Le Discours Pédagogique :

Par Moussa Amine

Dans le cadre de l'objet du séminaire, l'analyse de discours didactique, nous allons essayer de faire une étude de la préface du « Guide pratique du contrôle en cours : C.A.P. employé de commerce multi-spécialisés » de l'académie Amiens de la république française.

Avant tout, il convient de préciser que le terme didactique a des conditions d'emploi qui varient selon les langues et qui ont sensiblement évolué au cours des siècles en français, où il demeure porteur de significations diverses. Dans sa forme adjectivale (et nominale au masculin : le didactique), ce terme s'applique aux différents aspects des entreprises de formation et d'enseignement (objets, méthodes, attitudes, problèmes, etc.), et il est parfois assorti d'une connotation péjorative – un comportement « didactique » se caractérisant par l'attitude autoritaire et dogmatique imputée au magister de la scolastique. Dans sa forme nominale au féminin, il désigne soit l'activité d'enseignement elle-même (la didactique comme art d'enseigner), soit les démarches d'analyse portant sur cette même activité et tendant à s'organiser en discipline autonome.

« Discours », quant à lui, si on tient à le définir comme l'a fait Benveniste, est le résultat de l'appropriation du système formel de la langue et sa conversion en terme de phrases.

Ainsi, on pourrait définir le discours didactique comme étant une actualisation, une appropriation et une mobilisation de la langue dans le but de constituer, d'instituer ou d'évaluer la compétence cognitive de l'interlocuteur. Dans ce sens, le discours didactique se différencie des autres types de discours donc l'objectif serait autre que la construction d'un savoir. Politique, polémique, juridique, scientifique… seront donc d'autres attributs que le discours pourrait revêtir dans d'éventuels situations.


Notre intérêt, porté à l'étude du document cité plus haut, prend sa vigueur du fait que le texte, dans ces traits explicites et implicites, essaye d'instituer un savoir ou un savoir-faire qui assurera à toute personne préparant un Certificat d'Aptitude Professionnelle un meilleur profit de sa formation et garantira, en quelque sorte, l'obtention du C.A.P. De la sorte, le texte étudié saura se proclamer comme discours didactique.

La « didacticité » du discours est explicitement exprimée par l'énonciateur dans son dernier acte de parole : « Je remercie chaque enseignant qui a participé à la rédaction de ce guide pour la qualité des échanges et son implication dans l'accompagnement des jeunes et des adultes préparant un C.A.P. ». L'énonciateur présente ainsi ce livret comme un accompagnateur et un guide des stagiaires du C.A.P., c'est-à-dire comme un substituant du professeur, et le discours contenu dans ces lignes n'est rien d'autres que celui que pourrait produire en « présentiel » un éventuel enseignant dans d'éventuelle situation l'enseignement.

Un autre trait spécifique à cette phrase, et d'ailleurs de tout le discours, est que l'énonciateur se laisse diluer dans l'anonymat, et sa forme de présence dans le discours revêt plutôt l'aspect du « porte-parole » tant du « savoir », tant du destinataire. On constate que dans cette dernière phrase ce n'est pas effectivement l'auteur qui accomplie l'acte de remerciement des enseignants participants à la rédaction du livret, mais c'est au nom des stagiaires que l'auteur-porte-parole remercie les participants.

Plus largement, le discours pédagogique, qui n'est qu'une des formes du discours didactique, se caractériserait « par l'absence de problème d'énonciation, la phrase étant émise comme s'il n'y avait pas de sujet d'énonciation spécifique ; elle peut avoir été dite par X ou Y. Le discours didactique est aussi proche que possible de la description grammaticale de la compétence : en décrivant la langue, on décrit un type de discours dont le sujet d'énonciation est absent » (Langages n° 23, p. 23 [souligné par l'auteur]). Le discours pédagogique ou le discours didactique, tend ainsi à faire assumer par l'autre le discours que l'on tient, et à le faire assumer comme universel.

Ce qui est dûment le cas de notre auteur qui, dans sa première phrase, postule que le « CAP est le premier niveau de reconnaissance d'une qualification professionnelle et sa vocation est de conduire à une insertion professionnelle ».

Ici, la phrase est présentée comme vérité générale, comme allant de soi, comme voulant rendre compte d'un état de chose reconnu comme universel. D'ailleurs, cette phrase s'identifie parfaitement à la structure logique de la prédication « S est P » :

Le C.A.P. (sujet) est le premier niveau de reconnaissance… (prédicat)

Sa vocation (sujet) est de conduire à une insertion… (prédicat)

Le « est » permet au sujet de se dire ou de se signifier, c'est-à-dire d'ouvrir la langue à son dehors, à ce qui est en tant qu'il est ou tel qu'il est, à la vérité. « Être » se donne justement dans le langage comme ce qui l'ouvre au non-langage, au-delà de ce qui ne serait que le dedans (« subjectif », « empirique » au sens anachronique de ces mots) d'une langue.

De même il est remarquable que la structure de la phrase procède à la manière du dictionnaire, à la définition ipso facto du sujet qui le met en dehors du doute.

Ainsi, le discours pédagogique implique une relation particulière entre le sujet d'énonciation (l'auteur) et les lecteurs (le « tu » auquel s'adresse le texte) et aussi entre le sujet de l'énonciation et l'énoncé lui-même. En effet, la phrase de base est de la forme : (je dis que) « le livret affirme que... P », et ce sujet de l'énoncé de la phrase de base se confond la loi (l'universel).

