Royaume du Maroc

Ministère de l’Education Nationale

De l’Enseignement Supérieur de la formation

Des cadres et de la recherche scientifique

Département de l’Education Nationale

Ecole Normale Supérieure - Meknès




Concours d’accès à la 1ère année d’agrégation de l’enseignement secondaire

Section : langue française

Session : 24 juin 2008

Matière : Synthèse de documents

Durée : 5h


CONSIGNES :


1) Le dossier documentaire ci-joint comporte 3 textes dont vous ferez une synthèse.

Cette synthèse comportera :

  • une introduction présentant les textes et dégageant la problématique qui leur est commune ;

  • un développement qui en articule les différentes perspectives suivant un plan personnel.

  • une conclusion bilan pourra ouvrir une brève réflexion personnelle ; cette réflexion ne devra pas dépasser une vingtaine de lignes.


2) Vous préciserez le nombre exact de mots employés dans votre synthèse et vous lui donnerez un titre. Est considéré comme mot toute lettre isolée ou tout groupe de lettres précédé et suivi d’un blanc typographique, que ce blanc soit occupé (par un signe de ponctuation ou un trait d’union) ou non. Les signes de ponctuation, quant à eux, ne comptent pas. Par exemple, la phrase : « Faites un compte-rendu objectif de votre travail ; ajoutez une conclusion personnelle. » comporte 12 mots (2 mots pour « compte-rendu »).


MISES EN GARDE :


1)- La synthèse doit développer un plan original permettant de confronter les idées exprimées dans les textes du groupement et ne pas se contenter d’être une juxtaposition de résumés indépendants.


2)- Vous serez attentif à reformuler le contenu des textes de manière personnelle (en évitant toute paraphrase) et à ne laisser aucun texte de côté.


3)- Dans la synthèse elle-même, vous ne devez pas introduire d’autres idées ni informations que celles contenues dans les textes. Vous réserverez vos commentaires personnels à la conclusion.




Texte 1

Hélas ! il était écrit, sans doute, que j'apprendrais de bonne heure que certaines choses coupent l'appétit. En effet, lorsque mon père parla, l'envie de manger s'envola en même temps que mon sommeil. Mon père n'avait pas son pareil pour effrayer les gens.

Vite, vite, dit-il à ma mère, lave-le entièrement, les mains, la figure, le cou, les pieds. Crois-tu que le cheikh acceptera un singe pareil ?

Il y e aussi sa gandoura qui est sale, dit ma mère. Il faudrait peut-être attendre demain. Je la laverai ainsi que son burnous.

Vous pensez si j'ouvris les oreilles à cette proposition.

Demain, toutes les places seront prises. Et puis, il vaut mieux ne pas commencer l'école par des absences. On dit qu'ils sont sévères, les roumis, et nous n'avons que lui. Il ne faut pas qu'il reçoive des coups par notre faute. D'ailleurs, inutile d'arriver en retard aujourd'hui. Dépêchons-nous !

Je fus débarbouillé en hâte et cinq minutes après, encore abasourdi, je débarquai dans la vaste cour de l'école, toute grouillante d'élèves... à cent lieues de mon déjeuner. Seule dans la famille, ma petite sœur Titi fêta l'événement en s'octroyant la casserole de couscous au lait. Elle marqua cette journée d'une pierre blanche, tant il est vrai que le bonheur des uns...

Ma première journée de classe, ma première semaine et même ma première année ont laissé dans ma mémoire très peu de traces. J'ai beau fouiller parmi mes souvenirs, je ne retrouve rien de clair. Nous avions deux maîtres, kabyles tous les deux : l'un gros, court, joufflu avec de petits yeux rieurs qui n'inspiraient aucune crainte ; l'autre mince, pâle, un peu taciturne avec son nez long et ses grosses lèvres, mais aussi sympathique que le premier. C'était le plus jeune et il s'occupait de la deuxième classe. Ils portaient tous deux des costumes français sous un burnous fin et éclatant de blancheur. Cette tenue m'a paru, pendant longtemps, avoir atteint l'extrême limite du goût, de l'élégance et du luxe. Quant aux maîtres eux-mêmes, ils constituent jusqu'à présent, pour moi, sans que je puisse m'en empêcher, la double image sous laquelle je me représente invariablement l'instituteur indigène, le directeur et son adjoint.

