Une nouvelle à lire

 Par jamal adib  (?)  [msg envoyés : 206le 12-09-10 à 18:13  Lu :1731 fois
     
  
 accueil

Rien ne semblait perturber la sérénité des deux familles banlieusardes. Bien qu'ils soient pauvres, leur richesse était cette chaleur familiale qui régnait dans chaque masure. Ils se nommaient Les Maudits et Les Gueux. Ils avaient tant d'enfants que les pères ne savaient où donner la tête. L'enfantement était pour les deux ménagères un sujet de concurrence. Chaque an deux moutons étaient égorgés pour célébrer le baptême dans les deux ménages.
C'était par un bel après-midi d'Avril. Une sacrée belle voiture s'arrêta devant l'une des deux masures. Un homme s'empressa de descendre pour ouvrir la portière de devant. Une jeune femme trentenaire, l'allure svelte, l'air aristocrate, tenant un éventail quitta majestueusement la voiture. L'homme qui lui dicta quelques renseignements en pointant des doigts la masure des Gueux était son guide. Le chauffeur ne bougea pas d'un iota de sa voiture en attendant les ordres de sa maîtresse.
La mère Gueux était présente sur les lieux. Elle suivait curieusement des yeux la scène. Le guide quitta Madame Le Blanc et s'approcha de Mère Gueux.
" Ton mari est là ? " dit le guide.
" Non, il est aux champs. Que voulez-vous de lui ? " Rétorqua mère Gueux avec un ton angoissé.
" La dame a besoin de lui, c'est un sujet à discuter avec les hommes. Auras-tu l'amabilité d'envoyer quelqu'un le chercher. Nous n'avons pas suffisamment de temps, nous devons partir le plus vite possible. "
Mère Gueux héla son aîné et lui demanda de courir aux champs demander à son père de venir à toute allure.
" Ne restez pas dehors, venez entrer chez moi ! "
Madame Le blanc salua mère Gueux. Quand la main lisse et douillette effleura l'autre rêche et moite, une sensation de pitié et de jalousie divisait les deux femmes.
Madame Le Blanc s'émerveillait devant la simplicité de la masure dont le trait rustique lui confère une ambiance d'aisance. Mère Gueux disparit dans une petite pièce. Le tintement des ustensiles de la cuisine et le chuintement de la théière venaient donner aux hôtes une bonne impression sur les gens auxquels ils auraient affaire.
" Crois-tu que notre demande sera acceptée ? dit Madame le Blanc qui craignait de rentrer bredouille de cette affaire.
" J'en suis fort rassuré Madame. L'argent est capable de tout. " Répondit le guide avec un sourire espiègle.
La porte grinça. Un quinquagénaire dont la taille était difforme par la rudesse des travaux champêtres entra dans la pièce. il salua les hôtes, tira une chaise vétuste et resta oreille attentive à la demande des étrangers.
Madame Le Blanc donna signe à son guide d'amorcer le sujet. Un frou-frou de vêtements se fit entendre, c'était Mère Gueux qui se cloua derrière la porte de la cuisinette pour bien entendre tout ce qui se déroulait dans la pièce.
" Voyez Monsieur Gueux, Madame Le Blanc est largement comblée par le ciel. Mais, la providence voulait que son fils unique soit atteint d'une maladie qui lui avait coûté l'extraction de l'un de ses reins. Madame Le Blanc avait accueilli cette épreuve avec une grande patience. Mais l'ironie du sort veut que le deuxième rein soit extrait les quelques jours qui viennent. Une transplantation d'un rien est devenue une imposition. C'est une question de vie ou de mort. Nous voulons tout simplement…"
Mère Gueux laissa tomber un verre qu'elle tenait dans sa main, elle avait compris la raison de cette visite redoutable.
Les yeux se détournèrent vers elle.
Madame Gueux entra dans une fureur incoercible:
" Que vous êtes odieux. Vous voulez profiter de notre indigence pour nous forcer à corrompre la vie de notre enfant pour sauver le votre. Dégagez-vous d'ici. Espèce de dénaturés ! "
