Fatima MERNISSI, Rêves de femmes ou projet d'écriture.

Ecrit par Mohammed YACOUBI.



Depuis quelques années, la littérature féminine ou plus exactement l'écriture féminine au Maghreb, comme dans d'autres pays arabes, prend de l'élan et s'impose en tant que mode de penser, de réflexion, de dénonciation. C'est dans les universités maghrébines qu'elle est amplement convoquée est mise en exergue par des cours, des communications, des séminaires, voire des thèses et des publications de travaux. Mais le roman reste et demeure l'outil principal et facilitateur de la diffusion de la littérature recensée. Nous assistons ainsi à sa montée considérable qui se traduit par la place qu'elle occupe dans les étalages des librairies ou des bibliothèques. Mais cette littérature, au Maghreb, dépend largement de la langue française comme mode d'expression. Les femmes écrivains s'expriment par l'écriture, comme les hommes, mais elles sont motivées par des préoccupations féminines. Certes, les raisons sont multiples et peuvent être attribuées à la situation dégradante dans laquelle la femme menait sa vie. C'est par l'écriture qu'elle se manifeste, c'est par le français qu'elle se libère, car la langue de la métropole permet à ces femmes de briser les hudud, selon les propos de Fatima MERNISSI, de transcender et d'être écoutées par l'Autre. Ces femmes se trouvent en fait nourries d'une volonté qui les pousse inextricablement à réaliser un projet féminin, à s'engager corps et âme dans une cause qui défend la femme dans son intégralité pour pouvoir la réhabiliter. Et pour atteindre cette réhabilitation, il fallait avant tout conquérir et les droits des femmes et leur émancipation. C'est pourquoi maintes voix se sont élevées en Algérie, au Maroc et en Tunisie en diversifiant les outils de communication : romans, essais, articles... Dans cette lignée de pensée, citons à titre indicatif, Assia DJEBAR, Fatima MERNISSI, Faouzia ZOUARI…

Les femmes écrivains réussissent peu ou prou à donner au roman féminin sa place qu'il mérite au sein de la littérature d'expression française ; non pas dans le sens de roman sentimental. C'est par le roman que ces femmes s'inscrivent dans la modernité. Elles portent un regard nouveau sur leur cause, un regard qui sollicite la poésie, le récit, le conte, le drame, le proverbe, l'Histoire… Tout se mêle et produit un tableau où abondent les métaphores et les symboles : femme, liberté, amour, secret, dénonciation, mixité, harem, religion… Ce féminisme n'est pas soulevé contre l'homme, avec qui le dialogue est de mise, mais contre toute tentative à museler la femme. Elle a droit à la parole, non pas à travers celle teintée de virilité, mais celle qui émane du fort intérieur d'Eve. Cette voix féminine est la seule qui peut promouvoir le projet de bâtir un avenir de femme, du point de vue de femmes. Mais le trajet est long et plein d'embûche, car quelle littérature féminine est-elle sollicitée ? Celle inclusive où toutes les femmes écrivains, toutes idéologies confondues, ont le droit de cité ? Où celle exclusive qui n'admet pas des femmes islamistes ou autres, car la religion motive aussi des penchants féministes ? Combiner les deux héritages est une gageure dont jugeront les années à venir. Ces femmes de Lettres s'engagent donc à revendiquer dans leurs travaux un espace d'expression du désir au féminin, un espace qui se construit en un projet où les rêves des femmes deviennent réalité, deviennent témoignage qui gomme le silence et militent pour un féminisme conscient et responsable. Cette tendance s'affiche hautement dans le dernier roman de Fatima MERNISSI. Il s'agit du roman autobiographique Rêves de femmes : Une enfance au harem1, écrit en anglais et traduit en français. Mais elle n'est pas la seule car d'autres femmes écrivaines portent aussi un regard spécifique au monde où elles ont évolué.

Certes, au sein d'une œuvre très représentative de littérature de femmes, nous observons une maturité remarquable du personnage féminin. Il est doté de qualités intellectuelles qui lui permettent de mener à terme tout projet d'écriture réussi. Mais pour ce faire, il devient nécessaire de posséder des outils de travail sous tendus par des principes puisés dans l'expérience personnelle, dans un héritage où domine la couleur de la sagesse. Ces éléments confondus génèrent le génie qui a sa force et ses sources pour dire tout. Dans cette lignée, et par le biais d'une lecture personnelle, mais interprétative, nous allons voir comment l'auteur de Rêves de femmes réussit à mener un projet individuel motivé par des rêves, des désirs, des aspirations et un projet collectif ancré dans des pratiques sociétales, dans l'histoire et la légende.

