La prison: pour ou contre?


Jaafari Ahmed (Prof) [937 msg envoyés ]
Publié le:2013-11-24 17:00:28 Lu :3287 fois
Rubrique :Lycée : productions écrites  
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La prison: Pour ou contre?

A- Introduction

amener le sujet:

la vie en société impose un certain nombre de règles qui garantissent les limites entre les libertés individuelles d'un côté, et de l'autre définissent le cadre dans lequel les devoirs envers la société doivent être respectés. L'appareil judiciaire se charge de sauvegarder ses droits et ses devoirs, et le cas échéants, se charge de sanctionner ceux qui transgresse la loi. Parmi les mesures prises à l'encontre des coupables, l'emprisonnement est demeure le châtiment le plus courant, quand le crime ne réclame pas la peine capitale .

Poser la problématique:

Depuis que la prison existe comme instrument de coercition pour baisser le taux de criminalité , celle-ci ne fait qu'augmenter, à tel pont que l'on est en droit de se demander si ce pilier de la justice n'est pas sans soulever le doute sur son efficacité, voire son utilité.

Annoncer le plan:

Nous allons essayer de répondre à ces questionnements en adoptant une synthèse de documents, à partir de trois extraits de trois œuvres de Victor Hugo, l'auteur qui a consacré la majeure partie de ses écrits à étudier ce phénomène.

I- Présentation des textes et de leur auteur :

a-L'auteur: Victor Hugo est né le 26 Février 1802 à Besançon en France. Il est poète, romancier et dramaturge.Les romans les plus connus de Victor Hugo sont Notre-Dame de Paris (1831) et Les Misérables (1862).

Il dépeint avec simplicité, puissance et acharnement les bonheurs et malheurs de la vie.

Entre 1827 et en 1830, il écrit les pièces Cromwell et d'Hernani le roman le dernier jour d'un condamné. De 1830 à 1840, il publie son grand roman historique, Notre-Dame de Paris (1831) ; des drames, Marion de Lorme (1831), Le roi s'amuse (1832), Marie Tudor (1833), Lucrèce Borgia (1833), Ruy Blas (1838); et quatre recueils de poésies, où il se s'affirme dans l'expression lyrique aussi bien des idées des sentiments: les Feuilles d'automne (1831), les Chants du crépuscule (1835), les Voix intérieures (1837), les Rayons et les Ombres (1840). Hugo s'affirme comme le chef du romantisme.

Victor Hugo est mort à Paris le 23 May 1885 à 83 ans. Plus de 3 millions de personnes ont assisté à ses funérailles.

b- Les textes :

Document 1:

[…] Et puis, ce que j'écrirai ainsi ne sera peut-être pas inutile. Ce journal de mes souffrances, heure par heure, minute par minute, supplice par supplice, si j'ai la force

de le mener jusqu'au moment où il me sera physiquement impossible de continuer, cette histoire, nécessairement inachevée, mais aussi complète que possible, de mes sensations, ne portera-t-elle point avec elle un grand et profond enseignement? N'y aura-t-il pas dans ce procès-verbal de la pensée agonisante, dans cette progression toujours croissante de douleurs, dans cette espèce d'autopsie intellectuelle d'un condamné, plus d'une leçon pour ceux qui condamnent? Peut-être cette lecture leur rendra-t-elle la main moins légère, quand il s'agira quelque autre fois de jeter une tête qui pense, une tête d'homme, dans ce qu'ils appellent la balance de la justice? Peut-être n'ont-ils jamais réfléchi, les malheureux, à cette lente succession de tortures que renferme la formule expéditive d'un arrêt de mort? Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée poignante que dans l'homme qu'ils retranchent il y a une intelligence; une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme qui ne s'est point disposée pour la mort? Non.

Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d'un couteau triangulaire, et pensent sans doute que pour le condamné il n'y a rien avant, rien après.

Ces feuilles les détromperont. Publiées peut-être un jour, elles arrêteront quelques moments leur esprit sur les souffrances de l'esprit ; car ce sont celles-là qu'ils ne soupçonnent pas. Ils sont triomphants de pouvoir tuer sans presque faire souffrir le corps. Hé ! C'est bien de cela qu'il s'agit ! Qu'est-ce que la douleur physique près de la douleur morale !

