De la culture


oukessou mourad (Prof) [4 msg envoyés ]
Publié le :2020-05-25 08:48:30 Lu :120 fois
Rubrique :Etudes littéraires et questions pédagogiques  
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Parler de la culture, c'est parler de la tradition, des mœurs, des us, des coutumes, des langues, des dialectes d'un peuple, d'un pays, d'un espace particulier, d'une majorité, d'une minorité. Bref, il se trouve qu'il s'agit bien entendu de tout un héritage humain d'un espace particulier. Ainsi, chaque peuple jouit d'une culture spécifique qui se croise, certes, avec les autres cultures ; mais celles-ci différent assurément entre elles à propos des représentations et des perceptions des objets, des notions voire des concepts.

Dans cette perspective, la culture japonaise et la culture arabe s'inscrivent apparemment toutes les deux dans une culture où le spirituel domine au détriment du charnel.

Or cette similitude à ce niveau n'empêche que ces deux cultures orientales se distinguent au sujet des représentations et des perceptions de certaines questions tels que le corps et le beau. Celui-ci nous entraîne certainement vers le champ de la philosophie où la recherche de la vérité supporte diverses possibilités d'où la perspective subjective de ce concept qui est lié visiblement à la question du beau et de l'agréable.

Pour ce qui a trait au corps, il se trouve que la religion constitue, en ce sens, un trait distinctif pour sa représentation dans ces deux cultures.

C'est pourquoi, tout ce cela suscite des interrogations et des questions à ce propos : La représentation du corps dans la culture japonaise diffère-t-elle de celle dans la culture arabe? Quels sont les aspects évidents de cette différence? Le beau, en tant qu'un concept universel voire philosophique, comment est perçu par ces deux cultures?

Ainsi, nous sommes appelés, dans ce cadre d'étude, de mettre la lumière sur la représentation du corps tant dans la culture japonaise que dans la culture arabe par le biais de la religion et par celui de la nudité, cela d'une part. D'autre part, la perception du beau sera, dans ce présent travail, l'objet d'une esquisse comparatiste à la fois dans la culture japonaise et dans la culture arabe.


Le corps humain est le plus souvent envisagé dans son seul aspect biologique. Il est l'emblème où la culture veut inscrire ses signes comme autant des blasons. Il est également le moyen d'incorporation de l'individu dans la société, comme il est aussi dépositaire de l'ordre social. Le corps est, par là, historique, culturel et mémoire. Mémoire, dans le sens, où même si l'être désire changer de nom, opte pour une langue ou une autre, embrasse une culture, son corps lui continuera à porter le dualisme et restera le souvenir-mémoire par lequel l'aliénation persistera à s'exprimer. En bref, le corps est façonné par et pour la société et par les figures sociales spécifiques. De là, il incombe à nous d'inférer que la question de la représentation du corps diffère d'un pays à un autre et d'une culture à une autre. C'est pourquoi, et dans cette optique, nous nous interrogeons à propos du corps et notamment sur sa représentation dans la culture japonaise et dans la culture arabe.

Celle-ci est visiblement l'image de la culture islamique. Une culture où le corps est marqué par un défaut de fond: son antinomie radicale par rapport à l'esprit, laquelle, comme le rappellent de façon exemplaire les doctrines gnostiques, le relègue dans les dimensions du négatif, en tant que fardeau ou prison dont l'homme doit se libérer pour atteindre l'absolu.

Sur la réalité corporelle pèse un lourd soupçon qui s'exprime à travers la dialectique entre pureté et impureté car à cette réalité corporelle on attribue le pouvoir de contamination: à travers l'idée de corps impur, on exprime la conscience des dangers qui menacent autant l'individu que la société ; ces dangers peuvent avoir les formes du pêché, de la maladie, de la ruine, de la désagrégation. Le corps devient alors objet de tabous et la négativité de ses manifestations est contenue par de multiples pratiques de contrôles, d'interdiction, d'éloignement.

Le thème du corps impur est partant exploré à plusieurs niveaux. Et nous nous contentons de faire allusion ici à la personne qui de par son métier entre physiquement en contact avec les impuretés et frappé par le tabou de la saleté. Dans d'autres cas et toujours plus fréquemment au fur et à mesure qu'on s'approche de la littérature, le thème est décliné dans les modes du discours métaphorique. L'impureté individuelle peut alors masquer la corruption générale du corps sociale ; ou bien, en accusant le caractère de contamination de menstruation, elle peut souligner l'infériorité et la dangerosité de la femme. C'est le cas de l'œuvre de Taher Ben jelloun intitulée la nuit de l'erreur où le corps de la femme Zina, personnage principale de l'histoire, est frappée par la malédiction au point qu'il détruit la vie de tout homme essayant de le toucher ou de jouir avec dans la mesure où Zina est née dans un jour où elle ne doit pas être née. Un jour qui a rendu son corps impur voire maléfique.

