Topographie idéale pour une agression caractérisée

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 17-05-13 à 22:18  Lu :877 fois
     
  
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Espaces et lectures à partir de « Topographie idéale pour une agression caractérisée » de Rachid Boudjedra. Par Rachida SAIGH-BOUSTA
I- Agencements poétiques de l’espace et de l’imaginaire :
Le module de cette communication aura pour prétexte la relation de l’immigré /émigré avec l’économie du lieu et de son mode d’appropriation réel et/ou imaginaire quant à la consommation de l’espace. La littérature maghrébine de langue française offre à cet égard un panorama à la fois riche et varié d’exemples. La figure du maghrébin qui erre dans le dépaysement de la cité étrangère, ou qui succombe à la séduction de l’Occident, comme l’immigré de retour, véhiculent une greffe culturelle quant au phénomène d’investissement de l’espace. Problématique qui est déjà plus ou moins manifeste dans les romans de Mouloud Feraoun (Dans les trois romans, on recense la permanence de l’immigré /émigré :- le fils du pauvre. Paris, Seuil, 1954.- La terre et le sang, Paris, Seuil, 1953. – Les chemin qui montent, Paris, seuil, 1957), de Mouloud Mammeri ( En particulier Le sommeil du juste, Paris, Plon , 1955) , de Driss Chraïbi ou de Kateb Yacine ( Le polygone étoilé, Paris, Seuil , 1966) pour ne citer que les plus célèbres . L’immigré culturel comme l’expatrié pour une « mission économique » demeurent un support sensible dans l’écriture romanesque même chez les écrivains dits de la seconde génération. On retrouvera un redoublement d’intérêt pour l’homme dépaysé dans l’étrangeté de la ville de l’Autre dans l’écriture de Tahar Benjelloun ( entre autres dans la réclusion solitaire , Paris, Denoël , 1976) , les récits de Nabile Farès (Dans plusieurs récits , entre autre Yahia , pas de chance , Paris , Seuil , 1970. Un passager de l’occident , Paris, Paris, Seuil, 1971), de Mourad Bourboune (Le Muezzin) et même chez Mohammed Dib (Habel, Paris, Seuil, 1977) entre autre. Le roman de Rachid Boudjedra Topographie idéale pour une agression caractérisée( Paris, Denoël, 1975) est probablement un récit dont toute l’amplitude est gérée par l’agencement poétique de l’espace et de l’imaginaire. Texte à la fois hermétique et provocant par le chaos de son écriture ,il met en exergue le parcours tragique d’un immigré dans le le labyrinthique métro parisien, une journée durant.
Le passager en question débarque directement , et pour la première fois , de son Piton. Il se trouve parachuté dans le souterrain où il est strictement abandonné à son ignorance des us et coutumes du pays d’accueil, flanqué d’une énorme valise , combien encombrante , qui devient une marque identitaire, un signe et un refuge de sa mémoire bousculée par les aspects d’un espace agressif. Pour arriver à destination , il dispose en tout et pour tout d’un papier où est inscrite l’adresse de son point de chute. Papier dont l’écriture s’efface au fur et à mesure qu’il consomme espace et temps. Le palimpseste de l’adresse de plus en plus illisible et du parcours impossible sont les signes prémonitoires de l’échec d’emblée énoncé. Par ailleurs , si le voyageur est bousculé et incommodé par sa valise devenue marque de son identité et de sa différence , il est également agressé par les panneaux de signalisation des directions qu’il ressent comme les signes de la malédiction qui le poursuit et qu’aucune amulettes ne parvient à tromper. Les affiches publicitaires qui vantent la qualité du papier Lotus, des serviettes hygiéniques ou des collants et qui étalent au public le corps des femmes nues sont d’un érotisme frustrant et inacceptable. Le voyageur ne comprend pas non plus quelle magie démoniaque fait fonctionner les machines automatiques qui débitent journaux, bonbons , tickets…Le plan du métro étalé sur les murs est un autre labyrinthe , la circulation des trains , la foule …tout est énigme pour lui.
Bref, tout le décor et l’activité en geste sont agencés en faveur d’une configuration cauchemardesque. Cependant , si le voyageur est bousculé et terrifié par cet espace , par les phrases-fleuves (4 à 5 pages parfois), par les parenthèses gigantesques , par la multitude des récits abandonnés en chantier , au moment même où ils commencent à monopoliser son intérêt et sa curiosité . Récits dont certains sont repris plus loin , de manière aussi inattendue et illogique. Les descriptions kaléidoscopiques sont suspendues ou déclenchées en l’absence de cohérence et de rigueur selon les modalités du récit linéaire. L’écriture ne semble obéir qu’à son propre dés-ordre , forme plurielle et éclatée du discours et de la narration hypothéquant l’histoire .
