Babouc ou Le monde comme il va est un conte philosophique, écrit par Voltaire

Réalisé par:

HANAE ABDELOUAHED


Panorama:

Le génie Ituriel, gouverneur des terres de l'Asie a reçu des informations non satisfaisantes sur les habitants de la ville Persépolis, pour cela, il choisit Babouc pour une mission de prophétie. Babouc est censé présenter un rapport sur le comportement des habitants de Persépolis afin de décider leur sort.

Ainsi, Babouc consent à son devoir. Au premier abord, il rencontre l'armée persane qui allait combattre l'armée indienne. La guerre se présente-t- il ainsi comme une simple satisfaction des pulsions. Les guerriers guerroient pour le simple plaisir de détruire. La banalité de la cause montre la frivolité de l'effet « la cause se cette guerre, qui désole depuis deux ans l'Asie vient […] d'une querelle entre un eunuque d'une femme du grand roi de Perse, et un commis d'un bureau du grand roi des Indes»1

Dès son arrivée à la ville, il découvre une ville où les gens s'avèrent être croyants, les gens passent leur temps à prêcher. On découvre vers la fin que ces habitants ne sont là que pour passer leur temps; ils manquent de foi: la scène du prêtre est un témoignage assez parlant de la sécrétion d'une religion abdiquée: le prêtre fait tout pour que le message ne passe pas. Les habitants de la ville sont tantôt bons, dévouant, tantôt pervertis, vicieux. Babouc pataugent antre un avis approbateur et d'autre désapprobateur, des fois il est complice du préjudice d'Ituriel, des fois, il remet en cause cette vision. A travers le regard de Babouc, la Providence tient preuve de son exécution.

Rédiger un rapport définitif paraît pour Babouc une mission difficile et incompatible avec l'essence de la vie dans cette ville, avancer un jugement demeure dans tous les cas injuste. D'une expérience à une autre, du vice à la vertu Babouc apprend l'essence de l'être humain. C'est un continuum du bien et du mal. De surcroît, il va s'humaniser lorsqu'il tombe amoureux d'une jeune femme persépolitaine, à ce moment là, il découvre sa faiblesse, de la précarité humaine.

Pour ce, il décide de rendre à Ituriel ses armes. Le dit rapport est présenté sous forme d'une statue contenant des pierres précieuses et d'autres viles, une réincarnation des habitants de Persépolis. Le vice est mêlé à la vertu, le mal est confiné du bien. Le rapport de Babouc est une déviation de la norme religieuse. Le conte désobéit aux lois de la nature imbues de changement. Pour Babouc, il faut laisser «le monde comme il va».

Caractéristiques d'un conte philosophique:

L'allégorisation:

Pour transmettre ses idées Voltaire a toujours recouru aux contes orientaux et asiatiques à la manière des Mille et une nuits. En effet, l'ancrage spatial de l'histoire de Babouc est purement asiatique qui remémore des temps révolus. Il est injuste de considérer ces contes comme une simple anecdote pour plaire car on porte atteinte à la verve idéologique de Voltaire. Quelle est alors cette dimension idéologique dans le monde comme il va?

Persépolis est un topos qui reflète incessamment «Paris», ville mondaine de tous les pêchés et tous les vices.il s'agit d'une ville dégoûtante: « il arriva dans cette ville immense par l'ancienne entrée, qui était toute barbare, et dont la rusticité dégoûtante offensait les yeux»2. Ses habitants sont déshumanisés par le biais du champ lexical du «bétail»; on est face à des femmes vicieuses, des hommes qui incorporent le libertinage et extirpe les fondements de la religion. La saleté se mêle à la propreté. Mais n'a-t-elle que des point péjoratifs, malgré le vice, l'esthétique n'est- elle pas le vecteur de la civilisation de cette ville?

Inversion du raisonnement métaphysique:

Destruction du cliché biblique:

L'histoire de Babouc est une parodie du mythe biblique de Jonas avec les habitants de Ninive. Celui- ci par témérité, a refusé de faire changer les habitants de cette ville et s'est précipité de donner son jugement. Par delà Dieu omniscient lui a fait apprendre qu'on peut changer le monde par plus de perspicacité. Dans le livre de Jonas, la leçon ou mieux la morale est donné par Dieu, par contre, avec Babouc, les rôles s'inversent; c'est le messager qui fait l'apologie à son Dieu. Le titre est révélateur « le monde comme il va» assigne à la vérité une qualité d'immuable qu'aucun miracle ne peut l'ébranler; elle est en perpétuel continuité.

Si la Bible repose sur une logique métaphysique, le conte voltairien préconise le raisonnement de la raison. C'est ainsi que le verbe «descendre» qui se trouve au début du conte: « il [Ituriel] descendit un matin dans la demeure du Scythe Babouc»3 porte les germes de l'ironie puisqu'il caricaturise en quelque sorte le rapport qui lie Dieu à l'humain.

L'humanisation du prophète par le biais de l'amour est un credo de la rationalisation dans ce conte. Si le raisonnement religieux corrobore la loi du changement, Voltaire le renie in facto, il est à contre- nature:il faut laisser le monde tel qu'il est sans intervention supra- naturelle. En même temps, la nécessité de croire à une force divine est un impératif pour assurer la continuité.

Une objection insoluble.