Les traits, que sont la présence du performatif, contenue dans la notion du « guide » (ordre, instruction) et l'identification du sujet d'énonciation à ses énoncés, sont ceux du dis cours pédagogique. Le sujet d'énonciation tente de faire exécuter aux lecteurs un discours, (du genre « voici comment profiter d'une manière optimale de votre stage, et voici comment il faut procéder pour décrocher le premier niveau de reconnaissance d'une aptitude professionnelle »), comme le maître fait exécuter une tâche à l'élève. En même temps le livret et le maître font en sorte que, progressivement, l'écart soit comblé entre ce savoir de l'élève (ou du lecteur) et ce savoir commun et universel avec lequel le maître s'identifie. Autrement dit, ce comblement de l'écart se réalise dans une identification progressive du lecteur (de l'élève) avec l'auteur (avec le maître), du « tu » avec le « je » du sujet d'énonciation confondu avec les propositions qu'il émet. Le concept de loi sur le plan du discours pédagogique peut ainsi être défini par les relations existant entre les participants de la communication et l'objet de l'énoncé.

Même du côté des lecteurs ; le discours est considéré comme l'expression d'une loi : « je suis un stagiaire, donc ce livret m'aidera ».

Aussi, la phrase est présentée comme une déclaration (qualité phrastique spécifique). Selon Benveniste, les phrases déclaratives s'emploient de façon caractéristique pour asserter, c'est-à-dire, dans sa terminologie, pour transmettre à l'auditeur un élément de connaissance. L'assertion, en ce sens, se définit essentiellement par une certaine corrélation entre la parole et ce sur quoi elle porte : la parole assertive est seconde par rapport à la réalité qu'elle est censée représenter, voire refléter. Notre auteur, aussi, présente son discours comme un acte d'assertion. Mais s'agit-il d'une affirmation ? et quel et le support de vérité sur lequel repose le discours ? est ce qu'on ne peut pas reconnaitre l'aptitude professionnelle des employés qui n'ont pas passé le C.A.P. ? ou est-ce que les non titulaires de C.A.P. ne sont pas aptes professionnellement ?

Il est clair qu'il ne s'agit pas d'une réalité universelle mais plutôt d'une réalité relative à l'énonciateur, une réalité subjective qui ne trouve son support que dans l'ombre du « je », puisqu'on ne peut pas nier les compétences et les aptitudes de plusieurs actants de différents domaines et n'ayant pas passé de C.A.P. Seulement, au cas contraire, si on considère que tous les titulaires d'un C.A.P., dans le domaine de l'économie, et plus spécialement dans le service de vente, sont plus aptes et plus compétents que les autres non titulaires du certificat, là il s'agira bien d'une affirmation, et l'acte d'assertion trouvera son support de vérité.

Une autre caractéristique du discours didactique et, par conséquent, le discours pédagogique qui en est une des dérivations, implique la recherche de la clôture du texte. Pour que l'on puisse tenir un discours pédagogique, l'énoncé sur lequel on le tient doit être clos. La clôture se trouve donc dans le système des questions et sur les éventuelles réponses fournies. Dans notre exemple, l'auteur essaye d'aboutir à une clôture en recourant à l'exhaustivité, la pertinence et à l'expertise : « un groupe de travail constitué de professeurs de vente intervenant sur les CAP de cette filière a été réuni. Sous la coordination de Jacques Richet, PLP vente au LP Arthur Rimbaud à Ribécourt, l'ensemble des épreuves professionnelles a été observé et les échanges d'expériences ont permis d'identifier les bonnes pratiques et de produire ce livret. L'objectif était de réunir dans un même ouvrage les textes règlementaires, des recommandations pédagogiques, les outils d'évaluation, les supports d'évaluation ainsi que les documents relatifs aux périodes de formation en entreprise ».

L'exhaustivité : dans l'acte de l'énumération : réunir dans un même ouvrage les textes règlementaires, des recommandations pédagogiques, les outils d'évaluation, les supports d'évaluation ainsi que les documents relatifs aux périodes de formation en entreprise

La pertinence : les échanges d'expériences ont permis d'identifier les bonnes pratiques et de produire ce livret

L'expertise : la référence à des spécialistes ; les noms propres ;

Il reste d'interroger la norme évaluative, le critère, le principe auquel se réfère tout jugement de valeur. Pour s'identifier dans l'universel, pour faire assumer le discours par le lecteur qui portera un jugement favorable sur le contenu du livret, l'auteur recourt aux valeurs de l'éthique et de la déontologie. Il est donc question « d'efficacité, d'objectivité et d'équité en matière de traitement des candidats » ; des valeurs qui nous renvoient à celui d'égalité, un terme qui trouve sa charge dans la culture française et qui teinte le discours d'une conformité à un certain droit civil des stagiaires. Aussi l'auteur présente, comme on l'a déjà mentionné, son discours comme une loi consistant à ce que seule la conformité aux indications du livret, qui est le produit des échanges d'expériences permettant d'identifier les bonnes pratiques, et qui tient compte du contrôle en cours de formation qui permet de valider le C.A.P., permet un profit optimal et assure la validation du diplôme. Enfin, la clôture, c'est-à-dire la tendance à l'exhaustivité, la pertinence, et la référence à l'expertise, constituent une troisième norme permettant de porter un jugement sur le savoir présenté.

Bibliographie :


Sumpf Joseph, Dubois Jean. Problèmes de l'analyse du discours. In: Langages, 4e année, n°13, 1969. pp. 3-7.

doi : 10.3406/lgge. 1969.2506



Pour citer cet article :
Auteur : moussa Amine -   - Titre : analyse de discours didactique étude,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/compte-analyse-discours-didactique-rendu-932t-moussa-amine.php]
publié : 2007-07-30

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