Histoire et subjectivité du texte littéraire - L'exemple de Flaubert - Zola Histoire et subjectivité du texte littéraire - l'exemple de Flaubert - Zola
Abdelhafed MESSAOUDI, E.N.S. Meknès
Texte 1 : Le coup d'Etat (2 décembre 1851)
C'était au 2 décembre. Le zingueur, par rigolade, avait eu la belle idée de descendre voir l'émeute; il se fichait pas mal de la République, du Bonaparte et de tout le tremblement; seulement il adorait la poudre, les coups de fusil lui semblaient drôles. Et il allait très bien être pincé derrière une barricade, si le forgeron ne s'était rencontré là, juste à point pour le protéger de son grand corps et l'aider à filer.
Goujet, en remontant la rue du Faubourg-Poissonnière, marchait vite, la figure grave. Lui, s'occupait de politique, était républicain, sagement, au nom de la justice et du bonheur de tous. Cependant, il n'avait pas fait le coup de fusil. Et il donnait ses raisons : le peuple se lassait de payer aux bourgeois les marrons qu'il tirait des cendres, en se brûlant les pattes; février et juin étaient de fameuses leçons; aussi, désormais, les faubourgs laisseraient-ils la ville s'arranger comme elle l'entendrait. Puis, arrivé sur la hauteur, rue des Poissonniers, il avait tourné la tête, regardant Paris; on bâclait tout de même là-bas de la fichue besogne. le peuple un jour pourrait se repentir de s'être croisé les bras.
Mais Coupeau ricanait, appelait trop bêtes les ânes qui risquaient leur peau à la seule fin de conserver leurs vingt-cinq francs aux sacrés fainéants de la Chambre.

L'Assommoir, E.Zola. (chapitre IV ; P. 137 ed. Poche.)
Texte 2 : (une enfant tyran...)
Mme Gaudron, à elle seule, en lâchait neuf, des blonds, des bruns. mal peignés, mal mouchés, avec des culottes jusqu'aux yeux_ des bas tombés sur les souliers, des vestes fendues, montrant leur peau blanche sous la crasse.
Une autre femme, une porteuse de pain, au cinquième, en lâchait sept. Il en sortait des tapées de toutes les chambres. Et, dans ce grouillement de vermines aux museaux roses, débarbouillés chaque fois qu'il pleuvait, on en voyait de grands, l'air ficelle, de gros, ventrus déjà comme des hommes, de petits, petits, échappés du berceau, mal d'aplomb encore tout bêtes, marchant à quatre pattes quand ils voulaient courir. Nana régnait sur ce tas de crapauds; elle faisait sa mademoiselle J'ordonne avec des filles deux fois plus grandes qu'elle, et daignait seulement abandonner un peu de son pouvoir à Pauline et à Victor, des confidents intimes qui appuyaient ses volontés. Cette fichue gamine parlait sans cesse de jouer à la maman, déshabillait les plus petits pour les rhabiller, voulait visiter les autres partout, les tripotait, exerçait un despotisme fantasque de grande personne ayant du vice.

Idem. chapitre V, p. 189
Texte 3 : Le coup d'Etat (2 décembre 1851)

C'était le le décembre, jour même où devait se faire la vente de Mme Arnoux...Le lendemain matin... Des groupes nombreux stationnaient sur le boulevard. De temps à autre, une patrouille les dissipait; ils se reformaient derrière elle. On parlait librement, on vociférait contre la troupe des plaisanteries et des injures, sans rien de plus.
-Comment ! Est-ce qu'on ne va pas se battre ? dit Frédéric à un ouvrier.
L'homme en blouse lui répondit :
- Pas si bêtes de nous faire tuer pour les bourgeois ! Qu'ils
s'arrangent !
Et un monsieur grommela, tout en regardant de travers
le faubourien :
-- Canailles de socialistes ! Si on pouvait, cette fois, les exterminer !
Frédéric ne comprenait rien à tant de rancune et de sottise. Son dégoût de Paris en augmenta; et, le surlendemain, il partit pour Nogent par le premier convoi.

L'Education sentimentale, G.Flaubert (3ème partie, chap. 5, pp. 501-506. éd. Pocket classique)
Texte 4 : (Un enfant martyr...)
