le cinéma de la femme au maroc

réception critique des films tournés entre 1980 et 2005.

tout travail, quelle que soit sa nature, ne peut être évalué qu'à partir du moment où il est soumis à l'appréciation d'autrui. les réactions, les commentaires et les critiques du destinataire, qu'il soit ciblé ou non, est le thermomètre qui permet de mesurer le degré de recevabilité. le succès ou l'échec dépendent des récepteurs, parfois indépendamment de la qualité du travail. roman, poème, pièce de théâtre, film, documentaire, feuilleton…ne sont pas censés provoquer la même réaction chez le public. tout est une question de goût. une même oeuvre peut à la fois plaire et déplaire. cela dépend du consommateur, mais aussi de la conjoncture politique et sociale, du moment de projection ou de publication, du thème abordé…

faire l'unanimité autour d'un travail est le souhait de tout créateur. mais l'unanimité est une utopie au sein de la pluralité. nous donnons dans cet article les différentes attitudes exprimées envers les films de femmes (les longs métrages de cinéma):

celle des critiques de cinéma qui se basent souvent sur des critères techniques.

celle des festivaliers mus par le double objectif: primer et promouvoir.

celle du public qui se fie à son intuition.

i- contexte de réception.

le cinéma de la femme au maroc ne doit pas être jugé dans l'absolu, c'est-à-dire comme un produit isolé de son environnement. le point de départ consiste à le contextualiser et à l'approcher au sein même de l'atmosphère cinématographique du pays ternie par une spirale d'entraves.

evolution du secteur entre 1994 et 2005.

données

1994

2005

var en %

n.ec

191

139

-27,23

n.s

135.274

86.021

-36,41

n.en

19.273.071

4.527.339

-76,51

r.g en dh

122.030.221

70.485.414

-42,24

p.m. b en dh

6

16

166,67

t.o en %

20

6

-70,00

n.ec: nombre d'écrans.

n.s: nombre de sièges.

n.en: nombre d'entrées.

r.g: recettes guichet.

p.m.b: prix moyen du billet.

t.o: taux d'occupation.

var: variation.

l'exploitation des films est confrontée au maroc à une quantité de problèmes qui empêchent le cinéma de s'épanouir et de prospérer. l'évolution de cette exploitation de 1994 à 2005 montre la dégringolade que subissent toutes les rubriques: le nombre des écrans, le nombre des sièges, le nombre des entrées, les recettes guichet et le taux d'occupation.

les chiffres officiels obtenus auprès du centre cinématographique marocain sont alarmants et n'augurent rien de bon. ils montrent en même temps l'ampleur de la crise d'un secteur que le discours officiel, sempiternellement optimiste, cherche à minimiser. en dix ans (de 1994 à 2005), la régression affecte toutes les composantes du débouché filmique:

a- les salles de cinéma ne peuvent plus faire face à la concurrence légale des chaînes satellitaires et à la concurrence déloyale des amateurs du piratage. le spectateur marocain préfère rester chez lui pour déguster at home des films gratuitement ou achetés à des prix dérisoires, largement budgétisables.

malgré les efforts de restauration et de rénovation des salles de spectacle, la reconquête d'un public devenu amorphe s'avère infructueuse. par conséquent, les salles ferment de plus en plus leurs portes et le nombre d'écrans est en nette baisse. la politique des multiplex appliquée dans certaines grandes villes (le mégarama à casablanca et à marrakech) ne peut avoir qu'un impact très limité car très restreinte.

b- la cherté des prix d'entrée contribue aussi à faire fuir le public et par voie de conséquence à la chute du nombre d'entrées qui passe de 19.273.071 en 1994 à 4.527.339 en 2005 faisant dégringoler le taux d'occupation de 20% à 6% seulement.

c- les recettes guichet subissent un revers cuisant passant de 122.030.221 dh en 1994 à 70.485.414 dh en 2005, soit une baisse de 42,24%. quand on sait qu'une partie de ce pactole est allouée au fonds de soutien à la production nationale, on comprend aisément pourquoi ce secteur s'enlise dans un cercle vicieux.

ii- des points de vue disparates.

le cinéma de la femme au maroc est très récent et les longs métrages de fiction sont comptés sur le bout des doigts. ceci explique l'intérêt tardif accordé par les critiques aux femmes cinéastes et la méconnaissance manifeste du public marocain de leurs films.

donc les premiers obstacles qui se dressent devant toute tentative de critique ou d'analyse sont la rareté des longs métrages signés par les femmes et la faible diffusion de leurs courts métrages et leurs documentaires.

en économie, la rareté d'un produit augmente sa valeur marchande. mais au cinéma cette règle ne fonctionne pas. elle est au contraire un hiatus qui risque de compromettre toute étude en la rendant bancale, voire inutile. un avis fiable doit s'appuyer sur une base solide pour être crédible. et justement les dix longs métrages, tournés en un quart de siècle par les réalisatrices marocaines ne peuvent fournir une assiette à une quelconque critique objective. tant et si bien qu'on a l'impression que chaque nouveau film est le premier et que c'est aussi celui qui constituera l'étincelle qui déclenchera un processus qui tarde à s'amorcer. nous constatons qu'après la projection d'un film de femme dans les salles durant quelques semaines (s'il a la chance de l'être), le retour à l'état de statu quo précédent est inévitable. cet état de chose pourrait s'expliquer par:

le laps de temps important qui sépare les films l'un de l'autre (cet handicap commence à être surmonté à partir de 2002 où la durée est ramenée à peu près à un an).

