Agadir un roman engagé


slassi (?) [1 msg envoyés ]
Publié le :2019-12-07 19:40:38 Lu :351 fois
Rubrique :Espace enseignants  


Qui est Mohammed Khair-Eddine ?
Mohammed Khair-Eddine est un écrivain marocain d’expression française, Né en 1941 à Tafraout dans la vallée d’azrou ado, découvre très tôt la poésie à travers Arthur Rimbaud et Baudelaire. En 1961, il travaille à Agadir pour les services marocains de sécurité sociale, il avait la tache d’enquêter auprès des populations victimes du désastre du tremblement de terre. En 1963, il quitte son village natal et s’installe à Casablanca. Avec Mostapha Nissabouri il lance le manifeste « Poésie toute », prônant un renouvellement de la poésie et une rupture avec les formes traditionnelles de l’écriture. Durant ces années, il est dans le sillage d’Abdellatif Laâbi, fondateur en 1966 de la revue « Souffles », un périodique d’engagement qui fera date dans l’histoire culturelle du Maroc.
Khair-Eddine meurt le 18 novembre 1995 jour de l’indépendance laissant à son actif plusieurs romans et recueils de poésie
Agadir, un roman éponyme
Agadir, ville du Maroc, mais aussi premier roman-poème autour de la tragédie du séisme qui frappe la ville marocaine en 1960, couronné du prix des « Enfants terribles » fondé par Jean Cocteau. Le roman est composé de douze chapitres distincts (écrits tantôt en prose tantôt en vers de poésie et même en dialogue théâtral). Agadir publié à Paris en 1965, qui a obtenu le prix des « Enfants terribles »,
L’écrivain marqué par le séisme qui a détruit totalement la ville décide de faire de cet évènement tragique le cadre essentiel de son œuvre. Chargé d'enquêter auprès de la population pour le compte de la sécurité sociale où il travaille, Khair-Eddine met en gestation l'enquête et Agadir, qui paraîtront ultérieurement.
Touché par le séisme, il fait de son œuvre le symbole majeur de toutes les remises en question et de tous les chaos individuels et collectifs. L’œuvre raconte, sans surprise, l'histoire d'un fonctionnaire chargé, lui aussi, d'enquêter auprès de la population de cette ville. De décrire l'état des lieux et de regrouper les requêtes des habitants. Le narrateur, qui se définit dans le roman comme «moi», s'établit entre ces gravas et ces ruines. Il a pu, ainsi, voir la souffrance de ces gens, leur désarroi et leur révolte.
son talent, réside dans sa manière de rapporter les faits historiques, en utilisant un vocabulaire, riche à travers un style où se mélangent plusieurs langages, jusqu'au plus ancien, comme celui du XVIIe siècle, utilisé dans un dialogue : «Maître, votre demeure est un nid d'araignée qui voyage par les vents sans se défaire.» Révolutionnaire, Khair-Eddine l'a été sûrement durant toute sa vie, à travers son engagement à travers l'écriture, avec cette absence de ponctuation, dès les premières lignes de ce livre, ou encore les plans de description des lieux. Il est clair qu’il était un adepte de ce qu'on appelle «La guérilla linguistique» ; d'ailleurs, quelques lecteurs se plaignent de la difficulté à lire ses ouvrages, car l'auteur a complètement révolutionné les principes fondamentaux de l'écriture romanesque. Dans le but, certainement, de trouver une nouvelle forme d'expression.
Khair-Eddine et la transgression de l’écriture conventionnelle
Agadir de Khair-Eddine est une œuvre qui dévoile un texte narratif en pleine mutation stylistique au point de forcer une langue étrangère à parler autrement un monde que Khair-Eddine voulait exposer sans masques, en transgressant un énoncé pour le plier selon les voix et les voies qui tissaient son milieu marocain dans ses détails les plus déroutants ou les plus fâcheux. Dans Agadir on découvre cette colère, cette rage qui habitait Khair-Eddine, mettant à nu une société cernée par des traditions dépassées.
