Accueil   études   Forum-études


 


Compte rendu de lecture:

G. Apollinaire; Alcools

Par Marie-jeanne Durry

par: Arrame nabil

Née en 1901, Marie-jeanne Durry, professeur de littérature à la Sorbonne puis directrice de l'école normale supérieure de sèvre, était à la fois critique et poétesse. De ses écrits critiques, on pourrait citer «Gérard de Nerval et le mythe», ou encore «Flaubert et ses projets inédits». Le premier tome de son oeuvre critique sur la poésie d'Apollinaire intitulée «Guillaume Apollinaire; Alcools» se focalise dans toute sa première partie sur la biographie et la vie du poète. En effet, les trois premiers chapitres de cet ouvrage, commencent par de simples indications biographiques sur la vie de guillaume Apollinaire entant qu'homme de Lettres. Par la suite, et dés le quatrième chapitre, Marie Durry essaie d'enchainer par une étude des divergentes descriptions physiques d'Apollinaire, ainsi que le symbolisme de ces nombreux portraits, tout en s'appliquant à repérer leur relation étroite avec son oeuvre poétique. Toutefois, ce n'est qu'avec l'ouverture du sixième chapitre de cette étude, intitulé «traits de caractères», qu'on se retrouve en mesure d'affirmer pour la première fois que Marie Durry amorce vraiment son étude critique. A la lumière de ce fait, l'on s'appliquera dans le présent travail à présenter un compte rendu analytique du chapitre précité, afin d'essayer de déceler comment la critique parvient à répondre à l'interrogation qu'elle commence par ce poser au tout début de ce chapitre dans ces termes «qui était Guillaume Apollinaire?». On pourrait effectivement considérer cette interrogation comme le commencement de la véritable étude critique sur le poète, dans la mesure où Marie-jeanne Durry ne c'était contentée jusqu'à ce point que par se demander comment était G. Apollinaire1. En effet, se demander qui était Apollinaire, est une question pour le moins délicate, que le poète n'a jamais cessé de se la poser lui-même, notamment dans son oeuvre poétique Alcools, mais aussi Calligrammes.
1/-de l'exubérance d'Apollinaire. Essayer de prétendre savoir qui était réellement le personnage d'Apollinaire, s'avère être une véritable inconvenance. Ce personnage est caché, ou plutôt se cache à la vue des autres. Ce qui rend la résolution de son mystère encore plus difficile, c'est le fait qu'Apollinaire ne se contente nullement de se cacher seulement dans son oeuvre poétique, mais s'emploie par la même occasion de se dérober dans sa vie réelle aussi. De là, on relève l'importance des précédents chapitres de l'étude biographique, où Marie Durry avait tentée de démontrer comment Guillaume Apollinaire demeure un mystérieux personnage, sujet à plusieurs interprétations, toutes ayant leur part de véracité. Dans le présent chapitre, la critique continue dans le même sens et s'applique à expliciter le mystère d'apollinaire d'abord par les contradictions manifestes de ses «traits de caractère». Afin de donner du poids à ses idées, elle se sert d'exemples interprétés d'après les témoignages d'autres personnages qui côtoyaient le poète. Ainsi, à titre d'exemple, cette citation qu'elle reproduit intégralement d'après la réflexion de Paul Léautaud sur Apollinaire dans les termes suivants:
«Quel singulier personnage! On le sent plein de dessous. D'où vent-il? Qu'a-t-il fait? Que pense-t-il? Quelles actions, quelles moeurs? Quels sentiments?(…) j'aime autant ne pas le savoir»
Autant d'interrogations sur une seule personne. À chaque fois qu'on croit saisir une vérité sur sa véritable identité, une autre donnée contradictoire vient aussitôt nous désavouer, et finalement le but d'une étude sur guillaume Apollinaire ne demeure nullement une tentative pour retrouver cette vérité, mais devient un «jeu» dans lequel on essaie de saisir le plus grand nombre possible de ces pièces, d'un puzzle complexe, qui constituent ensembles la personnalité de guillaume Apollinaire. Marie-jeanne Durry adopte presque la même démarche dans l'intégralité de son ouvrage, notamment dans le chapitre que nous nous proposons d'étudier. Dans un premier temps, les exemples qui témoignent de l'extravagance du poète, rapportés par la critique, touchent les aspects quotidiens de la vie. Cependant, l'expression même du «quotidien de la vie», qui suggère naturellement des habitudes ordinaires, et même de la monotonie, s'avère dans le cas d'Apollinaire totalement inappropriée. En effet, l'imprévisibilité des actions de ce personnage ne laisse aucune place pour la monotonie ni pour l'habitude. Tantôt plaisant, tantôt courtois, son humeur peut se transformer dans l'intervalle de quelques secondes, d'une