la désaffection spontanée du cinéma national par le public marocain.

la rude concurrence des films étrangers.

l'inefficience ou l'absence de la publicité.

concernant ce dernier point, certaines réalisatrices tentent d'allécher le public en abordant les tabous de la société marocaine qui refuse encore d'admettre en fiction ce qu'elle entérine dans la réalité. de ce fait, le film, contenant les éléments de sa propre publicité, excite le public qui par souci de curiosité veut voir l'objet des controverses et des polémiques entre les partisans et les opposants. l'esclandre devient le garant de la propagande. cette nouvelle forme de commercialisation a donné ses fruits pour les films les yeux secs de narjiss nejjar et marock de laila marrakchi.

2.1- les critiques de cinéma.

il faut remarquer que la critique du film féminin prend souvent la forme d'articles (quand ce n'est pas un entrefilet):

ou bien publiés dans les quotidiens nationaux dans le cadre d'une rubrique ou d'un supplément hebdomadaires (comme c'est le cas par exemple d'assabah ou d'al ahdate al maghribia). nous prenons comme exemple l'article d'ikram zayed1 intitulé karaouan primé à tunis, dont nous faisons ci-après la traduction:

«le film karaouan de la jeune réalisatrice bouchra ijourk a obtenu le grand prix au festival des films des écoles organisé à tunis du 27.08 au 04.09.2006. le même film a été primé auparavant au festival international de l'art de la vidéo à casablanca et projeté également en algérie et en france.

dans ce film bouchra ijourk raconte l'histoire d'un jeune libanais qui a immigré en france sous prétexte de faire des études supérieures alors qu'en vérité il voulait fuir son pays pour pratiquer la danse.

le film montre le jeune homme danser la nuit librement dans les rues parisiennes. ce comportement dans son propre pays ne lui a valu que sarcasme et préjugés.»

ou bien faisant partie d'un collectif ou d'un dossier «spécial cinéma» (le cinéma marocain aujourd'hui in attakafa al maghribia n°26-27 de juin 2004).

ou bien dans des magazines spécialisés (les articles d'olivier barlet publiés dans africultures).

dans plusieurs autres cas, le critique de cinéma ne réserve aux femmes dans son article qu'un paragraphe ou une ligne sous forme d'une indication sommaire ou d'une information évasive. la superficialité qui marque certains écrits témoigne de la légèreté des propos qui y sont énoncés et du manque de perspicacité.

dans un long article de hassan bahraoui2 (13 pages) dans lequel il fait une analyse thématique des films nationaux par décennies en partant de l'époque coloniale, l'auteur ne consacre au film ruses de femmes de farida benlyazid qu'une citation sommaire aux côtés d'autres films réunis sous le même thème:

«(…) le film badis, au moins du point de vue de son contenu, inaugure une nouvelle thématique qui a dominé durant les années 90: la condition de la femme dans une société patriarcale (femmes et femmes, procès d'une femme, destin de femme, ruses de femmes, histoire d'une rose…)»

ce critique se contente d'évoquer brièvement le thème de ruses de femmes (ainsi que celui de la braise) sans aucune analyse poussée et objective et sans insister sur l'importance de l'entrée de la femme dans le domaine de la réalisation. il omet d'une autre part de parler des autres films de femmes puisque son analyse s'étale jusqu'à 2004. il s'agit de: une porte sur le ciel, dans la maison de mon père, le paradis des pauvres, casablanca…casablanca, les yeux secs et l'enfant endormi.

cette omission nous amène à nous demander: pourquoi ces films n'ont pas retenu l'attention dudit critique et pourquoi il les a exclus d'une analyse qui se veut exhaustive?

egalement, mohamed souf3 ne réserve dans un article de huit pages que deux petits paragraphes pour parler de ruses de femmes de farida benlyazid et dans la maison de mon père de fatima jebli ouazzani. il classe le premier parmi les films dont le temps de l'histoire remonte à un passé très lointain:

«dans ruses de femmes, farida benlyazid annonce au départ qu'il s'agit d'un conte populaire d'où il faut tirer une morale. elle recourt à l'ellipse pour réduire les frais de production et pour écourter l'histoire puisque tout est clair depuis le début.»

il évoque le second quand il aborde la diversité thématique:

«fatima jebli ouazzani, vivant à l'étranger, réalise un film où se mélangent le document et l'histoire. ce film traite de la condition de la femme à travers le récit d'une narratrice et l'avis de certains intellectuels sur la virginité, cause de véritables drames sociaux. ce film a reçu le grand prix au dernier festival de casablanca.»

la palette des critiques de cinéma qui s'intéressent aux femmes s'élargit de manière considérable et comprend bien des spécialistes connus et crédibles (noureddine sail, my driss jaidi, ferid boughedir, olivier barlet, denise brahimi…) que des occasionnels ou des dilettantes qui s'exercent à la critique d'un film à l'autre. mais ces analystes n'ont pas les mêmes visions. il y a:

a- les féministes.

