les films de la femme au maroc (1980-2005)

les caractéristiques majeures

au maroc, les dix longs métrages réalisés par des femmes entre 1980 et 2005 présentent cinq caractéristiques majeures:

un large éventail de thèmes qui fait que chaque film est unique en son genre.

cette recherche thématique permet aux films de femmes de se distinguer doublement: ils se distinguent les uns par rapport aux autres et ils se distinguent des films des hommes.

les femmes font beaucoup appel aux compétences européennes dans la partie technique de la fabrication filmique.

les réalisatrices racontent des histoires de femmes sans verser dans le féminisme aveugle et radical.

le personnage de la mère n'est pas une figure de proue dans l'imaginaire féminin.

1- la diversité thématique.

le premier constat frappant est l'absence d'une thématique unifiée et la non récurrence des thèmes. autrement dit, il y a autant de thèmes que de films.

chaque film traite un sujet différent, ce qui fait qu'il n'y a aucune spécificité féminine qui se profile à l'horizon. de surcroît, même si nous relevons dans certains de ces films un intérêt appuyé pour la cause féminine, nous n'osons affirmer qu'il s'agit de films féministes ou d'un courant féministe. au plus, nous pouvons parler d'une tentative de sensibilisation à la cause de la femme. ce soupçon de féminisme se dilue dans les autres sous- thèmes qui viennent se greffer au thème principal dans chaque film.

film

thème

la braise

l'injustice

une porte sur le ciel

le mysticisme

dans la maison de mon père

la virginité

ruses de femmes

le défi

casablanca…casablanca

la corruption

le paradis des pauvres

l'immigration

les yeux secs

la prostitution

l'enfant endormi

l'attente

marock

la liberté

juanita de tanger

l'enracinement

la diversité thématique est relevée également au niveau des films d'une même réalisatrice. il s'agit principalement de farida benlyazid, la seule à avoir réalisé plus de deux films, au total quatre. ses films diffèrent complètement l'un de l'autre, non seulement sur le plan thématique mais sur tous les plans:

film

lieu de tournage

personnages principaux

acteurs

psc

fès

une immigrée/une mystique

zakia tahiri/chaabia adraoui

rf

divers lieux (atlas, sud)

la fille d'un commerçant/le fils d'un sultan

samia akariou/rachid el ouali

cc

casablanca

bourgeois/entr-preneurs/journa-istes/policiers/

fonctionnaires

younès migri/ahmed boulane/rachid el ouali/amal ayouche

jt

tanger

la ville de tanger/une anglo-espagnole

mariola fuentes/salima ben moumen

psc: une porte sur le ciel.

rf: ruses de femmes.

cc: casablanca…casablanca.

jt: juanita de tanger.

cette diversité n'est nullement une lacune. bien au contraire, elle est source de richesse. c'est le meilleur moyen d'échapper au piège des clichés et des sentiers battus qui rendent fade et ennuyeuse toute création, cinématographique ou autre. narjiss nejjar va encore plus loin en affirmant que: «c'est à partir du moment où on trouve de la diversité que l'on peut dire qu'un cinéma existe1

en contrepartie, nous relevons qu'il y a quelques points d'intersection entre ces différents longs métrages:

une porte sur le ciel et marock traitent en partie la religion islamique. dans le premier, l'islam est perçu comme une composante identitaire et un retour à la source après des moments d'égarement. c'est aussi un refuge où l'on retrouve sa quiétude et le chemin qui mène vers dieu. dans le second, la vision de la réalisatrice est tout à fait différente. l'islam sert de paravent et de voile aux hypocrites pour cacher leurs vices et leur perversité. en plus ses fondements tels que la prière et le jeûne perdent de leur sacralité dans le milieu riche des bourgeois.

