marock est-il un acte blasphématoire? 1

par az elarab qorchi

dans marock, l'islam est mis à rude épreuve par la jeune réalisatrice laila marrakchi. de mémoire de cinéphile, aucun réalisateur marocain ne s'est attaqué de manière violente et sans équivoque à la religion officielle du pays, surtout à ce moment où le choc des religions fait rage et scinde le monde en fanatiques et tolérants, en terroristes et pacifistes. la mise en salle du film a coïncidé comme par hasard avec la campagne d'humiliation menée par un journal danois contre les musulmans à travers la publication de caricatures portant atteinte à l'image sacrée du prophète mohamed.

il y aurait de la préméditation dans le projet filmique de laila marrakchi, une préméditation mal calculée car en voulant peut-être défendre la liberté du culte a commis l'erreur de prêcher l'extrémisme. rejeter les fondements d'une religion, renier ses préceptes ne donne pas le droit de la piétiner et de manquer de respect à ses adeptes. le parti pris de laila marrakchi a heurté la foi de nombreux marocains, surtout les partisans des partis politiques à connotation religieuse qui considèrent l'hostilité à l'égard de l'islam comme une croisade des temps modernes.

est-ce là réellement le point de vue de laila marrakchi sur la religion de ses aïeux? a-t-elle été victime de manipulations idéologiques des producteurs du film? a-t-elle cherché la célébrité du premier coup sachant que tous ceux qui discréditent l'islam font une excellente carrière chez les occidentaux?

a notre avis, de fâcheuses confusions se sont introduites dans l'esprit de la jeune renégate. elle ne mène pas une réflexion objective sur cette religion souvent déformée par les nombreuses interprétations erronées. elle ne cherche pas à corriger des commandements mal assimilés. elle n'instaure pas un dialogue sur la possible adaptation des textes coraniques et des hadiths aux impératifs de la vie moderne. elle rejette en bloc, en une attitude grossière d'une novice s'attaquant à un sujet complexe, des pratiques fondamentales et séculaires (la prière, le jeûne) sans donner la moindre explication et sans dévoiler la moindre motivation.

ghita, le personnage principal du film, est l'instrument du dénigrement. tous ses faits et gestes font d'elle une anti-musulmane typique. elle est tout à fait à l'opposé de l'image de la femme donnée par l'islam. elle est le prototype de la gourgandine dont le libertinage échappe à tout contrôle parental, familial ou social. la démission familiale collective, la fréquentation d'amis (es) de la même classe sociale dont la moitié sont des juifs favorisent l'insurrection qu'elle affiche sans barguigner. non seulement elle ne fait pas le jeûne et la prière, mais elle se sent fière d'afficher son apostasie et de guirlander sa famille. en voici quelques exemples de son attitude:

1- le jeûne:

scène 1: ghita refuse de prendre le shour. elle gronde la servante qui lui apporte un plateau de nourriture. elle lui demande de la laisser dormir surtout qu'il était 4h15 du matin.

scène 2: le matin ghita entre dans la cuisine où les domestiques s'activent. elle grignote un gâteau et le trouve trop sucré. la nourrice mi fatima l'admoneste gentiment. ghita prétend alors qu'elle a ses règles. cependant, mi fatima lui oppose qu'on ne peut pas avoir les règles tous les jours. l'allusion à l'inobservation du jeûne est très claire.

scène 3: les parents de ghita savent qu'elle ne fait pas le jeûne. sa mère prépare la table du ftour. quand elle s'inquiète du retard de ghita et de mao, hassan le père dit alors: «de toute façon personne ne fait le jeûne dans cette maison

2- la prière:

ghita entre dans la chambre de son frère mao. il le trouve en train de faire la prière. en tournant autour de lui à la recherche de son pantalon jean, elle lui crie: «t'es malade ou quoi mao? mais qu'est-ce tu fais? t'es tombé sur la tête? t'es zinzin? tu t'es cru en algérie? eh! tu vas devenir barbu, c'est ça? papa, maman, y a votre fils qui est devenu complètement fou

3- une scène de famille:

le jour de l'aid fitr, alors que la télévision transmet la prière de l'aid, une scène de famille éclate entre ghita et mao en présence de leurs parents:

- mao: (il s'adresse à son père) c'est ta fille qui fait n'importe quoi, qui passe sa vie à sortir. et l'alcool et les joints avec ses copines. et en plus de ça, mademoiselle découche pour sortir avec youri benchetrit, yhoudi.

- ghita: tu me frappes, et ensuite t'es devenu un raciste, mais vraiment t'es en train de péter un plomb mao. t'es vraiment qu'un sale connard. toi tu fermes ta gueule, moi j'ai rien fait de mal. moi j'ai pas tué un gamin sur la route. quoi, un accident? t'étais complètement bourré et tu roulais à deux cents. mais heureusement papa était là, papa a le bras long, papa a payé la famille du mec pour fermer leur gueule. combien ça coûte la vie d'un gamin des bidonvilles? cent mille, deux cents mille balles? combien vous avez payé pour que mao n'aille pas en tôle? tu sais mao, moi je n'ai pas besoin de la religion pour dormir tranquille. tu me traites comme des mécréants avec tes petits airs. mais il est beau ton islam de fils à papa.

marock serait-il une négation de l'islam par la transgression de ses interdits et l'irrespect de ses recommandations? en tout cas c'est la conviction de tous les détracteurs de la réalisatrice.

azelarab qorchi

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1- article tiré de ma thèse de doctorat: un quart de siècle du cinéma de la femme au maroc/l'homme et le corps dans l'imaginaire féminin.




Pour citer cet article :
Auteur : Az Elarab Qorchi -   - Titre : Le film Marock est-il un acte blasphématoire ?,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/cinema-marock-marrakchi-blaspheme-azelarab-qorchi.php]
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