Séquence sur la nouvelle réaliste la ficelle de maupassant pour le niveau : tronc commun

 Par jamal amezine  (?)  [msg envoyés : 4le 10-05-10 à 22:29  Lu :51275 fois
     
  
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Séquence sur la nouvelle réaliste
La Ficelle de Maupassant
Pour le niveau : Tronc commun
Problématique : En vue d’impliquer l’élève dans ce travail, il n’y a pas mieux qu’une problématisation qui tiendrait compte du genre de la nouvelle , du courant réaliste et de ses enjeux implicites. Plusieurs questions littéraires surgissent alors : peut-on reproduire la réalité ? Dans quelle mesure un auteur « réaliste » peut-il échapper à la tentation du romanesque ou du fantastique ? S’agit –il d’un conte gaillard (ton comique et farcesque) ou plutôt d’une histoire tragique ?
Pré-requis :
-fonctionnement et rôle de la description, points de vue narratifs et organisation du récit
- les niveaux de langue et les indices du langage familier.
Durée : 3 semaines (11 séances d’une heure + une évaluation de 2h). Le contenu proposé dépasse parfois la durée d’une heure. Un effort d’adaptation est donc demandé à l’enseignant.
NB : Le texte est déjà lu par les élèves chez eux, avec la consigne suivante : identifier les caractéristiques d’une nouvelle réaliste.
…………………………………
Séance1 :
AO : Exposé sur le réalisme (à partir de la nouvelle) , fait par un élève si c’est possible.
Objectifs : - l’élève connaîtra le mouvement du réalisme.
- il se fera une idée sur l’esthétique maupassantienne.
- utiliser un dictionnaire.
1-Définition :
Définir un mouvement littéraire :
Consigne : Illustrez la définition du dictionnaire Robert, article réalisme, par des indices du texte :
Définition du dictionnaire Le Robert Electronique
REALISME [Realism] n. m.
• 1. Philos. Doctrine platonicienne de la réalité des idées, dont les êtres individuels ne sont que le reflet (- Idéalisme).
• 2. (1833). Conception de l'art, de la littérature, selon laquelle l'artiste ne doit pas chercher à idéaliser, à modifier le réel ou à en donner une image volontairement incomplète.
• 3. Tendance à dépeindre, à représenter les aspects grossiers, vulgaires... du réel.
• 4. (1902). Attitude de celui qui tient compte de la réalité, l'apprécie avec justesse (opposé irréalisme).
Commentaires :
Réalisme //idéalisme.
Refus d’embellir la réalité, volonté d’affronter le réel qui est souvent horrible(existence du mal).
Prise de position contre les Romantiques.
D’autres soubassements philosophiques : matérialisme, positivisme…
2-Réalisme, en art et en littérature, tendance apparue autour de 1830 (le terme est lancé dans son acception esthétique en 1833) qui délaissait l'idéalisme romantique, tant dans ses genres que dans ses thèmes, s'opposant notamment à la subjectivité ou à la peinture d'histoire, pour s'intéresser aux scènes et aux mœurs de la vie quotidienne avec un souci de vérité. En tant que mouvement, il ne se constitue véritablement qu'entre 1850 et 1870. Le réalisme fut d'abord introduit en peinture par le genre du paysage, grâce aux peintres de l'école de Barbizon (Dupré, Daubigny) qui préparent également l'avènement du naturalisme et de l'impressionnisme. À la faveur de bouleversements idéologiques, sociopolitiques et scientifiques, le réalisme en vient à s'intéresser directement à ce que les sens perçoivent, décrète que tout événement, objet, être, chose ou action sont dignes d'être des sujets picturaux ou littéraires, et qu'ils doivent être rendus de manière véridique.
- Si Zola s'éloigne de la vérité brute, il réussit néanmoins à être vrai, d'une vérité supérieure qui est celle de l'art. Le procès-verbal du greffier serait informe et, pour tout dire, illisible. Le roman prête son ordre et la chair vivante des personnages à la leçon. "Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable", écrit Maupassant, citant Boileau. Ainsi quoi de moins vraisemblable que la visite du Louvre au chapitre III de L'Assommoir ? Zola a vu néanmoins, en baladant son troupeau d'ahuris parmi les chefs-d'œuvre, l'occasion de faire saisir une vérité profonde, qui est leur exclusion du monde de l'art et de la culture.
