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Par el hossaien farhad

etudiant-chercheur

nador

introduction

au maroc, depuis 2001, on constate une nette évolution vers l'instauration d'une nouvelle politique linguistique, et vers la gestion effective de la question amazighe. la création de l'institut royal de la culture amazighe, l'introduction de l'amazighe dans l'enseignement et l'audiovisuel sont autant d'indicateurs du régime pour appréhender la question amazighe, l'investissant d'une nouvelle approche.

mais, différentes questions s'imposent: l'école marocaine «déjà bilingue», peut-elle recevoir le «corps amazigh » comme étant un élément propre, légitime et vivant? comment peut-elle gérer une telle nouveauté? faut-il changer la politique linguistique au maroc, cette politique qui ignore toujours le multilinguisme officiel?

depuis 2003, l'ircam a élaboré six manuels scolaires, mais nombre de critiques vont à l'encontre de ces manuels qui, semble-t-il, ne concrétisent pas l'un des objectifs majeurs, à savoir la standardisation de l'amazighe et l'enseignement d'une langue commune. ceci est vrai surtout dans la première et la deuxième année de l'enseignement primaire. d'autres enseignants et pédagogues voient dans les manuels de la quatrième, de la cinquième et de la sixième année un réel pas vers la standardisation.

dans cette communication je vais traiter:

1-l'état des lieux de l'enseignement de l'amazighe: les objectifs et la chronologie;

2- les problèmes relatifs à cet enseignement-apprentissage et la question de la standardisation

3- a la fin, je vais avancer quelques suggestions pour un enseignement meilleur de cette langue.

1-objectifs l'enseignement de l'amazighe au maroc:

*la généralisation de l'enseignement de l'amazighe sur le plan vertical (dans le temps)

*la généralisation de l'enseignement de l'amazighe sur le plan horizontal (dans l'espace)

*le caractère obligatoire de cet enseignement

*l'enseignement progressif de la langue standard unifiée
2- chronologie de l'enseignement de l'amazighe:

pour l'exercice de l'année 2003-2004:

  • l'enseignement de l'amazighe est officiellement instauré dans 344 écoles. la politique vise la généralisation de cet enseignement: en septembre 2008 l'amazighe sera présent dans tous les cycles de l'enseignement, de l'école à l'université, en passant par le collège et le lycée!

pour l'année 2004-2005:

  • le manuel est toujours rare sur le marché.;
  • il n'y a pas de formation des professeurs de la deuxième année. le menj et l'ircam se plaisent à présenter des statistiques «inexactes»: les apprenants sont oubliés.

pour l'année 2005-2006:

  • le troisième manuel ne trouve pas, à son tour, de place dans les emplois du temps des enseignants.;
  • aucune école ne connaît réellement un tel enseignement.

pour l'année 2006-2007:

  • le quatrième manuel aussi ne trouve pas sa place dans les emplois du temps des enseignants (jusqu'au décembre 2006);
  • rares sont les académies qui ont organisés des sessions de formation des enseignants de l'amazighe.

pour l'année 2007-2008:

  • on insère les trois heures de l'amazighe dans les emplois du temps sans être enseignées, ce qu'on apprend aux élèves c'est l'alphabet tifinagh-ircam.;
  • les manuels de tamazight, conçus par l'ircam, n'étaient toujours pas inscrits sur la liste officielle des ouvrages scolaires du ministère de l'education nationale.

pour l'année 2008-2009:

  • il y a manque de formation continue pour les enseignants qui choisissent d'insérer les six séances de l'amazighe dans leurs tableaux de service, non pas pour être enseignées mais cela va leur permettre de gagner six heures de repos par semaine.

pour l'année 2009-2010:

  • avec le plan d'urgence marocain, les élèves bénéficient, comme dans les autres matières, de la gratuité des manuels scolaires amazighs, mais la question qui se pose: est-ce que le men a formé les enseignants sur l'utilisation de ces manuels?
  • il est à signaler aussi que depuis le commencement du plan d'urgence on a arrêté les formations continues de l'amazighe.
  • pour cette année aussi, l'enseignement de l'amazighe devait entamer la première année du cycle secondaire collégial, mais pas de continuité dans son enseignement.

pour l'année 2010-2011:

  • avec la pédagogie de l'intégration: démarche pédagogique selon laquelle les apprenants mobilisent des ressources pour résoudre une situation problème complexe. l'ircam a élaboré des situations d'intégration comme dans toutes les matières enseignées au primaire, mais la question qui se pose: qu'est-ce qu'on a enseigné(les ressources: internes et externes) pour l'intégrer?

donc, depuis 2003 jusqu'à la présentation de cette communication, l'enseignement de l'amazighe baigne dans une multitude de problèmes, qui sont le résultat d'une insertion faite dans la précipitation et dans la non préparation des conditions favorables pour son enseignement.

ii- problemesde l'enseignement de l'amazighe

parmi ces problèmes nous citons:

*la volonté du ministère: le ministère émet des notes mais ne fait pas de suivi;

*responsabilité des académies: certaines académies n'appliquent pas la convention signée entre et le men et l'ircam.