extrême gaieté à une violente fureur, souvent pour des bagatelles. En plus des témoignages rapportés par Marie Durry, cette dernière, pour justifier encore d'avantage l'exubérance choisie par l'auteur d'Alcools, n'hésite pas à user d'anecdotes et de petites histoires significatives malgré leur déguisement comique. De ces anecdotes, on prendra à titre d'exemple, cette nouvelle contradiction chez Apollinaire, où la critique rapporte les propos de l'un de ses amis. D'après ce témoignage, apollinaire serait une personne brave et courageuse quand la situation se présente2, mais curieusement il peut être aussi un parfait «poltron, capable de regarder au dessous de son lit» afin de pouvoir s'endormir en paix. D'un autre coté, les rapports que le poète entretient avec les personnes qui l'entourent, sont une nouvelle donnée qui contribue elle aussi à obscurcir d'avantage la vérité de ce personnage. En effet, Apollinaire ne respecte aucune étiquette, ni un prétendu savoir vivre. Afin de justifier cette affirmation, la critique, encore une fois, use du procédé de l'anecdote pour représenter les différentes facettes du comportement d'Apollinaire. Il a été mentionné plus haut, que Guillaume Apollinaire pourrait paraitre, par occasions, un model de courtoisie et de raffinement. Cependant, ceci ne peut être considérer comme une vérité, que si on néglige de prendre en considération l'existence d'une autre vérité antithétique. En effet, la courtoisie d'Apollinaire n'est que relative. Lors de ses conversations, il pourrait donner l'impression à son interlocuteur d'un désintéressement offensant, à cause de quelques comportements curieux et imprévisibles; il est encore capable de ne point respecter des rendez-vous que lui-même avait proposé, pour se faire attendre pendant des heures, sinon pendant des jours. Cette exubérance du personnage ne se limite nullement à son seul caractère. Bien au contraire (et la critique elle-même le démontre), on verra comment le poète se distingue par son originalité et la fécondité de son esprit, qui lui permettent de bâtir le monde de Guillaume Apollinaire. 2/-de l'ésotérisme d'Apollinaire. Parler d'un ésotérisme chez Guillaume Apollinaire, pourrait paraitre à premier abord comme un égarement. Cependant, Marie Durry a su démontrer qu'on pouvait associer la notion d'ésotérisme au poète, sinon qu'on le devait. Il est très évident que l'auteur des Calligrammes fut un grand lecteur. Mais au lieu de puiser son savoir des livres suivant une démarche logique et préconçu, le poète adopte plutôt des méthodes inventées par lui-même, et qui sont très ressemblantes aux méthodes des «initiés». La critique déclare effectivement, que de ses nombreuses lectures, Apollinaire par une tendance qui le pousse à sélectionner souvent d'un livre entier des bribes d'informations, se constitue un savoir propre à lui. Ce nouveau savoir ainsi assembler, se sert des correspondances, chères aux adeptes du symbolisme, pour toucher à tous les sujets et former de nouvelles théories invraisemblables et originales. Toujours fidèle à sa méthode, Marie Durry se sert une fois de plus des anecdotes et des dépositions qu'elle puise dans l'entourage du poète, pour étayer ses idées. Grâce à ces témoignages par exemple, on sait que Guillaume Apollinaire jouissait d'une imagination prolifique. Combinée à sa curieuse érudition, cette imagination lui permettait de développer un talent de conteur, qui s'amusait à raconter des histoires qu'il avait l'air de déclencher depuis des détails insignifiants de n'importe quelle conversation. A partir de là, ses récits s'allongeaient et captivaient ses auditeurs, au point de ne plus savoir s'il racontait la vérité, ou, plus vraisemblablement, ne faisait qu'affabuler. Il est difficile effectivement d'être en mesure de déceler les frontières de la réalité et de la fiction dans les propos d'Apollinaire. Prenant en compte son caractère singulier, il ne lui était pas étranger de mélanger à des événements réels quelques épisodes, qui très manifestement étaient de sa propre invention. Il va plus loin encore, et s'amuse souvent par conclure à la fin de ses discours par cette phrase que Marie Durry considère excellente pour peindre ce personnage et qui est dans les termes suivants: « ce dernier trait, c'est moi qui l'ajoute». Cet aveu est d'autant plus déconcertant venant de la part d'une personne telle que l'auteur d'Alcools. Car on y réfléchissant, tel qu'Apollinaire se fait connaitre, nous pousse à se demander s'il faut croire au dernier aveu et chercher à retrouver les ajouts dans son discours, ou plutôt mettre en doute la sincérité de l'aveu lui-même et le