Père Gueux se sympathisa avec sa femme. Il se leva, signe de refus de poursuivre la conversation.
Madame Le Blanc se leva précipitamment, la gorge serrée. Elle se sent profondément offusquée, elle ne fut jamais chassée de la sorte. Le guide s'ingénia à trouver les mots susceptibles de rasséréner la femme émue.
Le moteur démarra, traqué par un flot d'injures qui s'estompait à mesure que la voiture s'éloignait.
Madame le Blanc ne digéra pas cet affront, elle s'en alita une semaine.
Huit jours après…
Alors que Madame Le Blanc effectuait un appel avec son avocat qui lui annonçait qu'il entrait dans un marchandage avec une famille qui se montrait prête à sacrifier l'organe de son fils, en contrepartie d'une somme faramineuse, le guide se présenta obséquieusement devant Madame Le Blanc. Il avait l'air tout radieux, il confia à sa maîtresse une bonne nouvelle.
" Madame, y a quelqu'un qui vous demande. C'est à propos de l'opération de votre fils. "
" Faites-le entrer sur-le-champ." Répondit la femme.
Madame Le Blanc interrompit l'appel avec son avocat et s'empressa à l'encontre de l'homme.
Son visage était familier pour Madame le Blanc. Elle se rappelle maintenant, c'était l'homme qui parlait au chauffeur quand elle avait quitté la maison des Gueux.
L'homme avala sa salive et balbutia avec une grande amertume:
" Madame, je suis au courant de l'affaire. Mon fils est à vous. Je vous l'apporterai dès que le marché sera conclu."
La dame appela son notaire, tira un chèque et écrit dessus un chiffre où les zéros abondaient.
Le père Maudit reçut le chèque et rebroussa chemin chez lui, l'air abattu.
Le lendemain, il emmena son fils Pâlot à la villa de la bourgeoise.
Le chirurgien sécha les quelques gouttes de sueur avant de déposer le scalpel, l'air satisfait. "Opération réussie." Dit le chirurgien à la femme qui exultait de joie.
Pâlot resta hospitalisé pendant une semaine avant de regagner sa masure. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre. La famille Gueux fut évidemment informée.
Depuis cette affaire, la famille Maudit n'avait pas goûté le repos dont elle jouissait autrefois. Mère Gueux faisait de son mieux pour empoisonner la vie de sa voisine: elle privait ses enfants de jouer avec ceux des Maudits et de leur enjoint l'ordre de ne plus franchir le seuil de leur porte sous aucune circonstance, ils furent devenus à ses yeux, des personnes déshumanisées. Tout le voisinage réduit les Maudit au paria. Ils furent devenus vraiment maudits.
Un jour, un garçon de la famille Maudit se noya. Le cœur de mère Gueux fut endurci au point de ne pas consoler la mère affligée.
Père Maudit était un homme pondéré. Il jouissait d'une bonne réputation parmi la population, mais ses antécédents ne lui plaidaient pas devant ses voisins qui les qualifiaient désormais de 'dénaturé".
Les Maudit s'acclimataient avec le nouveau statut. Personne ne leur adressait la parole.
Une fille de la famille Maudit était la première dans sa classe primaire. Elle souffrait de la maltraitance de tous les élèves. Elle devait se patienter devant l'avalanche d'insultes adressée par les bambins de l'école à son détriment. Son père pensa l'envoyer à la ville poursuivre ses études pour lui épargner le calvaire. La somme d'argent qui avait reçu lui permit de faire accéder sa fille à une école décente.
Quinze ans plus tard
Une jeune femme passa au milieu des allées fleuries qui débouchaient sur les chambres des patients. Elle était belle voire ensorceleuses. Elle portait un uniforme où était collé un badge au-dessus duquel était écrit: "Docteur-Chirurgienne Clara"
