Texte : obésité : "une épidémie mondiale"

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 19-07-11 à 11:49  Lu :5527 fois
     
  
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Obésité : "Une épidémie mondiale"

Tout au long de l'histoire de l'humanité, la prise de poids a été considérée comme un signe de richesse et de bonne santé. Aujourd'hui, cependant, la surcharge pondérale et l'obésité sont devenus un problème mondial majeur de santé publique. L'obésité est une maladie chronique, qui existe dans les pays développés comme dans les pays en développement et qui touche les enfants comme les adultes. Elle est désormais si répandue qu'elle se substitue aux problèmes de santé publique traditionnels que sont la dénutrition et les maladies infectieuses

Dans les zones urbaines des pays pauvres, les plats gras et sucrés, peu chers et immédiatement disponibles, concurrencent la nourriture traditionnelle, plus coûteuse et plus longue à préparer. Toujours durement touchés par l'insuffisance alimentaire, les pays les plus pauvres de la planète souffrent désormais également de son contraire, c'est-à-dire de l'obésité. La FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture) estime que 95 % des personnes victimes de sous-alimentation chronique vivent dans les pays en voie de développement. Un colloque organisé sur le thème : "Le monde peut-il nourrir le monde ?", devait présenter les politiques nationales et internationales susceptibles de remédier à ce fléau, ainsi que les questions sanitaires liées à la malnutrition et à la surnutrition.

L'obésité est un mal nouveau qui frappe désormais les pays en développement, et non plus seulement les pays riches et industrialisés (Europe et Etats-Unis). Selon l'OMS, on comptait environ 200 millions d'obèses dans le monde en 1995. Cette évaluation atteindrait aujourd'hui les 300 millions de personnes, dont 115 millions dans les pays en développement. Et ce chiffre devrait encore augmenter dans les prochaines années. A tel point que l'organisation internationale n'hésite pas à parler "d'épidémie mondiale"

Cette évolution de la surcharge pondérale et de l'obésité est constatée dans toutes les grandes régions du globe. L'industrialisation de l'alimentation et le manque d'activité physique, associés à l'urbanisation, expliquent pour une grande part le développement de cette épidémie mondiale, que l'on rencontre surtout dans les villes des pays en voie de développement. Les populations passent alors d'un régime alimentaire traditionnel reposant sur les céréales, racines ou tubercules, comportant une faible proportion de lipides, peu de produits d'origine animale et une forte teneur en fibres, à une alimentation beaucoup plus riche en sucre, en lipides, en sel et, au total, en calories. Ce qui représente un changement considérable pour des populations qui ont, jusqu'à présent, surtout été confrontées à la pénurie.

Une étude portant sur 133 pays en développement indique que la migration dans les villes peut entraîner jusqu'à un doublement de la consommation de plats gras et sucrés, peu chers et immédiatement disponibles, au détriment d'une nourriture traditionnelle plus coûteuse et nécessitant un temps plus long de préparation. L'accès facile à des huiles peu onéreuses a joué un rôle prépondérant en raison d'une production industrielle généralisée à bas prix. Ce qui a entraîné la multiplication par quatre de la consommation des huiles végétales par personne dans le monde au cours des quarante dernières années. A cela s'ajoute la diminution de l'activité physique. L'accès à des moyens de transport, la mécanisation du travail et la sédentarisation, l'augmentation des loisirs passifs, comme le cinéma et la télévision, jouent certainement un rôle dans les changements observés dans les pays en voie de développement. Christiane Galus, Le Monde du 15/10/ 2003


Famine et malnutrition

Malgré la montée des problèmes liés à l'obésité, la priorité absolue de la FAO reste la lutte contre la faim, car 840 millions de personnes continuent de souffrir chroniquement de sous-alimentation. "Nous sommes donc bien trop loin de l'objectif fixé en 1996 par le Sommet mondial de l'alimentation, qui souhaitait réduire de moitié d'ici 2015 le nombre des victimes de la faim"Jamais auparavant l'humanité n'avait produit autant de nourriture. "Et nous disposons de technologies capables d'accroître considérablement la productivité des exploitations agricoles et de mieux maîtriser les ressources en eau", précise le directeur de la FAO. Ce qui manque, c'est la volonté politique de s'attaquer aux causes profondes de la faim sous toutes ses formes.

Si les centaines de millions d'affamés de la planète sont inacceptables, la situation alimentaire internationale donne pourtant, selon les spécialistes, "des signes lents mais tangibles d'amélioration" Ainsi, en cinquante ans, "la quantité d'aliments disponible pour chaque habitant de la Terre est passée, en moyenne, de 2 320 à 2 800 kilocalories par jour" Une amélioration d'autant plus remarquable que, dans le même temps, la population mondiale a plus que doublé, passant de 2,5 milliards de personnes en 1950 à plus de 6 milliards aujourd'hui. " Nous sommes dans un monde globalement mieux nourri. Malheureusement, il ne s'agit que de moyenne. Force est de constater que l'écart se creuse entre les pays en développement qui sortent de la pénurie chronique, et ceux qui stagnent ou régressent dans leur combat contre la faim."

La malnutrition apparaît aujourd'hui comme le résultat d'une organisation inadéquate du système économique et politique. "Les guerres, l'instabilité politique sont pour l'essentiel à l'origine des famines et des situations de pénurie qui règnent aujourd'hui dans le monde" De plus, la malnutrition frappe ceux qui devraient contribuer à nourrir leurs concitoyens : "Six cents millions de paysans pauvres, victimes de la baisse des prix dictée par la libéralisation des échanges, doivent amputer leurs réserves d'autoconsommation pour renouveler - sans y parvenir bien souvent - leur potentiel de production."

Malgré les progrès accomplis, la situation alimentaire mondiale reste donc préoccupante, surtout si on la met en relation avec les données démographiques. La population mondiale, malgré un net ralentissement, augmente. Et elle pourrait atteindre 9,3 milliards de personnes en 2050, et plafonner autour de 10,5 à 11 milliards à la fin du XXIe siècle. Or, la croissance démographique concerne surtout les pays en voie de développement, qui connaissent aujourd'hui des problèmes de sous-alimentation et de mauvaise alimentation.
Christiane Galus Le Monde du 15/11/2003



  



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