certains considèrent l'accès de la femme au cinéma comme une victoire sur le machisme et un pas gigantesque vers la modernité et pensent que la femme donne un nouveau souffle au cinéma en le libérant de sa masculinité et en apportant un regard différent. c'est le cas du critique libanais walid chmit4 qui résume la situation du cinéma de la femme dans le monde arabe à travers cette vision optimiste:

«il se peut que le cinéma de la femme ne soit pas très différent de celui de l'homme, mais ce qui est certain c'est qu'il apporte du nouveau et le dit de différentes manières. de ce fait les femmes enrichissent le cinéma et lui donnent une saveur particulière à travers des thèmes, certes simples et intimes mais dont la portée est humaine et profonde.»

le français raphaël millet5 se demande si le renouveau du cinéma marocain ne commence au moment de l'entrée en lice des femmes dans le domaine de la mise en scène:

«les films marocains de cette période eighties ne furent pas, pour beaucoup, sans manquer d'inspiration et donc de souffle. comme s'ils ne parvenaient pas à trouver exactement ni leur cher sujet ni leur vitesse de croisière. comme s'ils ne savaient plus par quel bout aborder la société marocaine. ou plutôt, comme s'il était quasi impossible d'aborder la société marocaine par quelque bout que ce soit. tant les non-dits que les interdits…a le dire ainsi, le tableau peut sembler bien sombre. mais est-ce vraiment forcer le trait? est-ce aussi exagérer que de dire que le renouveau est à dater de l'entrée en lice des femmes? ni hasard ni coïncidence…nécessité sans doute.»

de son côté le critique marocain hammadi guirom6 souligne l'apport qualitatif de la nouvelle génération des cinéastes marocains, y compris les femmes:

«la production cinématographique marocaine a connu durant les dix dernières années une importante dynamique. une dizaine de jeunes venus d'europe et des etats-unis d'amérique ont contribué à cette dynamique sur le plan qualitatif. les prémices de cette innovation datent du festival national de tanger en 1995 à travers des courts métrages qui, se caractérisant par une nouvelle sensibilité, ont émerveillé le public. parmi ces jeunes nous citons nabil ayouche, faouzi bensaidi, noureddine lokhmari, ismail ferroukhi, hassan alaoui, yasmine kessari, narjiss nejjar, laila marrakchi, leila triki, meriem bakir, hakim belabbass, mohamed ulad mohand et autres.»

b- les sceptiques.

quelques critiques doutent de l'existence même d'un cinéma de la femme. c'est le cas de my driss jaidi7 qui pense que:

«il est difficile de parler de cinéma féminin à cause du nombre limité des réalisatrices marocaines. c'est pourquoi il faut parler de films de femmes. la majorité des films dont le thème s'articule autour de la condition de la femme sont des oeuvres masculines à cause de la faible présence des femmes dans ce domaine. on peut citer farida benlyazid, farida bourquia (qui s'est orientée vers la télévision), imane mesbahi et izza genini. viennent ensuite les jeunes réalisatrices spécialisées surtout dans le court métrage comme meriem bakir, laila marrakchi, narjiss nejjar, leila triki, khnata hilali, sanae el ouriachi.»

ce spécialiste du cinéma marocain rejette la dénomination du cinéma féminin et lui substitue celle de films de femmes. il se base sur un argument quantitatif. c'est le faible nombre des réalisatrices qui motive son point de vue.

c- les pessimistes.

certains critiques condamnent, pour différentes raisons, le cinéma marocain sans distinction de sexe:

atika haymoud8 reproche aux réalisateurs marocains de tomber dans le piège des redites en traitant les mêmes thèmes à la mode: la condition de la femme, l'immigration clandestine, les droits de l'homme… résultat: clichés et sentiers battus.

«(…) l'on constate récemment une récurrence de certains thèmes dans les films marocains. dans un premier temps les cinéastes marocains avaient puisé (et épuisé) leurs sujets dans le combat que menaient les femmes pour l'évolution de leurs droits et pour l'éradication de toutes les formes de discrimination à leurs égards. […] la période comprenant la fin des années 90 et le début du xxie siècle a ouvert la voix à d'autres problématiques. cette fois-ci nos réalisateurs ont jeté leur dévolu sur deux sujets: l'émigration clandestine et les droits de l'homme.»

elle ajoute que beaucoup d'entre eux reçoivent une aide financière de l'étranger, ce qui les met ipso facto sous la coupe des bailleurs de fonds qui leur imposent de la sorte leur loi et leur dictent la conduite à suivre:

«(…)en tournant un film avec une aide financière de la part d'un pays étranger, en l'occurrence la france ou l'espagne, le producteur doit se plier à certaines exigences imposées par les bailleurs de fonds. a ce soutien en pièces sonnantes et trébuchantes étrangères, le réalisateur marocain doit avancer, quant à lui, une contrepartie.»

abdelhak najib9, par des propos virulents, prend une position extrémiste. ne voyant dans l'histoire du cinéma marocain qu'«un concentré d'échecs», il émet cet avis sur les films tournés à partir de 2000:

«je fais ce voeu de passer en revue les cinq dernières années du cinéma marocain: des navets crus et insipides, des monstruosités cinémateuses qui sentent le renfermé et le bricolé, du bidouillage à tout va.»

les films des femmes suscitent la curiosité, la compassion, la condescendance ou la solidarité et donc ne peuvent faire l'unanimité. c'est pourquoi les positions à leur égard sont disparates, parfois diamétralement opposées, et les avis ballottent entre la satisfaction et la déception, entre l'espoir et la déconvenue. là où un critique s'émerveille, un journaliste se lamente. là où un spectateur applaudit, un spécialiste s'indigne. ces contradictions dans l'évaluation d'un même produit découlent des critères retenus et des approches adoptées.

nous avons scindé l'ensemble des critiques en deux groupes: d'un côté les valorisantes, de l'autre les dévalorisantes.

a/les critiques favorables.