une partie des événements de casablanca…casablanca et marock se déroule durant le mois de ramadan. dans les deux films le message est identique. au maroc, pays pourtant musulman, beaucoup de gens ne se conforment pas à l'esprit de l'islam pendant le mois sacré (soirées orgiaques, festins diurnes…)

les personnages principaux dans la braise, les yeux secs et l'enfant endormi vivent dans un milieu rural: dans plusieurs films marocains la campagne est un espace très privilégié. la vie rurale, réputée dure et ingrate, offre la possibilité de dénoncer la marginalisation et ses conséquences.

dans la maison de mon père et les yeux secs traitent des problématiques en relation directe avec le corps de la femme (la virginité/la prostitution). les deux films cherchent à montrer que le corps de la femme est une source de dégâts très graves qui affectent son psychisme et son avenir.

l'utilisation d'une langue étrangère: le français dans une porte sur le ciel, casablanca…casablanca et marock, l'espagnol dans juanita de tanger. l'emploi de ces langues étrangères dans des films marocains censés utiliser la langue arabe s'explique en partie par la contribution des capitaux de ces pays à la production.

2- un cinéma nouveau.

en regardant ces films, on a le sentiment d'être devant quelque chose de nouveau et de particulier. on ne ressent ni influence d'autres cinémas ni ressemblance avec d'autres films. le cinéma égyptien par exemple qui a exercé un très grand ascendant sur les cinémas libanais et syrien et de manière générale sur les hommes dans le monde arabe n'a guère réussi à s'infiltrer dans les films des femmes. il semble que les réalisatrices marocaines sont plus immunisées que leurs homologues les hommes contre les influences étrangères, égyptienne, française, américaine, hindoue ou autres. a un moment donné de l'histoire cinématographique du maroc, il y a eu une tentative d'imitation des films égyptiens (abdellah mesbahi, moumen smihi, hassan moufti, mustapha derkaoui) ou de production de films à caractère international (souheil ben barka).

le sort de ces films a été lamentable: ou bien un échec total (demain la terre ne changera pas, la dame du caire, les larmes de regret) ou bien un succès éphémère (amok, l'ombre du pharaon).

on ne saurait expliquer cette immunité féminine contre les incursions étrangères. est-ce la formation dans les instituts européens? est-ce le peu de coopération avec les égyptiens? est-ce la nature même des sujets traités? est-ce la recherche d'un cinéma nouveau?

cependant ce cinéma nouveau n'est pas entièrement autonome. en effet on décèle la présence de non marocains au niveau des différentes composantes filmiques: le scénario, l'image, le montage, la production et l'interprétation.

3- la contribution étrangère.

film

scénario

image

montage

production

acteurs

b

m.migri

h.el khattabi

l.benzouina

m.ismail

-

psc

f.benlyazid

g.barsky

m.tlatli

h.daldoul

e. st paul

dmmp

f.j ouazzani

m.kramer

j.hendricks

j.verhey

h.savalooni

rdf

f.benlyazid

s.platci

k.attia

tingitania

f.bensaidane

cc

f.benlyazid

s.platci

a.sahbi

tingitania

-

pdp

a.mesbahi

a.derkaoui

a.bouanani

maya films

-

ys

n.nejjar

d.gravouille

e.pincalet

jbila med

-

ee

y.kessari

y.arvanitis

s.rossberg

la drève

-

m

l.marrakchi

m.alexandre

p.fenouillet

lazennec

m.boujennah

jt

g.ballod

j.l alcaine

p.g plant

zap/tingitania

m.fuentes

b: la braise.

psc: une porte sur le ciel.

dmmp: dans la maison de mon père.

rdf: ruses de femmes.

cc: casablanca…casablanca.

pdp: le paradis des pauvres.

ys: les yeux secs.

ee: l'enfant endormi.

m: marock.

jt: juanita de tanger.

cette présence étrangère qui, il faut l'admettre, a apporté une touche de qualité patente, est le fait du financement intégral des films par les européens ou du phénomène de co-production entre le maroc et les pays arabes (tunisie) ou européens (france).