-Maupassant l'établit clairement dans la préface de Pierre et Jean : « le romancier doit nécessairement choisir, faute de pouvoir tout raconter. Il doit aussi retenir des faits multiples de la vie ceux qui seront les plus significatifs ». Ainsi, dans L'Assommoir, la chute de Coupeau, le retour de Lantier, la pluie qui force Gervaise à entrer dans le bistrot, sont autant de circonstances par lesquelles le romancier donne "un coup de pouce" au réel.
-La production de ces écrivains illustre les principes du réalisme, en vertu desquels les écrivains ne doivent pas choisir des faits en fonction d'idéaux esthétiques ou moraux préconçus mais doivent noter leurs observations de manière impartiale et objective. Cherchant à rendre fidèlement les scènes de la vie courante, des aspects les plus élevés aux plus vulgaires, les réalistes avaient tendance à minimiser l'intrigue au profit de la psychologie des personnages et mettaient plus particulièrement en scène les préoccupations de la classe moyenne, estimant que leur œuvre devait jouer un rôle social et ne pas être seulement un travail sur les formes langagières.
3-Limites du réalisme :
-Montrer aux élèves que « le réalisme est un leurre » comme le souligne Philippe Hamon (un critique). En effet, toute reproduction artistique du réel reste subjective, et donc peu fidèle. (même une photographie).
-Même les œuvres de Zola qui se disait naturaliste (l’aboutissement du réalisme) ne manquent pas de romanesque, de merveilleux, parfois même de fantastique( cf. description l’Assommoir).
-Dans La Ficelle, on peut reprocher à Maupassant l’invraisemblance de la mort du personnage : comment un paysan robuste et rusé se révèle aussi fragile à la fin?
-On pourra évoquer certains aspects du réalisme dans la littérature ou le cinéma arabes :chez Najib Mahfoud (sa célèbre trilogie), Salah Abou Seif …et autres.
4-Préparation de la séance suivante :
Donner aux élèves le questionnaire suivant :
1-Quel est l’objet de la nouvelle de Maupassant?
2-De quelle manière sont présentés les personnages ?
3-Repérez dans le texte des élément visant à « reproduire » fidèlement la réalité.
…………………………………
Séance2 :
AO : Compte rendu de lecture
Objectifs : -premier contact avec la nouvelle.
-à partir des représentations générales et des impressions vagues des élèves, on leur montrera que le genre de la nouvelle réaliste obéit à certaines « règles » et se caractérise par certaines caractéristiques .Ce qui implique la maîtrise et la manipulation de certains outils d’analyse .
A- On répondra au questionnaire :
1-l’objet de la nouvelle : un paysan qui ramasse une ficelle dans la place du marché..
2-les personnages sont dévalorisés : réduits à des types sociaux (le maire, le marchand, le fermier, le brigadier …), comparés aux bêtes, sales, grossiers….
3-certains indices du réalisme :
-indices typographiques : la dédicace + la date à la fin.
-le régionalisme : le patois normand (l’auteur connaît bien la région, il y est né)
-le style direct et le style indirect libre…
-le sens du détail : objets minuscules : ficelle ; précision des mouvements(effets du réel : rhumatisme).
-…
B- Débat sur la nouvelle :
Le professeur apporte des informations sur l’écrivain qui se disait lui-même être « un regardeur ». Qu’implique ce mot ? A partir de cette première approche, on se tourne vers la nouvelle :
Remarques des élèves sur ce que leur inspire la nouvelle : quel en est le sujet ? De quelle manière est-il traité ?
