Simmel : la philosophie de l'argent : prodigalité et avarice

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 07-08-09 à 17:15  Lu :10962 fois
     
  
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Simmel fait un rapprochement de ces deux notions, qu'il appelle "deux instances négatives" (161) caractérisées par un "déréglement analogue" (168) à partir de la page (161) (éd.GF). Il commence d'abord par une affirmation (thèse) qu'il va développer par la suite : contrairement à ce que l'on peut penser la prodigalité n'est pas l'opposé de l'avarice : "la prodigalité est parente de l'avarice". (p.161) Simmel souligne que les sociétés agraires qui vivent des produits de la terre sont plutôt enclines à la générosité, car les produits de la terre sont périssables, alors que les économies qui reposent sur les finances et le commerce de l'argent encouragent plus l'avarice : "l'introduction de l'argent (...) encourage à thésauriser." (161).
En fait la seule différence entre l'avare et le prodigue consiste, selon Simmel, au niveau de l'arrêt de chacun d'entre eux sur le plan de la série téléologique (on va dire sur le plan qui va de la naissance du besoin, du désir jusqu'à sa satisfaction) : le désir de l'avare s'arrête bien avant celui du prodigue, mais les deux n'arrivent pas jusqu'à la vraie jouissance, celle que donne l'utilisation de l'argent comme moyen pour acquérir un objet ou pour se procurer une jouissance. (Cette profonde similitude entre l'avarice et la prodigalité explique d'ailleurs le fait que ces deux tendances s'observent quelques fois chez les mêmes personnes (169). On peut représenter cela selon le schéma suivant :
début possession de l'argent dépense de l'argent obtention de la jouissance
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Sur ce trajet le train de l'avare s'arrête à la première station, une fois qu'il a possédé l'argent, il a atteint sa finalité et n'est plus intéressé par la suite. Le train du prodigue s'arrpete à la deuxième station, c'est la dépense de l'argent elle-même qui l'intéresse et non ce qu'il peut obtenir en contrepartie de l'argent.Pour une personne normale, au contraire, l'argent et la dépense de l'argent ne sont que des étapes pour obtenir une jouissance qui la dernière étape, pour elle, de la série téléologique. Simmel résume tout cela : "Si le dernier terme de cette série est la jouissance que procure la possession de l'objet, sa première étape intermédiaire, mais essentielle ici, est donc la possession de l'argent, et la deuxième, sa dépense en vue de l'objet. Pour l'avare, la première étape est en soi une fin voluptueuse, pour le prodigue, en revanche, la deuxième. Pour ce dernier, l'argent est quelque chose d'à peine moins essentiel que pour le premier, mais simplement sous la forme d'une dépense, et non d'une possession." (163)
Simmel entreprend dans cette section (de 161-171) de définir l'attitude du prodigue vis-à-vis de l'argent en rapport avec celle de l'avare [dans l'avare de Molièe ces deux instances sont représentées par Harpagon, l'avare qui n'ose même pas dépenser quelques deniers pour s'acheter des vêtements et son fils, Cléante, le prodigue qui se met sur le dos, en vêtements, accessoires, rubans, etc. tout l'argent qu'il se procure]. Le prodigue est d'abord définit par Simmel comme quelqu'un qui cherche un plaisir particulier : "le plaisir de gaspiller" (162). Si l'avare amplifie la valeur de l'argent jusqu'à le vénérer comme une quasi divinité, le prodigue, au contraire, reste indifférent à la valeur de l'argent sans pour autant négliger cette valeur. Ces deux attitude pathologiques sont donc en premier lieu des attitudes marquées par l'absence de la mesure, du juste milieu. L'attrait du moment de la dépense "empêche le prodigue d'estimer de façon adéquate aussi bien l'argent que les objets." (162) Simmel ajoute, toujours dans le même sens, que "la prodigalité se développe effroyablement rapidement et prive celui qui en est atteint de tout sens de la mesure." (165) Si l'avare se complaît dans la possession de la l'argent et ne possède rien en définitive puisqu'il ignore l'argent comme moyen, le véritable prodigue, pour sa part, est frappée d'une autre forme de malédiction. Ne s'intéressant qu'à l'acte de dépenser lui-même et non à la finalité de cette dépense, sa jouissance n'est jamais complète, n'est jamais assouvie : "sa jouissance est frappée d'une malédiction qui est de ne jamais trouver ni repos ni durée. Le moment où survient cette jouissance contient simultanément son abolition. La vie suit ici la même formule démoniaque que celle de l'avare : chaque moment atteint éveille la soif d'encore plus, mais cette soif ne peut jamais être étanchée." (168) autrement dit, le plaisir de dépenser que recherche le prodigue n'est jamais complèrtement assouvie, puisque autant il dépense, autant il ressent un désir de dépenser encore plus. On peut alors comparer le prodigue à un boulimique atteint d'une faim insatiable que l'ingestion de qauntité énorme de nourriture ne calme pas.

  



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