3.1- le scénario.

sur les dix films nous constatons que:

neufs scénarios sont écrits par des marocains dont sept par les réalisatrices elles-mêmes.

un seul scénario est écrit par un non marocain. il s'agit de l'espagnol gérard ballod qui a tiré un scénario du roman intitulé la vida perra de juanita narboni, écrit par son compatriote angel vasquez décédé en 1980. c'est la première fois que farida benlyazid tourne un film dont elle n'a pas écrit le scénario. c'est la première fois aussi qu'un film de femme est tiré d'un roman.

3.2- l'image.

les étrangers dominent quasiment cette partie. sept directeurs de photographie sur neuf sont des européens. seules farida bourquia et imane mesbahi ont fait confiance aux marocains houcine el khattabi et abdelkrim derkaoui. par contre l'image dans tous les films de farida benlyazid a été confiée exclusivement à des techniciens français ou espagnols

3.3- le montage.

là aussi, il semble qu'il ne s'agit pas d'une spécialité marocaine. sept films sur les dix ont été montés par des non marocains. fidèle à son orientation, farida benlyazid a confié le montage de deux de ses films aux tunisiennes moufida tlatli et kahena attia dont c'est la spécialité et le montage de son dernier film à l'espagnol pablo g.plant.

3.4- la production.

dans la maison de mon père, et marock sont des productions entièrement européennes (hollande, france). une porte sur le ciel est une production maroco-française. ruses de femmes est une production maroco-franco-tuniso-suisse. les yeux secs est une production maroco-française. l'enfant endormi est une production maroco-belge. enfin, juanita de tanger est une production maroco-espagnole. donc trois films seulement sont une production locale. il s'agit de la braise, casablanca…casablanca et le paradis des pauvres.

3.5- l'interprétation.

dans cinq films nous trouvons la participation d'acteurs et d'actrices non marocains (français, hollandais, tunisiens, espagnols). cette participation est quelquefois insignifiante et se limite à des rôles secondaires que n'importe quel acteur marocain ou n'importe quelle actrice marocaine peut assurer. c'est le cas de la française eva saint-paul dans une porte sur le ciel et de la tunisienne fatima bensaidane dans ruses de femmes.

a l'opposé, mathieu boujennah et mariola fuentes tiennent les premiers rôles dans marock et juanita de tanger. dans ces deux films le recours à des acteurs étrangers se justifie par l'histoire elle-même. dans marock, mathieu boujennah joue le rôle d'un jeune juif marocain; dans juanita de tanger mariola fuentes incarne l'anglo-espagnole juanita.

4- des histoires de femmes.

la femme est fortement présente dans le cinéma de la femme. presque tous ces films sont des histoires de femmes, surtout des femmes qui ne se ressemblent pas. dans sept films, la femme est le sujet central:

une porte sur le ciel: nadia/kirana.

dans la maison de mon père: la réalisatrice/la grand-mère/la jeune naima.

ruses de femmes: lalla aicha.

les yeux secs: hala/mina/zainba.

l'enfant endormi: zeinab/halima

marock: ghita.

juanita de tanger: juanita.

dans les trois autres elle joue un rôle secondaire mais tout aussi déterminant pour l'histoire du film:

la braise: une jeune fille violée et assassinée.

casablanca…casablanca: lamiae morte lors d'un rapport sexuel.

le paradis des pauvres: la fille d'un commissaire français.

d'un film à l'autre une nouvelle facette de la femme est mise à jour:

une porte sur le ciel: nadia est une jeune immigrée et kirana est une femme sage.

dans la maison de mon père: la réalisatrice est une révoltée contre l'autorité du mâle. sa grand-mère est une vieille femme soumise de l'ancienne génération. naima est une immigrée en hollande qui se marie selon la tradition marocaine.

ruses de femmes: lalla aicha est la fille unique et rusée d'un riche commerçant.