Cette discussion se fera « à bâtons rompus » afin de faciliter l’entrée dans l’œuvre d’une manière peu scolaire. Un élève évoque le sujet de la nouvelle et donne un bref résumé. Ceux qui le désirent donnent leur sentiments sur le sujet, sur la manière dont il est traité, sur les personnages et la façon dont ils sont campés. Cette discussion permet de réinvestir les renseignements collectés sur l’auteur : méthode de travail, sujets de prédilection…..
La séance s’achève sur un peu d’histoire littéraire qui permet de situer l’auteur dans son époque :
Les mouvements littéraires au 19ème siècle : romantisme ; réalisme ; naturalisme. Ces points seront traités en fonction des trouvailles des élèves lors de leur recherche préliminaire sur l’auteur et son œuvre.
Ils feront ensuite des hypothèses de lecture sur la nouvelle: sa visée ? sa philosophie ? ses enjeux ?
C- Bilan : Structure de nouvelle :
1. Exposition / Situation initiale: les 5 premiers paragraphes.
2. Présentation des personnages principaux: 6ème paragraphe : les paysans- Maître Hauchecorne -maître Malandain
3. Mise en place d’une situation " banale " : un jour ordinaire de marché.
4. Introduction des éléments imprévus : ramasser la ficelle- être vu par un ennemi.+ inversion de la situation : crise psychologique.
5. Clôture - " pointe " : folie puis mort du personnage.
Au terme de cette séance, on invitera les élèves à bien lire l’incipit chez eux pour observer des traces de tout ce qui a été dit sur le réalisme au cours des 2 premières séances.
…………………………………


Séance3 :
Lecture méthodique : l’incipit : (du début jusqu’à « les durs cahots »)
Objectifs : -identifier les indices de la description réaliste dans le texte.
-lire méthodiquement un texte littéraire.
Introduction : Incipit "in medias res" (en cours d'action). « les paysans et leurs femmes s’en venaient »
1-Une description réaliste :
1.1- espace : noms propres des lieux.
Lieu : Goderville (Le Havre -Normandie). Donc, espace existant dans la réalité.
L’emploi de localisateurs tend à la précision: sur -autour -en avant- d’où- au bout de- derrière –par ici- par-là…).Présentation du décor. On a l’impression d’être devant un tableau normand ou d’une carte postale. Le narrateur dénombre tous les éléments visibles. Caractériser c’est indiquer la forme, la couleur, la matière de l’objet décrit (dénotation). On caractérise à l’aide :
-d’adjectifs : « longues, rudes,bleue, osseux… »
-de relatives : « qui fait…, dont elle tenait le bord… »
-de comparaisons : « comme vernie, semblait un ballon, plus courts et plus vifs que leurs hommes… »
-peu de métaphores dans ce début par souci de vraisemblance.
1.2-temps :l’imparfait de « l’état » : « c’était jour de marché », de l’inaccompli (l’action vue de l’intérieur :s’en allaient, sortaient, marchaient, passait….). Ces temps verbaux feront l’objet d’une activité de langue prochaine.
1.3-personnages :du général : « des paysans », au particulier « les mâles, les femmes , deux hommes» -Description dévalorisante. Voir le vocabulaire dépréciatif :
« mâles, torse osseux, leurs femmes derrière l’animal, drapé, taille sèche, l’inconfort du char… »
-Les vêtements caractéristiques de la Normandie de l'époque « blouse bleue, empesée, brillante, comme vernie, ornée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc, gonflée autour de leur torse osseux… ». Plus tard, Maître Hauchecorne cachera la ficelle sous « sa blouse ».
Donc : l’effet produit sur le lecteur : bestialité de l’homme :animalisation par l’insistance sur le grotesque (à comparer avec la scène de l’auberge):
( les mâles,les rudes travaux, la forme du corps due à la nature du travail exécuté par l’homme,cornes/chapeaux….) - cf : La Bête humaine de Zola.
Evoquer la théorie du milieu de Claude Bernard (XIX ème siècle : l’homme n’est que le produit de son milieu). Le narrateur met à nu la créature dans ses vilenies et ses ordures.
2-Point de vue externe ou foc. zéro? (notions à expliquer brièvement) :
-emploi de la 3ème personne : souci d’impersonnalité.