1- une vision moderne et innovatrice.

l'entrée en lice de quelques femmes dans le domaine de la réalisation marque un renouveau dans le cinéma marocain. c'est une mutation historique qui coïncide avec la revalorisation de la femme dans la société par la révision de son statut.

narjiss nejjar, yasmine kessari et laila marrakchi sont à inscrire dans cette nouvelle vague de cinéastes jeunes, sensibles et intelligentes, qui se sont distinguées pour la première fois lors du festival national de tanger en 1995 par des courts métrages très séduisants. en effet, pour hammadi guirom10 ces réalisatrices appartiennent à la troisième génération qui se détache de la première et de la deuxième génération par une vision moderne et modernisante du monde et du réel:

«leur écriture cinématographique introduit une nouvelle sensibilité en s'inspirant de la poésie et de la peinture. en effet l'imaginaire poétique permet une vision poétique et esthétique profonde qui aboutit au concept d'image/métaphore. cette dernière est seule capable de dire le monde dans toute son ampleur et toute sa splendeur.»

2- une rupture du monopole masculin.

d'après abdelhak najib11, la nouvelle génération des réalisatrices font des films valables mettant ainsi un terme au monopole masculin. dans un article fustigeant l'hégémonie masculine, ce critique loue l'apport des femmes:

«et là je veux attirer l'attention des lecteurs sur le fait que dans ce domaine qui s'est toujours voulu une exclusivité masculine, il y a des femmes qui font des choses valables et là le refus des mâles se fait sentir avec beaucoup de rage. en dehors de farida benlyazid, on devrait être content de la venue de narjiss nejjar, yasmine kessari, fatima jebli ouazzani, laila marrakchi et d'autres encore pour faire cesser ce monopole masculin qui a, du reste, montré ses limites et ses lacunes.»

3- un cinéma audacieux.

si les films de farida benlyazid se caractérisent par la pudeur en traitant l'interdit de façon mitigée, des films comme marock de laila marrakchi attaquent avec audace des thèmes chauds, dépassant ainsi l'état de siège imposé aux tabous par l'éthique et le consensus des différentes composantes de la société marocaine.

auteure en même temps du scénario, la jeune réalisatrice veut représenter le réel dans sa cruauté et sa crudité, sans le grimer et sans taire les vérités éclatantes en s'affranchissant de l'attitude hypocritedu faire semblant.

dans le même article précité, abdelhak najib attaque les détracteurs de la réalisatrice qu'il qualifie de faux puritains:

«l'audace des uns fait peur aux autres. c'est en somme cela ce qui s'est passé à tanger autour du film marock de leila marrakchi, jeune réalisatrice marocaine qui a un certain talent et qui compte bien le donner à voir malgré les mauvaises langues, les jaloux, les mauvais perdants, les limités, les cancres du faisage cinémateux et d'autres bras cassés qui ont une sainte crainte de l'intelligence. (…)cette plongée dans le monde clos et inconnu d'une certaine catégorie sociale marocaine en a effrayé plus d'un, non que la jeune réalisatrice ait inventé une réalité inexistante, mais juste parce qu'elle l'a fait avec courage et surtout beaucoup de maîtrise. elle a traité d'un sujet dur à mettre en image, un sujet inédit, une thématique ancrée dans l'actualité d'une société multicéphale.»

malgré les reparties et les cabales organisées contre laila marrakchi par d'autres réalisateurs ou critiques ne partageant pas son point de vue , son film est considéré comme une innovation salutaire et ouvre la porte aucinéma osé. nous citons ici les propos caustiques et véhéments du réalisateur mohamed asli12 comme un exemple des violentes réactions soulevées par ledit film:

«[cet objet cinématographique] menace [mon] identité et la sécurité nationale. il est une nouvelle étape dans le conflit civilisationnel entre les cultures. marock est au service des politiciens à l'esprit colonial et qui cherchent à négliger l'autre. c'est une insulte à notre culture, à notre religion, à notre pays. c'est de la propagande sioniste qui implique la perte de l'art et du cinéma.»