les yeux secs: hala est une prostituée, mina sa mère est une ex-prostituée qui sort de prison, zainba est une fillette que l'on prépare au dépucelage.

l'enfant endormi: zeinab est une femme frustrée à cause de l'absence de son mari.

marock: ghita est une jeune fille, bourgeoise et libertine.

juanita de tanger: juanita est une femme esseulée, versée dans le conservatisme.

le personnage féminin principal est à chaque fois campé par une actrice différente, ce qui renforce davantage le principe de nouveauté:

nadia: zakia tahiri.

kirana: chaabia adraoui.

lalla aicha: samia akariou.

hala: siham assif.

mina: raouia.

zeinab: mounia osfour.

halima: rachida brakni.

ghita: morjana alaoui.

juanita: mariola fuentes.

5- la mère: une figure indésirable.

on ne sait par quel hasard macabre les réalisatrices marocaines ont décidé de rayer la mère de leur films faisant ainsi de leurs fictions le cimetière de la maternité. mort, absent, passif ou emprisonné, le personnage mère n'a pas la moindre valeur, ce qui consacre le statut de la génitrice au sein de la famille marocaine. reléguée au second plan, son rôle se limite à la perpétuation de l'espèce humaine. dans ces films, sa disparition ou son absence n'affecte personne outre mesure puisqu'on lui trouve à chaque fois un remplaçant, une sorte de succédané ou d'ersatz qui remplit le vide sentimental qu'elle est supposée laisser derrière elle.

film

sort de la mère

substitut

b

mère tuée par les villageois

ali, le fils aîné

psc

mère de nadia décédée

la dame kirana

rdf

mère de lalla aicha décédée

la servante

cc

mère de aicha décédée

mère de jamal divorcée

la belle-mère

la belle-mère

ys

mère de hala incarcérée durant 30 ans

les femmes du village tizi

m

mère de ghita passive

la nourrice mi fatima

jt

mère de juanita décédée

la servante hamrouche

b: la braise.

psc: une porte sur le ciel.

rdf: ruses de femmes.

cc: casablanca…casablanca.

ys: les yeux secs.

m: marock.

jt: juanita de tanger.

5.1- un matricide collectif.

dans cinq films, le scénariste prévoit la mort de la mère, soit de manière accidentelle (la braise), soit de manière naturelle (une porte sur le ciel, ruses de femmes, casablanca…casablanca, juanita de tanger). sauf dans juanita de tanger où la mère de juanita meurt après une apparition furtive, la mort de la mère précède l'histoire du film, c'est-à-dire que lorsque le film débute nadia, lalla aicha et aicha sont déjà orphelines. le souvenir de cette mère, dans l'esprit de ces personnages, est soit flou soit inexistant. on ne ressent aucune véritable nostalgie chez ces femmes qui ont vécu pourtant des moments difficiles où la présence de la mère aurait été salvatrice. très rares sont les fois où l'une d'elles évoque rapidement la mémoire de sa mère comme si les réalisatrices, se rendant compte de leur matricide involontaire, veulent taire leurs remords par une petite scène charitable. par exemple dans une porte sur le ciel, nadia a une seule pensée pour sa mère durant tout le film. elle en parle à jean-philippe (son amant ou son fiancé?) quand elle lui écrit une lettre:«je t'écris de l'atelier de ma mère.». même chose pour aicha dans casablanca…casablanca quand elle dit à son père sur le seuil de l'immeuble: «depuis la mort de ma mère, ça ne va plus pour nous.».

