par mustapha jbilou, cpge khansa. casablnaca

sujet :

« la fin du bien est un mal ; la fin du mal est un bien. »

discutez cette maxime de la rochefoucauld à la lumière de votre lecture des oeuvres au programme.

plan :

  1. le bien : une simple valeur sociale inconstante.
  2. le mérite par le mal.


la distinction entre le bien et le mal n'est pas évidente. en effet, la frontière qui les sépare est si mince, si perméable qu'ils fondent l'un dans l'autre. dans ce sens, la rochefoucauld précise dans sa onzième maxime écartée : « la fin du bien est un mal ; la fin du mal est un bien. » au-delà du pessimisme du moraliste janséniste qui réduit le bien à un paraître de la nature humaine, le parallélisme qui structure la maxime établit une égalité entre ses deux valeurs antithétiques qui ont paradoxalement une seule « fin », une seule finalité : le bien individuel ou l'intérêt qui n'est autre qu'un mal.

nos oeuvres au programme traitent bien de ce caractère fourbe et double de l'être humain guidé par l'intérêt et oscillant entre le bien et le mal. et si le vicaire savoyard de rousseau professe un discours sur la bonté naturelle de l'homme, macbeth, la pièce de shakespeare, sonde l'aristocratie anglaise du xviième siècle et montre sur un fond historique la cruauté humaine dans sa nudité, comme pour enregistrer le mal de l'homme dans le fait réel et non seulement en théorie. enfin, les Âmes fortes de giono expose par une nuit l'histoire d'un jeune couple modeste qui a fait du mal un mode de vie et un moyen de promotion. en somme, fictions et réflexion inscrivent le mal, à différents degrés certes, au coeur de la nature humaine. nous tenterons alors dans ce qui suit d'analyser cette génération du mal qui encercle l'homme, comme le chiasme de la maxime, pour lui ôter tout mérite. nous postulons que ce constat s'explique par l'utilité du mal et explique, en dépit des discours des moralistes, l'origine naturelle du mal. pour ce faire, nous montrerons en premier en lieu comment le bien serait une simple valeur sociale variable et illusoire. le mal s'impose alors, comme nous le démontrerons par la suite comme une valeur naturelle dynamique et valorisante.

le bien comme valeur intrinsèque de la nature humaine ne serait qu'une illusion. en effet, il serait un jugement né de l'habitude. bien au contraire, la candeur est une valeur décadente que le mal réduit au simple valet.

la quête et l'éloge du bien ne seraient pas naturels. ils ne sont que la production de la société. certes le vicaire savoyard voit dans l'opprobre qui entoure le mal la preuve à la fois de l'excentricité du mal, et de la tendance naturelle de l'âme, où git « un principe inné de justice et de vertu », vers le bien. la conscience, qui est « la voix de l'âme », se chargerait alors de le rappeler et le préserver comme l'espère banquo. en effet, dans un court monologue de la première scène du deuxième acte, ce général en proie au doute, à l'ambition et à la cupidité après la rencontre avec les trois sorcières, interroge sa conscience et sollicite son assistance pour l'empêcher de sombrer dans le mal : « … vous, puissances bienfaisantes, // refoulez en moi les pensées mauvaises, que nature// libère dans notre sommeil. » cependant cette représentation du bien comme une valeur naturelle est illusoire et le bien ne serait qu'une valeur qui s'est imposée comme un idéal au fur et à mesure de l'évolution de l'humanité comme le rappelle macbeth à son épouse dans la scène iv de l'acte iii : « le sang fut répandu ici, dans les époques disparues, // avant qu'humaine purgation eût fait meilleur société ; ». en somme, c'est la société qui intervient par ses traditions, moeurs et pouvoir pour faire de quelques comportements et actions des normes, des représentations du bien comme le dit dans une philosophie simple et profonde une des femmes lors de la veillée du mort dans le texte de giono : « tout ce qu'on fait, c'est l'habitude. »

