Sujet ccp (2013)

 Par Hich-chou Mohamed  (Prof)  [msg envoyés : 16le 30-04-13 à 23:30  Lu :2102 fois
     
  
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Sujet CCP 2013
Texte :
Quand on dit que la pensée est spontanée, cela ne veut pas dire qu’elle coïncide avec elle-même, cela veut dire au contraire qu’elle se dépasse, et la parole est justement l’acte par lequel elle s’éternise en vérité. Il est manifeste en effet que la parole ne peut être considérée comme un simple vêtement de la pensée, ni l’expression comme la traduction dans un système arbitraire de signes d’une signification déjà claire pour soi. On répète que les sons et les phonèmes ne veulent rien dire par eux-mêmes et que notre conscience ne peut trouver dans le langage que ce qu’elle y a mis. Mais il résulterait de là que le langage ne peut rien nous apprendre et qu’il peut tout au plus susciter en nous de nouvelles combinaisons des significations que nous possédons déjà. C’est contre quoi l’expérience du langage témoigne. Il est vrai que la communication présuppose un système de correspondances tel que celui qui est donné par le dictionnaire, mais elle va au-delà, et c’est la phrase qui donne son sens à chaque mot, c’est pour avoir été employé dans différents contextes que le mot peu à peu se charge d’un sens qu’il n’est pas possible de fixer absolument. Une parole importante, un bon livre imposent leur sens. C’est donc d’une certaine manière qu’ils le portent en eux. Et quant au sujet qui parle, il faut bien que l’acte d’expression lui permette de dépasser lui aussi ce qu’il pensait auparavant et qu’il trouve dans ses propres paroles plus qu’il ne pensait y mettre, sans quoi on ne verrait pas la pensée, même solitaire, chercher l’expression avec tant de persévérance. La parole est donc cette opération paradoxale où nous tentons de rejoindre, au moyen de mots dont le sens nous est donné, et de significations déjà disponibles, une intention qui par principe va au-delà et modifie, fixe elle même en dernière analyse le sens des mots par lesquels elle se traduit. Le langage constitué ne joue un rôle dans l’opération d’expression que comme les couleurs dans la peinture : si nous n’avions pas des yeux ou en général des sens, il n’y aurait pas pour nous de peinture, et cependant le tableau « dit » plus de choses que le simple exercice de nos sens ne peut nous en apprendre. Le tableau par-delà les données des sens, la parole par-delà celles du langage constitué doivent donc avoir par eux-mêmes une vertu signifiante, sans référence à une signification qui existe pour soi, dans l’esprit du spectateur ou de l’auditeur. « Par le moyen des mots comme le peintre par celui des couleurs et le musicien par celui des notes, nous voulons d’un spectacle ou d’une émotion ou même d’une idée abstraite constituer une sorte d’équivalent ou d’espèce soluble dans l’esprit. Ici l’expression devient la chose principale. Nous informons le lecteur, nous le faisons participer à notre action créatrice ou poétique, nous plaçons dans la bouche secrète de son esprit une énonciation de tel ou tel sentiment». Chez le peintre ou le sujet parlant, le tableau et la parole ne sont pas l’illustration d’une pensée déjà faite, mais l’appropriation de cette pensée même. C’est pourquoi nous avons été amenés à distinguer une parole secondaire qui traduit une pensée déjà acquise et une parole originaire qui la fait exister d’abord pour nous-mêmes comme pour autrui. Or tous les mots qui sont devenus les simples indices d’une pensée univoque n’ont pu le faire que parce qu’ils ont d’abord fonctionné comme paroles originaires et nous pouvons encore nous souvenir de l’aspect précieux qu’ils avaient, comme un paysage inconnu, quand nous étions encore en train de les « acquérir » et quand ils exerçaient la fonction encore primordiale de l’expression. Ainsi la possession de soi, la coïncidence avec soi n’est pas la définition de la pensée : elle est au contraire un résultat de l’expression et elle est toujours une illusion, dans la mesure où la clarté de l’acquis repose sur une opération foncièrement obscure par laquelle nous avons éternisé en nous un moment de vie fuyante. Nous sommes invités à retrouver sous la pensée qui jouit de ses acquisitions et n’est qu’une halte dans le processus indéfini de l’expression, une pensée qui cherche à s’établir et qui n’y parvient qu’en ployant à un usage inédit les ressources du langage constitué.
Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (3e partie, « L’être-pour-soi et l’être-au-monde : I. Le Cogito »), Éditions Gallimard, 1945, rééd. coll. Tel 1976, p. 445-446.
RÉSUME DE TEXTE (6 points)
Vous résumerez le texte en 100 mots ( /- 10 %).
Vous indiquerez impérativement le nombre total de mots utilisés et vous aurez soin d'en faciliter la vérification en mettant un trait vertical tous les vingt mots. Des points de pénalité seront soustraits en cas de non-respect du nombre total de mots /- 10 % utilisés.
QUESTIONS (2 points)
Vous expliquerez, en 6 ou 7 lignes, chacune des expressions suivantes :
1/ « La parole ne peut être considérée comme un simple vêtement de la pensée » (lignes 3 et 4).
2/ « Un système de correspondances tel que celui qui est donné par le dictionnaire » (lignes 10 et 11).
DISSERTATION (12 points)
« Quant au sujet qui parle, il faut bien que l’acte d’expression lui permette de dépasser lui aussi ce qu’il pensait auparavant et qu’il trouve dans ses propres paroles plus qu’il ne pensait y mettre » (lignes 14 à 16).
Dans quelle mesure votre lecture des œuvres du programme vous permet-elle de souscrire à ce jugement de Maurice Merleau-Ponty ?

  



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