( Dissertation proposée par Nora Ouahhab, CPGE, Meknès)
Sujet : « Nul n'est méchant volontairement. » affirme Platon
Vous jugerez de la pertinence de cette réflexion à la lumière de vos connaissances liées au thème au programme.
  1. Analyse du sujet :
 « Nul » : personne, sans exception « méchant » : qui inflige, commet, le mal, fait du tort aux autres Mauvais, malintentionné, cruel, haineux, malfaisant, vilain… Mis en rapport avec « volontairement », certaines acceptions du mot « méchant » seront- elles ignorées ?, seul sera retenu le mal moral . « volontairement » : délibérément, exprès, de manière voulue, mais replacé dans le contexte platonicien ce mot est à associer à la notion d'ignorance : distinguer « ne pas savoir » et « mal savoir ». =] La thèse serait la suivante : on ne commet le mal que par ignorance, malgré soi, jamais de manière délibéré, intentionnelle, réfléchie, consciente. =]Les questions impliquées par le sujet : le rapport entre le mal et la volonté, le mal et l'ignorance, savoir c'est agir, la conscience, l'origine du mal, le mal lié à une mauvaise connaissance, lié à nos représentations, nos préjugés( la doxa)…
  1. Les limites de la citation ? :
L'expérience prouve souvent le contraire. Le bon sens universel n'admet pas cette allégation : nul n'est sensé ignorer le mal, comment juger qu'une action est bonne ou mauvaise ; le mal moral est un acte et non un accident ; prémédité, il suppose une planification… =]La problématique : faut-il justifier, voire innocenter le mal au nom de l'ignorance ? ( ou bien :Serait-ce donc une injustice que de condamner « la méchanceté » ? ou encore faut-il relativiser le mal ?) NB : formuler de préférence la problématique sous forma d'une seule question)
3- Les connaissances culturelles relatives au sujet : « Nos illusions loin de cacher nos maux les augmentent »(Rousseau, texte liminaire, PFVS p.48) « il n'ya point de véritable action sans volonté. […] Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de foi. » (PFVS, p.63) « Les hommes sont méchants ; une triste et continuelle expérience dispense de la preuve ; cependant l'homme est naturellement bon, je crois l'avoir démontré » (Rousseau) « On n'est jamais excusable d'être méchant mais il ya quelque mérite à savoir qu'on l'est ; et le plus irréparable des vices e de faire le mal par bêtise. » (Charles Baudelaire)… « Méchante est la disposition d'esprit qui consiste à nuire à autrui sciemment et volontairement. » (Hegel) « Si les gens sont si méchants c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs » (Céline, Voyage au Bout de la Nuit) « La haine, la joie au malheur d'autrui, la soif de rapine et de domination et tout ce qui est décrié comme méchant : tout cela appartient à l'étonnante économie de la conservation de l'espèce, à une économie sans doute coûteuse, gaspilleuse et dans l'ensemble prodigieusement insensée ;- mais on peut prouver qu'elle a conservé notre espèce jusqu'à ce jour. ( Nietzsche, Le Gai Savoir )…..
Exemple de plan :
I-« Nul n'est méchant volontairement » : l'ignorance serait la cause du mal.

a-) L'origine du mal est étrangère à l'homme et ne relève point de sa volonté :
Exemple1 : Macbeth : « les sœurs fatales », « Paix ! Car un charme va se produire. »(I, 3)
Exemple2 : l'humanité est pécheresse par le péché originel( Pascal,)
b-) Le mal relève d'une nécessité naturelle :
Ex.1 : Voltaire( Dictionnaire philosophique)
Ex.2 : Giono dans Les Ames fortes : le mal s'inscrit dans la nature des choses : la mort est l'aboutissement de toute vie au début du roman
c-) L'origine psychologique du mal :
Ex.1 : Une pulsion tapie dans l'inconscient est la force motrice du mal : « Nul n'est maître en sa demeure »( Freud)
Ex.2 : Macbeth : le désir de puissance, l'ambition, ou «la libido
dominandi »est la cause du meurtre de Duncan est un « fantasme » , il fait partie des « désirs profonds et noirs ».

