Credo


sanguinette (?) [1 msg envoyés ]
Publié le:2008-12-01 12:37:14 Lu :523 fois
Rubrique :  

Je crois qu'il faut voir dans cette scène le choc de deux modes de pensées antinomiques à travers le rapport qu'entretiennent les deux personnages avec le religion et avec les fins dernières (dimension eschatologique : mort, la vie après la mort, l'enfer, le diable etc.)
D'un côté, Sganarelle représente la croyance populaire où se mêlent le bon sens (argumentation) à la superstition (légende du Moine bourru), de l'autre, Dom Juan, le libertin matérialiste qui tourne en dérision toute croyance métaphysique, et prône une religion arithmétique, scientifique, une vérité exacte qui se suffit à elle-même.
Cette scène tire donc sa force de la rencontre de deux extrémités :
- L'homme du peuple, naïf, qui n'a point étudié, mais qui, étant déguisé en médecin, a entrepris de convertir son maître et de lui prouver l'existence de Dieu. Mais la situation est en sa défaveur, car malgré sa bonne volonté et son désir sincère de sauver l'âme de Dom Juan, il n'a pas les moyens (intellectuelles, discurisfs, oratoires, etc) nécessaires pour gagner la joute verbale qu'il engage. Il est handicapé par son statut inférieur, mais aussi par ses maladresses corporelles : en trébuchant, il donne l'occasion à dom Juan d'invalider la totalité de son raisonnement qui devient burlesque.
- Le libertin aguerri qui maîtrise les subtilités du langage et des stratégies discursives et oratoires beaucoup plus fines. Don Juan refuse d'abord de se laisser entraîner dans la polémique (Laissons cela) mais, devant la ténacité de son valet, il laisse ce dernier s'épuiser dans son propre discours.
Il a y donc un déséquilibre patent entre les deux personnages (les deux positions): l'issue de la joute verbale et argumentative est en faveur de l'athée [pour cela on a même soupçonné Molière d'impiété] :
le défenseur de la religion a trop de handicaps :a- il est en position d'infériorité sociale (valet) b- il est naïf c- il n'a pas fait d'études (il manque d'arguements : "je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt") d- il est lui même un contre argument de ce qu'il dit : il incarne l'imposture, car en se déguisant en médecin il a trompé les gens en leur inscrivant des recettes qui peuvent accélérer leur passage à cet au-delà auquel en croit pas son maître; et surtout, par son imposture, il donne à don Juan un arguement de taille : les apparences sont trompeuses : la seule vérité serait donc celle qui ne tolère pas l'erreur : l'arithmétique. e- par ses maladresses verbales et corporelles, il finit par invalider son propre raisonnement qui, par métonymie, se casse le nez. La scène de la conversion ratée se transforme en une scène burlesque.
Résultat : l'échec de la conversion et l'aveu d'impuissance de Sganarelle qui, contrairement à ce qu'aurait fait un bon religieux, lâche prise et laisse son maître à son sort: " Croyez ce que vous voudrez: il m'importe bien que vous soyez damné!"
Sganarelle a quand même pu pousser Dom Juan à révéler un autre aspect de son matérialisme, son credo libertin et arithmétique. à triple reprises, don Juan utilise l'expression "je crois..." [credo] la première fois, dans une interrogation réthorique, pour reprendre la question de Sganarelle (cette reprise n'est pas fortuite : elle témoigne d'un certain mépris du libertin, ou du moins, en introduisant un moment d'attente, renforce le deuxième credo donjuanesque). la deuxième fois, don juan dit :
"Je crois que deux et deux font quatre, sganarelle, et que quatre et quatre sont huit." la vérité mathématique pour lui prime sur toute autre vérité parce qu'elle est immédiate, irrévocable. mais c'est le troisième credo du libertin qui est plus intéressant " tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés." : admirez le jeu de mots et la syllepse. le raisonnement de Sganarelle qui est sensé montre la bonne voie au libertin l'a égaré : bien sûr l'égarement ici a un sens littéral, (ne pas reconnaître le chemin) mais aussi un sens religieux : quitter la bonne voie, la voie de Dieu. Mais dom Juan ne reconnaît que la première, celle dont on peut se rendre compte avecles sens
L'étude de cette scène ne peut être complète si on étudie pas la scène suivante, la fameuse rencontre avec le pauvre, scène qui donnera à don juan l'occasion de riposter aux arguments de son valet en tentant l'action contraire : à la tentative de conversion de Sganarelle, il oppose une tentative (diabolique). En tentateur, il essaie de pousser le pauvre à parjurer en contrepartie d'un Louis d'or.
Voici donc un plan possible pour le commentaire composé de la scène 1 de l'acte III:
Problématique: une joute verbale déséquilibrée
Esquisse de plan:
1- Sganarelle, une argumentation minée de l'intérieur (étudier dans le cadre de cette partie l'argumentation dans le texte)
2- les credos du libertin: la contre attaque.
3- une scène burlesque
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D'autres liens :
  • Monographie de Don Juan de Molière Par Bouchta Es-sette
  • Monographie de Don Juan de Molière Par Denis Lopez
  • Don Juan de Molière [commentaire composé, ac1, sc2] Par Denis Lopez
  • Don Juan, la mesure de la démesure Par Aziz Bouachma


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