remarques sur les caractéristiques du théâtre classique

faculté des lettres agadir - dllf - prof. zohra makach


concernant le xviième siècle, les textes les plus importants qu'il apparaît nécessaire de connaître sur le sujet sont les suivants :

chapelain

1960 : lettre sur l'art dramatique

1638 : sentiments de l'académie sur le cid

d'aubignac :

1657 : pratique du théâtre

corneille

1660 : les trois discours sur l'art dramatique

moliÈre

1659 : préface des précieuses ridicules

1661 : avertissement et scène 1 des fâcheux

1663 : critique de l'École des femmes

1663 : l'impromptu de versailles

1669 : préface de tartuffe

racine

1668 : première préface d'andromaque

1670 : préface de bérénice

1676 : seconde préface d'andromaque

1677 : préface de phèdre

boileau

1674 : art poétique, chant iii notamment

la liste est longue et riche, comme on peut le constater, ce qui confirme l'importance du phénomène théâtral au xviième siècle.


les principes du théâtre classique

a. le théâtre doit avoir un but moral

corneille :

la première utilité du poème dramatique consiste aux sentences et instructions morales qu'on y peut semer presque partout ...

... le succès heureux de la vertu, en dépit des traverses et des périls, nous excite à l'embrasser. (premier discours)

molière :

si l'on prend la peine d'examiner de bonne foi ma comédie, on verra sans doute que mes intentions y sont partout innocentes et qu'elle ne tend nullement à ajouter les choses que l'on doit révérer ... si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura des privilégiés. celui-ci est, dans l'État, d'une conséquence bien plus dangereuse que tous les autres, et nous avons su que le théâtre a une grande vertu pour la correction. les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire, et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. c'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. on souffre aisément des répréhensions, mais on ne souffre point la raillerie. on veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule. (préface de tartuffe)

boileau :

un lecteur sage fuit un vain amusement ;

et veut mettre à profit son divertissement.

que votre âme et vos moeurs, peintes dans vos ouvrages

n'offrent jamais de vous que de nobles images.

je ne puis estimer ces dangereux auteurs

qui de l'honneur, en vers, infâmes déserteurs,

trahissent la vertu sur un papier coupable,

aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.

...

aimez donc la vertu, nourissez-en votre âme;

en vain l'esprit est plein d'une noble vigueur;

le vers se sert toujours des bassesses du coeur. (art poétique, chant iv)


b. le théâtre doit plaire

boileau :

n'offrez rien au lecteur que ce qui peut lui plaire. (art poétique, chant i)

le secret est d'abord de plaire et de toucher :

inventez des ressorts qui puissent m'attacher. (art poétique, chant iii)

molière :

vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous embarrassez les ignorants et nous étourdissez tous les gens. il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde, et cependant ce ne sont que des observations aisées, que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l'on prend à ces sortes de poèmes ; et le même bon sens qui a fait autrefois ces observations les fait aisément tous les jours sans le secours d'horace et d'aristote. je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin ...

... pour moi, quand je vois une comédie, je regarde seulement si les choses me touchent ; et, lorsque je m'y suis bien diverti, je ne vais point demander si j'ai eu tort, et si les règles d'aristote me défendaient de rire. (critique de l'École des femmes,sc.6)

la fontaine :

on ne considère en france que ce qui plaît ; c'est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. (préface des fables)

racine :

je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas croire qu'une pièce qui les touchent, et qui leur donne du plaisir, puisse être absolument contre les règles. la principale règle est de plaire et de toucher. toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. (préface de bérénice)

c. le théâtre doit être vraisemblable

nature, raison et bon sens doivent être la règle pour intéresser le spectateur.

boileau :

jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :

le vrai peut quelque fois n'être pas vraisemblable.

une merveille absurde est pour moi sans appas

l'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas . (art poétique, chant iii)

que la nature donc soit votre étude unique,

auteurs qui prétendez aux honneurs du comique. (art poétique, chant iii)

jamais de la nature il faut s'écarter. (art poétique, chant iii)

molière :

lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. ce sont des portraits à plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance ; et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature. on veut que ces portraits ressemblent ; et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. (critique de l'École des femmes, sc.6)

racine :

il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie... toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien. (préface de bérénice)

d. les règles techniques de l'art dramatique.

on connaît la formulation très stricte de boileau (art poétique, chant iii) :

qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli

tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.

dans la réalité, ce sont les conditions matérielles du théâtre qui ont conduit progressivement à l'adoption presque inconsciente de la règle de l'unité de lieu, base des deux autres, ce qui n'empêche pas les auteurs de reconnaître son caractère invraisemblable.

racine :

et quelle vraisemblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourraient à peine arriver en plusieurs semaines ? (préface de bérénice)

d'ailleurs, l'exemple du don juan le montre aisément.c'est une pièce qui demande, qui appelle l'espace. elle ne connaît pas l'unité de lieu, de rigueur à l'époque classique. À chacun des cinq actes, don juan se trouve dans un lieu différent. le lieu se transforme même à vue au cours du troisième acte, qui se situe dans une forêt. la réplique de don juan à la fin de la première scène: “mais, tout en raisonnant, je crois que nous sommes égarés” suppose un déplacement de don juan et de sganarelle. poursuivant leur chemin, ils aperçoivent finalement le tombeau du commandeur, qui n'était pas scéniquement présent au début de l'acte et dans lequel ils vont entrer: la scène doit alors représenter l'intérieur du tombeau où l'on voit la statue du commandeur, selon les indications mêmes de molière (scène 5). le dernier acte, également, implique en bonne logique un changement de lieu, même si celui-ci n'est pas indiqué par l'auteur: les deux premières scènes doivent se situer chez don juan, tandis que la rencontre avec don carlos à la scène 3 ne peut avoir lieu que dans la rue (“je suis bien aise de vous parler ici plutôt que chez vous” dit don carlos).

néanmoins, une étude d'ensemble du théâtre classique conduit à constater que la règle des trois unités y a été globalement respectée.

enfin, quelques remarques techniques, liées au plaisir du spectateur et à la vraisemblance, s'imposent:

** nécessité de clarté de l'exposition: “le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.” (boileau, art poétique, chant iii)

** nécessité d'une action soutenue, qui se complique jusqu'à l'acte iv pour se dénouer ensuite:

que son noeud bien formé se dénoue aisément;

que l'action marchant où la raison la guide,

ne se perde jamais dans une scène vide ...

et les scènes toujours l'une à l'autre liées. (boileau, art poétique, chant iii)

** nécessité de faire parler différemment les personnages selon leur âge, leur caractère, ou leur condition sociale:

ne faites pas parler vos acteurs au hasard,

un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.

Étudiez la cour et connaissez la ville;

l'une et l'autre est toujours en modèle fertile. (boileau, art poétique, chant iii)

en bref, soucis d'un but moral, de plaire au public et d'être vraisemblable, ont conduit les auteurs du théâtre classique à épouser avec plus ou moins de bonheur une certaine technique dramatique.



Pour citer cet article :
Auteur : Zohra Makach -   - Titre : Principes du théâtre classique,
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