Agadir est un ouvrage sismique dont l’écriture ouverte met fin au récit qui se propage, se morcelle pour donner un autre élan à la parole d’un écrivain pluriel. Le texte relate cette quête de la réalité à travers une suite discontinue d’errances, de fuites où le fantastique se mêle au réel pour créer une interaction douloureuse voulue, mais démesurée
Agadir dans un style poétique, féérique, romanesque, dramatique, conversationnel, tantôt sérieux, tantôt métaphorique ou insidieux ( qui piège) donne au lecteur un espace d’échange foisonnant, qui lui fait oublier le séisme naturel pour le remplacer avec un autre textuel bouleversant ses connaissances narratives. Une histoire qui échappe à l’ordinaire pour donner aux mots d’autres dimensions, d’autres significations qui dépassent l’actualité terrifiante en dévoilant d’autres actualités implicites. C’Est comme s’il voulait avertir le lecteur, il signale déjà la position de chacun deux au sein de l’énoncé : c’est lui qui fait la loi et c’est au récepteur de décrypter un énoncé qui lui est étranger.
Des protagonistes qui jaillissent de nulle part, nous rappellent cette écriture labyrinthique du nouveau-roman, qui déroute et met au défi ses lecteurs.
L’archi-genre comme principe de remise en cause ou l’écriture sismique
L’écriture de Khair-Eddine supprime les frontières, les rendant fictives, entre le narratif, le poétique, le discursif et le théâtral. Dans cette œuvre, le récit côtoie le poème et la mise en scène théâtrale est partout présente. Ces différentes modalités d’expression du langage et de la littérature se trouvent ainsi mêlées, confondues, utilisées comme des variantes possibles du dire et du texte.
« ‘Il n’y a pas de roman, pas de poème, maintenant il y a l’écriture’ », déclare Khair-Eddine. Ce qui est alors raturé, c’est le modèle, le genre, la norme littéraires. Défiant les limites du genre, les faisant éclater et les subvertissant, l’écriture bascule tous les repères connus de lisibilité du texte par la mise en place d’un système régit par le principe de la remise en question.
Le Texte dans Agadir est l’écriture du séisme comme métaphore symbolique de cette « écriture raturée d’avance », Agadir pose singulièrement la question du lieu théorique de son écriture, c’est-à-dire de son genre et de la localisation de son propre dire. Ceci d’autant plus qu’il ne dit pas son nom et refuse toute identification littéraire convenue et préétablie. Khair-Eddine va beaucoup plus loin dans la destruction des formes. Ce que l’éditeur n’ose plus appeler roman et qui pourtant conserve quelques éléments de narrativité, se déverse en éruptions, en coulées verbales, telle la lave d’un volcan en activité.
Dans ses structures, le texte travaille contre l’uniforme et le systématique. Le récit est lieu de l’hétérogène et du baroque. L’œuvre littéraire n’est pas vue ici comme univers structuré et hiérarchisé mais perturbé, notamment par la pratique et le retour du refoulé - dans Agadir, il s’agit du chaos - et une autre vision de l’histoire. On retrouve à l’œuvre dans l’écriture de Khair-Eddine cette « ‘machine à rompre le fil des événements’ » qui procède au brouillage incessant et à la discontinuité permanente, pratique qui tend à lutter contre tout pouvoir uniformisateur.
L’écriture codée nécessitant une collaboration du lecteur.