4- un signal à la société.

raphaël millet13 considère les films des pionnières farida bourquia, farida benlyazid et izza genini comme un signal donné à la société et comme une inauguration de la décennie 90. il estime que le traitement de la condition de la femme dans de nombreux films est la conséquence de l'affirmation de leur talent:

«déjà en 1982, farida bourquia avait tourné la braise. mais le vrai signal est venu aux alentours de 1988-1989 avec l'entrée remarquée de farida benlyazid (avec une porte sur le ciel) et d'izza genini, dont on vit les premiers documentaires de sa série maroc, corps et âme (1988-1993). […] surtout [elles] marquèrent de leurs empreintes la troisième décennie qu'elles ouvraient. qu'elles soient des femmes n'avait rien d'anodin, c'est sur. et c'était un signe donné à une société. avec une porte sur le ciel, farida benlyazid s'est nettement imposée comme une figure majeure du cinéma marocain des années 80 et 90.

depuis l'affirmation des deux réalisatrices [benlyazid et genini] sur la scène cinématographique marocaine, on ne peut que noter à quel point le cinéma marocain développe les fictions consacrées aux femmes et à leur place, bien évidemment, plus importante que d'apparence, mais dont la reconnaissance n'est pas d'évidence.»

b/les critiques défavorables.

1- une vision folklorique et ethnographique.

on reproche aux films ruses de femmes de farida benlyazid et la braise de farida bourquia de porter sur le monde rural et sur les rapports homme/femme un regard proche de la naïveté et du simplisme en exploitant outrageusement des modèles consommés

(charlatanisme, fantaisie, exotisme, pratiques sataniques…) dans un cadre folklorique et touristique .

my driss jaidi14 reproche à farida benlyazid de recourir dans son film ruses de femmes aux modèles folkloriques et de raconter une histoire simpliste:

«ruses de femmes se caractérise par l'exploitation à outrance de modèles folkloriques, de défilés de caftan, de chants et de danses andalous, reproduisant ainsi le conservatisme de larbi bennani dans les nuits de l'andalousie (1962»

hassan bahraoui15 ne ménage pas à son tour farida bourquia en réduisant son film la braise à une vision superficielle et ethnographique du monde rural:

«les films lalla chafia (1982) de mohamed tazi et la braise (1982) de farida bourquia peignent de manière naïve le milieu rural où sévissent le charlatanisme et les pratiques irrationnelles, sans une réelle critique.

le caractère folklorique dominant dans ce film confirme que leur construction et leur esthétique se basent sur une vision ethnographique.»

2- des relents de superficialité.

le film de farida benlyazid casablanca…casablanca, bien qu'il s'attaque au fléau de la corruption qui mine insidieusement la société marocaine, il ne traite cette problématique que d'une manière superficielle versant dans le didactisme et les affirmations qui inhibent la réflexion personnelle du spectateur.

olivier barlet16, le spécialiste des cinémas arabes et africains, affirme que:

«casablanca…casablanca est typique des films qui confondent énoncé et énonciation. non seulement tout est dit, mais dès qu'une action a fini de démontrer ce qui devait être dit, la morale est tirée dans une conversation entre les acteurs. […] le problème est que ce n'est pas le spectateur qui réfléchit mais la cinéaste qui affirme, vieux problème des films qui montrent du doigt en donnant régulièrement la légende de la photo.»

ce critique taxe ledit film de volontariste, dans lequel la réalisatrice n'a pas réussi à faire une critique profonde et rationnelle des travers du système politique du pays.

3- une consécration de l'infériorité de la femme.

le mythe (d'origine religieuse) du recours de la femme à la ruse et à la magie pour dominer l'homme est bien ancré dans l'imaginaire collectif.

ruses de femmes inspiré d'une fable plaisante perpétue cette croyance et consacre cette vieille conviction erronée. la stratégie de la femme, inférieur par hypothèse à l'homme, se base toujours sur la ruse, le mensonge et les pratiques irrationnelles pour dompter le maître. selon cette conception, la femme, un être diabolique, est capable de toutes les machinations et toutes les intrigues pour aboutir à ses objectifs.

c'est le point de vue de my driss jaidi17 qui affirme que:

«quand ni les livres du fkih ni son savoir ne sont d'aucune utilité pour la fille du commerçant, cette dernière recourt aux styles détournés pour se venger du fils du sultan. le film devient alors la consécration de ce qu'il dénigre: la reconnaissance de l'infériorité de la femme par rapport à l'homme et le recours à la ruse pour le soumettre.»

4- des maladresses et des contradictions.

certains critiques relèvent dans les films des femmes des insuffisances et des failles aussi bien au niveau de l'écriture qu'au niveau de la réalisation.

c'est ainsi que dans une porte sur le ciel de farida benlyazid,un critique réprouve la forte surcharge du film de thèmes relatifs à la religion, à l'identité et à la tradition a poussé la réalisatrice à commettre l'imprudence d'attribuer un esprit philosophique et des connaissances culturelles approfondies à un personnage (une vieille femme) de condition modeste. la réalisatrice a recouru aussi à un remplissage du film, inutile et injustifié, par des scènes représentant des pratiques contraires à l'islam comme la transe, les offrandes et la vénération des marabouts.

quant au film la braise, le réalisateur et critique tunisien ferid boughedir18 n'y voit qu'un film statique plein de maladresses de réalisation, sans toutefois expliciter et préciser lesdites maladresses:

«al jamra (la braise) de farida bourquia (1984) montre les persécutions infligées par des villageois à un groupe de parias cachés dans une grotte de montagne; c'est un film statique qui se ressent de ses origines théâtrales et souffre de grandes maladresses de réalisation.»

