Cpge - épreuve cnc -2017 (résumé et dissertation)


marocagreg  (Admin) [2251 msg envoyés ]
Publié le :2017-05-22 20:06:23   Lu :1626 fois
Rubrique :CPGE  
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TEXTE

Le mot tyran primitivement n'avait pas, en Grèce, de signification morale. Il désignait simplement le chef, le gouvernant. Il a pris dans le langage vulgaire une valeur péjorative, parce qu'il a été appliqué exclusivement à une espèce particulière de chefs: les chefs sans légitimité, qui s'emparent du pouvoir par la violence et exercent une autorité arbitraire.

5 Ces chefs étaient le plus souvent des meneurs populaires. «Le plus grand nombre des tyrans a été auparavant des démagogues auxquels le peuple faisait confiance, parce qu'ils intriguaient contre les aristocrates ... parce qu'ils étaient ennemis des riches» (Aristote). C'est par la démagogie', lisons-nous dans les auteurs anciens, que le démagogue s'assure l'appui du peuple. Il promet la réduction ou la suppression des dettes, le partage des grandes propriétés. Ayant ainsi suscité l'hostilité des grands, il

10 prétend être menacé dans sa vie, il obtient du peuple une garde de corps, il rassemble une troupe d'hommes armés.$Un jour, il aura la force de renverser la constitution et d'établir sur le peuple qu'il a flatté et qui l'a soutenu, un pouvoir personnel.

Tel est dans ses grands traits le récit courant. À partir de ces faits se sont développées les considérations des philosophes et des historiens. Les premiers ont surtout retenu la leçon morale, le

15 phénomène psychologique. Le régime démocratique, celui où le peuple tout entier est souverain, où chaque citoyen participe aux affaires de la cité, est aussi celui qui laisse à l'individu le maximum de liberté. Or, la tyrannie passe pour celui où, tout au contraire, l'individu est dépouillé de ses droits et de ses privilèges. D'où l'interprétation classique, formulée par Platon: «Tout excès amène une violente réaction: de l'extrême liberté naît la servitude la plus complète.»

20 Cette formule résume l'idée la plus répandue sur l'origine des tyrannies: un mal engendre un mal contraire. De la licence2 nait le despotisme. Pour n'avoir pas voulu obéir, en hommes libres, à des hommes libres, on finit par obéir, en esclaves, à. des esclaves. La liberté est le principe de la démocratie,

elle la fait naître, mais, à force de s'étendre sans limites et sans freins, elle finit par la faire mourir.

Ce qui importe d'ailleurs, c'est moins le fait que les formes opposées se succèdent, que la

25 psychologie de cette transformation. C'est l'homme démocratique, nous dit Platon, qui devient tyrannique à mesure que, sous prétexte de liberté, il ne connaît plus d'autre loi que celle de son bon plaisir pour devenir finalement esclave de ses désirs. Comme à chaque constitution correspond un type humain, l'asservissement des âmes aux passions entraîne l'asservissement des citoyens à des maîtres, aussi aveugles et despotiques que les passions elles-mêmes. Et ces maîtres pourtant sont indispensables:

30 si les individus ne sont plus capables de se discipliner eux-mêmes, ils requièrent un despote 1...1.

Cette corruption de l'esprit public, dans l'élite et dans le peuple, Platon l'explique par ce que nous appelons le phénomène des générations. Le fils de l'homme démocratique risque de devenir tyrannique, si on ne lui a pas inculqué certaines vérités morales, si, élevé dans une atmosphère d'anarchie, il n'a connu de la liberté que ses facilités et non ses obligations. C'est une vérité générale qu'un régime est

35 menacé, dès lors que les héritiers de ceux qui l'ont créé en reçoivent les privilèges, sans conserver vivante la foi qui animait les fondateurs.

De plus, c'est une vérité particulière aux démocraties que les régimes populaires ne peuvent vivre que si les lois et les mœurs leur donnent une assiette solide. La corruption des démocraties, aux yeux des philosophes grecs, se définit par le fait que «le peuple se met au-dessus des lois »• Ou encore que

40 les individus conçoivent faussement la liberté, l'interprétant comme le droit d'agir selon le bon plaisir alors que la vraie liberté consiste à agir conformément aux lois et à la morale. Le démagogue est l'orateur

1 Démagogie : politique par laquelle on flatte, on exploite les sentiments, les réactions du peuple.

2 Licence : liberté excessive ; désordre, anarchie qu'entraîne l'absence de contraintes, de règles.

1

qui flatte le peuple, qui l'engage à violer les règles de la coutume et de la constitution, à s'instituer lui-même en tyran: le démagogue, nous dit-on, est celui qui contribue à faire du peuple un tyran, avant de s'ériger lui-même en tyran au-dessus du peuple, triomphant et asservi.

45 L'antinomie3 essentielle, à l'intérieur de la démocratie, est donc, d'après les Anciens, celle de la liberté et de la légalité. Dans l'existence individuelle comme dans la vie publique, le droit de décision ou d'initiative qui appartient aux personnes ou à l'assemblée, doit comporter des limites: celles que fixe la discipline morale à l'intérieur des consciences et la discipline des lois dans la cité. Mais ces disciplines s'effondrent et le conflit éclate, si les individus ou les masses n'écoutent plus que l'appel de leurs désirs.

Raymond Aron, L'homme contre les Tyrans, Gallimard, 1946, pp 207-209.

I - RÉSUMÉ DE TEXTE (8 points)

Vous résumerez le texte ci-dessus en 100 mots avec une marge de tolérance de 10%.

Vous indiquerez obligatoirement le nombre total de mots utilisés en bas de votre copie et vous aurez soin d'en faciliter la vérification en mettant un trait vertical tous les vingt mots.

Des points de pénalité seront soustraits en cas de non-respect du nombre total de mots ±10% utilisés.

RAPPEL : On appelle mot, toute unité typographique signifiante séparée d'une autre par un espace ou un signe de

ponctuation.

Exemples

  • c'est-à-dire = 4 mots ; j'estime = 2 mots ; après-midi = 2 mots

  • Mais : aujourd'hui = 1 mot ; socio-économique = 1 mot, puisque les deux unités typographiques n'ont pas de sens à elles seules.

  • A-t-il = 2 mots car “t“ n'a pas une signification propre.


H — DISSERTATION (12 points)

« L'asservissement des âmes aux passions entraîne l'asservissement des citoyens à des maîtres. » Raymond Aron, L'homme contre les Tyrans, Gallimard, 1946.

Cette réflexion de Raymond Aron s'accorde-t-elle à votre lecture du Discours de la servitude volontaire de La Boétie, des Lettres persanes de Montesquieu et d'Une maison de poupée d'Ibsen ?

FIN DE L'ÉNONCÉ

3 Antinomie : opposition, contradiction.



CPGE - épreuve CNC -2017 -1
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