Transition : Si la méchanceté n'est que le produit ou la manifestation du mal en tant que nécessité qui détermine l'être et le dépasse, cela signifie-il qu'il faille justifier , relativiser le mal ?
II-L'homme, doté de la faculté de réflexion n'est-il pas sensé en faire usage, bon usage comme instrument au service du bien plutôt que du mal.
a-) Il est de son devoir sinon de savoir du moins de tenter de savoir :

Ex.1 : l'expérience du mal fait prendre conscience au vicaire de la nécessité de savoir ; le sens du bien comme du mal est d'ailleurs inné et universel selon Rousseau.(PFVS p.52/ p.87)

Ex.2 : Macbeth est d'emblée conscient de l'injustice de son dessein, en témoigne son hésitation avant de succomber à la tentation (I, 7)
b-) Si l'homme était innocent du mal qu'il inflige aux autres comment expliquer le sentiment de culpabilité qui le taraude ?
Ex.1 : La crise de conscience ou remords chez Rousseau est une preuve de la conscience de l'individu de sa responsabilité par rapport au mal et obéit au même principe d'innéité de la conscience .

Ex.2 : La crise de conscience devenant impossible à supporter conduit lady Macbeth au suicide.

c-) Le mal entre projet et réalisation du projet suppose une activité réfléchie « volontaire »chez le « méchant »:

Ex.1 : la forme que prend le mal chez Macbeth et Thérèse, son évolution du « fantasme » au meurtre montre son caractère complètement assumé notamment par Thérèse et lady Macbeth qui planifient le meurtre avec une ingéniosité et une délectation perverses. Ainsi, si le mal est la résultante de « passions », de « pulsions » ce qui pourrait le justifier comme dépassant la volonté de l'homme, il s'avère en tant qu' « acte » dont les implications sont tangibles, palpables, le produit d'une activité intellectuelle mûrement réfléchie, longuement préméditée, donc « volontaire » :Lady Macbeth imagine déjà la « boucherie » avant que le mal ait eu lieu .

Ex.2 : L'histoire est tristement riches d' exemples de « mal méthodique » auquel prennent part plusieurs « méchants » : les génocides, l'holocauste…
=]Transition :

III-En fait, l'homme est tendu entre conscience et inconscient, entre déterminisme et volonté :a-) La dualité du mal est due à l'ambivalence de l'homme : Ex.1 : « Non .L'homme n'est point un. Je veux et je ne veux pas, je me sens à la fois esclave et libre… »( PFVS p.71)
Ex.2 : Ni les méchants ne le sont complètement ni les innocents, pour Shakespeare dans Macbeth même Thérèse ne peut s'empêcher de comparer le roi à son père !
b-) La volonté est cela même qui distingue l'Homme des autres espèces :
Ex .1 : C'est une caractéristique anthropologique chez Rousseau (p.69): Ex.2 : Shakespeare oppose deux attitudes face au mal : les personnages surnaturels ne s'inquiètent point de questions morales sur leurs actes maléfiques , les humains pensent le mal en termes moraux même ceux qui le commettent : les règles de moral et de bienséance « la justice », le devoir de l'hôte envers son invité, la fidélité, la gratitude (I,7). c-) N'est-ce pas finalement dans cette zone d'incertitude de tension entre passivité et activité, entre ignorance passive et savoir actif, entre tentation et volonté que l'Homme se définit en tant que tel : Ex1 : la volonté est l'expression et le lieu de la liberté de l'homme :Rousseau : le principe du libre-arbitre. Ex.2 : Même Thérèse, lorsqu'elle fait le choix du mal ce n'est pour elle ni par « méchanceté » ni comme une« fouine » mais pour s'ériger en incarnation humaine du mal porté à l'absolu.


Pour citer cet article :
Auteur : Noura Ouhhab -   - Titre : (cpge - le mal) Dissertation > Platon « Nul n’est méchant volontairement. »,
Url :[https://www.marocagreg.com/doss/cpge/cpge-dissertation-mal-mechancete-N-Ouahhab.php]
publié le : 2012/10/05 20:54:10

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