La guerre dans l'Iliade
L'affrontement recherché, la gloire convoitée

Benaïssa ISSAOUI


Certes, les épopée ne se limitent nullement aux récits des affrontements militaires : dans Odyssée, à titre d'exemple, Ulysse combat, mais ce n'est pas là le thème principal. Et pourtant l'Iliade est par définition un poème guerrier : Homère y décrit les drames, la violence, la gloire...Toute l'action de l'Iliade, ou presque, est concentrée dans un espace clairement délimité que nous appellerons « l'espace de la guerre ». Il est volontairement limité pour y contenir le tragique de la guerre.
I - « l'Iliade ou le poème de la force1»
1- la guerre, lieu de l'héroïsme, lieu où « les dettes sont payée2»
La guerre donne au héros l'occasion de devenir enfin ce qu'il est, de coïncider avec lui même. Et c'est à juste titre si Sigmund Freud, dans Essais de psychanalyse, nous apprend que « la guerre nous contraint de nouveau à être des héros qui ne peuvent croire en leur propre mort; elle nous désigne les étrangers comme les ennemis dont on doit provoquer ou souhaiter la mort. » Sauf que pour les Grecs, il n'est nullement question de contrainte. « Le jour de la rude tâche » — l'expression est d'Achille —, est incessamment souhaité Le rapport héros/ guerre est à la limite de la relation passionnelle : Achille s'adresse à ses guerriers Myrmidons en ces termes : « Voici venu le jour le jour de cette mêlée dont vous étiez naguère épris3. » C'est l'occasion d'éprouver et de prouver la valeur des uns et des autres et c'est ce à quoi Hector fait appel en s'adressant aux siens : « Troyens, et Lyciens, et Dardaniens, experts au corps à corps, soyez des hommes, amis, rappelez-vous votre valeur ardente. . .si vous voulez gagner la plus haute gloire encore4. »
C'est là aussi qu'apparaît le lâche et le brave et qu'on fait la différence entre celui qui meurt frappé au dos (mort infâme donc) et l'autre qui reçoit la mort de face. A cet égard la page deux cent soixante et onze est fort intéressante. Y est décrite en effet l'attitude aussi bien du lâche que du héros. Idoménée s'adresse en ces termes à Mérion : « connais ta valeur : pourquoi parler ainsi ? Imaginons qu'aujourd'hui, près des nefs, on nous rassemble, nous tous, les preux, pour aller à un aguet, c'est là surtout que se fait voir le courage des guerriers ; c'est là que se révèlent le lâche et le brave. Le lâche, son teint prend toutes les couleurs ; son cceur au fond de lui ne le laisse pas demeurer en place, immobile, il faut qu'il change de posture, qu'il se tienne accroupi, un moment sur un pied, un moment sur l'autre ; et son coeur palpite à grands coups dans sa poitrine, quand il songe aux déesses du trépas ; on entend claquer ses dents. Le brave, au contraire, on ne le voit pas changer de couleur, ni se troubler bien fort, dès qu'il a pris son poste dans un aguet de guerre. Il n'a plus qu'un voeu : être engagé au plus vite dans la mêlée. » De cet espace, les femmes sont exclues : c'est qu'il s'agit de guerre, et que la guerre est évidemment une affaire d'hommes ; d'ailleurs Hector le fait remarquer à Andromaque au chant IV : « Allons ! rentre au logis, songe à tes travaux, au métier, à ta quenouille, et donne ordre à tes servantes de vaquer à leur ouvrage. Au combat veilleront les hommes5» De même pour exhorter les troupes, Achéens et Troyens usent de la même formule : « Soyez des hommes6. »
De ce lieu nulle fuite possible. Il y a certes de part et d'autres des moments de faiblesse où les dieux se plaisent à ôter le ménos (l'ardeur enflammée) du thumos (le coeur) du combattant : seule alternative, la fuite ! Mais il y a toujours quelqu'un pour faire le reproche et rappeler les guerriers à l'ordre : Ajax s'adressant aux siens : « Honte à vous, Argiens ! Il s'agit maintenant ou bien de périr, ou bien d'être saufs et de repousser des nefs le malheur7. » Ou encore Nestor aux Achéens : « Amis soyez des hommes : mettez-vous au coeur le sens de la honte, en face les uns des autres8. » Plus important encore ce que dit Ajax à ses troupes : « Amis, soyez des hommes ; mettez-vous au coeur le sens de la honte. Faites-vous mutuellement honte dans le cours des mêlées brutales. Quand les guerriers ont le sens de la honte, il est parmi eux bien plus de sauvés que de tués. S'il fuient au contraire, nulle gloire pour eux ne se lève, nul secours non plus9. »