Mais dans la soirée, il fut effrayé par l'aspect débile de l'enfant et le progrès de ces taches blanchâtres, pareilles à de la moisissure, comme si la vie, abandonnant déjà ce pauvre petit corps, n'eût laissé qu'une matière où la végétation poussait. Ses mains étaient froides; il ne pouvait plus boire, maintenant; et la nourrice, une autre que le portier avait été prendre au hasard dans un bureau, répétait :
-Il me paraît bien bas, bien bas !
Rosanette fut debout toute la nuit.
Le matin, elle alla trouver Frédéric.
-- " Viens donc voir. Il ne remue plus. " En effet, il était mort. Elle le prit, le secoua, l'étreignait en l'appelant des noms les plus doux, le couvrait de baisers et de sanglots, tournait sur elle-même, éperdue, s'arrachait les cheveux, poussait des cris ; -- et se laissa tomber au bord du divan, où elle restait la bouche ouverte, avec un flot de larmes tombant de ses Feux fixes. Puis une torpeur la gagna, et tout devint tranquille dans l'appartement. Les meubles étaient renversés. Deux ou trois serviettes traînaient. Six heures sonnèrent. La veilleuse s'éteignit. Frédéric, en regardant tout cela, croyait presque rêver. Son coeur se serrait d'angoisse. Il lui semblait que cette mort n'était qu'un commencement, et qu'il y avait par derrière un malheur plus considérable près de survenir.
Tout à coup Rosanette dit d'une voix tendre :
" Nous le conserverons, n'est-ce pas ? "
Elle désirait le faire embaumer.

Idem 3ème partie, chapitre IV- p. 488
Histoire et subjectivité du texte littéraire : Zola / Flaubert et le coup d'Etat du 2 décembre 1851
Introduction :
L'Histoire a été souvent le terreau dans lequel germait le récit historique, la littérature historique. Les plus célèbres formes d'expression littéraires ont été, et le sont encore de nos jours, les formes qui se sont appuyées sur l'Histoire : tragédie antique et classique, épopée, roman chevaleresque et roman historique ou à caractère historique.
Les liens entre l'histoire et la littérature ont toujours été conflictuels, au sens où l'un voudrait subsumer l'autre. Il fallait d'un côté soumettre le langage, l'affabulation et la narration aux exigences d'une conception de l'Histoire, chez d'autres, c'est l'Histoire qui doit se plier aux choix esthétiques d'un auteur, aux lois d'une école. Cela revient à dire qu'enfui, il y a soit de la littérature soit de l'Histoire. Cependant, la question n'est pas d'une telle simplicité. Un auteur peut tout à fait faire de l'histoire sans renoncer à la littérature, bien au contraire, faire oeuvre d'Histoire est quelquefois, bien que le romancier proteste contre une pareille lecture, la parfaite expression de la littérature.
On se penchera ici sur quelques auteurs du 19ème siècle et ce pour deux raisons :
l'Histoire est en soi incapable de s'écrire en tant que discipline dans la mesure où l'on se trouve en France du moins, après la défaite de Waterloo en 1815, l'avortement de la révolution de 1848 et le coup d'Etat de 1851 devant une impasse d'ordre idéologique. Ceci est fort intéressant du point de vue de la recherche : quelles conséquences pour l'esthétique romanesque que cette impossibilité à écrire l'Histoire. La réaction symboliste et décadente dans la 2ème moitié du siècle ne sont-elles pas imputables en partie à cet état des faits ?
Le 19ème est la période où l'on peut confronter plusieurs visions idéologiques et esthétiques du même moment historique. On pourrait alors chercher dans la transcription de l'évènement historique la parfaite expression de la subjectivité de tel ou tel autre auteur. L'Histoire serait ainsi un indice de lisibilité de la littérature. Du même coup, la littérature est un indice de lisibilité de l'Histoire. En fait, bien des romanciers ont dit ce que l'historien ne pouvait pas soupçonner.
Hugo décrivant dans les Misérables la ba aille de Waterloo, est emporté par le même enthousiasme français qui a précédé la confrontation, ce qui n'est pas le cas de Stendhal qui reproduit l'épisode dans sa phase finale. La tonalité est d'un côté épique, de l'autre héroï-comique. Sur un plan idéologique on se trouve face à une forme de conformisme du côté de l'un et face à une verve contestataire du côté de l'autre, Stendhal est la mauvaise conscience de l'Empire, il exprime l'échec du modèle. Il inaugure ce que feront magistralement Flaubert et Zola, c'est à dire de l'Histoire comme expression de l'exotisme d'une époque, comme manifestation de la part irrationnel de la modernité. C'est essentiellement à travers la représentation romanesque du Coup d'Etat de 1851 chez les deux écrivains que cette tendance sera très marquée.
