De la philosophie au bout de la cellule


TAMSOURI AHMED (Prof) [4 msg envoyés ]
Publié le:2022-06-16 15:21:20 Lu :95 fois
Rubrique :Productions littéraires  

Nouvelle:
…Au long du boulevard Mohamed cinq ,nous marchâmes sans direction sauf
une maudite motivation si capricieuse de jeunes étudiants de langue et
littératures françaises passionnés par la culture occidentale .Nous nous arrêtions de temps à autre pour permettre à l’un de nos esprit asséché de composer un vers voire même une chanson sans rythme dont les mots n’étaient qu’une représentation utopique de nos aspirations et de nos mésaventures les plus intimes.
La nuit faisait pour nous un appât, un refuge qui retrace les limites de notre
enfance adulte, de notre vie de chiens de chasse poursuivant un rêve incertain
qui meure le jour pour rejaillir le soir sous toutes les formes sous l’ombre de la nuit comme un spectre de plomb susceptible de s’exploser dans l’horrible réalité qui nous entoure.
On ne savait pas que nos aventures seraient colorées de maladresses, de
surprises, de perte et encore d’une saveur suante lors d’une sombre nuit de
janvier ou nous sortions du foyer pour nous rendre au centre de la ville en nous
faufilions entre les larges bras des arbres qui couvrait les marches des
boutiques peuplées par les cachotiers ,les cambrioleurs et les invalides .En
arrivant à une construction coloniale devenue ,un marché de fleurs ou se rendent
les amoureux et ceux qui sollicitent la bénédiction de leurs femmes aveuglées
par le féminisme comme nouvelle émancipation du troisième millénaire.
L’un des amis se glissait les yeux vers un coin d’où se lançaient une lumière
multicolore et un bruit si énorme à point qu’il faisait une si jolie carte postale.
Tout en nous approchant de ce coin étrange, on voyait une espèce de panneau ou
figure « Aristote ».
Ah ,Aristote est un philosophe ,je crois :disait l’un à l’autre avec tant de
curiosité et de passion furieuse de vouloir découvrir cette relation unissant la
philosophie à l’espace.
Avant de nous diriger vers cette lumière agonisante, on s’est mis d’accord de
parcourir cette mésaventure qui que se soit la fin qu’en découlera.
Mamadou s’avançait au seuil, il entama une longue discussion avec un gros
cadavre vivant portant un beau manteau trois quart noir et dont les yeux
lançaient des flammes de désarroi, de colère et de malaise comme ceux d’un
chat pendant la nuit ,avant de nous faire signe d’entrer en hochant légèrement la tête.
Nous sommes, en effet, dans un bar réservé aux étudiants et aux professeurs
d’U.S .M.B.A .
« Voulez-vous qu’on rentre » : Enchaina Mamadou.
« Ben oui, toute expérience n’est rien qu’une leçon à apprendre » lui répondit
Alami.
Nous nous retrouvions bientôt à l’intérieur ou l’ambiance ne pouvait inviter qu’à la débauche médiévale, qu’à la philosophie gréco-romaine et à la sagesse
baudelairienne.
Nous nous remettions devant une table ronde, vernie de cinquante ans d’usage
sur laquelle on venait de mettre trois romans écrits en Arabe classique dont je
ne me rappelle que de celui de JEBRANE KHALIL JEBRANE intitulé [ azniha
monkasira ] ;ce fut une forme de salon littéraire qui donne aux visiteurs le gout
de bien vouloir dire et décrire .
Entre le temps de jeter un regard profond sur l’espace et ses locataires, une jolie femme d’une splendide rondeur se précipita vers nous en disant « voulez-vous du vin… » Avant de revenir au comptoir en éclatant de rire tout en faisant un clin d’œil à son patron qui n’hésita pas à mettre un Vodka citron au plateau.
Le vin avait bon et les filles avaient bon gout à une ville reconnue par son climat glaciale même s’elle se situe au centre du royaume.
Alami qui n’avait jamais vécu une telle situation se plongea dans de profondes
hallucinations, après le premier verre, tantôt parlait de son amour en reprenant
une strophe de Paul Verlaine je crois :
L’année à peine a fini sa carrière
Et auprès des flots chéris qu’elle devait revoir
Regarde !! Je viens seul m’asseoir ….
Tantôt, il se baigna dans une telle angoisse ou les larmes pesaient lourd à ses
yeux de jeunes étudiants malgré mainte tentatives de Mamadou de le consoler en
lui sculptant la femme comme un animal sauvage qui nécessite toujours d’être
redressé.
Moi, je ne voulais me mêler ni à l’amour de Alami ni à la peinture de Mamadou
je préférais au contraire me contenter d’observer toute scène susceptible être une source d’inspiration, une lampe à pétrole qui meurt pour éclairer le chemin des autres.
Quand je quittais ma place pour me rendre aux toilettes, j’apercevais un visage
barbu couvert de cheveux trainant jusqu’aux épaules ; un visage déjà vu à la
cour immense de la faculté lors des cercles discursifs des partis de la gauche que je reconnaissais d’apparence.