5.2- une absence forcée.

quand elle n'est pas morte, la mère est absente. elle se trouve quelque part et mène une vie dont nous ignorons tout. les raisons de cette absence sont plutôt devinées qu'explicitées.

dans ruses de femmes, la mère du prince est complètement anonyme. on ne sait à vrai dire si elle est vivante ou si elle est morte tant le texte du film l'oublie carrément. nous sommes alors réduits aux suppositions. puisqu'elle est l'épouse du sultan d'al jazira, elle doit faire partie de son harem et de ce fait disparaît au milieu des odalisques.

dans casablanca…casablanca, la mère de jamal, le fils du richissime lyamani vit aux etats-unis d'amérique après son divorce. là aussi les raisons de ce divorce et de cette immigration lointaine ne peuvent qu'être inférées à partir du comportement irresponsable de son ex-mari. nous comprenons facilement qu'une femme ne peut cohabiter avec un coureur de jupons, un vieillard lascif qui ne se fatigue pas de faire le beau et de courir le guilledou. ces deux informations sur l'ancienne madame lyamani sont fournies aux spectateurs par la nouvelle madame lyamani. en voulant persuader l'inspecteur bachir de surseoir à son enquête, elle lui dit:«jamal est absent, il est parti chez sa mère aux etats-unis».

dans les yeux secs la première scène montre une femme âgée, seule dans une prison déserte en train de signer dans un registre de sortie posé sur une table sale, alors qu'une voix off (sa voix) récite lugubrement les paroles d'une cantine. c'est mina, la mère de hala qui a été capturée lors d'une rafle et jetée en prison. elle avait passé trois décennies à l'ombre et ne savait même pas à quoi ressemblait la petite fille de huit mois qu'elle avait abandonnée à tizi. c'est la voix off de fahd qui nous apprend ces détails. son retour au village n'a été d'aucune utilité pour sa fille qui continuait de végéter en ruminant ses malheurs.

5.3- une présence fantomatique.

dans marock, la mère de ghita est bel et bien vivante, mais sa présence semble une présence pour la forme, pour compléter la photographie familiale sans plus. tenant un rôle très secondaire, elle n'apparaît qu'à trois reprises. les déplacements et les gestes de ce personnage dénotent un effacement qui s'approche de la discrétion mortuaire. entre elle et sa fille, il n'y a aucune intimité, aucun lien affectif particulier, ce genre de rapport que d'ordinaire une mère et sa fille unique tissent malicieusement. ce qui confirme l'hypothèse de la frigidité de leur rapport, c'est qu'il n'y a aucune scène dans tout le film où les deux femmes dialoguent ou se mettent en tête à tête pour se confier l'une à l'autre. loin l'une de l'autre, chacune évolue dans son propre univers.

malgré leur nombre limité jusqu'à 2005, les films des réalisatrices marocaines permettent de dégager un certain nombre de traits distinctifs et de donner au lecteur une idée aussi bien générale que claire sur ce produit cinématographique. la variation thématique est l'un de ces principaux traits. elle est le soubassement du renouveau qui confère une aura particulière au cinéma de la femme. dans les dix films il y a dix thèmes différents, avec bien évidemment des affinités communes. ce renouveau n'est pas le fruit uniquement des efforts des réalisatrices marocaines. il est dû aussi sur les plans technique et financier à la contribution étrangère, en particulier européenne. ces films qui sont souvent des histoires de femmes et donc axés sur des personnages féminins excluent comme par un entendement préalable le personnage de la mère. mais personne ne peut reprocher à farida benlyazid et consorts d'avoir minimiser le rôle de la mère. cette dernière est souvent accusée d'être le vecteur de la soumission à l'homme dans les sociétés orientales. sa faiblesse, son apathie et son obéissance aveugle transmises de génération en génération ont perpétué l'infériorité féminine. l'effacer de l'existence, ne serait-ce qu'en fiction, équivaut à la destruction de l'emblème de l'asservissement.

azelarab qorchi

1- sur la 2, n°142, octobre 2005, p.87



Pour citer cet article :
Auteur : Az Elarab Qorchi -   - Titre : Les films de la femme au Maroc (1980-2005),
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/films-femme-maroc-azelarab-qorchi.php]
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