2.3- les festivals.

dans le monde entier les festivals de cinéma ont la même finalité: projeter et juger, primer et encourager, découvrir et faire découvrir. ces rencontres entre les professionnels sont un véritable marché où des amitiés sont nouées, des projets initiés, des perspectives envisagées, des contrats signés et des promesses données. les prix décernés, synonymes de succès et de célébrité, sont annuellement convoités: l'oscar américain, la palme d'or française, le lion d'or vénitien, le tanit d'or tunisien, …chaque festival a ses rituels qui le transforment en un véritable pèlerinage. de cannes à copenhague, de milan à montréal, de marrakech à bruxelles, la politique des festivals devient universelle.

au maroc, où presque chaque ville a désormais son festival, le centre cinématographique marocain est conscient de l'importance de ces réunions pour la promotion du produit marocain. c'est pourquoi il multiplie les initiatives et les efforts pour dynamiser un secteur boycotté par le consommateur marocain.

le succès de ces foires est très limité car les films ne sont vus que par une minorité durant quelques jours. la majorité des films, surtout les courts métrages tombent immédiatement après dans les oubliettes. plusieurs cinéastes, hommes et femmes, sont récompensés par des jurys composés de spécialistes. les prix sont multiples selon la catégorie où un film entre en compétition. nombreuses sont les réalisatrices marocaines qui ont été primées dans des festivals nationaux ou internationaux, notamment: farida benlyazid, imane mesbahi, farida bourquia, izza genini, fatima jebli ouazzani, yasmine kessari, laila kilani et bouchra ijourk.

c'est là l'un des contrastes qui accompagnent les films de femmes au maroc. inconnus, dédaignés, critiqués ou intentionnellement ignorés, ils font une excellente carrière dans ces rassemblements cumulant respect, émerveillement et éloges.

a cet égard, le cas de l'enfant endormi est édifiant. projeté partout dans le monde et raflant une quarantaine de prix, il n'a été vu au maroc, le pays d'origine de la réalisatrice, que des années plus tard.

2.4- le public.

quoiqu'on dise sur son comportement, et quelles que soient les fausses idées véhiculées sur ses réactions, le spectateur marocain est averti, sait distinguer la bonne graine de l'ivraie, peut reconnaître un bon film d'un navet. sa culture cinématographique se développe en fonction du développement même de l'industrie de l'image. force est de constater que le premier baromètre à sa disposition est l'outil comparatif qui lui permet de situer le film national par rapport aux films arabes, européens, américains, hindous, asiatiques…cette comparaison est dans la majorité des cas fatale au film marocain. en effet, le spectateur marocain est assiégé par les films égyptiens à la télévision et par les superproductions américaines, hindoues et à un degré moindre asiatiques au cinéma. dans ce contexte, il devient une victime dont les goûts et les préférences sont façonnés par ceux-là mêmes qui lui reprochent son aversion du film marocain. devant cet éventail de choix on ne lui laisse pas vraiment le choix. en plus les mesures de lutte contre le piratage sont beaucoup plus draconiennes et la répression des fraudeurs est beaucoup plus sévère quand il s'agit de films marocains. donc même piratés et vendus à des prix modiques, les films marocains ne sont pas accessibles au public marocain.

le cinéma est avant tout un divertissement, c'est-à-dire qu'un film doit d'abord plaire et divertir le spectateur qui n'est pas sensé avoir une culture. or les réalisateurs marocains de la première et de la deuxième générations n'avaient pas compris cette règle pourtant élémentaire. c'était une erreur monumentale que d'avoir cherché à plaire par l'introspection, le symbolisme et l'opacité. le résultat obtenu est un échec commercial retentissant: des films à l'esthétique douteuse où des histoires cabalistiques, des dialogues sibyllins et des images énigmatiques savourés par le réalisateur lui-même, le seul à connaître les tenants et les aboutissants de sa fiction.

longtemps au maroc, la vraie crise du cinéma se situait au niveau de l'écriture filmique et le problème de financement n'était qu'une échappatoire. jusqu'aux années 90, les films marocains souffraient de lacunes qui les empêchaient de plaire. ils n'arrivaient pas à intéresser le public qui tantôt ne comprenait pas du tout ce que le réalisateur voulait dire ni où il voulait en venir, tantôt restait sur sa faim quand un bon thème était traité d'une manière médiocre. les scénaristes, souvent les réalisateurs eux-mêmes, écrivaient des histoires banales ou incohérentes, meublées beaucoup plus par le silence et des séquences juxtaposées que de dialogues. c'était comme si on laissait au spectateur le soin de chercher lui-même une cohérence à ce fatras d'images aux titres pompeux et de faire l'exégèse correcte de textes hermétiques. ce genre de cinéma a crée une sorte d'inimitié entre le spectateur qui a acquis le réflexe du boycott et le film marocain qui a endossé l'étiquette de la médiocrité. equivalent de gribouillages et de galimatias, le film marocain a souffert de sa mauvaise réputation. au moment où les réalisateurs se sont imprégnés de l'esprit professionnel, ils ont compris la psychologie du spectateur marocain. le cinéma, au-delà de toute considération d'ordre moral et au-delà des messages transmis et des idéologies propagées, est une activité commerciale qui ne peut se maintenir que si elle rapporte de l'argent. et pour rapporter de l'argent il faut séduire le client. les années 90 ont redonné de l'espoir au cinéma dans notre pays grâce à l'amélioration de la qualité des films qui, plaisants et compréhensibles, ont traité des sujets qui reflètent les problèmes de la société, répondent aux attentes d'un public assoiffé de produits locaux car lassé de la platitude égyptienne, des stéréotypes hindous et des mensonges américains.