Rêves de femmes est un échantillon de vie aspirant à l'accomplissement de l'être féminin. Le roman transcende l'être pour rejoindre la collectivité, la société. Par ce roman, MERNISSI sait renouer son destin, ses désirs avec ceux des autres femmes. Le roman transcrit l'histoire d'une femme, des femmes ou d'une société sous forme d'un destin si fatalement conduit. Ce roman se confine aussi à reproduire la vie comme miracle d'art et comme source infinie de plaisir et d'affranchissement.

La délivrance ne peut se réaliser que par la transgression, la rébellion pour s'ouvrir ou monde. C'est un désir refoulé mais extériorisé par cette volonté de passer outre les frontières. Ce passage n'est pas facile, aisé, car il est le terrain d'une lutte continuelle entre les tenants de la camisole, ici les hommes, et ces êtres partisans de la libération, ici les femmes. Dans son roman, Mernissi expose cette image antithétique qui met en jeu ce combat continuel entre deux factions, les Musulmans et les Chrétiens. L'auteur transpose cette image sur l'homme et la femme qui miment le même combat. Un champ lexical de la violence, de l'agression dominant témoigne de cette opposition : « problèmes », « hudud », « les frontières », « chaos », « harcelaient sans cesse », « féroces », « violaient », « des soldats », « transgression », « anarchie » (p.5) pour ne citer que ceci. Toute anarchie commande logiquement un état d'ordre, de stabilité et d'harmonie. MERNISSI remarque à ladite page que : « L'ordre et l'harmonie n'existent que lorsque chaque groupe respecte les hudud. Toute transgression entraîne forcément anarchie et malheur. Mais les femmes ne pensaient qu'à transgresser les limites. » Ainsi, pour changer, il faut transgresser, mais il faut éviter tout désordre qui pourrait nuire à cette tentative de changement. Il faut en fait constituer et se constituer en projet conscient et responsable qui met en exergue des repères fiables, clairs. D'abord, dénoncer le mal encouru par les femmes : « Faire du mal à une femme, c'est violer les hudud, les frontières sacrées d'Allah. C'est illégal de faire du mal aux faibles. Tante Habiba a pleuré pendant des années. » (p.7). MERNISSI se forge une thèse par sa position de défenseur des faibles, comme tant d'autres femmes écrivains. Elle parle au nom de ces femmes « pleurantes », ces femmes vouées à l'incarcération. Dans ce cadre, Anissa BELLEFQIH précise que :

Au-delà de la libération par l'écriture, la femme a maintenant le devoir d'étendre sa réflexion au vécu sociétal de ses consoeurs muettes, parce que muselées et entravées. Elle a en charge le présent brumeux et l'avenir incertain de ces femmes. Elle devait donc dépasser ses fractures personnelles pour se pencher sur les fractures sociales. Arrêter de se nombriliser pour se mettre à l'écoute et faire un travail de proximité libérateur et salvateur pour la condition féminine.2

