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TRAVAIL REALISE PAR : MAALMI EL BACHIR
Les Souffrances du jeune Werther de Goethe
Autobiographie et fiction ?
Les souffrances du jeune Werther, roman de Goethe, est une autopsie d'une relation amoureuse sans issue entre un jeune homme éperdument amoureux nommé Werther et Charlotte ,une femme raisonnable promise à un certain Albert. Le roman se compose de lettres que Werther adresse à son ami et confident : Wilhelm. Ce récit scrute l'évolution de l'état d'âme de Werther, initialement euphorique et qui se dégrade en accord avec les paysages et les saisons. Ce récit est un mélange fécond, mais subtil, du vécu et de l'invention. Une première lecture suffit à faire remarquer la ressemblance incontestable du Goethe à Werther, le personnage mis en scène. Alors, Les questions s'imposent : Quelle est la part de soi de Goethe dans son oeuvre ? À quel point son héros lui est-il semblable ? Et où se situe le réel imaginaire ?
Dans ce texte à caractère autobiographique, l'auteur met beaucoup de lui-même dans werther. En le faisant naître le même jour que lui, Goethe attribue à son personnage ses propres qualités, ses propres dons : La passion pour l'art, l'admiration pour Homère, la sensibilité à la nature et son intérêt pour les langues. Il lui attribue également les mêmes fonctions qu'il a remplis .Il le fait revivre l'amour qu'il a vécu avec Charlotte avec une prégnante intensité et le fait découvrir la grâce de son âme. L'auteur prend soin de dresser un portrait sublime qui renvoie à Charlotte Buff la femme dont il était épris et qui refusait de sortir de ses convenances. Le récit décrit des personnages qui ont joué un rôle dans l'aventure de Goethe avec Charlotte mais aussi les souffrances d'un amour impossible qui le tourmentaient. De véritables scènes de rencontres, des moments de divertissements et des déclarations solennelles sont reproduits fidèlement dans le roman. Goethe se cache en Werther. Il se met souvent en scène indirectement à travers son personnage pour dévoiler les replis les plus secrets du moi et faire des confessions à cœoeur ouvert. Son adoration de l'immensité, sa persuasion du primat du cœoeur et de la sensation sur la raison et l'intelligence, son aspiration à l'infinité et à la nécessité du renoncement et sa façon de concevoir le monde et l'art ; tout cela s'immiscent dans des longs monologues intérieures formulés par Werther et qui sont d'une intimité confessionnelle intense et frappante. L'introduction des données référentielles dans l'univers du roman accentue l'effet autobiographique. Le roman, aussi est une constante référence aux auteurs et aux oeuvres qui ont marqué et suscité l'intérêt de Goethe. Mais aussi à plusieurs personnes qu'il a réellement rencontrés, à divers lieux qu'il a conquis et aux conflits professionnels qu'il a vécus. Or si Goethe a conservé maints détails empruntés à la réalité, il n'a pas hésité à les modifier, à les malléabiliser. Le changement de la couleur des yeux de Charlotte Buff du vert en noir, le déplacement du cadre de l'évolution de quelques scènes cruciales, le jeu sur les noms propres et l'anticipation de son arrivée à Wetzlar- sans doute pour coïncider avec la mort de Jérusalem- autant de déformations qui participent de cette confusion tenace entre réalité vécue et fiction romanesque. La part de l'authenticité de ce roman est axée sur l'aventure de l'amour désespéré, l'amertume et la détresse qui en découlent. Mais aussi, sur les relations ambiguës et complexes entretenues par Werther avec le couple qui le conduit à sa perte. La partie non autobiographique s'articule essentiellement autour du suicide de Werther. Ce suicide a été inspiré par le véritable suicide de Karl Wilhelm Jérusalem, une connaissance de Goethe et de Kestner. Jérusalem était un peintre au caractère rêveur qui aimait faire de longues promenades en solitaire, comme le Werther du roman. Goethe s'identifiait vigoureusement avec l'amour perdu et l'aboutissement au désespoir de Jérusalem. L'auteur invente bien ce qu'il porte en soi. Voila, il parait clairement que des jeux subtils s'opèrent au sein de cette entreprise romanesque à résonance autobiographique .Le fictif épouse le réel dans une fusion irréversible. Goethe métamorphose son aventure personnelle avec l'amour éconduit pour se débarrasser de ses angoisses morbides. En créant Werther, son double lyrique, Goethe s'évite en quelque sorte, une fin funeste en l'accordant à son héros. L'auteur a opté pour la solution artistique pour se délivrer d'un mal -être pesant et d'un amour qui ne résiste pas au désespoir. Goethe est exilé dans l'affliction mais sauvé par son personnage. Werther est la main secourable qui panse les blessures d'amour de Goethe, des blessures qui ont jusqu'alors résisté à l'épreuve du temps. Werther souffre à la place de l'auteur de cet amour profond qui s'est effiloché. Il est la flamme qui a fait sortir Goethe de l'abîme de l'obscurité. Intimement imprégné de Goethe, Werther matérialise et concrétise un désir morbide de toucher et de marquer éternellement le cœur de Charlotte afin de retrouver une consolation à sa situation à la fois douloureuse et immaîtrisable. Goethe s'explore à travers Werther. Il suit les méandres et les circonvolutions de l'esprit et du cœoeur de son personnage -miroir pour pouvoir mieux se connaître et retrouver une certaine paix intérieure. Werther ne suit pas toujours Goethe puisqu'il est parfois le reflet du coté obscur de son créateur, une zone ombre, le coté caché inavoué et inavouable. Quand Werther devient presque si incohérent qu'il ne peut écrire, Goethe prend le rôle de l'éditeur et décrit les pensées les plus profondes de son personnage pendant qu'il va tout droit au suicide. Goethe entretient une relation complexe avec son personnage. Tantôt il usurpe sa voix pour donner libre cours à ses emportements et à ses résolutions extrêmement profondes, tantôt il le repousse partiellement pour pouvoir s'observer à travers son double. Et finalement puisque le temps devient douloureux et sensible, il le condamne à la mort et l'anéantit dans le repos éternel pour clore le destin de cet amour qui dévore.
L'introduction donc de l'inventé dans le non –fictif se fait une tentative de la part de Goethe de recréer une séquence de sa vie et expérimenter ses pouvoirs sur lui-même. La création d'un personnage, à qui l'auteur pourrait presque souvent s'identifier, a procuré de la profondeur au récit et a fait surgir des facettes de Goethe beaucoup plus intimes, beaucoup plus personnelles dans une perspective de nous faire partager un vécu, des réflexions profondes et des états d'âmes solennels. Rien n'est plus fiable que de la fiction pour réussir cette entreprise. Les souffrances du jeune Werther conjugue récit et lyrisme, général et personnel, invention et authenticité .L'effort de distinguer ce qui est réel de ce qui est fictif, est vaniteux. En fait ce qui nous importe le plus dans ce roman ce n'est ni la ressemblance, ni l'identité absolue, mais plutôt la vérité du cœoeur et l'image que Goethe désire donner.


Pour citer cet article :
Auteur : maalmi bachir -   - Titre : Les Souffrances du jeune Werther de Goethe : Autobiographie et fiction ?,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/article-goethe-werther-autobiographie-fiction-2idk-maalmi-bachir.php]
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