La liste est longue et l'objectif n'est pas d'en faire l'inventaire, mais la répétition des mêmes formules n'est pas innocente, et cela nous renseigne sur un fait culturel. Dans L'individu, la mort, l'amour, J. P. Vernant nous apporte une réponse fort intéressante : « Dans une société de face à face, l'existence de chacun est sans cesse placée sous le regard d'autrui. C'est dans l'oeil de son vis-à-vis, dans le miroir qu'il vous présente que se construit l'image de soi. Il n'est pas de conscience de son identité sans cet autre qui vous reflète et s'oppose à vous. »
2 - Des dieux et des hommes
Les dieux et les hommes se trouvent dans une remarquable proximité ! C'est là une donnée saisissante de l'épopée. Les actes des hommes sur le champ de bataille et tout l'éclat de leur énergie résultent des interventions divines : quand Diomède se lance dans la bataille, la Déesse lui met au coeur le ménos. Les dieux eux-mêmes se font la guerre, et avec l'Iliade on peut dire, en pastichant un titre de Giraudoux, que la guerre des dieux a lieu ! Le chant XXI en est la preuve. Ils la font mais c'est surtout pour régler d'anciens comptes ! Les hommes ne méritent pas qu'on se batte pour eux, c'est ce qu'affirme Apollon s'adressant au « frère de son père » Poséidon : « Ebranleur du sol, tu me dirais que j'ai l'esprit atteint, si je partais en guerre contre toi pour de pauvres humains10. »
Dans cet espace, nul inconnu! Dans l'Iliade font la guerre et sont aux premiers rangs l'élite de bonne naissance aristocratique. Et il est fréquent qu'avant chaque combat, les adversaires fassent les présentations, insistant sur leur généalogie prestigieuse. Les présentations sont souvent faites sur un ton paisible qui laisserait croire, si ce n'était la clameur du combat aux alentours, à une relation amicale où deux personnes font connaissance. De même ces guerriers se connaissent bien. Achille dit ces mots à Enée : « Déjà ailleurs, je puis dire que ma pique t'a mis en fuite. Ou bien aurais-tu oublié le jour où je t'ai fait courir loin de tes boeufs11 ? » Appeler par le nom, c'est être sûr de l'identité de quelqu'un, de sa réputation ; ce sont tous d'ailleurs des « fils de... » L'expression est récurrente dans le texte. Tout se passe comme si chacun voulait éviter de se trouver en face d'un « pleutre, un couard12» , d'un moindre que lui : il n'y a en effet aucun mérite, aucune gloire à tuer un inconnu ; Homère les nomme « les bâtards, les vilains ». On pourrait même penser qu'il y avait une sorte d'accord tacite, culturel, faisant que la mort d'un héros prestigieux ne pouvait être que l'oeuvre d'un autre tout aussi prestigieux : crime de lèse majesté, souillure et malédiction si un vilain ose prendre la vie d'un héros. La mort d'un valeureux ne peut être vengée que par la mort d'un autre de même valeur. Ajax, après avoir tué 1m Troyen, s'adresse à Polydamas en ces termes : « Réfléchis, Polydamas, et dis moi la vérité : la vie de cet homme ne vaut-elle pas celle de Prothoénâr ? II ne me semble ni vilain ni fils de vilains. C'est le frère sans doute d'Anténor, dompteur de cavale13 ? » Mais parfois, quand on n'a pas de guerriers illustre devant soi, on se contente du premier venu. Automédon triomphant avoue : « Ah! J'aurai sans doute soulagé un peu de sa peine le coeur de Ménoetiade mort, en immolant même un médiocre guerrier14. »
Pendant la bataille les héros portent ce qu'on pourrait appeler une « carte d'identité ». certes le terme est anachronique mais il rend compte d'une réalité importante pour le déroulement de la bataille. Les armes en effet représentent le héros.