On essaiera ici d'interroger les procédés d'appropriation de l'Histoire par le texte littéraire, comment la subjectivité des romanciers façonne-t-elle le matériau historique pour en faire oeuvre d'art ? Comment enfin la littérature devient la parfaite expression d'une historicité en crise ou du moins la tribune à partir de laquelle s'énonce une critique de l'Histoire non comme discipline mais comme existence humaine, comme condition de litre ?
Zola comme Flaubert commencent leur relation de ce fait historique par la référence à une date (c'était au 2 décembre # c'était le ter décembre). Voilà deux dates qui semblent inscrire le texte dans l'Histoire, mais dans les deux cas le souci de faire de l'Histoire selon une perspective objective est moins vrai. Dans le cas de Zola l'expression de la date apparente les événements à venir à un pur hasard. La construction indirecte (c'était au..) place d'emblée l'Histoire dans ce qui est périphérique. Cette première remarque se confirme d'ailleurs dans la phrase suivante quand on sait que le zingueur, le mari de Gervaise Macquart, l'héroïne de L'Assommoir, prend part aux événements « par rigolade ». Flaubert quant à lui souligne par la détermination définie du chronotope (c'était le...) l'importance du moment. On s'attend à un récit historique relatant la veille du coup d'Etat. Or le thème est la vente aux enchères du mobilier de Mme Arnoux. Il relègue de la sorte l'histoire au second plan et semble dire comme Stendhal que « la politique dans un roman est comme un coup de pistolet dans un concert ». En fait chez lui l'Histoire est souvent un spectacle. Si le 2 décembre marque sur l'axe du temps la rupture avec une période républicaine, Flaubert préfère y placer la rupture avec la phase romantique de son personnage. La vente aux enchères du mobilier signifie la fin d'une idylle impossible entre le héros et Mme Arnoux, comme elle dit indirectement la liquidation par Louis Napoléon du mobilier de la République : il dissout en fait l'assemblée et décrète l'état de siège. Ce que vivent les Arnoux sur le plan juridique devient la métonymie de ce que vit la société française. Ce dessine ainsi une nouvelle tendance dans le romanesque historique qui consiste à placer des personnages médiocres là où le récit Historique requiert des personnages dotés de qualités exceptionnelles. Ce choix flaubertien est repris par Zola, -les indices d'une intertextualité sont en fait trop nombreux- avec cette nuance qu'il met côte à côte un ouvrier indifférent à la politique et un autre qui est l'expression de la conscience des républicains. D'un côté le zingueur pour qui l'émeute est un spectacle de carnaval : « il se fichait pas mal de la République... seulement il adorait la poudre, les coups de fusils lui semblaient drôles. ». A l'opposé de cette attitude puérile, se trouve un personnage à « la figure grave » -rappel d'une figure proue de l'imaginaire qui n'est autre que Don Quichotte- et en qui s'exprime la conscience d'une classe.
Cette première analyse nous permet de récuser le propos de G. Lukacs qui voit « dans tout l'art [en particulier celui de Zola] de cette période, qui dépeint le présent, l'inaptitude à comprendre le présent » et selon lui cette incompréhension «s'accompagne d'une brutalité voilée de mystique biologique ». Or en vérité, Zola fait preuve d'une maîtrise de la donnée historique bien plus qu'il n'y semble. Ainsi, le chapitre IV duquel est extrait le premier passage couvre les années 1851-1854. d'un côté, il relate la naissance de Nana, de l'autre, de façon très succincte les événements de 1851 : le coup d'Etat de louis Napoléon Bonaparte. On voit alors surgir deux événements d'une même nature (naissance) mais placé chacun sur un axe ou un paradigme différent. L'avènement du second Empire comme histoire socio-politique et l'avènement de Nana comme histoire familiale. Le second ayant l'ascendant sur le premier et en prolongerait les significations comme le montre le texte 2. C'est dire que le coup d'état n'a qu'une influence limitée sur le cours du roman, par contre, la naissance de Nana bouleversera la vie du jeune couple, comme par la suite celle du quartier. Il faut dire aussi que d'un côté naît un pouvoir qui détruit les idéaux républicains, de l'autre la fille qui détruit l'idéal familial, et qui tentera dans le roman éponyme de pourrir Paris par le pouvoir de la chair comme l'a fait l'Empire par le pouvoir des armes.