et si le bien est une valeur sociale, elle serait de même relative puisqu'elle dépendrait de sa représentation individuelle et collective dans un temps et un espace déterminés. ainsi, dans le roman de giono, le récit qui revient sur lui-même par la technique de la multiplicité des points de vue illustre cette relativité : thérèse raconte un épisode de son passé à son avantage et une des dames se charge de le reprendre pour montrer l'histoire sombre de l'héroïne ; une autre femme raconte la mort de sa mère en peignant sa soeur sous de noirs traits et en présentant sa propre cruauté comme la bonté même. et si parmi les philosophes, obnubilés par leur image comme le remarque le vicaire de rousseau, « il n'y en a pas un seul qui, venant à connaître le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. », chez les modestes gens, emportés par la passion, le bien est réduit au bien personnel. il est pouvoir et trône pour les macbeth, amour pour madame numance, argent et biens pour firmin et liberté finale pour thérèse. dans ce contexte tout un chacun « voit le bien et fait le mal » et se garde au préalable de le peindre au couleur du bien et tout un « chacun court au bien public pour son intérêt » ou bien pour parodier rousseau chacun court pour le bien en public pour son intérêt, d'autant plus que le bien désintéressé est socialement dévalorisé !

le bien moral ne paie pas. certes, il est recherché comme un idéal inaccessible au point de considérer l'être bon comme un être d'exception jouissant d'un pouvoir surnaturel à l'image de ce roi d'angleterre dont « la guérissante bénédiction » a le pouvoir de guérir le mal. mais dans la réalité, au moins de nos textes littéraires, le bien est associé à la naïveté et à la faiblesse. ainsi, dans l'oeuvre de giono, une des dames de la veillée qualifie la mère d'une de ses voisines de « bonasse » avec toute la charge péjorative du suffixe et ce pour désapprouver son extrême sensibilité dans son rapport à son frère ainé. elle précisera plus loin le fond de sa pensée en ajoutant : « si on est trop bonne, on est volée », tuée peut-être comme lady macduff, qui réalise trop tard qu' « en ce bas monde (…) faire bien [est] quelquefois dangereuses folies ». une hypothèse que confirme aussi le sort de mme numance et de duncan, le roi d'ecosse. peut-être se contenteront-ils d'une rétribution probable dans l'autre monde, une rétribution que n'ose confirmer le vicaire : « je ne dis point que les bons seront récompensés. » ! en somme, le bien, étonnamment, ne paie pas. bien au contraire, il avilit et perd l'individu.

le bien serait alors une simple valeur sociale. en tant que telle, elle est relative et parfois dégradante. c'est en cela que sa « fin » est un mal surtout quand il devient un valet au service de l'intérêt. dans ce contexte, le vicaire semble épouser cette hypothèse quand il confirme que « le bien moral n'est qu'une chimère ». pourquoi alors ne pas considérer la mal comme une valeur aussi naturelle qui permet de réaliser ces objectifs au mieux ?

le mal, s'il n'est pas naturel, il est au moins utile à l'homme. il serait même cette valeur à laquelle l'homme doit sa promotion et son émancipation.

le mal serait le propre de l'homme. nous constatons facilement sa présence et comment, dans la société et dans la fiction littéraire qui en est le miroir, il éclipse par sa présence le bien et s'accapare les regards qui par fascination, qui par crainte. le vicaire savoyard a beau l'imputer à la société, à l'exemple ou aux passions ; le mal n'est pas externe à l'individu. une des dames de la veillée du mort le rappelle d'emblée à ses voisines : « quand on veut faire le mal, ce n'est pas une culotte ou une robe qui vous le fait faire, ou qui vous en empêche. » le mal est donc au fond de soi, tapi mais l'homme en est conscient, comme le confirme l'injonction de macbeth : « …etoiles, cachez vos feux !// que la clarté ne puisse voir mes désirs profonds et noirs » la volonté alors intervient pour le faire passer de l'état latent à un acte conscient comme le confirme le vicaire de rousseau : « si je fais le mal, je n'ai point d'excuse, je le fais parce que je le veux. » ou comme le montre mieux lady macbeth dans un délire qui en dit long sur le degré du mal qui s'empare d'elle : « …ah venez, vous esprits// qui veillez aux pensées mortelles, (…) //..comblez-moi// de la pire cruauté ! faites-moi mon sang épais, // a la pitié interdisez accès et passage//afin que nul mouvement sensible de la nature// n'ébranle mon dessein sinistre.» par ailleurs la relation du mal au temps révèle son caractère volontaire et conscient. en effet, l'exploitation des numance par firmin ou les meurtres de macbeth sont répétitifs, organisés et réalisés sur une durée assez longue, ce qui enlève au mal toute interprétation de l'acte contre nature ou involontaire. le mal est alors le propre de l'homme qui sait bien s'en servir pour son propre bien.