Cependant, l'auteur n'oublie pas de présenter le cadre spatial où vivaient anciennement ces femmes. Il s'agit en fait de ce Maroc qui vivait dans l'unicité et géographique et « politique » : « Mais le Maroc, nous expliquait mon père, a existé depuis des millénaires sans partage ni coupures, même avant l'avènement de l'islam, il y a mille quatre cents ans ! Personne n'a jamais entendu parler de frontières coupant le pays en deux. » (p.7) Par transposition, nous pouvons dire que dans le Maroc d'antan, les femmes ne parlaient jamais de frontières et n'étaient pas rebelles contre l'ordre établi. Elles ne manifestaient nullement de s'opposer à l'homme, seigneur de la terre et des mentalités. Cependant, à l'époque mernissienne, les choses sont autres : il y a transgression des frontières et constitution d'oppositions qui coupent actuellement le Maroc en deux tendances, à savoir les tenants de la libération de la femme dans son intégralité et les partisans de l'hégémonie masculine. Cette image n'était pas en vogue dans ce passé lointain ou proche. Ce constat nous permet de dire que MERNISSI est consciente de son projet d'écriture. Certes, il est question de la suprématie de l'homme rejetée et remise en cause par la femme, à l'image même de la mère de MERNISSI dont elle dit : « Elle a toujours rejeté la supériorité masculine comme une absurdité, en contradiction totale avec l'islam. « Allah nous a faits tous égaux », disait-elle. » (13) Cet argument d'autorité, d'ordre religieux, marque en fait une mentalité sacrale, mais dans la réalité, le premier et le deuxième sexe ne sont pas égaux dans les pratiques sociétales et sociales. Mais chaque sexe doit assumer ses responsabilités quant aux protestations, aux manifestations directes ou indirectes. La femme doit se prendre en charge et écarter la domination masculine dès l'enfance même. La mère en était consciente, « Celle-ci ne cessait de me dire que je ne devais pas compter sur Samir pour se rebeller à ma place. « Il faut apprendre à crier et protester, exactement comme on apprend à marcher et à parler [...] » » (p.14) Parler au nom des autres est un art qui s'acquiert. Et défendre les autres passe avant tout par un stade d'apprentissage qui aura ses répercussions dans l'âge adulte, dans l'avenir. Les tenants de cette école fondatrice de ce sentiment de la responsabilité, de la protection trouvent leurs origines dans des sources féminines. Les femmes coalisent déjà quant il s'agit d'un cas qui touche, une enfant, une fille, une femme. C'est le cas de MERNISSI enfant qui se trouve sous la houlette de Samir qui la protège. La mère se révolte contre cette situation alarmante qui réagit pour trouver une solution à cette situation à problème : « Elle était si inquiète à l'idée que je devienne lâche en grandissant qu'elle a consulté sa mère, grand-mère Yasmina […] grand-mère Yasmina était célèbre pour son habileté dans l'art de la dispute. » (p.14) Cette connaissance sert à doter Eve de fondement philosophique et culturel, deux piliers formateurs et révélateurs d'une approche qui se fond sur des présupposés. Ecoutons Yasmina qui dit toujours à la même page :

Il y a plusieurs façons de développer le sens des responsabilités chez un enfant. Etre agressif et sauter à la gorge des autres est une solution, mais certainement pas la plus élégante. Si vous l'encourager à se sentir responsable des petits de son entourage, vous lui donnez la possibilité de s'affirmer. Compter sur Samir pour sa protection n'est pas un handicap dans la mesure où elle apprend à protéger les autres. Si elle apprend à protéger autrui, elle saura se protéger elle-même.

Donc, si la femme puise ses connaissances dans des sources masculines, cela ne nuit en rien à l'être féminin. Plus encore, pour apprendre, la femme devra passer par l'homme, l'imiter et plus tard le concurrencer. Mais, pour ce faire, la femme doit s'armer pour se démarquer de l'homme, détenteur du savoir humain et usurpateur des droits de la femme. Et l'arme fatale est la parole. Si nous savons la manier, le monde est à nous. Pour MERNISSI, cet outil langagier est d'une grande importance, car c'est par lui qu'elle pourra appréhender le monde, faire valoir la cause féminine et s'imposer en tant que voix porteuse de ce message féminin qui prétend à l'universalité. Le verbe est donc une voie de communication qu'il faut aiguiser dès son jeune âge. MERNISSI nous apprend à la page 14 que :

[…] ma mère m'a parlé de la nécessité de mâcher mes mots avant de parler. « Tourne sept fois la langue dans ta bouche, en serrant bien les lèvres, avant de prononcer une phrase. Car quand les mots sont dits, tu risques gros. » Je me suis alors rappelée comment, dans l'un des contes des Mille et Une Nuits, un seul mot déplacé peut entraîner une catastrophe sur la tête du malheureux qui l'a prononcé […]

