Commentaire de l'incipit du dernier jour d'un condamné


abousafae ismail  (Prof) [1 msg envoyés ]
Publié le :2017-10-10 17:58:22   Lu :397 fois
Rubrique :  
  • stars
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5



Le texte soumis à l'analyse est l'incipit du roman le dernier jour d'un condamné. Ce texte appartient au genre romanesque par la surdétermination qu'on relève de son para texte : l'auteur et le titre de l'œuvre. En effet, Victor Hugo est l'un des grands romanciers du 19e siècle ainsi cet écrit est connu comme un roman à thèse dans lequel cet auteur dénonce la peine de mort. L'écriture de ce texte contient aussi son appartenance à ce genre par la mise en œuvre d'un lexique bien choisi et d'une syntaxe particulière qui cherchent à créer une certaine littérarité.

Cet incipit met en lumière la vie douloureuse menée par un condamné à mort notamment sa psychologie et son état physique. Tout cela s'exprime dans le texte grâce à une expression tragique et une tonalité pathétique illustrant l'opposition entre la vie antérieure de ce condamné et celle actuelle, vécue entre les quatre murs de la cellule en attendant l'exécution. Nous allons donc étudier tout d'abord le système énonciatif, puis l'expression pathétique de la souffrance dans le texte, ainsi que la nostalgie qui s'en dégage et enfin, on relèvera les différents éléments qui renforcent l'idée du destin tragique du personnage.

L'incipit s'ouvre et se termine sur l'expression « Condamné à mort ! » Cette reprise est très significative dans le sens où elle détermine, dès l'ouverture, l'identité et le statut de celui qui va prendre la parole. C'est aussi une manière de centrer tout l'intérêt du lecteur sur ce personnage qui va désormais occuper tout le roman. Ce personnage(le condamné à mort) est le narrateur dans ce texte et non l'auteur qui est Victor Hugo. Pour lui, l'absence de confident dans l'espace carcéral le pousse à se dédoubler en s'adressant à soi-même, en entretenant avec lui-même une forme de monologue qui l'aide à lutter contre la solitude. On remarque effectivement cette conversation intérieure à travers les marques de l'inscription de l'énonciateur dans l'énoncé, notamment la forte présence des pronoms personnels de la première personne du singulier « je, me », qui expriment le locuteur, celui qui parle, avec la même remarque pour les adjectifs possessives »mes, mon » qui renvoient au même personnage. D'autre part, on note des marqueurs spatio-temporels qui servent à situer dans le temps et l'espace le message de l'énonciateur : pour le lieu, c'est dans une prison Bicêtre et pour le temps c'est après cinq semaines d'incarcération.

De son tour, la Focalisation interne va permettre aux lecteurs d'être mieux plongés dans la conscience du condamné, qui est accablé par la certitude de la mort.

Dans ce lieu carcéral, le narrateur dresse le bilan de son existence en mettant en relief le malheur que lui cause cette peine de mort et l'incapacité à remédier à ce mal. En effet, on note l'utilisation d'un lexique qui cherche à émouvoir le lecteur de ce texte. On trouve d'abord le Champ lexical de la prison qui nous indique clairement le lieu de l'action : « dans un cachot », « cellule », « grille du cachot », « prison ».puis celui de la peur et l'angoisse : horrible, spectre, hideuses, sursaut sombre, fuir. On peut, alors parler d'un registre pathétique sous lequel ces deux champs lexicaux peuvent être regroupés, un registre qui suscite la pitié de son lecteur en portant sur la souffrance du condamné arrivée à son plus haut degré.