Extrait du chapitre VI du « Le dernier jour d'un condamné » Victor Hugo, 1829

Document 2 :

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.

Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne

Ne sont jamais allés à l'école une fois,

Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.

C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.

L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.

Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

[...]

Donc au petit enfant donnez le petit livre. Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

[…]

Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas

Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.

Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,

Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,

Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;

Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,

De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,

Et de vous demander compte de leur esprit ;

Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;

Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;

Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;

Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés

Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;

Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?

Ils sont les malheureux et non les ennemis.

Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;

On a de la pensée éteint en eux la flamme ;

Et la société leur a volé leur âme.

Victor Hugo, Jersey, 27 février 1853, Les Quatre vents de l'Esprit.

Document 3:

Sous le bâton, sous la chaîne, au cachot, à la fatigue, sous l'ardent soleil du bagne, sur le lit de planches des forçats, il se replia en sa conscience et réfléchit.

Il se constitua tribunal.

Il commença par se juger lui-même.

Il reconnut qu'il n'était pas un innocent injustement puni. Il s'avoua qu'il avait commis une action extrême et blâmable; qu'on ne lui eût peut-être pas refusé ce pain s'il l'avait demandé; que dans tous les cas il eût mieux valu l'attendre, soit de la pitié, soit du travail ; que ce n'est pas tout à fait une raison sans réplique de dire : peut-on attendre quand on a faim ? que d'abord il est très rare qu'on meure littéralement de faim ; ensuite que , malheureusement ou heureusement , l'homme est ainsi fait qu'il peut souffrir longtemps et beaucoup, moralement et physiquement , sans mourir ; qu'il fallait donc de la patience ; que cela eût mieux valu même pour ces pauvres petits enfants; que c'était un acte de folie, à lui, malheureux homme chétif, de prendre violemment au collet la société tout entière et de se figurer qu'on sort de la misère par le vol; que c'était , dans tous les cas , une mauvaise porte pour sortir de la misère que celle par où l'on entre dans l'infamie; enfin qu'il avait eu tort.

Puis il se demanda.

S'il était le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire? Si d'abord ce n'était pas une chose grave qu'il eût, lui travailleur, manqué de travail, lui laborieux, manqué de pain. Si ensuite, la faute commise et avouée, le châtiment n'avait pas été féroce et outré. S'il n'y avait pas plus d'abus de la part de la loi sans la peine qu'il n'y avait en d'abus de la part du coupable dans la faute. S'il n'y avait pas excès de poids dans un es plateaux de la balance, celui où est l'expiation. […] Si cette peine, compliquée des aggravations successives pour les tentatives d'évasion, ne finissait pas par être une sorte d'attentat du plus fort sur le plus faible, un crime de la société sur l'individu, un crime qui recommençait tous les jours, un crime qui durait dix-neuf ans. […]

Ces questions faites et résolues, il jugea la société et la condamna.

Il la condamna à sa haine.

Victor Hugo, Les Misérables, Tome V, 1862

1- Le dernier jour d'un condamné:

L'auteur, révolté par le spectacle fréquent de la guillotine, écrit Le Dernier Jour d'un condamné qu'il achève très rapidement. Le livre est édité en février 1829. C'est le journal qu'un condamné à mort écrit durant les vingt-quatre dernières heures de son existence. Il y raconte ce qu'il a vécu depuis le début de son procès jusqu'au moment de son exécution, soit environ six semaines de sa vie. C'est un long monologue intérieur, entrecoupé de réflexions angoissées et de souvenirs de son autre vie.

2- Chaque enfant qu'on enseigne…:

C'est un poème écrit par Victor Hugo, lors d'une visite qu'il faite à un bagne, en 1853. Il ne sera publié que le 31 mai 1881, dans le recueil Les quatre vents de l'esprit, qui regroupe plusieurs travaux répartis en quatre livrets : Livre satirique, sous-titré Le Siècle. Livre dramatique, sous-titré La Femme. -Livre lyrique, sous-titré La Destinée. Livre épique. Ce dernier livre consiste en un seul poème, immense : La Révolution, un des plus importants de Victor Hugo.