Toute consciente de l'usage de la parole, MERNISSI sait que c'est une arme à double tranchant. Comme elle peut donner la mort, c'est-à-dire causer des problèmes divers, elle peut octroyer la vie, autrement dit, la célébrité et la renommée : « Cependant, les mots peuvent également vous sauvez si vous maîtriser l'art de les enfiler habilement. » (p.15) « Enfiler » trouve tout son sens dans l'expression « enfiler des diamants ». C'est ainsi que «par la simple magie des mots » tout devient simple et facile comme ce chapitre intitulé «Schéhérazade, le calife et les mots.» Cette jeune a affronté le roi au lieu de fuir, car elle domptait la magie des mots, et c'est par cette magie que ce roi tueur de femmes a abdiqué. Alors les femmes ne fuient plus et peuvent vivre en paix. MERNISSI veut copier cette image féminine fictionnelle et devenir Schéhérazade au 20ème siècle, une Schéhérazade qui maîtrise le langage par voix féminine, car elle rêve comme tant d'autres femmes de maîtriser l'art de narrer, de conter et raconter. « Mais comment apprend-on à dire des histoires pour plaire à un roi ? » (p.18) crie MERNISSI. « […] se perfectionner dans ce genre de choses » est la réponse à cette question esthétique. C'est par les histoires racontées la nuit par les femmes et surtout par tante Habiba que MERNISSI enfant se perfectionne pour parler comme cette conteuse nocturne qui « […] avec des mots, elle nous mettait tous dans un grand bateau voguant d'Aden aux Maldives […] Chevauchant sur les mots, nous dépassions Sind et Hind […] » (p.21) L'auteur enfant développe ses capacités narratives motivée par un rêve où domine une envie de se métamorphoser par la magie des mots : « Ses contes me donnaient envie de devenir adulte, pour pouvoir à mon tour développer des talents de conteuse. Je voulais, comme elle, apprendre l'art de parler dans la nuit. » (p.22) Et MERNISSI devint conteuse de jour comme de nuit, dans ce « […] merveilleux royaume où les femmes auraient des droits […] » (p.36) L'indice en est son premier roman au programme. La prédiction de Yasmina est exaucée : un nouveau Maroc est en construction, en métamorphose où vivra Fatima. Mais la femme n'a pas seulement besoin de parole pour mener à terme ses projets. Elle devra être en étroite relation avec la nature, cet eldorado champêtre, comme celui de Nathalie Sarraute. La nature revêt alors un rôle de guérisseuse, qui chasse tous les maux, confirmé par Yasmina à la page 56 :

La nature est la meilleure amie de la femme. Si vous avez des problèmes, il suffit de nager dans une rivière, de s'étendre dans un champ de fleurs ou de regarder les étoiles. Voilà comment une femme guérit de ses peurs. » Dans cette pensée, Jean chevalier dit à propos de l'eau : «L'immersion est génératrice, elle opère une renaissance dans le sens où elle est à la fois mort et vie. L'eau efface l'histoire, car elle rétablit l'être dans un état nouveau. 3

Le vrai peintre n'est pas celui qui observe et reproduit les virtualités cruciales d'une vie intense, mais celui qui inspire le sentiment du possible, l'espoir d'une renaissance libératrice dans un Maroc changeant. Et pour atteindre cet objectif, il est primordial de connaître le français, voire l'arabe ou d'autres langues. Nous comprenons MERNISSI enfant quand elle désire ardemment prononcer un r énergique à la manière zinienne : « Je le fixais souvent avec intensité, espérant confusément qu'à force de concentration, un peu de son talent et de sa magique beauté, qui sait, de sa mystérieuse capacité de rouler les r, finirait par déteindre sur moi. » (p.84). Dans un continuum remarquable, MERNISSI enfant accumule les outils qui lui permettront de mettre en œuvre un projet futur auquel elle aspire. En plus de la langue, la nature, l'art de raconter, un autre moyen émerge. Il s'agit en fait du rêve sans lequel la femme ne peut s'épanouir. C'est par le rêve que toute femme enfermée peut s'échapper, peut aller loin où les hommes ne peuvent plus l'atteindre. Si la langue est libératrice pour la femme, les rêveries sont salvatrices. Tante Habiba en est fortement consciente :

Quand vous êtes emprisonnée, sans défense, derrière des murs, coincé dans un harem, disait-elle, vous rêvez d'évasion. Il suffît de formuler ce rêve pour que la magie s'épanouisse. Les frontières disparaissent. Les rêves peuvent changer votre vie, et peut-être même le monde finalement. La libération commence quand les images commencent à danser dans votre petite tête et que vous commencez à les traduire en mots. Les mots ne coûtent rien ! (p.110)

MERNISSI devient elle aussi consciente de la puissance et des mots et de la magie du rêve. Son projet peut connaître le jour dans les années à venir. Elle dit, page 110 et 111 :

Je serais donc capable de faire disparaître les frontières, moi aussi : voilà le message que je retenais. […] et l'espoir n'avait pas de limites. Je pensais : Oui, tante Habiba je serai magicienne. Je réussirai […] Les mots, je les chérirai. Je les cultiverai pour éclairer les nuits, abattre les murailles et anéantir les barrières […] je cisèlerai les mots, pour partager le rêve avec les autres et rendre les frontières inutiles.