Quant à la culture japonaise, le corps est représenté différemment pour elle du fait qu'il se libère de la perspective divine et à la vérité de la notion du pêché. Au contraire, le corps est pris dans sa dimension où il est objet et sujet de plusieurs métamorphoses et de nombreux changements. Cela dit, il est destiné à entrer en communion avec ce qui l'entoure d'une manière à ce que la personne se sépare de son corps pour atteindre en quelque sorte cette maîtrise absolue de soi. En bref, on est face à l'esprit du bouddhisme à titre d'exemple la jeune fille et la mort de François LACHAUD où il aborde dans une de ses thématiques le corps au Japon en tant qu'objet assujetti apparemment aux règles bouddhiques. Lesquelles s'articulent autour des notions tels que le détachement du monde, le renoncement à la chaire voire le cheminement vers la chasteté.

A cette perspective religieuse où nous avons parlé du corps que ce soit dans la culture arabe ou dans la culture japonaise, s'ajoute une autre par laquelle nous entamons également cette question à travers la notion de la nudité.

Le corps dans la culture Japonaise, n'est pas visiblement le centre de sa représentation. Il n'a de valeurs esthétiques qu'en relation avec les vêtements. Autrement dit, le corps a une fonction modale dans la mesure où il met en valeur les vêtements. Alors que ceux-ci rendent grâce à la beauté de la chaire. A titre d'exemple, ce passage d'une nouvelle de Kawabata intitulé: Sur le tapis de feuilles éclairées par la lune:


et, il arriva qu'au même instant, l'une de mes mains, s'étant glissée par hasard entre le Kimono et le peau nue de la dame Miyagi, se trouva serrer un sein tiède et doux de forme allongé, cependant qu'une des mains de la dame (…) s'était posée sur mon membre qu'elle tenait d'une prise franche et solide, l'ayant sorti de mes vêtements comme pour procéder à l'effeuillage d'un rameau.“ P.221


En contrepartie, le corps nu dans la culture arabe s'inscrit dans la cadre de l'interdit et surtout du pêché. C'est dire qu'il sera source de mal et de vice dans la mesure où ce corps nu va apparemment enfanter des conduites profanes telles que la prostitution et l'adultère. C'est pourquoi le corps nu, dans cette culture, doit être voilé et caché. A ce propos, les femmes arabes sont vraisemblablement tenues de porter un voile qui protège leurs corps des regards sensuels des étrangers. Autrement dit, la femme ne se dévoile que pour son mari puisque les références religieuses et surtout islamiques permettent à ce couple de jouir l'un de l'autre.

Cela revient à dire que l'absolu et le pur des choses n'existent pas ; il n'y a vraiment que des opinions relatives qui supportent la discussion et le débat.

Si la représentation du corps est ainsi dans la culture arabe et dans la culture Japonaise. Qu'en est-il pour la notion ou le concept du beau dans ces deux mêmes cultures?

Alors, avant d'entamer cette étude comparatiste à propos de ce sujet. D'abord qu'est ce qu'on veut dire par le beau? Une question apparemment simple au niveau littéral du mot, or elle constitue une problématique au niveau conceptuel.

Saint Thomas, qui avait autant de simplicité que de sagesse, définit le beau ce qui plait à voir. Ces quatre mots disent tout ce qu'il faut: une vision, c'est-à-dire une connaissance intuitive, et une joie. Le beau est ce qui donne la joie, non pas toute joie, mais la joie dans le connaître ; non pas la joie propre de l'acte de connaître, mais une joie qui surabonde et déborde de cet acte à cause de l'objet connu.

Le beau est essentiellement objet d'intelligence, car ce qui connaît au sens plein du mot, c'est l'intelligence, qui seule est ouverte à l'infinité de l'être. Le lieu naturel du beau est le monde intelligible, c'est de là qu'il descend. Mais il tombe aussi, d'une certaine manière sous les prises des sens, dans la mesure où chez l'homme ils servent l'intelligence et peuvent eux-mêmes jouir en connaissant.

