Université Sidi Mohamed Ben Abdellah

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines

Dahr Elmahraz Fès

Département de langue et littérature françaises

Master : Lettres et expressions artistiques

Elément : littérature francophone

Commentaire composé du passage :
« les petites madeleines » p.p :58, 59
Du côté de chez Swann De Marcel Proust

Réalisé par: Elyousfy My Ahmed

Si les poètes romantiques se lamentent de ne pas pouvoir arrêter le temps fugace, Proust, lui, pousse l'entreprise aussi loin et essaye de retrouver le temps passé. Dans son oeuvre intitulée À la recherche du temps perdu, il tente de retracer sa vie antérieure. L'entreprise débute avec « Combray », la première partie du premier tome qui a pour titre Du coté de chez swann. Effectivement, c'est avec l'extrait que l'on nomme d'habitude « la petite madeleine », que va démarrer la machine de la remémoration. Ce texte constitue, en effet, la pierre d'achoppement de son travail. Nous allons essayer d'étudier ce texte en mettent l'accent, dans un premier temps, sur le pouvoir évocateur du sens gustatif, pour nous intéresser, ensuite, à la portée de l'introspection à laquelle s'adonne le narrateur.

Mélancolique, le narrateur ne trouve pas dans les souvenirs « du théâtre et le drame de son coucher » aucune consolation. Ils constituent, d'ailleurs, un voile épais contre lequel buttent les autres souvenirs qui désespèrent, ainsi, de remonter à la surface. Les deux premiers, à force de leur retour itératif, se sont accumulés et incrustés dans le cerveau en repoussant les autres dans des coins aussi profonds et obscurs.

Pour les faire resurgir de là où ils sont engloutis, il faut dissiper les nuages drus de ceux qui les occultent. Chose que le narrateur n'arrive pas à effectuer et dont il désespère. A chaque fois qu'il essaye de remonter vers le passé, sa mémoire le trompe. La mémoire volontaire s'avère, ainsi, incapable de retracer le fil des événements enfouis dans les méandres de l'inconscient. Et comme dans les contes merveilleux, ce n'est que grâce à une potion magique, composée de thé et des madeleines, qu'il a pu, à la fois déchirer le voile des deux spectacles cauchemardesques et vaincre l'ennui qui le tourmente et partant de retrouver « un plaisir délicieux[…] isolé, sans la notion de sa cause. » L'immédiateté de l'effet du breuvage accentue son pouvoir curatif. En un petit instant, le narrateur « accablé de la morne journée et la perspective d'un triste lendemain », s'est métamorphosé en un être heureux qui voit la vie en rose et pour lequel « les vicissitudes de la vie [sont devenues] indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire.» Ainsi, ce que la remémoration volontaire n'a pas pu réalisé est fait involontairement grâce à la sensation retrouvée dans le goût du thé mêlé au gâteau. Le pouvoir du sens gustatif s'avère, donc, plus efficace que les efforts du personnage. Sauf que son effet s'est estompé après la première gorgée. Et c'est au narrateur de chercher la cause de sa félicité ailleurs.

En effet, quand les gorgées suivantes n'ont pas pu apporter d'éclaircissements, le narrateur s'est rendu compte que la cause de son bonheur n'est pas en elles et qu'elles n'en sont qu'un simple déclencheur. Aussi faut-il la chercher en soi. Une introspection minutieuse est donc nécessaire pour expliquer l'origine de cette sensation bénéfique qui a pu guérir son malaise. Il se fait à la fois psychanalyste et patient en tentant de rattraper les fils impalpables et fuyants de cette « puissante joie » qui l'envahit, en vue de la faire durer. Le narrateur prend, donc, la décision de creuser dans son esprit et non dans la tasse pour réinventer ou plutôt pour faire remonter de l'inconscient la petite étincelle éveillée par la première cuillerée du « breuvage ». La joie est enfouie quelque part en lui. Elle n'a pas besoin d'une cause extérieure pour se manifester ; il suffit de savoir comment la dénicher. De ce fait, la mélancolie qui l'obsède n'est, elle aussi, qu'un fait intérieur qu'il serait facile de vaincre. A voir qu'au seul contact de son palais avec les miettes du gâteau, le narrateur cesse de se « sentir médiocre, contingent, mortel », on dirait que les deux sentiments contradictoires de joie et du chagrin cohabitent dans le même lieu et que la manifestation de l'un ou de l'autre dépend de l'habilité du personnage à gérer ses sensations.

La sensation que le narrateur a retrouvée grâce au goût du thé et du gâteau a pu le ramener à ce qu'il éprouvait lors de son enfance. Ainsi le fil d'Ariane de ses souvenirs retrouvé, il va le dénouer en donnant le jour à l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature française.



Pour citer cet article :
Auteur : Elyousfy My Ahmed -   - Titre : commentaire composé les petites madeleines du côté de chez Swann,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/commentaire-du-cote-de-chez-swann-Elyousfy-my-ahmed.php]
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