Je serais très embarrassé de dire si je fus bon ou mauvais élève, si j'appris beaucoup ou peu. Du moins, je n'éprouvai aucune répugnance à être écolier. Mon camarade Akli, qui était resté mon protecteur, m'avait devancé d'un an dans cette nouvelle situation. Il était fier de son ancienneté et offrit à ma mère de me faire bénéficier de son expérience. Tous les matins, il m'appelait, m'attendait devant la porte et nous dégringolions ensemble jusqu'à l'école. Il me ramenait à onze heures tout rayonnant d'orgueil. Mais c'était un orgueil légitime, reflet du devoir accompli. Quelquefois, il participait à mon repas. Souvent, il recevait une poignée de figues qu'il avait pris l'habitude de ne plus refuser, ayant conscience de les avoir gagnées. De fait, grâce à lui, j'étais devenu tabou pour la plupart des gamins de notre âge, qui le craignaient. Quant aux grands, ils nous laissaient tranquilles car nous avions parmi eux son frère qui était en première classe. Si je rappelle que j'étais craintif et doux par nature, ne cherchant chicane à personne, que notre quartier fournissait une quinzaine d'élèves dont beaucoup de grands et que l'esprit de çof était aussi vivace dans nos cœurs que chez les grandes personnes, on comprendra pourquoi je n'ai pas manqué de défenseurs et pourquoi le fils unique que j'étais n'a pas rencontré tous les désagréments qui attendent généralement en classe les enfants gâtés.

J'allais à l'école sans arrière-pensée. Simplement parce que tous les enfants y allaient. Le meilleur moment de la journée était sans conteste onze heures, lorsque nous remontions essoufflés vers le couscous qui nous attendait chez nous. Évidemment, il y avait aussi les jeux, mais on n'avait pas besoin d'aller à l'école pour jouer. J'ai su par la suite qu'on peut donner dans les écoles un enseignement attrayant, qu'on peut instruire les enfants en les amusant, qu'il y a des méthodes pour diminuer l'effort de l'élève, pour éveiller son attention. Cela se peut, les grandes personnes disent tant de belles choses. Je crois franchement qu'un petit Kabyle de sept ans n'a pas besoin de tout cela. Il est attentif par crainte et par amour-propre. Il s'agit d'éviter les coups du maître et les moqueries du voisin qui sait lire. Plus tard, bien sûr, l'intérêt s'éveille et remplace la crainte. Alors on commence à comprendre. C'est ce qui m'arriva, je crois bien. Ceux qui ne comprennent pas s'habituent aux coups qu'ils ne craignent plus et placent leur amour-propre en dehors de la classe : ils sont bons joueurs ou bons « bagarreurs ». Sortis de la classe, nous ne songions jamais à tirer vanité de nos acquisitions. Notre chef de jeux dans le quartier était un garçon teigneux qu'on n'avait pas voulu admettre à l'école. Il ne se croyait pas en état d'infériorité par rapport à nous. Il avait raison. Nos parents et nos maîtres ne paraissaient pas attacher une grande importance à ce que nous faisions à l'école. Aussi les jeux étaient-ils notre occupation essentielle. Nous avions établi un cycle qui revenait à peu près tous les ans. Cela débutait en octobre par les billes, les glands ou les boutons — on dévastait alors toutes les vieille chemises, vestes, gilets —. Puis c'était le tour des toupies : toupies enflées et nonchalantes achetées à la ville, longues toupie kabyles fabriquées par nos parents et qui se trémoussaient allègrement en s'accompagnant d'une musique stridente. Au printemps, nous fabriquions des pistolets avec un bois rare que l'or allait chercher à la rivière. Ensuite on passait aux cerceaux, aux osselets, aux flûtes. Ce sont ces dernières qui m'ont laissé un souvenir ineffaçable.


Mouloud Feraoun, Le fils du pauvre, éd du seuil, 1954, pp.53-55


Texte 2

Le jour m'avait trouvé assis à la même table, devant mes noyaux d'olives. Ma mère m'appela. J'ouvris les yeux. J'étais seul dans la chambre.

Elle me chargea d'une gamelle de soupe pour mon frère Camel parti au m'sid avant le lever du soleil. Je me rappelle que j'ai vu le long d'un trottoir un poteau télégraphique mis à bas par la bourrasque de la veille. C'est un souvenir précis et assez étrange.

Quand mon frère eut pris son petit déjeuner, j'ai voulu rester près de lui. C'est ainsi qu'a commencé ma scolarité. Elle a duré quatre ans. Tout ce que j'ai appris en cet intervalle de temps tiendrait à peine sur un timbre-poste français.

Par mon inscription officielle, mon père est venu boire du thé et marchander les frais de scolarité avec le maître d'école. Camel qui a une bonne mémoire pour certaines scènes typiques m'assure que la conversation a débuté sur les promesses de la moisson prochaine et s'est achevée en dispute orientale en bonne et due forme avec citations des disciples du Prophète et protestations d'amitié réciproque. A l'issue de la séance, mon père a donné une pièce de 25 centimes au professeur et a tonitrué sur le seuil de la boutique.