3- Les Misérables :

Dans ce roman paru en 1862, Victor Hugo décrit la vie de misérables dans Paris et la France provinciale du XIXe siècle. Il met l'accent surtout sur l'itinéraire du bagnard, Jean Valjean. La motivation principale de Victor Hugo est de dénoncer social, « le crime de la loi ». Il soutient que le crime vient de la misère, de l'indifférence et d'un système répressif sans pitié. En effet, l'œuvre montre comment les répressions sociales et morales peuvent

entraîner les hommes à leur déchéance.

II- Problématique et idées principale

1- Problématique de la synthèse:

Le thème de la justice est central dans l'œuvre de Victor Hugo. L'auteur soutient que le châtiment infligé aux coupables est souvent disproportionné par rapport aux crimes commis, et dans tous les cas, il ne sert pas à corriger les individus, mais au contraire , ils les rend pires . Donc, si le concept de châtiment n'est pas équitable, quelle est alors la solution pour remédier à ce mal social, dont les premières victimes sont les coupables eux-mêmes ? Les trois documents ont été choisis en conséquence, car tous les trois, présentent quelques aspects de cette problématique.

2-Idées principales qui soutiennent la problématique :

Nous allons à présent, parcourir les documents pour relever les arguments qui soutiennent deux idées principales:

a- La conscience du coupable

b- La responsabilité de la société

3-Tableau de repérage d'indices:

Doc.1

Conscience du prisonnier

- mes souffrances,

- de mes sensations,

- la pensée agonisante

- progression toujours croissante de douleurs,

- autopsie intellectuelle

- une tête qui pense, une tête d'homme,

- cette lente succession de tortures

- une intelligence qui avait compté sur la vie, une âme

- les souffrances de l'esprit

- la douleur morale.

responsabilité

De

la société

- ne sera peut-être pas inutile ?

- un grand et profond enseignement

- plus d'une leçon pour ceux qui condamnent

- leur rendra-t-elle la main moins légère,

- ce qu'ils appellent la balance de la justice

- Peut-être n'ont-ils jamais réfléchi,…?

- Se sont-ils jamais seulement arrêtés à cette idée…?

- Ils ne voient dans tout cela que…

- et pensent sans doute que…

- Ces feuilles les détromperont

- elles arrêteront quelques moments leur esprit sur…

- qu'ils ne soupçonnent pas.

- Ils sont triomphants de …

Synthèse

- a

- L'auteur montre ici que le condamné est une personne consciente, qui a une âme qui souffre.

- La douleur est croissante est continue, puisque le condamné est en prise avec cette souffrance morale qui le torture à chaque instant.

- La souffrance morale est plus forte que la souffrance physique, parce que le condamné a un esprit, une intelligence qui réfléchit et qui aspire à la vie.

- b

- La société doit être consciente de son acte

- Elle devra réfléchir avant de condamner un être qui pense.

- Elle croit condamner un corps alors qu'elle torture et pend un espri

Doc.2

Conscience

Du

Prisonnier

- Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.

-C'est dans cette ombre-là

- L'ignorance

- Où rampe la raison

-qui ne pense pas

- l'ignorance

- possédaient un trésor

-Leur pensée immortelle

-en plomb

-De se tourner vers vous

- demander compte de leur esprit

- qu'ils étaient l'homme

-Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau

- De la pensée éteint la flamme

responsabilité

de

de la société

- Ces voleurs avaient le droit de vivre.

- Songeons-y, l'école en or change le cuivre

- Je dis qu'ils ont le droit

-De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,

-Et de vous demander compte de leur esprit

- ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute

- Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute

- ce sont eux qui sont les dépouillés

-ce qui n'est pas leur faute

- du flambeau qu'on leur ôte ?

-Le premier crime fut sur eux-mêmes commis

- On a de la pensée éteint en eux la flamme ;

- Et la société leur a volé leur âme.

Synthèse

- a

- Les prisonniers sont analphabètes

- L'ignorance conduit au crime

-Ils avaient une conscience mais le manque d'éducation l'a tuée

- Ils peuvent demander des comptes sur leur état aux responsables

- b

-La société est responsable de l'ignorance des coupables

- La société est responsable des crimes qu'ils commettent

- C'est la société le vrai coupable.