La mise en demeure de l’histoire pourtant substantielle affecte récit et narration d’un coefficient modalisateur articulé sur l’espace et son engendrement au niveau de l’imaginaire. L’écriture démultipliant ses fuites et son morcèlement met en crise son pré-texte. La narration circule entre le voyageur-narrateur , le voyeur-narrateur , le lecteur-narrateur et le narrateur à proprement parler et sans pour autant faire distinction ni tracer des limites rigides entre chacun d’eux. Au niveau de l’histoire , l’énigme est démystifiée au beau milieu du roman , puisqu’on connaît déjà la fin de l’itinéraire et qu’on assiste à la mort prématurée ( au niveau du récit) du voyageur. Parallèlement , les derniers mots du récit sont le contraire même d’une fin. « Il n’a pas fini d’en baver çui-là… ».
Le récit , la narration et l’histoire brouillent et hypothèquent leurs repères par défi et/ou par démystification de leur entité. C’est dire que l’histoire n’est pas une fin en soi et qu’elle n’est qu’un prétexte.
De plus , le lieu décrit , espace du Métropolitain qui est un ailleurs, y est converti en présence par le voyageur occurrentiel , immigré pour une journée dans l’espace des autres. Par contre ,l’espace est absent sur le mode actuel, le Piton se désigne comme un ici ( qui est en fait l’ailleurs de l’ailleurs). Tout le dynamisme du récit est sous les tensions du microcosme de l’espace occidental (métro) et de l’imaginaire maghrébin (celui de l’immigré).
Au niveau descriptif , comment se profile cet espace ?

Tout au long de Topographie…, le lecteur est confronté avec les composantes d’un espace cosmique hétéroclite traversé par le regard du voyageur et déchiffré par celui du voyeur. Itinéraire jalonné de complexité et qui bouscule par le « livraison » en vrac de ses éléments. L’espace est :
- Soit géré par des dichotomies du type ici/ là-bas, dedans/dehors, clôture/ouverture, espace technologique/espace mythique, plein/ vide, nuit/ jour, flux/reflux, passé/présent, Moi/ l’autre…
- Soit il est articulé sur un lexique prolifique qui contribue à structurer les effets de claustration dans un réseau circulaire . Ainsi, le métro est dit « piège », « boyau », « caverne », « dédale », « étau », « labyrinthe », odyssée infernale », « traquenard absurde », « enfer », « cercle des malédictions » . Ce lexique, complice de l’ancrage dans l’imaginaire maghrébin d’un espace incontrôlé et frappé de fatalité, est en relation avec l’hypothèse de profanation d’un espace de type hagiologique.
- La configuration spatiale élabore les aspects d’un lieu illisible et surchargé de signes (pour l’immigré) et pourtant aisément déchiffrable en apparence par la foule des usagers du métro. Espace agressif par sa topographie caverneuse, il est pourtant sympathique si l’on s’en tient à l'affiche publicitaite qui accueille le voyageur dès son arrivée en signe d’hospitalité (du moins dans les spéculations de l’imaginaire de ce dernier). Si bien qu’il s’en dégage que le substrat spatial met en abîme violence et leurre.
Quel est donc le type de lien entre le voyageur et cet espace ?
D’emblée, l’espace est saisi par son usager occurrentiel comme une accumulation d’êtres et de choses circulant dans l’anonymat, l’indifférence et la solitude que leur confère la société de consommation partout présente ( que ce soit dans l’usage d’un temps répressif qui dévore l’autonomie des individus convertis en foule , ou dans les machines à débiter bonbons, journaux ou autres gadgets , ou encore par la fiction restaurée par les affiches publicitaires placardées sur les murs). Panorama de "complot du silence » aliénant . L’émigrant qui s’en démarque devient un être a-social et marginal.