Camel et Driss sont tes enfants. Qu'ils apprennent la sainte religion. Sinon, tue-les et fais-moi signe : je viendrai les enterrer.

Camel avait cinq ans et demi, moi quatre.

Je me rappelle que tout de suite après le départ de mon père le maître a envoyé chercher des beignets. Il m'en a donné un. Je l'ai mangé en silence. Quand il fut temps pour nous d'aller déjeuner, il était facile de remarquer à la place où je m'étais assis une large flaque d'urine. J'avais eu tellement peur qu'à l'âge de treize ans je pissais encore dans mon lit.

A mon tour, je connus les réveils matinaux, les souffrances du silence et du refoulement, les douleurs à la plante des pieds, les rages vite étouffées. Comme les autres, je finis par m'habituer.

Les écoliers de cette sorte d'école sont les plus studieux et les plus malheureux du monde. Ils se lèvent au premier appel du muezzin, n'ont pas le temps de se laver ni de manger. Il faut avant le lever du soleil qu'ils lavent de leurs doigts gourds une des faces de leur planche d'étude, qu'ils l'enduisent d'une espèce de terre glaise gris-blanc et qu'ils adossent la planche contre un mur pour que le soleil levant la sèche. C'est une planche de bois dur et poli, percée à un coin d'un trou par où passe une ficelle. Pour écrire, on se sert d'un bout de roseau taillé avec soin et trempé dans une encre à base de crotte de mouton fumée et facilement détachable. Les élèves n'ont ni cahiers ni livres. Ils ont leur planche et leur mémoire. A mesure que les leçons sont apprises, elles sont lavées dans l'auge de l'école. Il n'en est pas moins exigé des élèves et naturel pour tout le monde qu'elles aient été irrémédiablement gravées dans les mémoires.

L'école en question est tout simplement une boutique en général sombre, à sol de terre battue et recouvert de nattes. Des enfants de quatre à douze ans, parfois même des adolescents, sont assis là en tailleur, toute la journée, avec leur planche sur les genoux, nasillant, ânonnant, serrant le poing à chaque défaut de mémoire. Ce brouhaha se teinte parfois de souffrance, de faim, de larmes silencieuses et de résignations.

La terre est humide et ces enfants ont froid au derrière. Il faut pourtant ne rien dire, apprendre. Les punitions guettent. A travers les nattes pourries, s'infiltrent cafards, punaises, pucerons... Suspendues à un fil, des araignées parties du plafond presque invisible dans la pénombre font des descentes en piqué et viennent chatouiller les crânes ras et teigneux. Ces enfants ont peur. La plupart ne portent pas de culottes sous leur djellaba. Ils se grattent, attrapent des maladies de peau. Leurs mères veulent bien les soigner avec des médications de vieilles femmes. On va au dispensaire quand il n'y a plus rien à tenter, ni herbe magique, ni talisman. Sans compter que les perversités des grands contaminent les petits et que presque toujours ces écoles servent de cours tacites de pédérastie appliquée avec ou sans le concours de l'honorable maître d'école.

Driss Chraïbi, Le passé simple, éd. Denoïl, 1954, pp.37-39


Texte 3

Namouss est en âge d'aller à l'école. Mais ce n'est que le début de l'été, et il faudra attendre encore de longs mois avant ce saut dans l'inconnu. Un inconnu où il a pu faire une première reconnaissance. Un jour, sa sœur Zhor a décidé de l'emmener avec elle. Ce genre de libéralité est toléré, surtout vis-à-vis des filles qui, très tôt, doivent seconder leur mère, notamment pour s'occuper de leurs petits frères et sœurs.

Donnant la main à Zhor, sage comme une image, Namouss découvre un univers à mille lieues de celui que lui offre la médina lors de ses pérégrinations quotidiennes. Ce qui le frappe d'abord, c'est le portail de l'école, immense, à deux battants, aussi imposant, sinon davantage, que ceux qui ferment les principales issues de la ville : Bab Guissa ou Bab Ftouh. Une fois le portail franchi, il a l'impression d'aborder dans une ville nouvelle. Ici, pas de montées et descentes, pas d'enchevêtrement de ruelles, mais une esplanade à perte de vue, à ciel ouvert, où des enfants et des adolescents courent librement, s'interpellent sans que les adultes viennent les rabrouer. Au contraire, un adulte est là, qui les surveille, un sifflet entre les lèvres, visible- ment satisfait par cette débauche de mouvements. Le son énergique d'une cloche vient tirer Namouss de sa rêverie envieuse. N'ayant jamais entendu ce bruit, il a peur. Zhor le rassure en lui expliquant que la cloche annonce qu'on va maintenant entrer en classe. En effet, la foule débridée s'ordonne peu à peu et s'organise en plusieurs files. Sur ce, des messieurs et des dames apparaissent, et chacun d'eux fait signe à une file de le suivre. L'une des dames intrigue particulièrement Namouss. Elle porte des lunettes et sa robe lui arrive à peine aux genoux. Ses cheveux blonds sont coupés court.