considérer comme le vrai ajout dont parle le poète. Dans le même sens, les écrits d'Apollinaire adoptent la même démarche. En d'autre termes, le lecteur se retrouve lui aussi confronter à tellement de contradictions, qu'il n'arrive plus à être capable de distinguer l'élément réel de la légende. Chez Apollinaire, ce mélange ne lui était sous aucun rapport étranger. Il vivait au milieu de la légende et de l'historiette; mais son esprit ésotérique, ne pouvant se contenter de si peu, le poussait à aller plus loin et inventer ses propres mythes. Beaucoup de ses poèmes ont ainsi continué à vivre entre réalité, mythes et légendes. Toutefois, ce personnage hors du commun se contenait jamais dans une solitude comme celle connue chez les grands esprits. Par contre, il avait un perpétuel besoin d'être entouré de gens, souvent de la même trempe que lui.
3/-du cercle d'Apollinaire. Dans le poème «le Bestiaire», l'auteur d'Alcools écrivit qu'il voudrait: Des amis en toute saison Sans lesquels je ne peux pas vivre.
Mais une personne aussi complexe qu'Apollinaire, ne pouvait pas se permettre de s'entourer du premier venu. Dès lors, il se plaisait à construire son cercle d'amitiés à partir de personnages insolites. Soit qu'ils l'étaient vraiment, soit que le poète lui-même parvenait inexplicablement à leur trouver une part d'originalité qu'ils ignoraient eux même. A partir de là, on retrouve encore une fois cette contradiction qui parait ne jamais quitter Apollinaire. En effet, la critique assure que l'entourage d'Apollinaire était un amalgame de personnalités aussi antithétiques que curieuses. D'un coté, On y retrouvait des écrivains de renom, des critiques reconnus, des poètes; alors que l'autre coté, Apollinaire avait tout d'abord pour secrétaire un certain Géry Piéret, voleur de statuettes, avant de le remplacer par un simple vendeur de cravate découvert à Auteuil. C'est grâce à une pareille compagnie que Marie Durry a su récolté les témoignages qui peuplent son étude, ce qui leur donne toute leur authenticité.
4/-Apollinaire: un être de contraste. Quelques pages avant la fin de chapitre, la critique tente d'entamer une esquisse générale de tous les aspects de divergences, qu'elle a jusqu'ici démontrer dans la vie réelle de Guillaume Apollinaire, et de les relier à son recueil poétique Alcools. Nous appelons cela une esquisse générale, car ce n'est qu'un préliminaire qui sert à ouvrir le chemin pour la suite de cette étude. A partir du chapitre suivant, ce qui ici n'est considérer que comme un préliminaire deviendra une étude en profondeur de cette divergence et de ces contrastes, en commençant par le rapport d'Apollinaire avec la religion. Mais puisque notre travail ne prétend pas faire un compte rendu de l'intégralité de l'ouvrage, l'on ne sortira point du but qu'on s'était fixé. Le recueil Alcools englobe dans ses poèmes, tous les points que la critique a étalée jusqu'ici dans son étude et dont nous même avons donné quelques exemples. On y retrouve des poèmes aussi complexes qu'incompréhensibles, tenant de la part de sa personnalité qui tend vers l'Hermétisme. Comme on peut y trouver des poèmes aussi déconcertants de simplicité et de discrétion qui fait qu'ils n'ont pas besoin de beaucoup de phrases pour être compris. Finalement, ce que nous venons de rapporter de l'ouvrage critique sur Apollinaire de Marie Durry, n'est qu'une esquisse de ce que la critique a pu y développer. Sur une personne aussi féconde de thèmes à traiter que l'auteur d'Alcools et des Calligrammes, un ouvrage partagé entre trois tomes ne pouvait tout contenir. Celui de Mari Durry, dont le premier tome est partagé entre une étude biographique et une autre du premier aspect principal du recueil d'alcools (celui des contrastes), enchaine dans son second tome par un nouvel examen qui cherche à définir le rapport d'Apollinaire avec le courant symboliste; alors que le troisième et dernier tome de cette étude s'applique quand à lui, à définir ce même rapport mais cette fois ci avec le courant surréaliste.


1 C'est surtout dans le chapitre intitulé «silhouettes», et qui précède celui que nous nous proposons d'étudier, que la critique essaie de répondre à cette interrogation.

2 En effet, d'autres témoignages des amis d'apollinaire pendant la guerre, affirment que ce dernier avait fait preuve d'un héroïsme remarquable.


Pour citer cet article :
Auteur : Arrame nabil -   - Titre : Compte rendu de lecture : Apollinaire - Alcools -Par Marie-jeanne Durry,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/compte-rendu-Apollinaire-Alcools-MJ-Durry-arrame-nabil.php]
publié : 2011-03-24

©marocagreg   confidentialité 2017