Doc.3

Conscience

du

prisonnier

- il se replia en sa conscience et réfléchit

-Il commença par se juger lui-même

-Il reconnut qu'il n'était pas un innocent injustement puni

-Il s'avoua qu'il avait commis une action extrême et blâmable;

- qu'on ne lui eût peut-être pas refusé ce pain

- que dans tous les cas il eût mieux valu l'attendre

- que ce n'est pas tout à fait une raison sans réplique

-qu'il fallait donc de la patience

-,que cela eût mieux valu même pour ces pauvres petits enfants ;

- que c'était un acte de folie

- c'était, dans tous les cas, une mauvaise porte pour sortir de la misère que celle par où l'on entre dans l'infamie

- enfin qu'il avait eu tort.

Conscience

de

la société

- Puis il se demanda,S'il était le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire

- lui travailleur, manqué de travail, lui laborieux, manqué de pain.

-le châtiment n'avait pas été féroce et outré.

- S'il n'y avait pas plus d'abus de la part de la loi

- S'il n'y avait pas excès de poids dans un des plateaux de la balance

- Si cette peine,…, ne finissait pas par être une sorte d'attentat du plus fort sur le plus faible.

- un crime de la société sur l'individu

- un crime qui recommençait tous les jours

- un crime qui durait dix-neuf ans. […]

- il jugea la société et la condamna

- Il la condamna à sa haine.

Synthèse

- a

- Le condamné est conscient du crime qu'il a commis

- Il reconnaît qu'il n'y a pas de raison pour commettre le crime.

- Il reconnaît qu'il a tort et qu'il doit être puni.

- b

- Le condamné a volé parce qu'on lui a pas offert de travail

-Le châtiment dépasse le crime commis

- Si le coupable a commis un seul méfait, la société commet un crime qui se perpétue.

- La société est donc coupable

B- Développement

Nous allons à présent travailler les idées principales dégagées, à la lumière des indices relevés dans les trois textes, et voir dans quelle mesure ces textes se complètent, l'un corrobore l'autre, ou en quoi ils peuvent diverger.

I- La conscience du coupable:

Victor Hugo, à travers ses écrits, dont font parties ces extraits, s'attache à démontrer que le coupable qu'on condamne, est une personne vivante, qui a des sentiments et une conscience. En effet, aussi bien le «Condamné à Mort » que Jean Valjean sont en proie à une souffrance morale qu'ils expriment à travers un monologue intérieur où ils se jugent eux-mêmes.

Dans le premier cas, nous avons affaire à un intellectuel qui traduit ses tourments, liés précisément à sa capacité d'être qui réfléchit, qui est instruit, qui écrit. L'emploi des expressions «la pensée agonisante » ou encore « autopsie intellectuelle » montre que le condamné, l'est déjà par le fait même qu'il pense à son état et que les douleurs qui en résultent sont un châtiment infligé dont seul la victime est consciente.

L'intelligence dont l'être est doué, surtout quand il est instruit, a besoin de liberté pour s'épanouir, pour vivre. L'intelligence est liée à la vie. Et quand on emprisonne une personne, on la condamne déjà à mort, seulement cette mort est cruelle parce qu'elle est plus douloureuse: «une lente succession de tortures.».

Dans le troisième documents, , Jean Valjean a une sorte de sagesse pratique. Lui-aussi se juge, mais commence par jeter un regard lucide sur son état, sans prendre en ligne de compte ses sentiments. L'emploi des verbes «reconnaître » et «avouer », atteste de l'état d'esprit du prisonnier, qui énumère les différentes raisons qui justifieraient son acte, et les juge irrecevables. Le conditionnel passé souligne les reproches qu'il se fait d'ailleurs, dans une suite interrompue de complétives reflétant l'état d'esprit de quelqu'un qui a pensé à tout. Ce n'est qu'après avoir jugé ses actes, qu'il invoque la souffrance morale. Celle-ci est d'ailleurs l'occasion de penser à ses frères et sœurs, pour lesquels il a volé du pain, et qui se retrouvent dans un état plus déplorable, lui en prison; «cela eût mieux valu même, pour ces pauvres petits» le faim, et attendre la pitié des autres que se retrouver sans leur grand frère; certes il était un malheureux chétif,en comparaison de la société à laquelle il s'était pris, mais ses frères le sont davantage sans lui.