« Dis, ma sœur, c'est une Nazaréenne ?

Oui, c'est Mlle Nicole.

Et le monsieur que nous suivons, il est aussi nazaréen ?

Non, c'est un musulman algérien. Il s'appelle M. Benaïssa. »

On arrive enfin devant la classe. M. Benaïssa fait entrer les élèves, qui s'acheminent vers les tables et restent debout, muets comme des carpes. Sur un simple signe de la main du maître, on s'assoit. Le silence dure quelques instants au cours desquels Namouss est envahi par un sentiment étrange. Un mélange d'appréhension et de soumission semblable à celui qu'il ressent chaque fois qu'il enjambe le seuil d'une mosquée. Puis le maître des lieux rompt le silence. Les premiers mots qui sortent de sa bouche plongent Namouss dans la stupéfaction. Non seulement les sonorités sont étranges, mais la façon dont les lèvres s'ouvrent et se ferment, les sifflements qui sortent d'entre les dents, les raclements qui montent de la gorge sont autant de bruits et de mimiques que Namouss ne sait comment interpréter. Longtemps, il espère que ce flot incongru va s'épuiser et que le maître, revenant à des dispositions plus raisonnables, va dire quelque chose de sensé. En vain. Namouss lève les yeux sur Zhor et regarde autour de lui. Il ne comprend pas comment les élèves peuvent suivre avec attention, l'air entendu, ce baragouin. La stupeur fait donc progressivement place à une envie irrésistible de rire et, avec cette envie, à la conviction qu'il s'agit d'une farce à lui seul destinée, car, ce jour-là, il est l'unique visiteur à avoir été admis en classe. Au bout d'un moment, il ne se retient plus et s'esclaffe à gorge déployée, croyant ainsi entraîner l'hilarité générale. Mais son gloussement résonne en solo, et le maître, d'un coup sec de sa règle sur le bureau, exprime sa désapprobation. Zhor, qui a rougi jusqu'aux oreilles, essaie de bâillonner Namouss tout en le couvrant d'injures. Puis les choses se gâtent. Quelques vociférations du maître ont suffi pour que Namouss soit énergiquement traîné par sa sœur et expulsé de ce temple de la bizarrerie.

Tel aura été, ô paradoxe, ô hasard maître des destinées, son premier contact avec la langue française.

Abdellatif Laâbi, Le fond de la jarre, éd. Gallimard, 2002, pp.51-53.





Synthèse : éléments de réponse.


Introduction :

Le groupement est composé de 3 textes qui appartiennent à la littérature maghrébine d'expression française, et plus précisément au genre autobiographique.

  • Mouloud Feraoun, Le fils du pauvre, éd du seuil, 1954, pp.53-55.

Le narrateur y raconte comment il a débarqué soudainement dans la vaste cour de l'école des roumis. Grâce à la protection de son camarade Akli, il a gardé une assez bonne impression de cette entrée dans l'univers scolaire. Son récit reste cependant mitigé.

  • Driss Chraïbi, Le passé simple, éd. Denoïl, 1954, pp.37-39.

Pour la narrateur du Passé simple, c'est un autre type d'école qu'il découvre: le m'sid. Le souvenir qu'il garde de sa découverte de cet univers traditionnel est douloureux, car il est marqué par l'amertume, la crainte et la frustration

  • Abdellatif Laâbi, Le fond de la jarre, éd. Gallimard, 2002, pp.51-53.

Dans Le fond de la jarre, le jeune Namouss, en explorateur, fait une incursion furtive dans le monde de l'école en accompagnant sa sœur Zhor. Son aventure tourne court lorsqu'il est expulsé de la classe. L'école est représentée non seulement comme une ville nouvelle, un univers à part, mais aussi comme un temple de la bizarrerie où se donne un spectacle insolite.


Le thème fédérateur (problématique): Les trois narrateurs reviennent sur le souvenir du premier jour d'école. Ils racontent comment ils ont quitté pour la première fois l'univers sécurisant de la maison familiale pour débarquer dans le nouveau monde de l'école; un monde où se conjuguent des émotions et des souvenirs contradictoires allant de la frustration, de la crainte et de la bizarrerie à la joie de la découverte et de la camaraderie.


Le plan : (à détailler bien sûr)

  1. L'école, un nouvel espace, de nouveaux personnages (description et portraits)

  2. L'univers de l'école, entre la frustration et la joie de la découverte.

  3. L'enfant et la découverte de nouveaux rapports sociaux.


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