Le deuxième passage nous montre en fait comment la subjectivité de l'expression littéraire, passant ici par le détournement de sens (la métaphore filée du pouvoir) traduit ce glissement qui se fait lentement du domaine politique vers le domaine social. Le danger qui menace le corps social n'est plus le pouvoir politique mais la brutalité et le caractère sauvage d'une biologie, donc d'une individualité. (L'ère du romanesque moderne est ici amorcé) : « Nana régnait sur ce tas de crapauds, elle faisait sa mademoiselle J'ordonne...et daignait seulement abandonner un peu de son pouvoir à ...des confidents intimes qui appuyaient ses volontés » hormis la référence à la demoiselle, le texte décrirait un pouvoir tyrannique qui se serait emparé du pouvoir légitime (celui des parents- il sera par la suite rétabli à coups de fessées I). Horde sauvage (isotopie de l'infra-humain) que celle de ces « crapauds il en sortait des tapées de toutes les chambres ». Isotopie sémantique du despotisme dans les termes régnait, appuyaient ses volontés et sémiotique dans le schéma actanciel de cette séquence narrative : L'objet se rapporte exclusivement à l'exercice absolu du pouvoir (elle faisait sa demoiselle Jordonne) par le sujet Nana, appuyé par les adjuvants Pauline et Victor. L'expression romancée de l'Histoire recule devant l'expression historicisante du romanesque qui s'invente un style moderne ; non celui de la figuration idolâtrant le personnage (choix littéraire possible dans le texte 1 avec le personnage de Goujet ; encore que l'onomastique trahit déjà l'intention du romancier), mais qui oeuvre à sa décomposition. Le personnage de la demoiselle Jordonne et le tas de crapauds, en dehors du fait qu'il fait référence à un milieu social, il dit la fin de l'exemplarité positive qui a longtemps fait la particularité du roman en général et du roman historique en particulier.
La Déliquescence du pouvoir politique qui se lit au chapitre VIII de L'Assommoir 6 et la lascivité de la jeunesse des faubourgs (cf . ch. XI) permet de mener à son bout le parallélisme qui s'établi entre Histoire sociale et histoire naturelle. Le sous titre du cycle des Rougons Macquart étant ainsi programmatique : Histoire naturelle et sociale sous le Second Empire...
Bien plus subtil, on assiste avec Flaubert dans L'Education sentimentale et la mort de l'enfant illégitime (texte 4) à l'enterrement de ce qui symbolise l'espoir républicain. L'enfant meurt quelques jours avant la prise du pouvoir par Napoléon III. C'est que Zola inverse le mouvement de son maître Flaubert :
-Flaubert et la thématique de la fin:
1- liquidation de l'amour de Mme Arnoux à travers l'artifice
littéraire -métonymie romanesque de la banqueroute. (Texte 3)
2- Mort de l'enfant né de l'union qui réforme selon
l'expression de Frédéric Moreau. (Texte 4)
3- Mort de la deuxième République quelques jours après.
L'Histoire est déceptive elle est dans l'oeuvre de Flaubert une succession de fins, mort du héros révolutionnaire Dussardier, impuissance de la génération de 1848 à assurer la relève du pouvoir. Triomphe de l'irrationnel, de la bêtise en art et en politique (on connaît bien le club de l'intelligence et le peintre raté Pellerin) et modernité décadente.
-Zola et la thématique du début :
1-Naissance d'un monstre biologique qui est Nana.(texte 2)
2-Naissance d'un monstre sociologico-politique qu'est le
Second Empire (texte 1)
Ces deux oppositions montrent comment l'appropriation de la même donnée historique relève de deux tempéraments. Tandis que Flaubert fuit la modernité qu'il exècre, « son dégoût de Paris en augmenta » et peint la réalité historique selon une vision sceptique et ironique. Zola lui, adopte une approche plus conflictuelle : le réel est un champ d'étude et d'expérience que la littérature est capable de décrire. Il oppose pour ce faire deux instances trieoiogiques dans le texte, comme Flaubert oppose l'homme en blouse et un monsieur, mais le héros demeure le juge qui annonce son verdict dans le dernier paragraphe du texte 3 « rancune, sottise. . . dégoût ».