Toutes les composantes de cet espace tendent à accentuer la distance entre le voyageur , la foule, les clochards , les oisifs mais aussi les êtres insolites qui agressent son imaginaire par le spectacle publicitaire. La mobilité des trains , des affiches reproduites dans d’autres stations , des voyageurs qui affluent et refluent , des escaliers mécaniques, des spots lumineux fonctionne comme le signe d’une constance dans la variabilité désactulatoire génératrice de dualité , de désordre et d’ambiguïté . la mobilité entretenue et déjouée structure le système d’obstruction de la communication langagière et/ou imaginaire .(Faut-il rappeler que l’étranger débarque d’une autre somme d’histoire et ne parle point la langue de l’espace de l’Autre ?). Faute de pouvoir établir des liens avec cet espace ,il se rétracte sur l’espace imaginaire inscrit sur le papier serré entre ses doigts comme une amulette destinée à détourner le mauvais sort ou encore se serre contre sa valise qui devient le signifiant de son propre corps. À moins qu’il ne se livre au jeu de la perversion des signes qui le bombardent et qu’il les déconnecte de leur signifié référentiel pour une affectation sensorielle en connivence avec son imaginaire fabulatoire. Ainsi la femme aux collants devient pour lui une hôtesse gracieuse exprimant l’hospitalité française pour le passager errant . Sa nudité outrageuse est éclipsée par la légalité inscrite sur l’anneau qu’elle porte , elle, et son partenaire , en signe d’éclipse de l’érotisme / violence des tabous du corps pour le voyageur . Le type de lien et d’ancrage de l’imaginaire du voyageur dans l’espace qui l’éjecte est le leiu d’une lecture identitaire articulée sur la ruine du moyen de communication : la langue absente et ignorée. La défaillance linguistique augmente la densité de la distance en la portant à son extrême violence.
II- Usage de l’espace et proxémie :
Si l’on considère cette topographie « idéale » et « caractérisée » du point de vue de son dynamisme proxémique ( Le terme appartient à Edward T.Hall. La dimension cachée, Paris, Seuil, 1966. Il s’agit de l’ « ensemble des observations et théories concernant l’usage que l’homme fait de l’espace en tant que produit culturel spécifique »(p.13)), l’espace se trouve géré par les tensions de rupture entre le microcosme du métropolitain et l’imaginaire populaire maghrébin en l’absence du médiateur-modérateur linguistique. L’usage et le comportement de l’individu de / dans l’espace est commandé par un ensemble d’attitudes mémorisées de manière implicite, investies et redistribuées par les circuits de l’imaginaire.
Le récit est articulé sur l’enjeu d’une polyphonie antithétique en corrélation avec la gestation de tension autour d’unités signifiantes du type : voyageur/foule, boutique/ métro, absence/ présence, aliéné/ non-aliéné, agresseur/ agressé…D’un côté se trouve amorcé l’investissement métaphorique , c’est-à-dire un processus de transfert d’un signifié qui transite de son signifiant d’origine pour se stabiliser dans un autre signifiant qui en assure la relève. C’est le processus d’investissement symbolique de la publicité. À l’opposé , l’imaginaire du voyageur opère par transaction de type métpnymique dans la mesure où il s’agit du transfert d’un signifié initial qui superpose son signifiant matriciel sur un signifiant d’emprunt. Opération de travestissement pour l’imaginaire de l’"intrus » en quête d’ancrage spatial.
L’espace du métro implique dans une combinatoire des êtres et des objets. En l’absence du code culturel dont il est investi, la répartition complexe de cet espace entraîne un état de trouble et d’insécurité , et la quête d’un équilibre par les spéculations d’un imaginaire fabulatoire. Opération où le signifiant spatial et le signifié culturel sont désamorcés. La saisie de l’espace métropolitain est élaborée selon le vécu du Piton. Cas limite d’une situation insolite génératrice de l’évacuation virtuelle de l’ « aliénation » culturelle. L’un des supports éthiques et esthétiques de cette démarcation des signifiants et des signifiés spatiaux est le langage du corps. Banalisé par une nudité vidée de signifié érotique , il est le lieu d’un abus publicitaire et provocateur de la société de consommation. Corps interdit et surprotégé par les rites , les mythes et les tabous maghrébins qui en font un haut lieu de fétichisme du corps féminin. Si bien que la réaction kinesthésique du voyageur fonctionne comme un signal d’alarme à double orientation : un avertisseur des abus réciproques, aussi bien des surcharges que de l’évacuation des l’esthétique , de l’éthique et des symboles culturels articulés sur le corps.