2.4.1- le box office des films marocains de 1998 à 2005.

les statistiques officielles du centre cinématographique marocain relatives au box office des films marocains commencent à l'année 1998 (le traitement des informations se fait à partir de cette date par le biais d'un système informatisé). les données concernant la période d'avant 1998 sont inexistantes.

année

entrées

recettes en dh

fm

te

%

fm

te

%

1998

442

13.570

3,25

6.887

138.619

4,97

1999

630

12.573

5,01

11.563

132.495

8,73

2000

706

12.340

5,72

13.142

139.447

9,42

2001

560

11.615

4,82

9.395

130.120

7,22

2002

518

10.814

4,79

10.164

135.335

7,51

2003

531

9.522

5,58

10.870

126.941

8,56

2004

912

6.811

13,39

18.662

99.344

18,79

2005

245

4.528

5,41

5.511

70.486

7,82


fm: films marocains.

te: total entrées.

les chiffres sont exprimés en milliers (103).

nous constatons une évolution inverse entre les entrées concernant le film marocain et le total des entrées concernant l'ensemble des projections filmiques, toutes nationalités confondues. au moment où le public marocain désaffecte les salles de cinéma (une chute de 13.570.000 entrées en 1998 à 4.528.000 entrées en 2005) il y a au même temps un regain d'intérêt pour le film marocain. une progression soutenue des entrées de 1998 à 2000, suivie d'une stagnation autour de 500.000. en 2004, les entrées ont atteint le chiffre record de 912.000 grâce au succès du film les bandits de saïd naciri, réalisant à lui seul 487.000 entrées. les recettes ont suivi la même tendance et atteint 18.662.000 dh en 2004 dont 10.160.000 dh réalisés par les bandits. la rechute notée en 2005 est due à la projection de films anciens ou déjà diffusés par la télévision. sur les 245.000 entrées, 101.000 ont été enregistrées par la seconde partie du film de hakim nouri elle est diabétique et hypertendue et elle refuse de crever (soit 41,27%) et 58.000 par le film de mohamed ismail ici et là (soit 23,77%). ces deux films sortis en 2005 totalisent donc 159.000 entrées (soit 65% du total, c'est-à-dire les deux tiers).

la part en pourcentage des recettes générées par les films marocains a connu une nette augmentation, passant de 4,97% en 1998 à 9,42% en 2000. elle garde une certaine stabilité autour de 7,5% pour atteindre le pic de 18,79% en 2004. ce sursaut d'orgueil a profité aux films de femmes dont nous ne disposons que du box office de quatre films seulement:

ruses de femmes.

le paradis des pauvres.

casablanca…casablanca.

les yeux secs.

2.4.2- le box office des films de femmes entre 1999 et 2005.


film

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

total

rdf

181

4

0,5

1

3

2

1,5

193

pdp

-

-

-

6

2

-

-

8

cc

-

-

-

-

29

4

1,5

34

ys

-

-

-

-

-

45

-

45

total

181

4

0,5

7

34

51

3

280

rdf: ruses de femmes.

pdp: le paradis des pauvres.

cc: casablanca…casablanca.

ys: les yeux secs.

les chiffres sont exprimés en milliers (103).

les principales remarques qui se dégagent de la lecture de ce tableau sont:

le film de farida benlyazid ruses de femmes occupe la première place avec 193.000 entrées, le cumul de cinq années de projection (de 1999 à 2005), dont 181.000 entrées lors de sa première sortie en 1999. ce film a rapporté à ses producteurs la bagatelle de 3.849.000 dh, ce qui constitue une recette considérable et respectable.

en 1999, il occupe la deuxième place au box office national, devancé uniquement par le film de hakim nouri destin de femme (207.000 entrées pour 4.394.000 dh).

le film de narjiss nejjar les yeux secs vient en deuxième position du point de vue succès auprès du public et du point de vue des recettes. projeté seulement durant l'année 2004, il a drainé 45.000 spectateurs qui ont laissé dans la caisse 1.009.000 dh. ce film a été apprécié aussi en hexagone par 53.000 français dont 18.000 parisiens.

