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envoyé par: elbazzaoui amine


p l a n



introduction


  • 1- qu'est ce que l'hybridité et l'impur?


  • 2- l'hybridité dans l'inavouable


  • 3- l'animalité de mamoun


  • 4- l'impur des lieux


conclusion



introduction


ayant perdu ce qu'il avait de plus cher, mamoun se perd dans une recherche vaine à travers des lieux, des souvenirs, des voix lui rappelant les petites choses de la vie et la souffrance aux limites de l'humain. la haine et le ressentiment l'emportent finalement. mamoun périclite et endure des événements où l'intime, le politique, le social, l'étrange s'entremêlent et ponctuent ses errements nocturnes, traversés par la douleur, la soûlerie, la misère, l'exclusion et l'enterrement des proches.


cet enchevêtrement fait sortir les êtres et les choses de leur cocon pur, «uniculturel», inaltéré et simple pour leur donner une dimension impure, hybride, hétérogène et composite; la vie, le quotidien, le pathos semblent assez paroxysmiques pour se contenter de l'aspect simpliste et élémentaire et exigent une approche plus complexe et mâtinée.



  1. qu'est ce que l'hybridité et l'impur?

«la pluralité ou la dualité est une puissance de savoir et de tolérance, lorsqu'elle a un centre de gravité identitaire, qui soit un consensus, alors qu'elle est une déperdition d'énergie et une implosion de la communauté lorsqu'elle est occultée ou niée. la négation du réel aboutit au sous-développement et une fragilisation de l'image que nous avons de nous-mêmes.»


abdelkebir khatibi


lorsqu'on veut détruire ou stigmatiser une personne appartenant à une communauté précise mais qui s'en distancie ou ne répond pas totalement aux normes collectives partagées, on lui lance à la figure ce qui lui manque, ce qu'elle a en moins par rapport à ce qu'on suppose être un ensemble de traits distinctifs à avoir ; de même pour la personne dont l'appartenance est réelle, mais qui cette fois-ci se situe au-delà de la première communauté, vivant l'élargissement d'elle-même, à celle-ci on reprochera ce qu'elle a de plus : un plus considéré comme impureté ou source d'impureté et d'aliénation. on recherche la pureté ou plutôt l'image de la pureté dans l'identique, dans ce qui revient dans chaque personne et on craint la substitution qu'entraîne ce qui se rajoute.


le «moins» pose la question de l'incomplétude comme risque de désaffiliation, le «plus» déclenche la complexité, la ramification des liens, l'augmentation d'une chose par une autre comme risque d'hybridité. on aime souvent ce qui simplifie, oriente, répète ; on appréhende ce qui ramifie, désoriente.


on a beacoup écrit sur les processus et stratégies de l'hybridité dans le maghreb francophone, à travers des critiques consacrées principalement aux romans maghrébins des années 1960 et 1970 (kateb yacine, mouloud mameri, rachid boudjedra, tahar ben jelloun, etc.).

si on effectue une traversée de la littérature maghrébine francophone depuis les années 1950 jusqu'à 2005, on y voit comment, d'une génération à une autre, d'une urgence culturelle, politique ou sociale à une autre, et face à la tentation ataviste du repli identitaire comme stratégie de défense contre la menace de l'autre, l'étranger, la littérature se fait le lieu où, au-delà du pathos de la dualité, la proximité et l'éloignement se lient, espace d'hospitalité et d'affinement de la capacité de parcourir les différences (de sexe, de langue, de culture, d'imagination).


autrement dit, d'explorer le réel dans sa complexité, de le capter sans le subordonner à une quelconque idéologie ou à un quelconque psychodrame autour de la fatalité de l'aliénation ou de la dépossession. comme le dit hassan wahbi dans ses œuvres centrées sur le principe khatibien de l'aimance, lequel est au cœur de la pensée du roman maghrébin, c'est cela qui, contre tout atavisme et toute séduction de la pureté dangereuse, maintient ouvert l'apprentissage du divers comme rejet de toute tentation totalitaire et aussi l'apprentissage de ce qui déborde chaque fois le présent. il ne s'agit plus pour l'écrivain de se tenir droit selon un axe d'identification vertical, mais de s'ouvrir selon la rencontre et son désir dans une gradation de possibles, dans le flux expansionniste de la vie, dans la légitimité obtenue pour soi et non attribuée par la loi du retour à l'unique, à la possession.

parce que clivée et heureuse de l'être, la personne exprime le vaste spectre de ses appartenances, séquentielles, accède à un surplus d'être, à sa vérité d'aimance dans l'attachement et le détachement.