Victor Hugo présente ainsi deux sortes d'hommes en proie aux supplices de la prison, un intellectuel d'une certaine condition sociale, ses souvenirs de banquets, et d'amourettes, qui jalonnent l'œuvre d'où est tiré le passage, l'attestent, et un homme du peuple, l'archétype du travailleur que la misère guette à chaque coin de rue.

Dans son poème, notre deuxième document, il soulève une question cruciale. En effet, il s'intéresse à l'enseignement, et au rôle de l'école dans l'épanouissement de l'esprit, et l'élévation de l'âme. Les prisonniers à qui nous avons affaires ici, sont des analphabètes, qualifiés d'ignorants. Ils n'ont apparemment pas de conscience. Ce sont des brutes, dans l'état des instincts primitifs, et c'est leur ignorance qui a causé leur déchéance. Seulement, tout homme a une conscience, dut-elle être au stade de germe. C'est une conscience naïve, celle de l'innocence, celle de l'enfance. Cette «pensée immortelle», qui est comme une flamme, devaient les éclairer. C'était leur trésor, mais l'ignorance l'a éteinte. Victor Hugo souligne ici l'impact de l'analphabétisme sur la conscience. Cet impact ne se limité pas à l'éteindre, mais il la rend brutale, criminelle, orientée vers le mal. Cependant, cela ne signifie pas, que ces hommes ne peuvent pas être conscients de leur condition. Ils chercheront tôt ou tard, à se tourner vers la société pour lui demander des comptes sur leur état.

À travers, ce bref aperçu des manifestations de la conscience chez les coupables, dans les trois textes, nous nous rendons compte qu'effectivement Victor Hugo, attache beaucoup d'importance aux prisonniers en tant qu'hommes, ayant un esprit qui sait distinguer le bien du mal, et des sentiments qui les font souffrir de cette condition d'humains emprisonnés ou condamnés à mort. Ce n'est pas sans raison, que l'auteur met en avant ce postulat. Sa raison est qu'il y a derrière tout cela un vrai responsable, et qui n'est autre que la société elle-même.

Ceci nous amène à nous intéresser à la deuxième idée principale de ces trois documents, à savoir la responsabilité de la société dans la condition du prisonnier.

II-La responsabilité de la société

Dans le premier axe, nous n'avons pas respecté la diachronie, pour pouvoir opposer deux personnages adultes, coupables et emprisonnés. L'un cultivé, l'autre apparemment sans instruction. Dans ce deuxième axe, il nous semble plus judicieux, et de commencer par le deuxième document.

En effet, l'auteur met l'accent dans ce poème sur la responsabilité de la société dans l'éducation des individus en vue d'en faire d'honnêtes personnes. Et ce avant qu'ils ne tombent dans l'ombre de l'ignorance où ils vont rencontrer le crime. L'école doit éveiller la conscience déjà existante dans les enfants, leur éclairer le chemin. Les statistiques avancées par Victor Hugo attestent de la gravité de la situation. La quasi-totalité des prisonniers sont analphabètes «et signent d'une croix». Une seule déduction est possible, c'est l'analphabétisme qui a conduit ces gens en prison. Mais à qui incombe la responsabilité? Là encore, une seule réponse paraît évidente, la société. «Ce sont eux qui sont les dépouillés» affirme l'auteur. On leur a volé leur le droit à l'instruction, on leur a ravi leur conscience. Donc, s'il y a coupable, dans cette affaire, c'est bien la société qui en incarne le rôle. Certes, il y a crime de la part des coupables, mais, celui-ci n'est que l'écho d'un premier crime commis par la société, celui du manquement à ses responsabilités dans l'instruction de ses citoyens.