La question colossale qui se raffermit à l'issue de la mission de Babouc est celle de l'origine du mal; comment un Dieu qui se croit posséder l'omnipotence et la pré- science peut être source du mal? Et si le mal est propre de l'homme, cela ne vaut pas dire que l'homme peut équivaloir à Dieu, ne devient- il pas son concurrent?

Le génie Ituriel ne possède pas la pré- science car il ne sait pas ce qui se passe exactement dans Persépolis. Il s'appuie sur Babouc pour découvrir ce qui est latent. Ainsi, se confirmera encore une fois l'idée de Voltaire: Dieu doit exister pour surveiller ce monde.

Le raisonnement voltairien:

De la métaphysique à la raison:

La dimension ontologique dans Babouc n'est qu'une reprise de Candide dans la mesure où il met en relief les expériences du bas- monde. Les deux protagonistes voltairiens envisagent qu'au lieu de passer sa vie à réfléchir comment Dieu a crée le monde, il vaut mieux s'occuper de la société. La philosophie passer de «apprendre» à «faire progresser» l'espèce humain pour créer une meilleure société. Le dérèglement, la démesure ne sont que des astuces pour réussir cette progression.

Le voyage du savoir:

Si jadis, les Anciens ont cru à la platitude de la terre et à l'absolutisme des vérités, le siècle des Lumières s'insurgent complètement sur cette malléabilité intellectuelle? Pour ces derniers, c'est la loi du progrès qui génère l'évolution de l'esprit: le savoir se construit par «accumulation» et par «expérience».

Au début de l'oeuvre Babouc paraît ignorant mais avec l'expérience, il acquiert un savoir «en progression». À la fin du conte, Babouc parvient à douter et à remettre en cause les vérités d'Ituriel: « alors, Babouc commença à craindre que le génie Ituriel n'eût raison». Pour ce, il tire une conclusion assez importante: la destruction de la ville se fait d'elle- même par les habitants eux- mêmes. Si la destruction était au début dans les mains d'une force surnaturelle, grâce à l'expérience, on se rend compte qu'une guerre civile sera déclencher, entre les maris et les amants des leurs femmes, entre les hommes de l'église, entre femmes. Les habitants endurent certainement un calvaire.

En amont, les persépolitains sont responsables de leur sort. C'est la civilisation (la culture) qui maintient la continuité de l'être humain.

Le style rococo:

Le terme est apparu en France, vers 1730[1]. Il résulterait d'une association des termes rocaille, en français, pour désigner une ornementation imitant les rochers et les pierres naturelles et la forme incurvée de certains coquillages. Il se caractérise essentiellement par l'insertion des miroirs qui crée une impression de désillusion voire de fausseté. L'asymétrie constitue le soubassement de ce style. Voltaire utilise ce style varié comme moyen d'atteindre la vérité par le biais de l'expérience. Il crée cette hésitation laquelle est un credo de l'esprit philosophique. Le doute est un élément rationnel.

Ainsi, dans Babouc, plus on s'approche de l'histoire, plus que la première vision semble fausse. La peinture gothique sert à attiser ce style (beauté, arts, temples mieux bâtis et mieux orné). Il se traduit dans le texte par les moyens de concession notamment « cependant» qui devient un leitmotiv. A chaque fois, que Babouc aperçoit de la vertu, le vice superpose et vice versa.

Le style dépasse encore le conte pour établir un jeu de miroirs entre les contes voltairiens. Si le monde comme il va s'achemine par l'image symbolique de la statue qui incarne d'une part le régime politique préétabli et propulse une nouvelle politique accréditée à la séparation du pouvoir, elle sera démystifiée d'autre part avec le conte suivant intitulé»le retour de Babouc, dans lequel Voltaire réajuste avance ce que veut dire: « ce n'est pas la peine de châtier les habitants de Persépolis car ils le feront eux- même»

De la fausseté pour reconstruire le savoir:

Par ce jeu de fausseté/ vérité, Babouc corrige son point de vue et change de statut; d'un prophète il passe à un philosophe. Si le prophète finit par se rapprocher à Dieu et dépendre de lui, tout en gardant une suprématie vis-vis des autres hommes, le philosophe, en revanche, finit par se rapprocher à la société, grâce à l'expérience et donc à appréhender un savoir.

En aval, le conte philosophique aide à réfléchir, à aboutir à un raisonnement.; la philosophie selon Voltaire, est un savoir qui conduit l'humain vers «l'honnête homme» et cela ne peut se réaliser que s'il passe par la civilisation qui tend à modeler la nature humaine. Or, en acceptant de mettre le pied dans la civilisation, on est alors, assujetti au vice comme à la vertu, au mal comme au bien. A l'instar, l'ignorance joue un rôle primordial et bénéfique dans l'organisation du savoir, l'errance a permis à Babouc de découvrir la ville selon les consignes d'Ituriel (va_ observe_ examine).

Comme Candide, Babouc n'est qu'une autre expérience du bas- monde. Voltaire prend à contre_ pied la tradition antique qui entrave les limites de l'expérience et obstrue le champ de la réflexion.


1 Zadig et autres contes, Voltaire, p.100

2 Op. Cit. P. 102

3 Op. cit. p. 99


Pour citer cet article :
Auteur : Hanae Abdelouahed -   - Titre : Babouc ou Le monde comme il va est un conte philosophique de Voltaire,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/monographies/Babouc-conte-voltaire-Hanae-Abdelouahed.php]
publié : 2011-03-24

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