  1. l'hybridité dans l'inavouable


«rejoignez vos places. attachez vos ceintures. svp.». la fameuse phrase que l'on entend souvent au bord de l'avion quand il s'agit d'un décollage ou atterrissage. mais le cas ici d'un atterrissage. le récit s'ouvre ainsi, mamoun vient de rejoindre son pays après un long voyage, une longe absence, un long exil dur à survivre loin du «pays, des siens».

mais d'où vient-il? d'un lieu où il est bon de vivre avec des illusions. où atterrit-il ? dans un monde ou plutôt une ville où les souvenirs finissent par apprendre au sujet à vivre sans illusions.

dans la ville abritant les sept saints « sebaâtou rijales », la ville ocre, ou la perle du sud, notre héro mamoun arrive dans sa ville natale, elle se situe dans un carrefour de civilisations.


entre modernité et tradition, marrak'ch (comme louakira la surnommé) est une ville métisse, un lieu de rencontre entre l'orient et l'occident. même s'il est tiraillé entre les deux, mamoune se retrouve plutôt pencher vers la deuxième, car d'après son expérience; l'occident constitue pour lui un refuge un endroit où il exprime librement.


mamoun manifeste donc son attachement à tous ce qui est hybride. sa duval à lui, peut être, similaire de celle de baudelaire. son aspect physique a de même été très diversement décrit:

ernest prarond, l'a cité dans eugène crépet

«mulâtresse, pas très noire, pas très belle, cheveux noirs peu crépus, poitrine assez plate, de taille assez grande, marchant mal».

comparons-nous la duval de mamoun à celle de baudelaire citée précédemment:

« a distance. tige de roseau dans un costume chatoyant, brunette, presque plate de poitrine, découpée à même la grâce, trônant dans l'œil de la lumière… » l'inavouable p. 54


« mamoun maîtrise difficilement les réminiscences baudelairiennes. il pénètre, de loin, l'encolure du corps, l'aisance des postures et s'arrête sur l'essentiel, fruit de son imagination, à dire vrai. il ne croit pas ses yeux, insiste et s'assure.

Ça concorde avec les attitudes, les traits de ressemblance de sa bien-aimée d'autrefois. oui. elle lui rappelle sa grande passion du trottoir, ma duval, sa noire espiègle. » p. 55


ce qui nous intéresse c'est la race dont elle est issue. une mulâtresse, d'un métissage entre père blanc et mère noire ou inversement.


  1. l'animalité de mamoun


etant abandonnés par les diablotins, par sa femme, par sa famille, au summum du désespoir, il s'enferme dans son appartement et fait une grande découverte. il s'agit d'une transformation en un être hybride : à la fois animal et pourtant encore homme.


mamoun découvre sa part d'animalité que namouss le concierge, son double-sage, tentera de dégager, et sa part d'humanité, qui n'est rien d'autre que son incapacité à se passer des hommes. c'est pourquoi il demandera au pauvre namous de lui raconter ce qui se passe dehors.


« namous, ahuri, gêné de voir la condition d'animal dans lequel végète son maître, connu pour être affable, chic, maniaque quant à l'hygiène. il n'en revient pas et ravale le dégoût occasionné par le désordre, la puanteur. discrètement, il se bouche le nez et se frotte les yeux qui se mettent à couler. – comment va le monde dehors, namouss? » p. 51


enfermé dans sa chambre aux frontières de son animalité, mamoun n'est pas loin de gregor samsa de la métamorphose; qui a subi, lui aussi, l'exclusion et le rejet de sa famille après sa transformation en un monstrueux insecte. il en avait besoin pour se transformer et devenir l'homme qu'il voulait être.


« abandonné, mamoun se blottit dans la bestialité à même le parterre. il attendra le coucher du soleil pour renaître, prendre le café entre chien et loup. il ravivera sa rancune envers lui, le monde, les kidnappeurs… » p.135


abdelhak ouallaf à affirmé : « si le personnage de kafka a été métamorphosé par la société de l'hypocrisie sociale, celui de l'inavouable est le fruit de l'histoire avec sa grande hache... il n'est plus le même. l'homme est sorti indemne de son expérience d'enfermement poussant à l'extrême l'expérience de la solitude. »


pour réussir dans la vie, il doit affronter son destin, social, politique, familial et à s'ouvrir à un ordre de culturation comme élargissement, appropriation, redéfinition de soi dans de nouvelles versions, de formes conjonctives ou contrastées. car l'individu dans son progrès est une sorte d'anthologie faite d'imprévu, d'inattendu, du rencontré vivant.