3 - Les armes du héros
Poème essentiellement guerrier, l'Iliade résonne du fracas des armes : elles constituent un élément indispensable dans la guerre et sont indissociables du guerrier qui les possède, les porte et parade avec elles. J. P. Vernant, dans L'individu, la mort, l'amour écrit à ce propos : « L'ardeur du ménos (énergie) brûle dans la poitrine du guerrier ; elle brille dans ses yeux ; parfois, dans le cas exceptionnel où elle est portée à incandescence, comme chez Achille, elle flamboie au-dessus de sa tête. Mais c'est elle encore qui se manifeste dans l'éclat ébiouissant du bronze dont le combattant est revêtu ; montant jusqu'au ciel, la lueur des armes qui provoque la panique dans les rangs ennemis est comme l'exhalaison du feu intérieur dont le corps est brûlé. L'équipement guerrier, avec les armes prestigieuses qui disent la carrière, les exploits, la valeur personnelle du combattant, prolonge directement le corps du héros ; il adhère à lui, s'apparente à lui, s'intègre à sa figure singulière. » D'où une scène capitale : celle de l'armement du guerrier, la plus belle page se trouvant au chant XI5. Fonction symbolique alors ? En effet, et on peut cataloguer ces armes de la sorte :
— les armes défensives :
Le casque : étincelant, il peut devenir un masque effrayant sur lequel flotte une queue de cheval
Armure métallique : scintillante , sorte de peau magique.
Le bouclier : porte une décoration ou épisème, souvent destinée à effrayer l'adversaire. En effet, sur le bouclier d'Agamemnon figure la tête de la gorgone dont la fonction explicite est de provoquer la panique chez l'ennemi. Le héros devient une sorte d'hypotypose.
— Les armes offensives :
L'épée et la lance : elles deviennent des êtres vivants, animés du même désir de combattre et de tuer que le guerrier qui les porte. Achille lance sa longue javeline sur un héros et le rate : « malgré le désir qui la tient de se repaître de la chair d'homme16 ». H. Monsacré, dans Des armes d'Achille, explique le phénomène de cette façon : « La frontière n'est pas nette entre les qualités proprement individuelles d'un héros et celle de ses armes. Leur rapport est de complémentarité : par une sorte de va-et-vient, le guerrier fougueux transmet son intrépidité à ses armes ; réciproquement, celle-ci hypertrophient sa vaillance ». Mais il semblerait que parmi ces armes prestigieuses il y en ait une qui soit celle des traîtres : l'arc. Pâris blesse Ménélas (au chant XI); ce dernier lui dit ces mots amères : « Ah ! L'archer, l'insulteur, l'homme fier de sa mèche ! Le beau lorgneur des filles ! Si tu me venais tâter face à face, en armes, ce n'est plus ton arc, ta provision de flèches qui te serviraient de rien. » Il semble que l'usage de l'arc, qui permet d'éviter le combat rapproché, soit l'arme des traîtres et des lâches.
A cet armement bien impressionnant vient s'ajouter la parole. En grec ancien, le terme technique épopoiia qu'on trouve par exemple chez Aristote, dérive du mot épos qui veut dire « parole » et désigne par exemple les insultes ou les encouragements des guerriers avant un combat ! Ces paroles sont « ailées » comme des flèches. Elles atteignent leur but. Accordée aux actions des héros, la parole est l'équivalent d'une arme, c'est peut-être, pourrait-on dire la première des armes dont use le héros : intimidation, menace, pression. La rhétorique sert beaucoup la guerre.