Après des salutations d’usages, sous réserve, Abdo se mettait à me poser des
questions tant emblématiques qu’étranges ; il cherchait sans doute me
convaincre de rejoindre ses camarades .Je lui ai demandé de nous rejoindre à la
table pour pouvoir discuter son offre.
Effectivement, Abdo et ses amis vinrent rejoindre à la table en saluant Mamadou
et Alami qui avait perdus les pédales.
Alors que Abdo exposait les grandes lignes de son organisme socialistecommuniste dès la naissance jusqu’à la tripartition, comme il avançait, la jeune femme jetait de temps en temps un regard inquiet sur la table.
J’étais persuadé que son regard dissimule la trame d’une histoire étrange dont
nous feront peut-être l’objet, mais je n’étais pas certain que derrière cette
féminité hallucinante il y aura un informateur auprès des autorités locales,
personne ne le savais encore car il s’agissait d’une femme très aimante et si
courtoise que l’on ne peut jamais douter.
A peine Abdo acheva son discours auquel on faisait de stupides apprenants, la
femme se précipita vers nous en faisant semblant qu’elle cherchait le compte
pour se glisser l’œil machinalement sur une conférence de LININE en Russe et
traduite à l’Arabe classique sur la table que j’avais épinglé quelque part à la
maison.
Cette nuitée rouge pesait lourd à nos yeux de jeunes hommes français de têtes
dans la mesure où elle représentait un fil étincelant, un appât pour nous
rafraichir l’âme et l’esprit de la vie exubérante qu’on menait aux foyers dévastés par la misère, l’ignorance …
Le monde qu’on aspirait de vivre était tant virtuel que réel, il relève des belles reliures de SARTRE, de PLATON, de BAUDELAIRE…un monde ou la culture
arabe n’est qu’un moyen pour se comparer aux autres ; aux jeunes de l’autre
bout de la planète ou rien ne manque que le gouffre, le néant et la pudeur des
âmes damnées pour l’éternité.
Les nuit d’Aristote se succédaient chacune sa charge de joie, de solitude et
d’angoisse qui nous imprimait sa meurtrissure.
Par un après-midi du mois d’Avril ; la vieille du premier Mai nous nous
dirigions à Aristote pour bénéficier encore d’une rosée philosophique … on se
mettait à la même table .Ce soir ne ressemblait à aucun autre ;il m’est venu un
pressentiment étrange ,un sentiment de captivité envahissait mes membres qui
tremblaient de froid .J’essayait mainte fois de me consoler en jetant de temps à
autre un regard plein de timidité sur la silhouette de cette vénus ,de ce charme
inédit battant dans sa jupe de jeune écolière afin de rentrer dans les parois les plus intimes pour réjouir d’un peu de féminité à travers le regard.
Minuit vient de sonner, nous demandions à la femme de nous faire le
compte « vous êtes des invités d’honneur aujourd’hui » répondit-elle d’un
sourire blanchâtre qui m’inspirait tant d’exclamations.
A peine sortis d’Aristote, deux hommes venaient de se planter à nos pieds en
nous ordonnant gentiment de les accompagner au bureau :
« Quel bureau » demanda Mamadou d’un ton énervé.
« Vous le saurez bientôt, soyez patient camarades »répondit l’un d’un air
autoritaire.
Après dix minutes de marche, nous sommes à la principale ; au bureau de la
sureté nationale, à la rencontre d’un commissaire plus large que haut dont le
visage inspirait un certain dégout…
« Bienvenue chers camarades » disait-il d’un ton ironisant en épinglant de son
casier un bouquet de photos qui faisaient les notre en compagnie de Abdo le
premier jour à Aristote ; à ce moment-là je viens de m’assurer que ce fut un
interrogatoire de futurs détenus politiques qu’il cherchait à conclure.
Toute sorte de questions se battaient à mon esprit dont la première c’était
comment on a été photographiés et par qui ? Est c’était bien la femme qui…
La rencontre d’Abdo était-elle la bonne raison de cette mésaventure
soupçonnée ?
C’était certes un interrogatoire mais sous forme un entretien psychotechnique
que l’on fait au système militaire ou le candidat ne doit absolument pas se
contredire .J’ai gardé un vif souvenirs de cette espèce de Bourreau dont la
démarche ne peut que présenter les abus que l’on fait subir à ceux qui se veulent avertis de la situation sociopolitique contraignante, à ceux qui expriment leur malaise en aspirant au meilleur.
A quatre heures matin, une autre figure vient nous rejoindre au bureau du
commissaire et qui lui était si différent paroles et corps. Il était un gentilhomme qui frisait la quarantaine, à qui la divinité a révélé la bonté de tous les hommes, la sagesse de ceux qui agissent et non celle d’un pseudo-philosophe se contentant de la question en elle-même et pour elle-même.
Après dix minutes de face-à-face entre le commissaire et cet ange de bon
augure nous étions libérés sous l’intonation de diverses mises en gardes …
Nous nous trouvâmes bientôt au boulevard Hassan II ,les bruit de la nuit
bourdonnaient encore à nos oreilles comme un marteau ,comme de grosse
mouches autour d’une charogne dont il ne reste qu’un ancre noirâtre pour vous
peindre l’horrible réalité qu’entourait de pur lionceaux trop agités, trop motivés comme un dormeur de val .
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