faire assez d'honneur.

MA√ÉŇĹTRE DE MUSIQUE.- Et moi, que la musique en est une que tous les si√®cles ont r√©v√©r√©e.

MA√ÉŇĹTRE D'ARMES.- Et moi, je leur soutiens √† tous deux, que la science de tirer des armes, est la plus belle et la plus n√©cessaire de toutes les sciences.

MA√ÉŇĹTRE DE PHILOSOPHIE.- Et que sera donc la philosophie ? Je vous trouve tous trois bien impertinents, de parler devant moi avec cette arrogance ; et de donner impudemment le nom de science √† des choses que l'on ne doit pas m√™me honorer du nom d'art, et qui ne peuvent √™tre comprises que sous le nom de m√©tier mis√©rable de gladiateur, de chanteur, et de baladin !





R√©ponse N¬į18 20966

Tout à fait juste
Par OMARI Abdellatif(CS)le 2012-05-06 15:41:38



En effet, vos extraits, cher Idoubya, illustrent parfaitement les formes du comique citées, et parallèlement vous complétez ce que j'ai déjà avancé. Merci pour le partage cher ami et Merci d'avoir tenu à vos promesses. Comme je l'ai déjà annoncé, vous avez du souffle, une aubaine, profitez en bien pour nous régaler de vos interventions combien précieuses.

Tous mes respects





R√©ponse N¬į19 20987

Re
Par Idoubiya Rachid(Inspecteur)le 2012-05-07 11:55:27



Merci cher OMARI Abdellatif. C'est un plaisir de partager un travail en commun avec vous.




confidentialite