Pour le troisième document, Jean Valjean est peut-être un de ces gens que la société n'a pas instruit. Mais, c'est un honnête travailleur. Comment se fait-il alors qu'il se retrouve en prison? Là aussi, c'est la société qui semble responsable de son cas. Il en est d'ailleurs conscient, et il la juge dans son tribunal. La deuxième partie de son plaidoyer est une suite de questionnements qui ébranlent ses convictions premières, celles où il se reconnaît coupable. En effet, nous assistons à une sorte de révolte où le personnage rejette la responsabilité sur la société. Jean Valjean se reconnaît «travailleur… laborieux»; donc, il a rempli sa part du contrat social. Et c'est la société qui a manqué à ses devoirs. C'est elle la responsable de sa faim et de sa misère. S'il a volé c'est pour se nourrir, ou plutôt pour nourrir ses petits frères et sœurs. Quand un travailleur manque de travail, ou manque de pain, ce n'est pas sa faute. L'auteur souligne ainsi la responsabilité de la société dans la déchéance des ouvriers. Et par conséquent, quand ceux-ci sont en prison, à cause de la société, ils subissent encore la tyrannie de cette société-même qui les affament. Dans cet état de fait, le coupable se sent victime «d'un attentat du plus fort sur le plus faible». Ceci engendre en lui une profonde amertume et loin de le corriger ne fait que provoquer sa haine envers la société.

Enfin, nous terminons avec le premier document et ce pour souligner le rôle de l'instruction dans la conscience du coupable. En effet, si la société doit s'occuper de l'instruction de ses citoyens pour les éloigner des crimes, cette instruction peut s'avérer parfois une arme à double tranchant. D'un côté, elle peut blesser le coupable, comme de l'autre, elle peut s'attaquer à la société elle-même. Le condamné à mort, est un intellectuel qui forme le projet de juger la société, de l'analyser et de la faire réfléchir sur la responsabilité qu'elle dans sa propre destruction. Ici, le coupable est quelqu'un de supérieur par rapport aux gens qu'ils côtoient d'un côté, et surtout par rapport aux gens-même qui le jugent et le condamnent. Ils ne savent pas la valeur d'une personne qui réfléchit, «d'une tête qui pense». Le coupable a l'espoir de les faire réfléchir sur leurs actes. Ils sont responsables de la justice mais ils n'en sont pas conscients. Si la société persiste à condamner à mort des coupables, elle sera responsable de la perte de tant d'âmes, de tant d'intelligences, de tant de vies. L'idée d'un journal corrobore la thèse du coupable, à savoir que la société ne pense qu'à un corps à éliminer. L'écrit du condamné, en lui survivant, lui démontrera qu'un esprit ne doit pas mourir.

Conclusion

a- Conclusion objective:

Victor Hugo s'intéresse dans ces trois documents à la condition des prisonniers. Il essaie de faire réfléchir la société sur les souffrances de ces hommes et sur les failles de la justice qui les condamne. Certes, ils ont commis des crimes, mais ceci ne leur ravit pas la faculté de sentir les affres des tortures qu'ils subissent de deux côtés. D'une part, leur conscience, entre quatre murs, se réveille et leur fait un procès où ils se reprochent cruellement leurs actes ; de l'autre, l'emprisonnement en lui-même est une souffrance néfaste, qui aggrave leurs cas, puisqu'il ne fait qu'attiser leur haine et leur mépris pour ceux qui les condamnent, et qui ne sont autres que les représentants de la société.

La responsabilité de la société dans cet état de fait est claire, selon l'auteur. Tout le problème réside dans l'éducation et l'instruction et ce dès l'enfance. La société devait cultiver le germe de conscience que ces hommes avaient à leur naissance. Faute d'école, ils s'égarent du droit chemin. D'autre part, la misère où sont plongés les hommes par manque de travail, ou par pauvreté, les pousse souvent à commettre des délits, non pour satisfaire un instinct de criminalité, mais pour pouvoir juste se nourrir et vivre, en attendant des jours meilleurs.

La présence, parfois, de gens qui ne sont ni pauvres, ni incultes dans les prisons, peut avoir d'autres causes. Mais, souvent, le châtiment infligé dépasse le crime commis, à plus égards.

D'un côté, l'enfermement ne peut corriger la personne; de l'autre, la peine de mort, ne constitue en elle-même qu'un autre crime commis contre une personne qui, épargnée, pouvait servir avec son intelligence cette société elle-même qui la supprime.