Ainsi, l'homme peut sans doute jouir du beau purement intelligible, un beau propre de notre art, qui travaille une matière sensible pour faire la joie de l'esprit. Le beau est donc le resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matière, c'est dire qu'il est une fulguration d'intelligence sur une matière intelligemment disposée. L'intelligence jouit du beau parce qu'en lui il se trouve et se reconnaît et prend contact avec sa propre lumière.

Bref, le beau des choses sort d'une intelligence qui met en valeur leur auteur. De là, une notion intimement liée au beau surgit ; il s'agit bel et bien de l'art. Lequel a pour fonction de créer le beau. C'est dire la seule fin de l'art est l'œuvre, surtout la beauté de l'œuvre.

Dans cette perspective, la culture arabe regorge d'œuvres d'art où le beau prône et fascine. A cet égard, la mosquée Hassan II du Maroc dévoile tout un héritage de l'architecture islamique. Une architecture où la forme de la construction, la calligraphie arabe, la mosaïque constituent visiblement des éléments inexorables pour la réalisation du beau.

Sans compter que l'histoire de la littérature arabe lève également le voile sur des productions littéraires où tout lecteur avisé ne peut qu'être plongé dans l'extase et s'emplir des sensations d'allégresse et de volupté. C'est le cas des sept suspendues, recueils de poèmes pour des poètes arabes de renom tels qu'Antar Benchadad, Tarafa Ben Lâbd, Imrio Lkaïs. Un recueil où les poètes chantent leur courage, la magnanimité, la générosité, bref le sublime; et où les mots perdent leurs valeurs aux dépens d'un sens dominé par le poétique et même par l'hermétique.

Quant à la culture Japonaise, les travaux artisanaux sont assurément l'image où tout regard étranger peut sentir, percevoir et même jouir du beau. A ce propos, la céramique, la poterie dévoilent un art traditionnel. Un art qui rend cette culture singulière dans la mesure où les objets artisanaux sont presque tous décorés par des dessins propres à la culture japonaise tels que les dragons et les formes uniques des maisons japonaises, cela d'une part. D'autre part, l'art de la calligraphie est l'un des domaines artistiques où le beau apparaît nettement. Autrement dit, la perception de l'espace et le sens des proportions, caractéristiques toutes japonaises qui se retrouvent dans l'architecture, l'aménagement intérieur, le design, bref, dans presque tous les domaines de la vie quotidienne, sont traduit apparemment par l'encre de Chine sur papier.

A ce sujet, le calligraphe japonais Suichû Tomoko Klopfenstein-Arii, illustre cela clairement par ses travaux particuliers tels que “composition“, “énergie“, “Ein Mensh“, “Matin“, “Vent“,…etc.

Par ailleurs, la littérature japonaise aborde également le beau avec ses productions littéraires d'une manière à la fois implicite qu'explicite. Toutefois, il se trouve que le beau, en ce sens, s'inscrit dans une dimension ambivalente du fait que son développement au sein de la trame narrative des textes sort des normes connues. A savoir la beauté dans le Pavillon d'Or de Mishima ne suscite pas l'amour; au contraire elle est destructrice puisque le personnage principal de ce roman va jusqu'à brûler ce Pavillon d'Or non pas par animosité ou par haine, mais seulement par fascination, par séduction et peut être par jalousie. Et c'est le cas encore de la nouvelle de Kawabata intitulée : la beauté, tôt vouée à se défaire. Laquelle dévoile l'histoire d'un romancier saisi par la beauté du cadavre d'une femme morte et comme en témoigne ce passage:


Même en étant tué de cette manière, même en devenant un cadavre dans les yeux se détournaient, par l'intermédiaire de l'appareil photographique, il avait saisi l'occasion de montrer sans aucune réserve toute l'étendue de la vitalité de sa jeunesse.“ p.101.


Cela revient à dire que la beauté au Japon n'a de valeur qu'en nouant des liens avec d'autres notions telles que la mort et même la jalousie.


Somme toute, la représentation du corps et la perception du beau que ce soit dans la culture japonaise ou dans la culture arabe, se distinguent et se différencient dans la mesure où chaque culture a sa propre histoire voire sa propre mémoire. C'est dire qu'elles se construisent dans une culture selon des références religieuses, historiques, sociales, politiques, économiques, bref, c'est tout un réseau de domaines liés à cette culture. A cela, nous nous demandons est-ce possible que la représentation d'un objet et la perception d'une notion prennent plusieurs formes dans une seule culture ou restent-elles figées en dépit de la mobilité et les échanges culturels?



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