etude de :

etude de la relation père/fils dans la métamorphose de kafka

préparé par : rachid hammoumi

la relation père-fils est datée antérieur à même toute écriture quelle qu'elle soit, elle est autant ancienne que la race humaine peuplait la terre. c'est aussi un thème récurrent dans la littérature, datant même des récits grecs, à l'instar du mythe d'oedipe.

une telle thématique se prête à plusieurs champs d'analyses, touchant quant à eux, la psychologie, la sociologie...etc.

consacrons notre étude à la relation père-fils, dans l'oeuvre de f. kafka, la métamorphose , nous ramène à préciser quelques éléments historiques et biographiques, lesquels nous pensons influencer l'oeuvre d'une certaine manière. notre projet ne tend pas à se bloquer dans une études historiciste et psychologisante, mais , au contraire de ce qu'on peut penser, nous limiterons ces 'détails' à tout ce qui pourrait contribuer à une bonne compréhension ; sachant, entre autre, que l'oeuvre littéraire, hormis ce qui constitue sa littérarité, ne peut , en aucun cas, échapper au contexte historique et social qui favorise son surgissement et sa naissance.

la métamorphose est née dans un contexte de crise familiale. rappelons que kafka, un an avant l'écriture de la métamorphose, avait été profondément blessé par son père quant celui-ci lui avait dit à propos de ses relations avec l'acteur juif j. löwy « qui couche avec des chiens attrape des puces ». par cette vexante expression paternelle, kafka prenait conscience de n'être qu'un parasite aux yeux de ses proches, et cultivait par la suite une sorte de haine à l'encontre d'un père tyrannique et cruel.

cette situation familiale en désagrégation et cette douleur profonde que lui causait son père influença sans aucun doute l'écriture de l'oeuvre.

cette nouvelle fantastique se caractérise par un incipit in medias res, car l'intérêt ne porte plus sur l'acte de la métamorphose, qui est donné d'emblée ; la métamorphose de gregor n'est pas mise sous une grande lumière descriptive, pour montrer le passage de l'état humain à l'état animal. mais ce qui compte par un tel choix, sont les changements au niveau de la famille que doit engendrer une telle métamorphose 'instigatrice'. le fait d'écrire métamorphose (avec 'm' majuscule) présage déjà l'existence d'une multiplication de métamorphoses et non pas une seule.

le père est la figure qui a le plus d'effet sur la progression de l'intrigue dans cette nouvelle, du moment où il intervient, on se sent que son discours est plein de performativité ; par exemple, au moment où il a demandé à anna et sa fille (en criant) d'aller chercher un serrurier et un médecin, la rapidité avec laquelle elles ont exécuté cet ordre va étonner gregor par l'utilisation du discours narrativisé. ses paroles ne passent jamais inaperçues et ses actes jalonnent le texte.

le père est présenté par le narrateur, quasi-exclusivement en utilisant le discours direct, une sorte de mettre en exergue son caractère fort, rigide envers son fils : « le père qui frappa légèrement, mais du poing [...] cria-t

il [...] il gronda encore une fois, d'une voix plus grave » 1. cela montre la sévérité sans égard du père.

mais au moment de la présence du gérant, le ton du père change : «

'gregor' dit alors le père », « [...] demanda le père [...] », il ne crie plus

maintenant, mais au contraire, il adoucit ses mots, il montre plus d'

''humanité' envers son fils. cependant même en affectant un tel

comportement, son discours ne manque pas de dérision : « s'occuper avec

une scie à chantourner... est déjà une distraction pour lui [le fils] », qui

laisse voir ce manque de considération profondément enraciné pour son fils

gregor. encore faut-il signaler son caractère burlesque : « [...] d'ailleurs,

je suis heureux que vous soyez là, monsieur le gérant » ; des mots qui n'ont

aucune relation avec le contexte qui leur précède, et qui sous-entendent

cette simulation de respect inconditionnel pour un homme de pouvoir.

bref, le père présente l'esprit bourgeois par excellence ne portant d'intérêt que pour son profit matériel, titre à peu près marquant de cette petite bourgeoisie qui ne se charge qu'aux minables occupations avec hargne puisqu'il a ravivé enfin son comportement ingrat envers gregor juste après en savoir la métamorphose.

cette disposition d'inacceptation de gregor-insecte a, pour ainsi dire, touché toute la famille, mais c'était plus agressif, le cas du père tant qu'il a suscité plus de répugnance en voyant son fils, plus de violence et même de belligérance en le repoussant pour gagner sa chambre avec la canne du fondé de pouvoir.

on peut dire que gregor, une fois métamorphosé, n'est plus gregor d'avant pour la famille ; en perdant son humanité, il a par la suite, perdu

1 nous soulignons.

son appartenance familiale, devenant méprisable et suscitant la haine. surtout dans cette société qui n'accepte guère la faiblesse et la fragilité de l'être.

entre autre, pour gregor, le père n'est plus celui de naguère, on peut parler alors, de la métamorphose du père : « ce qui s'entendait derrière gregor ne ressemblait plus à la voix d'un seul père ». ici l'expression 'd'un seul père' signifie qu'il n y a pas un père humain qui peut parler avec une telle voix ; donc, ce qui est mis en branle, c'est le caractère humain du père, qui pousse « des sifflements comme un sauvage », il tape des pieds avec force. enfin, même en se rendant compte de la volonté de gregor, il oriente ses mouvements « mais à distance, du bout de sa canne », et pour le forcer à reprendre sa chambre il lui donne 'un coup violent par derrière' en lui causant de vraies souffrances.

l'auteur met en scène deux figures contradictoires, un fils d'aspect physique déshumanisé mais conservant toujours des émotions plus humaines que tout ce qu'on peut penser, et un père figurant des apparences humaines, mais cachant une animalité sans réserve. un fils fier de pouvoir changer un jour la condition matérielle de sa famille, sans en profiter personnellement et dont il souffre le chagrin dans son état actuellement délabrée, et un père, suffisant, ingrat, insatiablement pris par son intérêt matériel, même envers ses proches: « à chaque fois dans la conversation revenait cette nécessité de gagner de l'argent », avec quelque larmes aux yeux qu'on arrive point à percevoir pour quel but sont-elles incitées.

mais ce qui est le plus éloquent dans l' affrontement de ces deux figures, c'est ce face à face à la fin de la deuxième partie, où gregor se trouve stupéfait par une nouvelle image du père « debout », « cet homme qui autrefois restait terré au fond de son lit, épuisé [...] », il est maintenant « vêtu en uniforme » qui donne l'impression qu'une guerre va éclater et qui le rapproche à la fois de son côté animal.

les parents et la soeur, en s'éloignant de gregor, mettent fin à toute possibilité de contact, chose qui affligera sans doute le coeur de gregor et qui contribuera à sa mort. cette distanciation n'est autre chose qu'une sorte de rejet de tout ce qui est indigne de respect, infra-humain.



Pour citer cet article :
Auteur : Rachid Hammoumi -   - Titre : Etude de la relation père fils dans La Métamorphose de Kafka,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/kafka-metamorphose-relation-pere-fils-hammoumi.php]
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