Conclusion subjective:

Quelques deux siècles, nous vivons encore les mêmes déchéances de la société. Nos prisons sont archicombles, de toutes sortes d'individus, et de tous les âges.

Certes, l'instruction s'est largement répandue, au point qu'on parle dans beaucoup de pays des taux de cent pour cent d'alphabétisation. Cependant, ceci n'empêche pas les hommes de devenir criminels. Le constat énoncé dans le poème de Victor Hugo, est pourrait-on dire aujourd'hui, inversé: «quatre-vingt-dix voleur sur cent qui sont au bagne », ont déjà fait de l'école. Ajoutons à cela que les conditions de vie et les droits de l'homme se sont beaucoup améliorés, depuis, l'époque des «misérables». Nos prisons-mêmes deviennent aujourd'hui, un lieu de villégiature, où les récidivistes reviennent se reposer, se mettre à l'abri, se nourrir et se soigner, parfois même s'enrichir, avant de repartir à la conquête de cette société qui les héberge et les protège.

Quelles seraient la solution alors, pour qu'il y ait moins de gens en prison, et que celle-ci joue vraiment son rôle de maison de correction, des individus qui s'égarent?

Il paraît clair, que la responsabilité incombe encore et toujours à la société. La famille d'une part, et l'école de l'autre, doivent revoir leurs façons d'agir envers les individus qu'ils éduquent pour en faire des hommes conscients et par conséquent libres, Là une question s'impose: est-ce que le niveau d'instruction de nos élèves atteint vraiment le seuil qui leur permettrait de vivre honnêtes? Est-ce que les méthodologies et les programmes ne sont pas à revoir dans ce sens? Quand arrêterons-nous de recourir au bourrage de crânes? N'y a-t-il pas un profond enseignement dans ce conseil d'un homme qui a consacré sa vie à la condition des infortunés?

«Donc au petit enfant donnez le petit livre.

Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.»

Il nous faut donc repenser notre école, et l'éducation que nous donnons à nos enfants. Il nous faut simplifier les contenus, et se pencher sur la qualité de l'enseignement au lieu de se perdre dans la quantité des contenus. Il nous faut aussi donner l'exemple à nos enfants, en tant que parents et qu'éducateurs. Comment espère-t- on éduquer à la citoyenneté, à l'honnêteté, et au respect des valeurs fondamentales de la société quand on les néglige ou les transgresse?

Certes, on ne peut pas être tous sur le même pied d'égalité, mais cela n'empêche pas que l'on soit tous conscients, libre et satisfaits.

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Réponse N°11 32958

Parfait !
Par Samira Yassine(CS)le 2013-11-24 22:47:30

Vous excellez dans votre façon d'aborder le sujet.

C'est parfait ! Vous venez, M Jaafari, de nous fournir un document très intéressant qui nous servira tout au long de l'étude du dernier module concernant l'oeuvre de Victor Hugo.

Infiniment merci.




Réponse N°12 32959

Tout le plaisir est pour moi, Mme
Par Jaafari Ahmed(Prof)le 2013-11-25 06:12:15



Je vous remerice infiniment.





Réponse N°13 32961

Merci
Par ISLI HAMID(CS)le 2013-11-25 12:18:49

Bonjour cher ami. Nous vous remercions beaucoup ^pour ce travail très interessant. Votre manière d'approcher le sujet est originale, ce qui lui donne toute sa valeur. N'aurait-il pas été préférable de choisir des textes écrits par des auteurs différents au lieu de ceux d' un seul écrivain?

Merci beaucoup pour le partage




Réponse N°14 32963

Bonjour cher ami!
Par Jaafari Ahmed(Prof)le 2013-11-25 12:25:11



Vous avez tout à fait raison. Je voulais juste rester dans l'esprit du programme, en montrant à nos élèves que c'est une question qui a beaucoup travaillé V. Hogo, et que ce n'est pas juste une inspiration relative à un seul "roman".





Réponse N°15 32964

Oui
Par ISLI HAMID(CS)le 2013-11-25 12:29:13



Vous avez raison Si Ahmed. J'ai beaucoup apprécié votre texte.





Réponse N°16 33674

Merci !
Par alaouielismaili bouchra(Autre)le 2014-03-09 19:39:10



Nous avons tous apprécié votre texte.




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