on appelle cela l'hybridité parce qu'il y a justement contraste et composition hétérogène. malheureusement, pour mamoun, qui se trouve à la lisière de la société, cloitré et enfermé sur lui-même, a mal compris les choses, car il croit que les jeux se sont compliqués à cause de la chose étrangère, comme si c'était une nouveauté historique alors que c'est la nature de l'histoire même.

il n'y a pas passage du pur à l'impur, d'une antécédence réglée à une transformation facteur de dérèglement ; il y a passage d'un état de choses conséquent d'un ancien état de choses à un autre état de choses qui ne peut être que la forme passée d'un devenir. et ce n'est pas une accélération forcément positive, mais une réalité de progression heureuse ou malheureuse.


dans une société comme la nôtre qui s'est démarquée par son histoire sombre, un passé noir des années de plomb dont mamoun fut victime. des arrestations abusives deviennent une hantise, un cauchemar qui envahit l'esprit de mamoun.

de plus, la menace permanente du retour à la cellule handicape son intégration au sien de la société et rend plus difficile sa quête de soi. raison pour laquelle il se trouve face à une solitude consternante, conjuguée à une liberté réprimée mais, malgré tout, il mène un combat inlassable pour la vie.

en dépit des tensions, des peurs, des leurres, des lâchetés et de la perte des plus chers, mamoun persiste encor et continu son combat pour demeurer un homme libre.


  1. l'impureté des lieux


dans son ouvrage intitulé l'inavouable, louakira nous a présenté des espaces impurs. la parole sacrée a été profanée dans des lieux vils. le premier exemple de l'impureté du lieu, c'est quand, dans une buverie, un ami de mamoun à récité des versets du coran.

«‘' semblance de sa lumière: une niche où brûle une lampe, la lampe dans un cristal; le cristal, on dirait une étoile de perle…''»; «lumière sur lumière» p.102.

la parole sacrée qui appartient, en effet, à un domaine séparé, interdit et inviolable, a été donc pollué dans un endroit réservé aux mécréants. pourtant, ce n'est ni l'endroit ni l'éventualité de se remémorer, encore moins de réciter de telle paroles sacrées.


la parole digne du respect absolu a été, encore une fois, dégradée dans un lieu, cette fois-ci, mieux que le précédent. il s'agit d'un endroit crassé, sur le balcon, où abritent toutes sortes de bestiaire domestiques.

«- trop de crasse, sidi. tout près, sur le balcon, le lézard, le cafard et oisillon vaquent à leurs peines et loisirs. les fourmis suivent leur itinéraire par sol, par mur, sans peur qu'elles soient écrasées par le roi salomon et ses soldats. un nid de guêpes s'intercale entre l'arcade et le rideau, s'épaissit d'heure en heure.» p. 53


dans le même sens, louakira nous a fait découvrir un autre espace impur. il s'agit du cimetière où son père est enterré. mamoun chante le refrain de la fameuse chanson du groupe marrakchi fnaîr:

«-ah! lalla mannana, viens et deviens ma fifille. et je te ferai un porte-bébé avec des pêches et des grenades.

il chante. les yeux mouillés de ferveur.

le cimetière se meuble d'intimité. il constituera son monde.» p. 157


mamoun a brisé donc le rituel des funérailles normalisé chez les marocains. au lieu de prier et de le lui demandé pardon au près de dieu comme à l'accoutumé. mamoun est, en revanche, entrain de chanter. peut être cette chanson éveille en lui l'espoir de revoir, un jour, les diablotins.




conclusion


l'écriture de loakira est une recherche éternelle de «je». en outre, comme l'a déclaré l'écrivain français michel favriaud, dans un de ses textes de présentation «aucune œuvre lyrique ne met plus en scène le «je» que celle de loakira».

il ajouté : «c'est un «je», en manque d'«appartenance» à soi-même et à autrui, «je disloqué, décalé, décalé en désarroi de pays, de racines, en désarroi de langue et de langage» (..). tout cela est également notable dans le nouveau récit de mohamed loakira : l'inavouable.



bibliographie et webographie



  • - mohamed loakira, l'inavouable, rabat, editions marsam, 2008


  • - l'inavouable” de mohamed loakira : la prose poétique pour dire une déchéance de l'être. un article paru dans libération le 12/ 02/2010


  • - le roman du poète (l'inavouable) deabdelhak ouallaf


  • - hassan wahbi pour une fidélité infidèle
    (l'appartenance élargie)


  • - http://www.culturetoute.net/contributions/hassan-wahbi-pour-une-fidelite-infidele/



Pour citer cet article :
Auteur : elbazzaoui amine -   - Titre : l'hybridité et l'impur dans L'inavouablede Mohamed Loakira,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/article-hybridite-inavouable-loakira-elbazzaoui-amine.php]
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