Ayant perdu le contact du monde extérieur et vivant en pleine solitude, le narrateur va chercher à exprimer sa grande nostalgie de son passé et son malheur actuel. Il va effectivement tenter de trouver un peu de bonheur à travers le rêve et la remémoration, en s'identifiant à la personne qu'il était autrefois. Cette distance et cet écart vont être soulignés à travers une ambivalence d'énoncé ancré où chaque type de ces énoncés renvoie à une telle période. Alors, pour ces énoncés ancrés, ils renvoient à son vécu actuel à la prison et permettent au narrateur de faire part de ce qu'il ressent à propos de sa condamnation à mort, et on relève également l'utilisation de verbes conjugués au présent. En outre, on remarque la présence d'un champ lexical en rapport avec son état d'esprit après avoir été emprisonné : « Mon corps est aux fers dans un cachot «, “ mon esprit est en prison dans une idée “, “ Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! “, “ je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude, condamné à mort ! ». Elle est toujours là, cette pensée infernale. Ce champ lexical révèle l'obsession qui ne le quitte plus à savoir sa mort prochaine. Par ailleurs, cette obsession semble être devenue une personne qui ne lui laisse aucun répit. De fait, on peut parler d'une allégorie où la mort (idée abstraite) est représentée sous une forme animée. Le lecteur peut alors la voir ou du moins mieux se la représenter « seule et jalouse », « face à face avec moi », « me secouant de ses deux mains de glace » , « se colle avec moi aux grilles de mon cachot », « m'obsède éveillé, épie mon sommeil », « une voix a murmuré à mon oreille ». Concernant les énoncés coupés qui se présentent dans le texte, ils sont relatifs aux souvenirs du narrateur de son passé et on note l'emploi de l'imparfait. Dans ces mêmes phrases énonçant les souvenirs, on dégage un champ lexical se rapportant à son état d'esprit avant l'emprisonnement : « Il s'amusait ...Sans ordre et sans fin », « C'était toujours fête dans mon imagination », « Je pouvais penser à ce que je voulais ». Ce champ lexical met l'accent sur la liberté du narrateur et le bonheur qu'il éprouvait lorsqu'il était libre. On peut donc parler d'une structure antithétique autour de laquelle le texte est construit, où le temps verbal du passé réfère à la liberté de l'esprit et le présent pour son emprisonnement. Ainsi on trouve cette structure marquant l'opposition au niveau du condamné, celui-ci qui se trouve privé de deux formes de liberté : celle physique «Mon corps est aux fers dans un cachot » et l'autre morale «mon esprit est en prison dans une idée », et au niveau temporel par l'usage de deux adverbes désignant deux époques différentes « Autrefois ≠ maintenant ». Ce réseau d'antithèse qui s'installe dans le texte souligne bien l'idée de l'opposition entre un passé révolu et un présent insupportable.

Après une escapade au monde des souvenirs, le narrateur se trouve encore une fois devant la réalité amère de son destin inéluctable. Ce retour est mis en relief par une expression tragique qui évolue au long de tout cet incipit. Revenant une autre fois aux trois mots qui encadrent le début et la fin de ce texte et encore répétés à son milieu « Condamné à mort ! » . Cette expression traduit la pensée obsessionnelle du condamné à mort à l'approche de son exécution et plus particulièrement son destin fixé à l'avance et auquel il ne peut pas échapper, et par l'emploi du point d'exclamation, la grande stupeur du condamné. Aussi l'idée va-t-elle être renforcée par une anaphore lexicale : « Cette pensée », et par autres grammaticales : « elle »; » sa « présence », son « poids ». En fait, ces reprises jettent à nouveau la lumière sur l'angoisse obsessionnelle du condamné. La même idée va se déclarer à travers une autre figure stylistique importante dans le texte. Il s'agit de la gradation : « Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! », « je n'ai qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude… ». Nous pouvons de ce fait dire que ce destin tragique qui attend le condamné a entrainé chez lui des troubles obsessionnelles, des troubles qui s'aggravent par le compte à rebours qui s'est déclenché vers le moment ultime, chose qu'on dégage aussi de l'anaphore «toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids ! » Par ailleurs, on remarque que ce sentiment contraste avec la vie du passé où chaque moment avait sa valeur, ce qui va être souligné par la figure de la gradation «Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée ».

Pour finir, nous pouvons dire que ces divers procédés mis en œuvre dans ce texte ne sont pas fortuits, mais répondent à une logique adoptée par Victor Hugo afin d'exprimer les souffrances de ce condamné à mort à savoir sa condition tragique.





InfoIdentification nécessaire
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié

confidentialite Google +