Gargantua, commentaire composé : ch.xxvi


Hind Syah (?) [1 msg envoyés ]
Publié le :2018-11-02 19:21:19 Lu :730 fois
Rubrique :Etudes littéraires et questions pédagogiques  
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Commentaire composé : Ch.XXVI

Par Hind SYAH


Nulle guerre ni réparatrice, ni avantageuse, ni purificatrice, elle est par contre, un moyen de détruire, de ravager et de répandre les maux les plus abominables sur terre, il n'est pas donc ni étonnant, ni surprenant qu'elle soit dénoncée et stigmatisée par les auteurs à travers les siècles en l'occurrence François Rabelais dans Gargantua où il tourne en ridicule la guerre et défend les valeurs humaines, c'est dans cette atmosphère que s'inscrit le chapitre concerné intitulé « Comment Picrochole prit d'assaut La Roche-Clermault et le regret et la peine qu'éprouva Grandgousier d'entreprendre la guerre ». Dans cet épisode de la guerre Grandgousier est surpris par le recours de son ami à la ruse et la force. En quoi le passage concerné est-il une satire de la guerre picrocholine en mettant en opposition deux figures de rois et une remise en question de la légitimité de toute guerre ? Il s'agit de voir au début la parodie de la guerre picrocholine qui se caractérise par l'excès et le pillage par la suite nous allons traiter la surprise de Grandgousier et sn recours à la diplomatie, nous allons voir par la suite la dénonciation des combats et des conflits à travers deux modèles de règne aux antipodes l'un de l'autre.


Le passage concerné témoigne le pouvoir de Rabelais de transformer la guerre à une expérience esthétique, le réel insaisissable de la guerre est transfiguré donc par la fiction dans laquelle il trouve un lieu propice à la déconstruction- reconstruction du monde, le texte rabelaisien arrive à donner forme à l'informe et à puiser du sens dans le non-sens. La guerre dite picrocholine signifie dans le langage familier : un conflit absurde, voire ridicule, la guerre est déclenchée en effet à cause d'une simple raison de fouace et frère Jean des Entommeurs va essayer de défendre l'abbaye.

Cette bataille de guerre témoigne l'absurdité du conflit armé qui met terme à la vie, la tolérance et la générosité et aux valeurs humaines et par conséquent donne lieu à la destruction et le chaos : « comme il était déjà nuit, il décida de faire halte avec ses gens dans la ville, et de s'y mettre de la colère qui l'aiguillonnait » et en plus de vouloir conquérir le royaume de Grandgousier, Picrochole a l'intention de conquérir d'autres parties du monde ce qui montre l'absurdité et la futilité du « penser » de Picrochole. Ce dernier attaque d'abord le château de Gué de Vède qui est retranché à la Roche-Clermault et puis il décide d'attaquer la ville pendant la nuit. Cette gratuité de la cruauté est une manière de mettre l'accent sur la banalité des combats épiques en général d'autre part.

Grandgousier qui se trouve dans un état de bien-être, de prospérité et de commodité « Grandgousier son père, qui après souper se chauffe les couilles à grand beau feu bien clair ». L'esthétique enivrante et comique rabelaisienne pourra agir directement sur le lecteur. De ce fait, Grandgousier se montre en totale harmonie, mais cette harmonie va être interrompue par un berger nommé « Pillot » qui va annoncer la mauvaise de la guerre au roi : « Un des bergers qui gardaient les vignes, nommé Pillot se rendit ce soir-là près de lui, il lui raconta par le menu les excès et pillages que commettait Picrochole ».

Le roi philosophe ou autrement dit le roi-modèle est sous le joug d'une réalité amère et rebelle à l'interprétation, dans le même ordre d'idées Grandgousier entreprend un discours plein d'exclamations et d'interjections pour apaiser ses souffrances « Hélas, hélas ». le lecteur est pris dans ce tourbillon de mots et de sensations enivrantes « Picrochole mon ami, à qui je suis lié depuis toujours par le sang et la parenté, me vient-il donc assaillir ? », le possessif « mon » insiste sur le lien noué entre les deux rois, mais qui est trahi par le roi irraisonnable et colérique, l'enchainement et l'accumulation des questions rhétoriques « Qu'est-ce qui le pousse ? Qu'est-ce qui le conduit ? Qui l'a ainsi conseillé ?» donc cette citation illustre une politique démesurée et intolérable voire extrémiste qui ne se souci pas des liens du sang.

A l'encontre de ladite politique vient la politique tolérante et visionnaire de Grandgousier qui mène une guerre de défense seulement et cherche la réconciliation et l'épuisement de tous les moyens qui puissent instaurer la paix.

Le roi Grandgousier est décrit dans le passage comme dans tout le roman, l'exemple du roi sage, éclairé et qui ne réprime pas ses sujets, il est le serviteur et le conseillé des autres, en effet il rejette la politique de guerre d'obscurantisme et d'injustice.

Grandgousier trouve toujours l'espoir de mettre fin à l'hégémonie du fanatisme et de l'absurdité des actions de Picrochole qui use et abuse de son pouvoir pour conquérir l'espace du royaume voisin sans aucune raison justifiable, ce passage est donc un réquisitoire contre le dérapage du pouvoir et des guerres notamment épiques.


En définitive, le thème de la guerre est toujours d'actualité, dans cet épisode Rabelais illustre bien évidemment deux modèles de rois diamétralement opposés. Le bon roi sage et diplomatique et le mauvais roi, colérique irraisonnable. Rabelais fait une parodie des horreurs de la guerre et invite le lecteur à son tour de réfléchir et remettre en question la légitimité de toute guerre et ses fausses valeurs, car toute guerre est stérile quels que soient les prétextes qu'on avance pour la défendre.





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