II - Violence extrême et motivations de la guerre
1- Des scènes sanglantes

Quelqu'un a écrit : « La guerre homérique n'est pas une guerre en dentelles ». En effet, de nombreuses descriptions terribles par les détails des blessures hideuses qui soulèvent le coeur ponctuent les pages de l'Iliade. Ce sont là les caractéristiques de l'épopée. Homère ne recule devant aucun détail, fut-il horrible. Ainsi au chant XVI nous lisons : « L'épée devient toute chaude de sang, et dans les yeux de l'homme entre en maître la mort rouge17 » ; « Pénéléôs, lui, frappe au cou, sous l'oreille ; l'épée y plonge toute ; seule, la peau tient encore et laisse la tête pendre de côte18» ; « Idoménée pique Erymas, à la bouche, de son bronze impitoyable ; la lance de bronze s'ouvre un chemin tout droit, profondément, sous le cerveau, et elle brise les os blancs. Les dents sautent sous le choc, les yeux s'emplissent de sang ; il rend le sang par la bouche et le nez ; la bouche est grande ouverte19. »
2 - Un risque à courir : la monstruosité, l'hybris
Les duels meurtriers laissent apparaître ce qu'il y a de monstrueux en l'homme . « La guerre nous dépouille, selon Freud dans « Considérations actuelles sur la guerre et la mort », « des couches récentes déposées par la civilisation et fait apparaître en nous l'homme des origines. » De nombreuses comparaisons animales rabaissent les guerriers au rang de l'inhumain : « On dirait des loups malfaisants, se ruant sur des chevreaux18. » Il semblerait que la guerre se déroule, tout au début, suivant des règles de bonne conduite pour s'ouvrir par la suite à la sauvagerie, à la barbarie. Et quand la bestialité s'installe, les héros sont tels des bêtes sauvages (nombreuses comparaisons avec des bêtes comme le lion, l'ours, etc. sont utilisées) qui traitent l'ennemi non plus comme le partenaire d'un affrontement dont on doit respecter le corps, la mort, mais comme une chose, une proie dont on veut dévorer la chair. D'ailleurs, comme le dit si bien J. Redfield dans Proche et lointaine « Iliade » : « Jeter le cadavre du vaincu en pâture aux chiens, c'est accomplir un acte de cannibalisme par procuration. »
Tout se passe donc comme si dans la guerre, le plus important n'est pas seulement de tuer, de vaincre, mais de détruire dans l'ennemi jusqu'à la dernière trace d'humanité, d'anéantir son être social et personnel en le rejetant à jamais hors de la culture : d'où l'importance de la sépulture chez les Grecs. Ce qu'Achille fait du corps d'Hector est assez significatif ; c'est là une forme de perversion du monde de la guerre et ce n'est qu'avec la restitution du corps que l'ordre sera rétabli (sorte de pureté retrouvée).
3 - « La guerre cruelle doit être ta seule envie.19»

Pourquoi cette attirance pour la guerre, cette hâte à se porter aux lignes avant ? N' y avait-il pas de peur de la mort ? La mort est de toute évidence présente dans ce monde que peint l'Iliade : les cadavres jonchent les chants, et les guerriers ne pouvait pas ne pas périr ; car, comme l'explique Simone Weil dans la Source grecque : « Ils ne considèrent pas leur propre force comme une quantité limitée, ni leur rapport avec autrui comme un équilibre entre forces inégales. Les autres hommes n'imposent pas à leurs mouvements ce temps d'arrêt d'où seul procèdent nos égards envers nos semblables ; ils en concluent que le destin leur a donné toute licence et aucune à leurs inférieurs. Dès lors ils vont au-delà de la force dont ils disposent. Ils vont inévitablement au-delà ignorant qu'elle est limitée. Ils sont alors livrés, sans recours, au hasard, et les choses ne leur obéissent plus, quelquefois le hasard les sert, d'autres fois il leur nuit : les voilà exposés nus au malheur, sans l'armure de puissance qui protégeait leur âme, sans plus rien désormais qui les sépare des larmes. Ce châtiment d'une rigueur géométrique, qui punit automatiquement l'abus de la force, fut l'objet premier de la méditation chez les grecs. » Aussi remarque-t-on dans l'Iliade que les héros se précipitent au devant des lignes à la recherche de ce que J. P. Vernant appelle « la belle mort », laquelle frappe le combattant alors qu'il est à son faîte. Aux yeux des hommes à venir dont il hantera les mémoires, il se trouve, par le trépas, fixé dans l'éclat d'une jeunesse définitive. Ils meurent jeunes, et vont au devant de la mort car la mort physique ne leur fait pas peur ; en effet : « Dans une culture comme celle de la Grèce archaïque où chacun existe en fonction d'autrui, par le regard et à travers les yeux d'autrui, la vraie, la seule mort est l'oubli, le silence, l'obscure indignité. Exister, qu'on soit vivant ou mort, c'est se trouver reconnu, estimé, honoré, c'est surtout être glorifié, faire l'objet d'une parole de louange, devenir aoidimos, digne d'un chant qui raconte, dans une geste sans cesse reprise, et répétée, un destin admirable de tous. » Voilà ce que nous apprend J. P. Vernant dans l'ouvrage cité auparavant.