Nous sommes confronté à un conditionnel présent « serais » qui ancre cet état de capacité mernissienne dans le probatoire, l'incertain. Mais l'incertitude se dissipe rapidement, car cinglée par une suite de futur qui gomme tous les doutes : « serai ; réussirai ; chérirai ; cultiverai ; cisèlerai ». Sans aucun doute, MERNISSI réussira. En témoigne son roman au programme qui nous emporte par le rêve, par la magie des mots. Et tous ses travaux qui militent pour la démolition des frontières affirment qu'elle est magicienne.

L'écriture féminine ou ce qui est communément nommée littérature féminine ne peut s'imposer et se positionner que si elle s'inscrit dans un projet collectif où toutes les idéologies tendent à se gommer. Les expériences personnelles et individuelles constituent d'abord les fondements premiers de toute tentative qui véhicule une cause. Et une cause ne peut être gagnée par l'élection d'une seule voix. Il faut se manifester, mais la manifestation ne suffit pas. Il faut adhérer à un groupe fort et élargi par ses principes, sa force, ses aspirations. Et c'est ce dernier appel qui clôt en quelque sorte l'écriture mernissienne qui va du rêve à la réalité : « Si tu ne peux pas quitter le lieu où tu te trouves, tu es du côté des faibles » (232). Fatima MERNISSI s'est liguée dans son expérience au côté des plus forts, car pour réussir, il faut chanter victoire à l'unisson. Là, Najib REDOUANE dit :

En fait, la prolifération qualitative de publications de plusieurs femmes indique clairement que l'être féminin a investi des domaines jusque-là réservés au sexe masculin. Ce qui a donné lieu à de nouvelles orientations dans les recherches. En ce qui concerne la littérature marocaine, l'écriture au féminin a beaucoup évolué et ce domaine a connu la naissance de plusieurs écrivaines qui ont affronté maintes difficultés dans une société qui a longtemps marginalisé et négligé leurs écrits. 4


Farida BOUHASSOUNE ajoute aussi : « Même les éditeurs et les diffuseurs qui étaient sceptiques au début sur l'intérêt et le devenir de cette littérature, commencent maintenant à lui réserver un accueil favorable. 5» Si Fatima MERNISSI a réussi dans son projet de Rêves de femmes, c'est parce qu'elle a reconquit le savoir et l'écriture, deux outils, deux pouvoirs symboliques fortement et longuement convoités par l'homme. Ainsi, la femme devient sa propre voix capable de décrire sa réelle condition humaine, ses aspirations, ses désirs, ses rêves en dehors des écrits masculins.

Mohammed YACOUBI.



1- Fatima MERNISSI, Rêves de femmes : Une enfance au harem, traduit en français par Claudine RICHELIN, illustrée par Ruth WARD, Livre de Poche, 1998.

2- Anissa BELLEFQIH , « Point de vue d'une écrivaine : motivation, problématique. Vision, interrogations, perspectives», in CCLMC Bulletin de liaison n° 4, 2001, p. 10.

3- Jean Chevalier et al., Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, Jupiter, Paris, coll. « Bouquins », 1982, p. 394.

4- Najib Redouane, Ecritures féminines au Maroc : continuité et évolution, Editions l'Harmattan, 2006, p. 11.

5- Farida Bouhassoune, « La littérature marocaine féminine de langue française : la quête de nouvelles valeurs », Littératures frontalières, Edizioni Universita di Trieste, 20, AnnoX, Luglio-dicembre 2OOO, p.49.



Pour citer cet article :
Auteur : YACOUBI Mohammed -   - Titre : Fatima MERNISSI Rêves de femmes ou projet écriture,
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