De même , et à un autre niveau , on pourrait interroger la sémiotique des attributions spatiales où s’engage et s’aventure l’imaginaire du voyageur tout autant que celles qu’il élimine par son appareil sensoriel. Le mode de fixation ou de rejet ( voir de simple négligence) élabore un dispositif kinesthésique et proxémique opératoire quant aux comportements sensoriels du voyageur . Le degré de contrôle défaillant ajourne le présent parasité par les obstructions du matériau spatial et lui substitue le passé par le dynamisme de l’imaginaire tourné vers le Piton . On débouche sur des relations spécifiques et erronées. Faute de pouvoir faire un usage spontané de l’espace par automatisme de l’imaginaire, le voyageur devient objet et subit le pouvoir de l’espace qui occupe le lieu vacant d’un sujet démissionnaire et converti en objet par subversion de l’ordre et des attributions du sujet de l’objet ( par exemple , il se rend compte qu’il est seul à manifester un intérêt pour la nudité de la femme aux collants, à son état de frustration ne correspond que l’indifférence des autres). Réflexe de défense : « après tout ce n’est pas mon affaire si les habitants du pays acceptent de telles obscénités ça les regarde mais moi il me reste à trouver mon chemin » se dit-il (p. 51).
Les effets de frustrions sont articulés sur un environnement hostile et ses usagers rebutants , ce qui secrète le sentiment d’insécurité et engage le voyageur dans un rythme progressif de désadaptation . Situation qui souligne l’absence de rapports entre individus au bénéfice d’une survalorisation des objets et des comportements mécaniques . Le voyageur se trouve dans une situation d’impossible appropriation de l’espace. Dans l’économie de la déstructuration des entités espace/ imaginaire, le dépaysement du voyageur et l’anonymat de la foule hypothèquent l’éventualité de synchronisation absolue de l’espace et de son usager.
L’espace qui enclave par l’architecture de la clôture profère le leurre par la promesse virtuelle d’une ouverture probabilitaire
1- Par le flux et le reflux des voyageurs et des trains,
2- Par l’enchantement de la publicité qui signifie une extériorité et un ailleurs séducteurs,
3- Et surtout par l’imaginaire prolixe et fabulatoire du voyageur dont la mémoire circule de la caverne souterraine inhospitalière à l’espace aérien de la boutique (autre lieu de clôture), mais cette fois centre et cœur du Piton perché au sommet de la colline comme un « nid d’aigle » , boutique aussi complexe dans sa topographie horizontale que la caverne-métro , elle est décrite pour ainsi dire dans les mêmes termes :
« l’autre d’un marchand d’épices et de charbon et de graisse de mouton séchée et salée sur les cordes couturant pour ainsi dire la boutique minuscule dont la contexture toujours compliquée à cause de ses cordes se croisant , s’entrecroisant et se faufilant dans l’espace ombragé , le laissait perplexe devant ce phénomène d’agression bouchant l’horizon bien que la porte du marchand d’épices fût constamment ouverte » (p.67).
Topographie en connivence avec le plan du métro . Le principe topographique est semblable ( complexité, clôture, leurre…) mais la différence est de l’ordre de l’écart des signifiés culturels , la distance du voyageur et le défaut du dispositif adaptateur. La proxémie égocentrée du voyageur fait éclater la densité de la différence et génère l’errance forcée et la négativité de l’ancrage de l’imaginaire .
Nous en arrivons à l’écriture de la perversion des signes . L’insécurité ou l’angoisse kinesthésique est non seulement secrétée par des signifiants non familiers , elle est également investie dans des signifiants en symétrie avec les lieux d’ancrage identitaire ( plan du métro/ architecture de la boutique). La voûte , les murs et la clôture en général , contrairement à la rêverie bachelardienne , sont déconnectés de leur vertu protectrice. Ils deviennent obstacle , menace, instrument au service de la mise à mort . L’ouverture , elle, est littéralement piégée. C’est la perversion même de la fonction symbolique de la clôture / ouverture, du dedans/ dehors…le lieu présent devient l’espace sémiotique d’une architecture tombale articulée sur une lecture anthropologique des pratiques socio-culturelles du monde d’investissement de la spatialité par l’imaginaire . Les ruines de l’espace présent génère la projection virtuelle d’un espace absent et réparateur ( à savoir le Piton ou plus spécialement la boutique) . La négativité proxémique et kinesthésique est virtuellement déjouée par l’activité de l’imaginaire , palliatif de la violence de l’environnement . Le lieu est associé à des forces magnétiques conformes aux croyances populaires dans la mentalité maghrébine pour qui l’espace est « habité » par les forces du mal qui en sont les occupants légitimes premiers. Ainsi pour procéder à l’appropriation et l’ancrage dans un espace est-il nécessaire de procéder au rituel qui consiste à solliciter la « bonne grâce » des forces du mal ( penser au bain , sanctuaire, mosquée…).
