Une lecture des «impunis» de houria boussejra

 Par maalmi bachir  (Prof)  [msg envoyés : 14le 21-04-14 à 18:38  Lu :687 fois
     
  
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Une lecture des «Impunis»

De Houria Boussejra.(part2)

Réalisée par Bachir Maalmi

Approche du paratexte

1-Lecture de l'image

L'image domine la couverture et en occupe une grande place. Ressemblant à un tableau impressionniste, elle laisse transparaître une atmosphère sinistre dont la couleur rose éparpillée sur le caftan et les lèvres de la femme, contredit la morosité apparente. Ce qui frappe dans le portrait de cette femme c'est essentiellement l'expression du regard sur un visage apparemment flegmatique. Un regard perdu et chargé qui semble se diriger vers l'intérieur. L'oxymore chromatique du blanc et du noir parsemant le visage, suggère l'idée d'une dualité entre espoir et pessimisme. Les impuretés des couleurs connotent l'ambiguïté et la confusion suscitées par la coexistence du mal et du bien dans la conscience de cette femme. Ce portrait correspond à un personnage pesant dans ce récit: Ilham. La posture du corps de la femme sur la couverture reflète le sentiment morbide de supériorité qu'elle ressent à l'égard des hommes, la victoire qu'elle prétend remporter dans sa lutte acharnée contre tout symbole de virilité, de masculinité et de puissance. On pourrait lire dans la couleur rouge qui entache le caftan, symbole de la tradition, le sang de la souffrance qui a coulé de ses veines en voulant échapper à un habit archaïque qui lui était taillé depuis des siècles. Le rouge est donc la trace de ses luttes intérieures dont les blessures issues resteront à jamais ouvertes. Or, aucune émotion ne semble surgir: l'orgueil dans la détresse et l'obstination dans la vengeance. Les couleurs contrastées qui gâtent la pureté de son visage sont également des références à la perte d'identité. Le regard semble se réapproprier la dignité perdue après tant d'humiliation et de rabaissement.

2-Le titre

Les éléments hétérogènes qui entourent le texte ont pour rôle de le présenter et de l'introduire, d'interpeller le lecteur et de conditionner sa lecture. Parmi ces éléments le titre s'impose comme étiquette de l'ensemble et inaugure le protocole de lecture. C'est l'emballage qui promet savoir et plaisir. Habituellement bref, facile à mémoriser, allusif, il oriente et programme l'acte de lecture. Le titre est à fois stimulation et début d'assouvissement de la curiosité du lecteur. Il est toujours plus ou moins énigmatique, ne se détachant pas du contexte social, il permet de formuler des hypothèses de lecture qui seront vérifiées lors de la lecture. Pour Claude Duchet:

«Le titre du roman est message codé en situation de marché; il résulte de la rencontre d'un énoncé romanesque et d'un énoncé publicitaire, en lui se croisent nécessairement littérarité et socialité: il parle l'oeuvre en termes de discours social mais le discours social en termes de roman»

Titre et texte sont en étroite complémentarité: «l'un annonce, l'autre explique» le titre donc annonce le roman et le cache: il doit trouver équilibre entre «les lois du marché et le vouloir dire de l'écrivain». Le titre de plus en plus travaillé par l'auteur, mais aussi par l'éditeur pour répondre aux besoins du «marché littéraire», constitue la porte d'entrée dans l'univers livresque et participe à la médiation entre l'auteur et le lecteur. Il joue un rôle important dans la lecture et englobe plusieurs fonctions:

- Une fonction «apéritive»: le titre doit appâter, éveiller l'intérêt.

-Une fonction abréviative: le titre doit résumer, annoncer le contenu sans le dévoiler totalement.

- une fonction distinctive: le titre singularise le texte qu'il annonce, le distingue de la série générique dans laquelle il s'inscrit.

Le message véhiculé par le texte prend forme dans le titre même, ainsi le déchiffrement de ce dernier, qui est un masque codé, nous permettra de vérifier cette hypothèse, à savoir si le texte et le titre convergent vers une même optique. Le titre comme le message publicitaire doit remplir trois fonctions essentielles:

_Il doit informer: fonction référentielle.

_Il doit impliquer: fonction conative.

_Il doit susciter l'intérêt ou l'admiration: fonction poétique.

Force est de constater qu'un titre comme «Les impunis» semble remplir pleinement la fonction conative en dépit des deux autres. Le titre est doté d'un double sens. Il peut référer à des personnages comme il peut être la qualité de certains actes. Dans ces deux éventuelles acceptions, le titre implique le lecteur et l'intrigue. L'impunité est un caractère qui semble nous concerner tous. Chacun de nous est amené à traverser une existence pleine d'embûches et parsemé de paradoxes, à agir en étant esclave d'un corps peccable qui pourrait l'amener à tout moment à la bavure. Nous sommes tous donc des impunis, de l'enfance jusqu'au trépas. C'est le trait conjonctif de notre condition social. Ce titre pourrait également renvoyer à des éventuels personnages impunis que le lecteur pourrait en suivre la trace et en découvrir l'identité. Le titre saute aux yeux, invite le lecteur à une quête,à une aventure excitante où la curiosité inhérente à l'homme semble être son puissant moteur. La visibilité ostentatoire du titre et la persistance de l'image au centre de la couverture suggèrent l'idée d'un face à face entre bourreau et victime. Le noir des yeux de la femme répond en écho à l'opacité du titre (les deux sont en noir: la couleur absorbante).Le regard profond de la femme parait entreprendre un chemin hors atteinte où les impunis semble être la cible. L'impunité de ses bourreaux semble marquer profondément son âme puisque ses yeux obstinés, et qui en sont les miroirs, inspirent la revanche. Ce titre, donc, attise la curiosité et laisse le lecteur sur sa faim. Il suggère un délit, une entorse, un affront, une conspiration et une culpabilité. Il nous entraine dans une voie de suspense, d'imagination, de curiosité et d'impatience. Le titre devient la boussole de la lecture et celui qui l'amine. Or, en parcourant ce récit, l'impunité semble être le caractère d'un mal dont personne n'est responsable et dont les origines sont brouillées. Un mal que l'inconscient de l'homme recueille dans sa complexité et son intensité originales et fait resurgir cruellement à tout moment. Les impunis ne sont que les grains de mal qui fleurissent dans les faiblesses humaines. Les personnages de ce roman ne sont des impunis que par ce qu'ils sont rémissibles. Le mal tentaculaire qui génère violence et malheur et dont l'origine est enfouie dans des profondeurs obscures, semble être la seule entité digne de punition.



  



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 Réponse N°1 33871

Merci pour le partage
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 21-04-14 à 19:06



de ce travail de qualité!

J'ai cherché la couverture sur le net, et j'ai vu qu'il y a un nom en filigrane qui fait partie de la composition de l'image: Abdelhamid. Ce ne serait pas par hasard, la signature d'un peintre? et donc ce cas, ce serait un tableau?





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