*la généralisation qui devait se faire progressivement pour toucher toutes les écoles marocaines, non seulement a pris beaucoup de retard, mais a reculé ou même stoppé dans certaines régions;

*problèmes d'encadrement: les inspecteurs du ministère de l'education nationale ne peuvent pas encadrer les enseignants de l'amazighe puisqu'ils n'ont pas reçu une formation de qualité, en plus ils considèrent que l'encadrement de l'amazighe est une surcharge et le ils considèrent cela comme superflu en ordonnant aux enseignants de réduire le nombre d'heures de tamazight pour les remplacer par le soutien;

*la formation des enseignants: nous constatons des dysfonctionnements par le manque de formation des enseignants.

*les enseignants arabophones: nombre de classes sont prises en charge par des enseignants arabophones. comment peut-on enseigner une langue qu'on ignore?

*problème de l'écriture en tifinagh: l'insertion du schwa pose énormément de problèmes en tarifit;

*il n'y a pas de continuité dans l'enseignement de l'amazighe: on enseigne cette langue en 1ère année et dans quelques classes en deuxième année de l'enseignement primaire; d'où l'application de la charte nationale d'education et de formation et du livre blanc;1

question ou probleme de la standardisation de l'amazighe au maroc:

la plupart des enseignants ne saisissent pas les contenus des manuels, car on emploi un lexique standard, et l'apprenant se sent apprendre une langue étrangère, s'agit-il de l'apprentissage par la langue maternelle ou de l'apprentissage de la langue unifiée? est-ce que la standardisation est possible au primaire?

pour clarifier et expliciter la question de la standardisation, nous allons travailler sur un texte standard pour voir la représentativité lexicale de chaque variante dans ce texte dit standard selon les normes de l'ircam.
tasugrt 1 asbdad 1 asurs 1

itri g turtit2
ur d iddi umddakÆl nnk itri s tinml, tddut vars s taddart nns. askka nns, tettr ak tslmadt nnk ad as tinid maymmi ur d yucki.
transcription tasugrt 1 asbdad 1asurs 1

itri g turtit
ur d iddi umddakæl nnk itri s tinml, tddut vars s taddart nns. askka nns, tettr ak tslmadt nnk ad as tinid maymmi ur d yucki.
traduction: compétence 1 palier 1 situation 1

itri au jardin
ton ami n'est pas venu à l'école, tu es allé chez lui à sa maison. le lendemain, ta maîtresse t'a demandé de lui dire pourquoi n'est-il pas venu.

langue standard du manuel

transcription

traduction

catégorie grammaticale

origine du mot

tarifit

tarifit

tamazight

tachelhit

panamazigh

néologisme

emprunt

itri

itri

n.propre

nom

------

g

g

dans

prép.

deg

turtit

turtit

le jardin

nom

tabpirt

ur

ur

(négation)

m.nég.

war

d

d

(vers ici)

m.orient.

------

iddi

iddi

est venu

verbe

yusi

umddakÆl

umddakæl

ami

nom

umeddukl

nnk

nnk

ton

pron.aff.

nnec

itri

itri

n.propre

nom

------

s

s

a

prép.

–ar

tinml

tinml

l'école

nom

tmezyida

tddut

tddut

tu es parti

verbe

tëupd

vars

–ars

chez lui

g.prép.

------

s

s

a

prép.

–ar

taddart

taddart

maison

nom

------

nns

nns

sa

pron.aff.

------

askka

askka

le lendemain

adv.t

tiwcca

nns

nns

------

tettr

tettr

elle a demandé

verbe

------

ak

ak

a toi

pron.aff.

ac

tslmadt

tslmadt

enseignante

nom

------

nnk

nnk

ton

pron.aff.

nnec

ad

ad

de

part.asp.

------

as

as

lui

pron.aff.

------

tinid

tinid

tu diras

verbe

------

maymmi

maymmi

pourquoi

adv.int.

------

ur

ur

(négation)

m.nég.

war

d

d

(vers ici)

m.orient.

------

yucki

yucki

il est venu

verbe

yusi


description:

le corpus du texte de lecture de la cinquième année de l'enseignement de l'amazighe comporte :

nombre de mots

représentation lexicale

termes panamazighs

total lexical de chaque variante

taux de compréhension du texte

part réservé

tarifit

3

7,14℅

12

15

22,72℅

1/5

tamazight

14

33,33℅

12

26

39, 39℅

2/5

tachelhit

13

30,95℅

12

25

37,88℅

2/5

panamazigh

12

28,57℅

-

-

-

néologismes

00

0℅

-

00

00℅

emprunts

00

0℅

-

00

00℅

totaux

42

100℅

-

66

100℅

  • le pourcentage le plus réduit est celui de la variante nord; les petits rifains ne peuvent saisir que 22,72℅ du lexique standard;
  • les lexiques du centre du sud sont bien représenté dans les textes standards;
  • nous constatons, dans les textes élaborés en fin 2010, un retour en arrière: exemple: tddut au lieu de teddud: c'est dire on a commencé par les variante dans les manuels 1,2,3 et même dans quelques textes de la 4ème année pour revenir en fin 2010 aux variantes centre et sud: voilà les exemples:

1,2: (is tufit?) 5(tsmuqqld, tettannayd, page 38; tettadfd, tettadfd page 52), 6(tufid, page 80)

situation d'intégration de 2010/2011:tddut/tinid: deux transcriptions différentes , la 1ère est phonétique, la 2ème quant à elle, elle est phonologique.

commentaires:

ce texte standard est destiné à être enseigné en 5ème année de l'enseignement primaire et à tous les apprenants du maroc. ce qui nous amène à poser les questions suivantes:

  • est-ce que les apprenants arrivent à saisir le sens de ces textes? ou plutôt est-ce que les enseignants arrivent à comprendre le sens de ces textes pour transmettre leurs savoir-faire aux apprenants?
  • peut-on comprendre la totalité d'un texte uniquement par moins d'1/5 du lexique saisi?
  • la plupart des termes clé appartiennent aux variantes sud et centre: comment comprendre un texte dont ses clés sont des mots insaisissables pour les apprenants et les enseignants? (espace-temps: teddut-asekka-idda-tinml)
  • dans ce texte de lecture dit standard, comme dans le reste des textes de lecture, le lexique rifain devient limité par rapport aux deux autres lexiques, et cela impose une série de questions sur la place de chaque variante, et notamment du tarifit, dans la standardisation de l'ircam, ainsi nous comprenons pourquoi il y a des résultats médiocres en termes d'acceptabilité de cette langue standard«commune».
  • la standardisation de l'ircam ne fait qu'éloigner les rifains de leur langue maternelle en essayant de leur faire apprendre une langue «bricolée».


iii- qulelques proposition pour un enseignement efficace del'amazighe:

nous suggérons les mesures suivantes:

  • la nécessité d'un traitement plus sérieux de l'enseignement de l'amazighe;
  • la langue amazighe appartient à tous les marocains sans exception et doit être enseignée à tous, qu'ils soient amazighophones ou arabophones dans toutes les écoles publiques et privées du royaume;
  • remplacer la formation continue par la formation i des enseignants et des inspecteurs;
  • la standardisation de l'amazighe doit se faire petit à petit pour que les apprenants, ne ressentent pas qu'ils sont dans un bain linguistique étranger;
  • il faut revoir la place de chaque variante dans la standardisation de l'ircam; et surtout revoir le cahier des charges des niveaux 4, 5 et 6 de l'enseignement de l'amazighe, notamment le point concernant l'adoption des textes communs.


conclusion

a partir de cette communication, nous avons tenté de démontrer que:

  • le bilan de l'enseignement de l'amazighe est négatif, voire catastrophique : l'enseignement de la langue amazighe n'a pas seulement pris du retard. mais, dans certaines régions, il serait même en recul;
  • l'enseignement de l'amazighe n'est pas l'enseignement de tifinagh, ce que, malheureusement, font la majorité écrasante des enseignants de l'amazighe, car le tableau de service des enseignants de l'amazighe comprend d'autres disciplines autre que l'écriture à savoir l'oral, la lecture, le fonctionnement de langue et le ludique;
  • l'enseignement de la langue amazighe nécessite une volonté politique de la part des responsables de l'etat marocain, à côté, bien sûr, des enseignants qui doivent assumer leur responsabilité d'enseigner cette langue comme le font avec les autres matières (français, l'arabe…);
  • les manuels publiés par l'ircam ne s'inscrivent pas dans un processus d'évolution et d'homogénéisation progressifs de la langue amazighe. leurs choix oblige les apprenants à apprendre une langue coupée de la pratique des locuteurs, une langue «fabriquée» et en déphasage par rapport à un amazighe vivant et parlé à partir des textes bricolés syntaxiquement;
  • la stratégie optée, par l'ircam, dans l'unification de l'amazighe, ne fait qu'éloigner les rifains de leur langue maternelle en créant une distance, au niveau lexical, entre l'amazighe enseigné et l'amazighe parlé. ce qui implique une mauvaise réception de cet amazighe standard.

1 « levier 9: perfectionner l'enseignement et l'utilisation de la langue arabe, maîtriser les langues étrangères et s'ouvrir sur le tamazight(…)(extrait de la charte nationale d'education et de formation- octobre 1999)

2 cahier des situations d'intégration, 6ème aep, p.6, menesfcrs, 2010



Pour citer cet article :
Auteur : EL HOSSAIEN FARHAD -   - Titre : l'enseignement de l'amazighe au Maroc,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/enseignement-amazigh-maroc-farhad.php]
publié : 2011-01-10

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