« Il ne suffit pas d’avoir perçu l’organisation interne du livre pour le comprendre pleinement. Il faut encore surmonter l’obstacle du style car l’auteur refuse toute concession à la facilité. Souvent il supprime la ponctuation, qui lui semble une surcharge car le texte traduit, selon lui, un rythme respiratoire (le premier chapitre de deux pages ne contient aucune ponctuation du début jusqu’à la fin). Il passe sans transition du style direct au style indirect. Il Khair-Eddine aime les jeux de mots, les tournures inhabituelles mais surtout, il manifeste une grande prédilection pour les mots difficiles, mots qui blessent la pudeur ou même les néologismes Il faudrait presque conseiller aux lecteurs d’Agadir d’avoir un dictionnaire à portée de main. Car Khair-Eddine ne cherche nullement à faciliter l’accès du lecteur à son œuvre. Il souhaite de lui une collaboration active.
L’écriture procède à un minutieux travail de désorganisation des codes. Tous les procédés mis en œuvre créent le rythme nécessaire pour que le texte se dise tel qu’il s’est choisi : déferlement de mots, flux des images, variations typographiques, phrases courtes et saccadées, absence totale de la ponctuation ou usage excessif de celle-ci. Remarquons que l’apparition de la ponctuation n’ordonne pas pour autant le texte mais contribue par la condensation des phrases courtes à la densité du texte qui devient alors grouillement de mots.
De ce fait, Agadir serait le lieu totalisant tous les genres littéraires, en les subvertissant chacun par cette totalisation même. Avec Agadir, nous sommes dans un chaos fondateur du point de vue qui nous intéresse ici, celui d’une œuvre qui s’énonce et s’annonce dans la subversion du genre. Question qui se pose dans l’œuvre, dès le premier texte, à travers le symbole majeur du séisme lors duquel seule la parole semble résister.
Il apparaît donc que le champ de l’écriture tel qu’il se dessine dans Agadir, comme premier texte de l’œuvre, soit ouvert comme lieu de rencontre formelle entre narration, poésie, discours et théâtre, comme espace de parole et d’interpénétration des formes.
L’enjeu semble se dérouler sur le terrain de la langue. C’est pourquoi la question du genre, qui fonde sans doute la langue sur un plan littéraire, est réglée ici en termes violents, faisant du texte un lieu privilégié et conflictuel, celui de la parole qui se joue de la forme générique.
Tout se passe comme si au fondement de l’œuvre, l’écriture sismique, dans son travail de refonte ne peut que redécouvrir à son tour la langue et le genre. Il s’agit alors de se faire une place au sein d’une langue et de la littérature. Ce travail de fondation, de construction, plus que d’affirmation, justifie et nécessite la remise en question des structures de la langue et des genres qui fondent la littérature.
Conclusion
Derrière les écrits de Khair-Eddine, se cachent les manifestations d’une écriture subversive, ouvertes par le talent et la détermination d’un écrivain engagé. La littérature a donc ce pouvoir transcendant qui contourne les frontières, dépasse les frontières et réécrit l’histoire avec beaucoup de détermination et une lueur d’espoir.
Dans les textes de Khair-Eddine, il ya une certaine volonté puissante de dépasser les limites du sujet et les cadres convenus de la création. Un besoin permanent de subvertir les normes des genres et libérer le verbe. Une tendance radicale à brouiller les lignes de lecture et redéfinir le rôle de l’écrivain-créateur la littérature devient non seulement révolte mais recomposition de l’espace littéraire au-delà des frontières classiques. La radicalité de ce travail de recomposition produit inévitablement chez le lecteur un sentiment d’étrangeté face au texte produit. En effet, Khair-Eddine appartient à cette catégorie d’écrivains qui fait le choix de bousculer le lecteur, de bouleverser ses certitudes et anéantir son « confort » présumé.
Références
MOHAMMED KHAÏR-EDDINE, Agadir, Éd. Tarek Éditions, Casablanca, 2010.
Abdellah Baïda,LES VOIX DE KHAIR-EDDINE (Pour une lecture des récits de l'enfant terrible), Editions Bouregreg, Rabat, 2007,
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Re
C'est ça!
J'ajouterai toutefois que...
Quel genre de relation entretenez-vous?
Je m'explique maintenant,

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