Souvenirs d’enfance

 Par hjirou abdou  (?)  [msg envoyés : 57le 02-10-10 à 13:55  Lu :7079 fois
     
  
 accueil

Nous sommes au mois d’octobre de l’année dix-neuf cent soixante. J’avais sept ans. Depuis plus d’une semaine, j’entendais mes parents parler de moi comme si c’était la première fois que j’existais dans cette maison. Et par un très beau jour d’automne, on me revêtit d’habits neufs fraîchement acquis .Ma mère m’aspergea d’eau de Cologne et ajouta quelques jolis mots qui furent à l’origine d’un joli sourire qui se dessina sur mes lèvres charnues.
J’eus la responsabilité de porter la besace que l’on m’achetât ; gonflée de fournitures scolaires et évacuâmes les lieux ma mère et moi. Il faisait froid à l’extérieur. La main qui vient se poser sur moi me réconforta chassant cette appréhension qui venait de heurter à ma porte.
A chaque pas, me parvenait le cliquetis des pièces de monnaie qui s’entrechoquaient entre elles à l’intérieur de mes poches. La rue était pleine de gens. Je voyais des garçons de mon âge pleurer, d’autres essayaient de fuir, une fillette au teint brun jouant avec ses tresses, traînée par un père au visage vaincu par la fatigue. A mon tour, je tentais de placer quelques mots en direction de ma mère qui me serrait fortement la main de peur peut-être ; que j’allais imiter mes semblables. Et tout à coup, je me sentis envahi d’un sentiment comparable à celui de toutes ces petites créatures qui défilaient devant moi. Je ne savais plus où, celle qui m’a enfanté, m’entraînait, je commençais à résister ,je refusais de progresser ,mon doux visage était inondé de larmes qui coulaient à flots me striant les joues. Je n’étais plus le même. Je me débarrassais avec violence du fardeau que je commençais à haïr, je me révoltais, je criais à tue-tête. Quelques passants nous jetèrent des regards furtifs.
Et avec toutes les souffrances qu’elle vient d’endurer en ma compagnie ; nous nous arrêtâmes ma mère et moi devant une grande porte tout ouverte. Tous deux nous franchîmes le seuil pour fouler une courette qui nous accueillit à bras ouverts. Soudain, je me sentis seul, ma mère venait de m’abandonner au beau milieu de tout ce monde, inconnu, étrange. Je ne m’arrêtais pas à pleurer, d’autres enfants en firent autant ; je cherchais des yeux ma mère qui s’éloignait de moi, qui ne voulait plus de moi. J’avais le vertige, j’appelais ma mère que je viens de perdre à jamais.
La femme qui se tenait debout devant nous, était plus jeune que ma mère, elle ne portait pas de foulard .Elle nous répétait qu’elle nous aimait,qu’elle est pour nous une seconde mère ;mais moi je ne possédais qu’une seule,celle qui m’a jeté entre les bras de celle-ci.
Et lorsque la porte de la salle de classe où nous étions enfermés s’ouvrit ; nous nous ruâmes à l’extérieur en quête de visages familiers. Je poussai involontairement un cri en direction de la femme qui m’aimait, que j’adorais tant et qui était là à m’attendre depuis longtemps. ‘’Je t’aime Maman lui’’ dis-je.
Sur le chemin du retour, je ne cessai de penser à la femme aux cheveux d'ébène qui occupa, durant toute la journée, mon esprit.

  



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 Réponse N°1 6656

premier jour d'école
  Par   marocagreg  (Adminle 02-10-10 à 14:56

Bon récit M. abdou. décidément ce premier jour de l'école ne finira pas de faire écouler de l'encre vu les multiples passions qu'il fait naître. Couper le cordon avec la mère est nécessaire pour accéder à la vie, mais c'est si difficile. le premier jour de l'école tel que vous le décrivez est l'équivalent d'un sevrage, mais ce sevrage a été bénéfique car il a permis à votre personnage de découvrir un autre type d'amour, un autre type de femme et c'est déjà un petit pas de plus vers l'âge adulte.




 Réponse N°2 6658

Eh oui! c'est loin mais très présent, ce jour !
  Par   Samira Yassine  (CSle 02-10-10 à 15:13

M Idoubiya avait raison quand il a parlé d'un projet de rédaction de nouvelles. On remarque que nous avons le plaisir de lire la première contribution d'un collègue M hjirou abdou et quelle contribution! Une belle histoire relatant un événement que nous avons tous vécu et qui est resté gravé à jamais dans notre mémoire: le premier jour à l'école.

Bonne continuation.




 Réponse N°3 6665

Un récit émouvant!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 02-10-10 à 23:17



Comme disait madame Kerzazi Fatiha, nous avons de vraies potentialités dans marocagreg!

En effet, voilà le récit d'un événement qui date de plus de quarante ans! C'est un fait de voir surgir des souvenirs qui nous ont marqué à jamais! C'est un fait de vouloir les extirper de son inconscient.

Mais ce qui encore plus est marquant, c'est de savoir émouvoir ses lecteurs! Ce qu'a fait avec beaucoup de présence hjirou abdou!

Tous mes félicitations donc à ce collègue qui mérite tous les encouragements!

Cordialement et à bientôt pour d'autres écrits de la part de ce collègue...





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