Tous les patients l'aimaient pour son zèle et son aménité. Elle jouissait d'une grande estime parmi ses collègues. Grâce à sa compétence, elle sauva énormément de vies.
Elle s'apprêta à pénétrer dans une pièce attenante au bureau du directeur quand une voix suppliante se fit entendre dans le couloir. C'était un quinquagénaire, cheveux chenus, vêtements en loques. Il l'aborda en lui demandant d'opérer son fils qui se trouvait dans un état critique.
La Docteur retroussa ses manches, enjoint l'ordre de préparer la cabine. Après un laps de temps, elle faisait déjà des incisions dans le corps du patient. Elle s'avisa avec ses yeux d'experte, que le patient exsangue nécessitait une transplantation d'un organe.
Elle tint le père au courant de cette nouvelle. Le père s'affola, il déclara être prêt à tout sacrifier pour sauver la vie de son fils. Il frappa sur touts les portes, personne ne daigna l'aider. L'opération devait se dérouler le plus vite possible. Il n'avait plus le temps de rentrer chez lui. Il était au pied du mûr. Le désespoir s'empara de lui. Alors qu'il cheminait un quartier bruyant, la scène d'une mendiante accompagnée d'un enfant accapara son attention. Une idée folle s'empara de lui. Elle s'approcha d'elle et lui proposa un marché. L'organe de son fils en contrepartie d'une somme d'argent qu'il avait tant joint les deux bouts pour l'épargner.
Après deux heures
" Opération réussi." Dit Clara au père. Tous les médecins s'émerveillaient devant Clara. C'était une opération dont les chances de réussite étaient toutes miniscules.
Alors qu'elle informait que l'opération était en ambulatoire et qu'il pourrait accompagner son fils ce soir chez lui, un homme surgit. C'était le père de Clara qui venait lui rendre visite en passant car c'était jour de marché. Le sourire s'arrêta sur son visage à la vue de l'homme qui s'agenouilla aux pieds de la jeune docteur en guise de remerciement de l'exploit miraculeux qu'elle avait réalisé.
" Mon père. Quel bon vent vous amène ! Vous m'avez énormément manqué. " Dit la jeune fille en éreintant chaleureusement son père. Quand l'homme agenouillé détourna les yeux pour remercier le père qui avait mis au monde cet ange, une terrible stupéfaction se dessina sur son visage, il vit de ses propres yeux l'homme qu'il avait tant exécré. Ironie du sort: le père Gueux et le père Maudit étaient face à face au milieu des regards ahuris de la fille des Maudit qui avait sauvé le fils des Gueux.
Merci d'avoir lu cette nouvelle.
Prof Jamal
Durée: 4 heures et quelques minutes

  



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  Tous les messages de jamal adib


 Réponse N°1 6194

Récit/histoire...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 12-09-10 à 18:52

Salut jamal,

Votre nouvelle me rappelle une autre! Mais à la différence de la première, vous avez su lui donner plus de charme et de profondeur...

En effet, le message est claire: il ne faut jamais juger l'autre et il faut toujours se mettre à sa place...

Merci donc cher Adib pour cette nouvelle simple mais très profonde...

Continue à écrire pour le plaisir de vous lire...




 Réponse N°2 6199

En effet,...
  Par   jamal adib  (CSle 12-09-10 à 22:23

Salut cheer Rachid. En effet, cette nouvelle a été élaborée pour les éléves du tronc commun . L'idée était d'encourager les éléves de procéder de la sorte. Je me suis inspiré de le nouvelle " Aux Champs " de Merci pour le commentaire.




 Réponse N°3 6220

Le corbeau Blanc
  Par   jamal adib  (CSle 14-09-10 à 18:08

C'est le titre d'une nouvelle que je viens d'écrire. Elle sera publiée sur le forum après révision. A très bientôt.

Prof Jamal




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