Commentaire grammatical sur la négation (les pensées)


GUERBELMOUS Noura (?) [23 msg envoyés ]
Publié le:2017-04-11 09:58:11 Lu :3083 fois
Rubrique :Agrégation  
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Commentaire grammatical

sur la négation

présenté par Noura GUERBELMOUS


Support : fragment n°182, « Prosopopée » extrait de la liasse intitulée « APR » (À Port-Royal), Le projet de juin 1658, Les Pensées de Blaise PASCAL, éd. Classiques Garnier 2011, p.p.241-243.


La négation est un phénomène qui revêt un caractère sémantique, lexical ainsi que grammatical. Et c'est celui-ci, c'est-à-dire le trait grammatical de la négation, qui serait l'objet de notre analyse.

La négation grammaticale, qui s'oppose donc à l'assertion, use de procédés grammaticaux consistant à exprimer la négation sous des formes variées en l'occurrence les adverbes « non » et « ne », accentués ou non au moyen d'autres adverbes dits aussi « forclusifs » ou encore « les marqueurs de négation ». Citons en guise d'exemples : « pas » ; « point » ; « plus » ; « jamais » ; « guère » ; etc.

La phrase négative fait appel également à des pronoms « personne » ; « rien » ; des déterminants « aucun » ; « nul », etc.

Il est à souligner que c'est la structure corrélative qui caractérise la négation. Ainsi l'on distingue la négation totale, partielle et exceptive (ou restrictive).

Nous avons choisi donc comme principe de classification la portée de la négation.

Aussi nous allons étudier d'abord la négation totale. Ensuite nous allons voir la négation partielle avant de traiter la négation exceptive.

Dans le présent passage, nous avons repéré maintes occurrences de la négation dont la négation totale illustrée par 10 propositions mises à la forme négative au moyen des deux adverbes corrélatifs récurrents dans ce passage « ne…pas » et «ne…point » ; en plus de 4 occurrences de négation partielle et 4 occurrences de négation exceptive.

Au fait, la négation totale affecte la phrase dans sa totalité par le biais des deux forclusifs « pas » et « point » dont 7 occurrences des deux corrélatifs « ne…pas » dans une proposition à la modalité interrogative : « Comment auraient-ils donné des remèdes à vos maux qu'ils n'ont pas seulement connus ? » (l.17) et dans six autres à la modalité assertive :

«Mais je n'ai pas voulu que cette connaissance fût si ouverte » (l.10) ;

« Ce n'est pas là le moyen de vous guérir de vos injustices » (l.27);

« Je ne demande pas de vous une créance aveugle » (l.30) ;

« Vous n'êtes pas dans l'état de votre création » (l.35) ;

« il est impossible que vous ne les reconnaissiez pas » (l.36-37) ;

« et voyez si vous n'y trouverez pas les caractères vivants de ces deux natures. » (l.39).

En plus de 3 occurrences des deux corrélatifs «ne…point » dans deux propositions à la modalité assertive :

« connaître que ce n'est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien.» (l.3-4) ;

« le moyen de vous guérir de vos injustices, que ces sages n'ont point connues. » (l.28).

En plus d'une à la modalité impérative « Ne cherchez point de satisfaction dans la terre » (l.13). La négation acquiert ici la valeur de défense.

Par surcroît, nous avons dégagé un cas particulier où la négation est restreinte à un élément unique à savoir l'adverbe « n' » qui est utilisé seul : « ils n'ont pu le faire » (l.5).

Dans cet exemple, ce mot « clitique », qui est souvent adossé au verbe qu'il précède du fait qu'il s'agit d'un adverbe atone (inaccentué), fonctionne seul vu la présence du verbe modal à valeur de possibilité à savoir « pouvoir » mis au passé composé «ont pu ».


Quant à la négation partielle, elle n'affecte qu'une partie de la phrase à l'aide d'autres marqueurs de négation liés à « ne ».

Nous avons repéré dans cet extrait 4 occurrences de négation partielle dont nous distinguons l'emploi du pronom « rien » qui en principe désigne la négation d'un groupe nominal « des hommes »: « n'espérez rien des hommes. » (l.13). Laquelle négation correspond dans la forme assertive à la proposition : « espérez quelque chose de ces hommes ».

La deuxième occurrence de la négation partielle a recours à l'adverbe « non » qui est un adverbe autonome, tonique (accentué) indiquant une opposition de deux groupes au sein d'une seule et même proposition : « Si on vous unit à Dieu, c'est par grâce, non par nature. Si on vous abaisse, c'est par pénitence, non par nature. » (l.32-33).

Ici, l'adverbe « non » désigne une négation d'un seul constituant non verbal de la proposition à savoir le groupe prépositionnel évoqué à deux reprises : « par nature ».

Il est à signaler que le « non » est certes un adverbe de négation mais la structure dans laquelle il s'introduit est une structure coordonnée, il nie donc une partie de la proposition où il oppose deux éléments conçus comme antithétiques « par grâce » et « par nature » et puis « par pénitence » et « par nature ». Il précède alors le second constituant qu'il affecte et nous pouvons même lui substituer « non pas ».

Les deux dernières occurrences de la négation partielle recourent à l'emploi de la conjonction de coordination « ni » dont on use en corrélation avec l'adverbe « ne » dans :

« connaître que ce n'est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien.» (l.3-4).

Et dans « Ils ne savent ni quel est votre véritable bien, ni quel est votre véritable état » (l.6-7).

Dans ces deux occurrences, la conjonction de coordination « ni » a pour rôle grammatical de coordonner des constituants négatifs tels les groupes nominaux dans le premier exemple « la vérité » et « le bien » et les deux propositions en entier dans le second : « quel est votre véritable bien » et « quel est votre véritable état ».

Il est à retracer que le « ni » est repris deux fois dans chacune de ces deux occurrences puisqu'il coordonne ici deux éléments qui relèvent de la même nature grammaticale et qui assurent la même fonction syntaxique.




Pour ce qui est de la négation exceptive, nous avons repéré 4 occurrences dans ce texte :

Il s'agit, dans toutes ces occurrences, du corrélatif « ne…que » composé de l'adverbe « ne » et de l'élément « que ». Celui-ci n'est pas conçu comme étant un forclusif, mais comme un simple indice de la négation exceptive. Lequel introduit des mots assurant différentes fonctions syntaxiques entre autres la fonction de complément d'objet. C'est le cas de ces deux occurrences : « Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu'à connaître… » (l.2-3) ;

« et ils n'ont fait autre chose qu'entretenir au moins l'une de ces maladies » (l.19).

Dans le premier exemple, le « que » introduit un COI de la périphrase verbale « peuvent arriver » et un COD du verbe « ont fait ».

Ou encore, la fonction de complément essentiel de lieu «en Dieu » du verbe « est » dans « Votre bien n'est qu'en Dieu » (l.14) ; ou la fonction de complément essentiel de but « pour exercer votre superbe » du verbe « a été » dans « ce n'a été que pour exercer votre superbe. » (l.21).


En définitive, le présent texte regorge de négations totales, partielles ainsi que exceptives, se servant de divers procédés grammaticaux. Une négation qui s'adjoint à celles lexicales et sémantiques qui ne font pas défaut dans ce passage. Chose qui serait digne d'interprétations d'ordre stylistique.


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