le mal, physique ou moral, est soumis à la volonté de l'homme. il a beau être sanguinaire, violent, sa « fin(…) est un bien ». l'homme en est conscient comme le rappelle le vicaire savoyard : « en faisant notre bien aux dépens d'autrui nous faisons mal. » cette conscience retarde peut-être le fait mais ne l'empêche pas et le mal se réalise comme une fatalité. aussi, le meurtre offre-t-il le trône d'ecosse à macbeth comme il l'espérait déjà : «… si l'assassinat// pouvait saisir dans son filet les conséquences, capturer le succès par son tranchement » comme le meurtre final de macbeth (un autre mal à ne pas oublier motivé entre autres par la vengeance) restitue ce même trône à ses héritiers légaux. cependant, le mal est davantage efficace et dangereux quand il emprunte les voies du bien. et si firmin a orchestré sa machination contre les numance autour de l'image du père de famille bienveillant, amoureux et honnête pour cacher sa cupidité et les spolier de leur bien, macbeth n'a pas fait autrement comme le déclarent les deux fils de duncan avant de prendre la fuite : « montrer chagrin non ressenti est une besogne aisée que l'homme faux accomplit. » et le mal, immoral et injuste, triomphe comme le crie la voix de l'innocence par l'intermédiaire du fils de macduff : « … il y a des jureurs et des menteurs assez pour battre les honnêtes et pour les pendre. » et comme le remarque, déçu, le porte parole de notre philosophe des lumières : « je vois le mal sur la terre ». le mal s'impose même dans une société de plus en plus utilitaire et pragmatique.

loin de nous l'idée de faire l'éloge du mal, nous nous contentons de constater sa forte présence et sa valorisation. la condamnation morale du mal ne serait qu'un acte culturel. aussi la folie des macbeth d'abord et leur mort ensuite paraissent comme une fin conforme à une morale religieuse de l'époque qui ne peut tolérer le triomphe du mal. cependant, jamais les personnages concernés n'ont exprimé un repentir, ce « cri des remords, qui punit en secret les crimes cachés ». thérèse paraît même après une nuit de révélation de bonne humeur, ouverte à la vie et « fraiche comme une rose » dans une fin sans morale classique qui normalise le mal et l'inscrit dans les habitudes. en somme le mal serait à son tour naturel, utile et à l'origine de considération et d'estime morale, ce qui confirme la thèse de la rochefoucauld : la fin du mal est un bien.

conformément à la maxime de la rochefoucauld, nous avons essayé de démonter que seul le mal serait une valeur véritable. en effet, le bien serait une valeur sociale, variable et soumis à l'autorité du mal. celui-ci paraît, dans une société gouvernée par l'intérêt, plus dynamique et plus présent assurant à l'individu estime, pouvoir et biens. il devient l'équivalent du mérite et l'homme se réalise par le mal .le monde y sombre alors comme le laisse entendre le chiasme de la maxime qui emprisonne l'homme entre le marteau du mal et l'enclume de l'intérêt, le grand mal selon la morale janséniste. restera alors pour la fin pour aller à l'encontre de rousseau à vérifier si bien et mal ne serait pas tous les deux qu'une création sociale. la réflexion de macbeth mérite qu'on s'y attarde :

la sollicitation naturelle

ne peut-être le mal, ni le bien.

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par mustapha jbilou, cpge khansa. casablnaca



Pour citer cet article :
Auteur : Jbilou Mustapha -   - Titre : (cpge - le mal) Dissertation > La Rochefoucauld La fin du bien est un mal ; la fin du mal est un bien. ,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/cpge/cpge-dissertation-utilite-du-mal-Jbilou.php]
publié le : 2012/10/05 20:54:10

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