Néanmoins dans les deux passages relatant l'émeute, on peut relever le même engouement des héros pour le feu. Tandis que l'un adorait la poudre, l'autre s'étonne qu'on ne se batte pas. Dans les deux textes la scène est un spectacle. Cette attitude dévoile un fait de civilisation : les hommes n'ont plus confiance en la politique, l'attitude prédominante est l'indifférence. Goujet dans L'Assommoir et Dussardier dans L'Education sentimentale sont ainsi les vestiges d'une conscience historique qui s'estompe.
L'opposition dont on parlait un instant, se manifeste dans les deux oeuvres au niveau de la poétique de l'incipit. Tandis que dans L'Education sentimentale F. Moreau rentre à Nogent en quittant Paris, dans L'Assommoir de Zola, Gervaise Macquart et Etienne Lantier arrive de Provence à Paris. Espace de la fermeture dans l'oeuvre de Flaubert : « Enfin le navire partit; et les deux berges, peuplées de magasins, de chantiers et d'usines, filèrent comme deux larges rubans que l'on déroule. » et espace de l'ouverture dans L'Assommoir : on passe lentement par élargissement de perspective, de Gervaise, à la chambre d'hôtel, au faubourg, à tout Paris. Dans l'ouverture romanesque de l'Education sentimentale, c'est l'inverse : d'un quai d'embarquement agité de Paris, on passe au pont agité du bateau, enfin au coeur agité de passion de Frédéric.
Les deux moments clés de l'oeuvre- l'incipit- trahissent ainsi les présupposés idéologiques des deux auteurs vis-à-vis de l'Histoire. Pour Flaubert c'est une donnée qui s'impose au texte et que l'artiste fuit, pour Zola, c'est un phénomène qu'il faut soumettre au scalpel de la vision naturaliste Pathologie de l'Histoire que le disciple de Claude Bernard doit décrire. Dans un cas, théâtralité de l'épisode historique, dans l'autre, creusement dramatique de ce même événement (métaphore du tremblement) et de cette même théâtralité par le recours au discours narrativisé et au monologue (Zola).
On passe chez Zola de la vision synecdochique de l'Histoire (adorait la poudre, les coups de fusil) à la conscience historique, à une vision limpide des enjeux politiques. Tandis que dans L'Education sentimentale on progresse du spectacle incohérent du coup d'Etat qui suscite des vociférations et des plaisanteries à un dégoût qui marque le refus de traiter de l'Histoire puisque Frédéric part définitivement de Paris pour un long voyage en Orient. Flaubert s'arrête littérairement au 2 décembre, tandis que Zola commence son récit à cette date.
Si enfin les deux romanciers ont été les témoins de la mort de l'héroïsme- du moins dans les deux romans qui constituent l'objet de cette réflexion-, (dans L'Assommoir, le geste de bravoure de Goujet pour protéger le zingueur est gommé par un sommaire en une phrase ; dans L'Education sentimentale, la bravoure est une qualité du discours plutôt que de l'action), ils ont néanmoins été en mesure de transcender l'incohérence du réel historique par la pertinence d'une poétique que Zola revendique hautement et que Flaubert récuse : « ne me parlez pas de réalisme, du naturalisme ou de l'expérimental ! J'en suis gorgé...quelles vides inepties » (lettre à Maupassant). La subjectivité du texte littéraire se refuse donc à toute action réductrice, que celle-ci soit d'ordre esthétique ou idéologique. Certes, Zola défend une vision hautement scientiste du travail littéraire, Flaubert, se documente tout comme Zola pour préparer son roman, mais avec cette différence que pour lui, il s'agit de voir la Révolution du point de vue de l'Art.
6. Le concierge Boche cite un livre paru en Belgique qui raconte les aventures immorales de L.N. Bonaparte- double subversion de l'authenticité historique : récit attribué à un concierge inculte, et propos du récit qui porte sur la vie privée de l'Empereur.


Pour citer cet article :
Auteur : Messaoudi abdelhafed -   - Titre : Histoire et subjectivité du texte littéraire - l’exemple de Flaubert - Zola,
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publié : 2008-06-12

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