Simmel, la philosophie de l'argent : la pauvreté et la tentation

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 09-08-09 à 21:25  Lu :8236 fois
     
  
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Toujours dans la cadre de son analyse de l'essence de l'argent, Simmel aborde (à partir de la page 171, éd.GF) un autre phénomène qui, tel la prodigalité, s'oppose à la cupidité et à l'avarice: il s'agit de la pauvreté en tant que finalité existentielle. Simmel n'aborde pas vraiment la pauvreté comme absence d'argent et de moyens imposée à l'individu, mais comme un autre choix possible vis-à-vis de l'argent. ainsi, si "l'avarice et la prodigalité sont rivées au moyen comme à une fin, la pauvreté en reste à l'absence de moyen." (171). Pour aborder cette notion de la pauvreté, Simmel commence d'abord par montrer que la pauvreté est un phénomène qui est, comme la prodigalité et l'avarice, liée à l'émergence des économies monétaires, car dans les sociétés primitives et agricoles, il est difficile de trouver des personnes complètement démunies. L'auteur explique ce constat par le fait que dans ces rapports primitifs, la compassion et l'empathie étaient plus faciles à susciter car il n'existaient pas d'intermédiaires qui auraient affaibli la naissance de ces sentiment : on pouvait plus facilement donner de la nourriture à une personne qui a faim. En revanche, dans les sociétés monétaires, l'argent fonctionne comme un relais, un intermédiaire qui affaiblit ces élans de compassion : "la compassion doit d'abord en passer par un détour avant d'atteindre son véritable intérêt. Et sur ce chemin, elle s'affaiblit." (172) De cela, Simmel tire une conclusion : en tant que moyen entre la personne et les valeurs supérieurs (morales) l'argent est généralement perçu comme une incarnation diabolique, un tentateur qui empêche l'homme de faire le bien. En tant que telle, "la possession d'argent est execrée comme la pire tentation, comme le mal véritable, dès lors que la pauvreté est érigée en idéal moral." (172). C'est ce qui explique, selon Simmel, le fait que beaucoup de doctrines et de religions (les anciens chrétiens, les bouddhistes, les fransiscains, certains nomades arabes, etc.) ont érigé la pauvreté en idéal et en rempart contre les tentations de l'argent. "L'esprit tentateur de l'argent" s'explique lui-même par le fait que étant à tout moment prêt à l'emploi, "il est le pire piège tendu aux instants de faiblesse. Et comme il sert à se procurer toute chose, il offre à l'âme ce qui la tente le plus sur le moment.". Dès lors, affirme Simmel, "pour une sensibilité ascétique, l'argent est (...) le symbole exact du diable qui nous séduit avec le masque de l'innocence et de l'ingénuité : si bien que la seule sécurité, comme avec le diable, réside dans sa mise à distance absolue, dans le rejet de toute relation, aussi inoffensive puisse-t-elle paraître." (175) La pauvreté qui repose sur Le refus de l'argent come valeur unique, et donc le refus aussi de la multiplicité du monde que cet argent contient potentiellement, se présente pourtant non pas comme attitude négative, mais plutôt comme un bien positif, car la pauvreté, vue de cette façon, permet "d'acquérir les biens les plus élevés, pour lesquels elle jouait le même rôle que l'argent pour les biens terrestres méprisables." (178) de cette façon, la pauvreté (celle choisie comme modèle de vivre, et non celle assumée de manière passive) devient le contraire du renoncement. l'ascète renonce certes aux biens terrestres, mais il le fait pour acquérir des biens qui ont beaucoup plus de valeur à ses yeux : "le monde appartient à celui qui renonce", car il ne renonce qu'aux choses de viles du bas monde pour accéder à la possession de "l'essence des choses la plus pure et la plus raffinée." (178) La devises des Franciscains convient parfaitement pour dire cela : "ils n'ont rien, mais ils possèdent tout." (178), alors que les autres ont tout mais ne possèdent rien.

  



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