Même si cela relève du non-dit dans Topographie, l’infraction est inscrite en épaisseur dans le texte où le nom propre du voyageur absent est relevé par une dénomination-parodie , « idéale pour une agression caractérisé » . Il s’appelle : « l’intrus » et est donc un profanateur de la caverne Terre-Mère, espace symbolique frappé d’inter-dit . L’intrus n’est-il pas bombardé par l’érotisme publicitaire . Il tente de s’en défendre par la distance imaginaire : « après-tout ( se dit-il) c’est leur métro leur ville c’est vraiment de l’audace »(p.22), mais aussi par son corps qui réclame la cécité auto-punitive en essayant d’ « éviter » de se cogner aux autres et aux murs des autres , ne regarder personne » (p. 24). L’espace-temps du voyageur-voyeur-intrus active les désirs de combativité et permet de débloquer , dans son parcours symbolique , un discours frappé d’interdit.
L’itinéraire du voyageur est jalonné par le discours mythique : le voyage n’est-il pas dit « projet mythique », « descente aux enfers » où l’ombre d’Ariane dans la silhouette de Céline (Aline) semble être l’ange de la fatalité incontournable que la réincarnation du sauveur de Thésée . On est « bel et bien » dans l’ « Odyssée » d’Homère et en compagnie d’ « Ulysse » au pays des lotophages , avec toutes les spéculations verbales et langagières qui agitent le récit d’un passager du métropolitain.
Le texte est enclavé dans une « mouvance répétitive » (p.93) . Le récit est pris dans le vertige de sa progression-régression et les tensions de « l’apparition-disparition » (pp.88 et 100) . Il s’emboîte dans le rythme parasité par le « croître et (le) décroître » (p.96) où l’écriture-lecture d’un espace perverti par l’imaginaire secrète les « énigmes » du langage interférent »(p.209). Toujours est-il que le « Minotaure » souterrain se présente comme l’espace piégé qui conduit le voyageur-voyeur dans la traversée du corps ténébreux de la Terre-Mère vers l’expulsion mortelle. Partagé entre une absence tyrannique , celle de l’espace-piton-boutique qui polarise les tensions de l’imaginaire travaillé par l’interdit du désir , mais aussi sollicité avec insistance par une présence privative , celle de l’érotisme publicitaire , le voyageur se livre à la danse fatale ente le désir et sa maîtrise . valse spatio-imaginaire mais parallèlement danse-séduction scripturale de la graphie même de "Topographie..." et e la graphie publicitaire qui dé-livrent les signes syncopés d’une écriture et de son espace d’articulation.
Récit et écriture puisent leur gestation dans l’économie du leurre qui ponctue par sa permanence même une absence et la quête qui lui est enclenchée. Les béances des phrases abandonnées et reprises dans leur inachèvement , les récits en chantier , les discours réfractaires des uns aux autres , marquent et masquent les tensions en état de déplacement évacuatoire et la mise en place du désir d’appropriation( voire de réappropriation) et son conte-coup , la dépossession.
Dans cette lutte polymorphe , l’espace maternel absent-présent est restitué par les assauts partiels de la mémoire captive du corps de la terre-mère-Piton . Est-ce la mauvaise conscience du voyageur-voyeur qui, sous l’effet de la séduction de la marâtre métropolitaine ( leurrée par les laskars) ne rencontre qu’une mère-ogresse-dévoratrice et sans pitié . L’espace du métropolitain que l’ « intrus » « pénètre » au sens érotique et quasiment par effraction ; par ses attributs métaphoriques ( boyaux, ténèbres) et fantasmatiques, se profile comme une certaine réplique du corps maternel désiré et interdit. Les jubilations ponctuelles du voyageur y sont aussitôt pulvérisées par la mise à mort, progressive et incontournable.
Au terme de cet envol de l’espace-texte et de l’imaginaire , l’espace-corps en activant la fantasmatique du ventre maternel est articulé sur le désir (comme impératif) et son antidote : l’interdit. On comprend mieux pourquoi la coquille sécurisante dans la phénoménologie bachelardienne , affectée des mêmes attributs positifs dans les processus imaginaires , selon Gilbert Durand, est en rupture avec son signifié culturel et fantasmatique . Le ventre de l’ogresse-marâtre se contracte pour éjecter l’enfant maudit et lui signifier l’acte de profanation.
Rachida SAIGH-BOUSTA
Université Cadi Ayyad, Marrakech
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