Le mal moral dans Candidus de François-Marie Arouet dit

VOLTAIRE


«Les hommes sont féroces et cette férocité n'a pas de sens: désolante constatation qui approfondit dans sa dimension de l'histoire le pessimisme des voyages de scaramentado, celui de désastre de Lisbonne et annonce les épreuves de Candide»1

Le mal moral occupe une place aussi bien philosophique que romanesque dans cette oeuvre de Voltaire. Il serait incongru, donc, de ne pas déceler quelques conduites infâmes des hommes indéniablement attachées à leur nature et leur entourage, pour en déduire la cause. Et si Candide, ce navigateur inlassable, se trouve heurté à des situations aussi opprobres, ce n'est que parce que voltaire en fait de lui cette personne frustrée par la sauvagerie immanente des fils d'Adam ici bas.

Notons, d'abord, ces tableaux pittoresques devant lesquels, tout lecteur se trouve ébahi. Dès qu'il a quitté l'Eldorado, le pays chimérique et paradisiaque, l'odieux reprend son haleine au fond des âmes illustré clairement dans cette réplique : «Ils rencontrèrent un nègre étendu par terre n'ayant plus que la moitié de son habit»2 Candide raisonne sur le motif de ces maux odieux et sur l'influence qu'ils exercent sur l'âme humaine. L'esclavagisme serait le vice que dénonce Candide, en assistant à cette scène terrifiante.

La tyrannie est encore prérogatif de la bourgeoisie. Les maitres absolus ôtent toute dignité, et stigmatisent le bas peuple en les rendant comme des bétails utilisés uniquement pour produire leurs richesses. De surplus, l'escroquerie et l'avarice sont des vices liés à la nature de l'homme, comme le montre cette phrase:


«Partout les faibles ont en exécration les puissants devant lesquels ils rampent. Et les puissants les traitent comme des troupeaux dont on vend la laine et la chair»

Chercher l'origine du mal devient une nécessité immédiate; mieux encore, une course contre le temps et le destin pour Candide. Il s'affirme, à plusieurs reprises, honnête homme qui se veut équitable. Il cherche du mieux qu'il soit, la justice humaine dissimulée entre l'homme et l'homme. Mais faut-il une longue traversée du bout du monde jusqu'à l'autre, pour en faire le bilan? Pour trouver cette origine?

Il est évident, pour un écrivain philosophe tel Voltaire, de se référer toujours à la réalité amère, et à la société corrompue par les plaies jugées infâmes et ignominieuses; pour découvrir ce qu'il cherche à désapprouver, à savoir des idées qui n'ont point cessées de soutenir que le mal est une illusion et que, uniquement, le bien demeure une réalité.

Voltaire en prenant le souci de rétablir un autre dogme plus réaliste que jamais, se dispose d'un oeil critique et d'un héros picaresque qui parcourt ce globe. Il veut se faire une idée solide et cohérente sur les maux moraux. Notons, à cet égard, cette réplique qui apparait très révélatrice, lors de cette discussion entre le héros et Martin:


«Croyez-vous, dit Candide que les hommes se soient toujours (…) qu'ils aient toujours été menteurs, perfides, ingrats, brigands, faibles (…)»3

L'emploi des adjectifs a pour but de signaler un danger. Il est un procédé typiquement voltairien, il le met en vigueur pour déclencher l'alarme du danger. L'homme, qui est doté de ces qualités les plus abjects, n'est-il pas responsable de la production d'un vice qu'on nomme mal?

Voltaire reconnait que le mal est un vice attaché à l'homme, même si ce dernier ne fait pas d'effort pour l'extérioriser. RENE POMEAU a mentionné une pensée de l'auteur dans son oeuvre Voltaire: «l'homme est le seul animal qui sache qu'il doit mourir. Triste connaissance, mais nécessaire, puisqu'il a des idées. Il y a donc des malheurs attachés nécessairement à la condition de l'homme»4

Le problème du mal l'a éreinté. Il a fatigué son esprit de philosophe. Raisonner sur ce fléau, c'est finir ses jours dans un silence biblique; au milieu des livres qui signifient peu de choses: «il n'y a dans tous ces livres que de vaines systèmes et pas une seule chose utile»5 détruire un système non raisonnable, devient de plus en plus une recherche déterminante pour l'unique fin: approuver que le Bien glorifié par les érudits qui ont précédé Voltaire, est une chimère qu'il faut abondonner, le mal existe et persiste tant que l'homme chercher à nier son frère, et tente de s'enrichir au détriment de ceux qui leur procurent de l'aisance.

Face à ces fléaux qui font souffrir l'homme, Voltaire et son Candide perdent confiance en Pangloss et son maitre incontestable Leibniz. Le héros se trouve submergé par le pessimisme alors qu'il soutenait, au préalable, un optimisme fragile, capable de ce démolir à n'importe quel moment, surtout lorsqu'il s'agit de la réalité. Elle a le droit, cette réalité, de prouver ou de nier l'optimisme.

Mbarek BAKKOU

Délégation Es Smara

Lycée Prince Moulay Rachid

1 - RENE Pomeau, la religion de Voltaire, Paris, Librairie Nizet, 1974,P:302

2 - Voltaire, Candide, Paris, Librairie Générale Française P:76

3 - Voltaire, Candide, Paris, Librairie Générale Française P:171

4 - Voltaire, op.cit., P: 82

5 - id Candide



Pour citer cet article :
Auteur : Bakkou Mbarek -   - Titre : Le mal moral dans Candide de Voltaire,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/le-mal-moral-dans-candide-M-bakkou.php]
publié : 2010-11-12

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