Mourir jeune donc. Est-ce à dire que rester en vie soit une forme de « malédiction » ? Bien des passages l'attestent et il nous suffit d'en citer deux à titre d'exemple : le fils de Tydée s'adresse à Nestor en lui disant ceci : « Ah! Vieillard, les jeunes combattants te donnent du mal. Ta vigueur est brisée, la fâcheuse vieillesse t'accompagne ; ton écuyer n'a pas grand force, et ton attelage est lent20. »
» Achille parlant de son père : « [...] il est affligé ensemble et par la vieillesse odieuse et par l'attente sans fin du message qui lui fera savoir ma mort21. » Le mieux est donc de quitter ce bas monde dans tout l'éclat de la jeunesse, de la beauté et de la vigueur. Cependant il y a plus fort que cette envie, quelque chose qui les contraint à s'offrir ainsi à la mort21 !
Certains ont fait de ce texte un « contrat social » : le héros doit se distinguer à la guerre pour mériter les privilèges que le peuple lui accorde en temps de paix. La guerre est à la fois une nécessité terrible, et le champ paradoxalement positif où peuvent se déployer les vertus héroïques qui justifient les privilèges et le prestige de l'élite sociale. Le commentaire de J. Redfield est, ici, indispensable : « Sarpédon voit avec lucidité que les privilèges du guerrier servent à la fois à marquer son statut et sa fonction spécifique, et à l'obliger à remplir son devoir. Les prérogatives dont il jouit sont une sorte de récompense anticipée ; le guerrier contracte à l'égard de la communauté une dette dont il s'acquitte sur le champ de bataille. » Le comble du bonheur sur un champ de bataille, c'est la timé, l'estime publique. On pourrait croire que cet idéal personne ne regrette d'y souscrire, que les Grecs étaient « accoutumés à la guerre, et même belliqueux », selon Yvon Cartan, dans L'homme et la guerre, et qu'ils n'avaient aucun regret à l'être ! Est-ce à dire que l'homme grec était incapable de remords, insensible au charme de la paix ? La réponse est à chercher du coté de l'Odyssée, cette fois ! L'aventure odysséenne fait d'Ulysse un champion de l'endurance qui emploie toutes ses forces « à éviter le terme de la mort », à l'opposé d'un Ajax ou d'un Achille cherchant dans « la belle mort » l'accomplissement d'une vie brève. Jacqueline de Romilly notait qu'« il y a parfois dans l'Odyssée comme un refus de l'héroïsme, comme un reniement de l'épique ». Dans un monde de sauvages, peuplé de monstres, de dieux, la bravoure héroïque n'est plus de mise. Importante dès lors est la rencontre d'Ulysse et d'Achille au pays des morts : « La réplique d'Achille semble d'un mot jeter à bas tout l'édifie construit par l'Iliade pour justifier, célébrer, exalter la belle mort du héros. L'épisode paraît bien inscrire, dans l'épopée même, le plus radical déni de cette mort héroïque que le chant de l'aède présente comme survie en gloire impérissable » (J. P. Vernant). Prêter de tels propos à Achille, le modèle héroïque de l'Iliade, c'est subvertir la morale héroïque, la remettre en question, la retourner. Achille, dans cet ailleurs absolu de la mort, devenu étranger au monde des héros, peut démystifier le discours épique, parce qu'il a compris.
Voilà ce qu'il en est de la guerre dans l'Iliade, un événement placé sous le regard des dieux ; et les hommes souffrent des humeurs changeantes de ces divinités : « un jeu de bascule, le vainqueur d'aujourd'hui est le vaincu de demain. » c'est un milieu non résistant. Rien dans la matière humaine n'est de nature à susciter, entre l'élan et l'acte, ce bref intervalle où se loge la pensée. Où la pensée n'a pas de place, la justice et la prudence n'en ont guère non plus. C'est pourquoi ces hommes agissent durement et follement.
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1- Simone weil.
2- L'Iliade, édition Folio, p. 300.
3- Ibid., p. 331.
4- Ibid., p. 231.5- Ibid, p. 148.
6- Ibid, p. 231. 7- Ibid, p. 317.
8- Ibid, p. 321.
9- Ibid, p. 318.
10- Ibid, p. 434.11- Ibid, p. 410.
12- Ibid, p. 58.
13- Ibid, p. 300.
14- Ibid, p. 366.
15- pp. 223-224.16- Ibid, p. 423.
17- lbid, p. 334.18- Ibid, p. 335.
19- Ibid. p. 339.19- Ibid, p. 168.
20- Ibid, p. 400.
21- Ibid, pp. 257-258.


Pour citer cet article :
Auteur : Benaïssa ISSAOUI -   - Titre : La guerre dans Iliade affrontement recherché la gloire convoitée ,
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