2.4.3- part en % des films de femmes dans le box office national de 1999 à 2005.

année

entrées

total entrées

%

1999

181

630

28,73

2000

4

706

0,57

2001

0,5

560

0,09

2002

7

518

1,35

2003

34

531

6,40

2004

51

912

5,59

2005

3

245

1,22

total

280,5

4102

6,84

les chiffres sont exprimés en milliers (103).

de 1999 à 2005, les quatre films totalisent 280.500 entrées. ce chiffre représente 6,84% du total des entrées enregistrées durant cette même période. cette part est sujette à des variations rocambolesques. de 28,73% en 1999 grâce au succès de ruses de femmes, elle chute en 2001 et atteint son niveau le plus bas (0,05%). en effet, durant cette année aucun film féminin nouveau n'a été tourné. ce n'est qu'en 2003 qu'elle connaît de nouveau une légère hausse grâce toujours aux films de farida benlyazid casablanca…casablanca (nouveau) et ruses de femmes.

la baisse se fait sentir de nouveau l'année suivante malgré les 45.000 entrées enregistrées par les yeux secs de narjiss nejjar. elle se stabilise à 1,22% en 2005 puisque les seuls films à l'affiche cette année sont des films anciens de farida benlyazid (ruses de femmes et casablanca…casablanca).

les recettes ont également suivi la même tendance. sur un total 79.307.000 dh, les films des femmes détiennent 5.761.000 dh, soit 7,26%. la part par année est passée de 32,31% en 1999 à 0,60% en 2005 après avoir subi d'importantes fluctuations: une chute à 0,02% en 2001 et une hausse à 6,44% en 2003. cette part se stabilise en 2005 à 0,60%.

2.4.4- le classement des films de femmes dans le box office national de 1999 à 2005.

sur cinquante-sept films marocains projetés dans les salles entre 1999 et 2005, le film de farida benlyazid ruses de femmes occupe la sixième place au box office. c'est un classement très honorable qui prouve que le talent de farida benlyazid n'est pas factice et que son travail sérieux et original plaît au public marocain. d'autant plus que ce film devance de nombreuses réalisations masculines qui n'ont pas trouvé beaucoup d'écho.

les autres films occupent successivement la seizième place (les yeux secs), la vingt et unième place (casablanca…casablanca) et la trente-neuvième place (le paradis des pauvres).

les avis et les chiffres montrent que le cinéma de la femme arrive à s'ériger en objet de débat et à se constituer en matière quantifiable.

les critiques adressées aux films des femmes forment un ensemble hétérogène. l'hétérogénéité ne vient pas de la différence des catégories auxquelles appartiennent les juges, mais de la contradiction des jugements. les spécialistes du domaine versent parfois dans des polémiques qui débouchent sur des positions extrémistes au point de nous demander si la subjectivité ne l'emporte pas sur la vision clairvoyante et objective et si les sentiments n'éclipsent pas la raison. le film marock est l'exemple typique de cette scission qui fait planer des doutes sur la crédibilité et l'utilité de ces critiques et de ces analyses.

des films qui ne sont même pas vus au maroc sont primés à l'étranger (l'enfant endormi), des films qui ne plaisent pas aux critiques de cinéma emportent le public (ruses de femmes), des films qui enthousiasment les jeunes rebutent les adultes (marock). d'autres films sont passés inaperçus comme le paradis des pauvres qui n'a suscité que de très faibles réactions et qui n'est resté à l'affiche que huit semaines (dont six l'année de sa sortie 2002 et deux l'année suivante), totalisant en tout et pour tout 8000 entrées. mais au sein de la frénésie des thuriféraires et des contradicteurs, le spectateur reste la vraie jauge du degré de réussite d'un film. les chiffres attestent que le public marocain n'est pas fortement séduit par les longs métrages des femmes. les statistiques officielles montrent que seul le film ruses de femmes de farida benlyazid fait partie du top ten du box office pour la période 1999-2005 alors que les trois autres films projetés dans les salles nationales pendant la même période viennent très loin derrière.

azelarab qorchi

notes.

1. ikram zayed, karaouan primé à tunis, assabah n°1689 du 10-11.09.2005.

2. hassan bahraoui, parcours du cinéma marocain, in attakafa al maghribia n°26- 27, juin 2004, p.22.

3. mohamed souf, le cinéma des années 90, in attakafa al maghribia

n°26-27, juin 2004, p.99 et p.101.

4. walid chmit, femmes…parcours de passion, revue de l'institut du monde arabe, n°18, mars 2005, p.4.

5. raphaël millet, manière, malaise et maniérisme des cinéastes marocains, in cinémas de la méditerranée, cinémas de la mélancolie, paris: l'harmattan, 2002, (collection images plurielles), p.117.

6. hammadi guirom, l'image de la femme dans le jeune cinéma marocain entre le sacré et le profane, in attakafa al maghribia, n°26-27, juin 2005, p.59.

7. my driss jaidi, la question de la femme et les luttes implicites dans les films marocains, in attakafa al maghribia, n°26-27, juin 2005, p.33.

8. atika haymoud, cinéma marocain entre flashs et clichés, aujourd'hui le maroc du 18.03.2005.

9. abdelhak najib, la gazette du maroc, n°387 du 27.09.2004.

10. hammadi guirom, op.cit, 65.

11. abdelhak najib, le coup de force de laila marrakchi, la gazette du maroc du 16.12.2005.

12. mohamed asli, cité par amine rahmouni dans, diatribes et autres pamphlets, maroc hebdo du 12.12.2005.

13. raphaël millet, op.cit, p.35.

14. my driss jaidi, op.cit, p.50.

15. hassan bahraoui, op.cit, p.27.

16. olivier barlet, africultures du 10.11.2004.

17. my driss jaidi, op.cit, p.45.

18. férid boughedir, panoramas des cinémas maghrébins, dossier les cinémas arabes, paris: cerf, 1987, p.62.




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