-cette neutralité est trahie par quelques indices d’énonciation : présence du narrateur à travers les modalisateurs (subjectivité)
3-Un ton comique :
Dégradation et chosification de l’homme :
-« un ballon prêt à s'envoler, d'où sortait une tête, deux bras et deux pieds. » (noter la métonymie).
-« leurs femmes, derrière l’animal… » (l’ordre n’est pas gratuit).
-comique de geste, de situation…
Conclusion :
Une description réaliste subjective: l’effet de réel, description de la foule « mêlée » aux bêtes.( la couleur locale. Mouvement de la description :du général au particulier. Ce cadre dévalorisé préfigure des protagonistes dévalorisés aussi. Le narrateur est un observateur lucide. Une œuvre d’art est «la nature vue à travers un tempérament » disait-on à l’école de Zola.
-Lecture des élèves.
-Leur demander de préparer le texte suivant : (Sur la place de Goderville………….par ses douleurs)
…………………………………
Séance 4 :
Explication linéaire :
(Sur la place de Goderville………….par ses douleurs)
Objectif :- par l’étude du détail, l’élève identifiera la matérialisation des considérations générales évoquées dans les premières séances.
Démarche :
a -Situation du passage : un paysan arrive sur la place du marché, il trouve un bout de ficelle et le ramasse, un « ennemi » le voit….
b –Lecture expressive
c- Introduction : sur la forme du T., l’idée essentielle.
d- Découpage en mouvements : le texte se compose de 2 parties :
1-Suite à l’état initial :
Un regard horizontal : suggérer un monde marin : « émerger à la surface »
La situation est toujours stable : l’imparfait de l’état : « c’était une foule… ».
-la description est subjective : les métaphores : « une cohue d'humains et de bêtes mélangés »
-mobilisation de plusieurs sens :
-la vue : « Les cornes des boeufs, les hauts chapeaux à longs poils des paysans riches et les coiffes des paysannes émergeaient à la surface de l'assemblée » . Noter que la foule est réduite à « des chapeaux des cornes, des coiffes ». Nommer le tout par la partie( la métonymie) est, entre autres, un procédé de dévalorisation. Le passage de « la foule » à « tout cela » (l’indéfini) confirme cette volonté de dévalorisation/ chosification.
-l’ouie : -(voix criardes, aiguës, glapissantes, …. une clameur continue et sauvage , un grand éclat poussé par la robuste poitrine d'un campagnard en gaieté, le long meuglement d'une vache ….).
-l’odorat : « Tout cela sentait l'étable, le lait et le fumier, le foin et la sueur, dégageait cette saveur aigre, affreuse, humaine et bestiale, particulière aux gens des champs. »
-présentation du personnage : économe, rancunier, rhumatisme, courbé en deux par ses douleurs …
Montrer que la nouvelle réaliste tend à introduire dans l’art des aspects de la vie souvent écartés : « chercher dans la crotte, sentir l’étable…. ». On peut faire allusion aux premiers tableaux de Gustave Courbet : « L’enterrement à Ornans, L’après- dîner à Ornans… » et la réaction hostile des milieux de la critique à l’époque.
2-Un fait (la trouvaille) / élément modificateur :
-faire remarquer ici la focalisation zéro : le narrateur peut lire les intentions des personnages .
ce fait va entraîner la complication de la situation :
-début de l’intrigue( ramasser la ficelle).Faire remarquer le sens de détails chez le narrateur :
-des actions précises : aperçut, se baissa, prit, remarqua, cacha…)
-objet nommées avec précision, en recourant au lexique approprié : (un petit bout de ficelle, sous sa blouse, puis dans la poche de sa culotte…)
-Le rappel du différend entre les deux personnages est à même de justifier l’ampleur de la crise psychologique de maître Hauchecorne. « Ils avaient eu des affaires ensemble au sujet d'un licol, autrefois, et ils étaient restés fâchés, étant rancuniers tout deux » .
-Montrer que toute l’intrigue est racontée sommairement dans ce paragraphe (contrairement à la description de l’espace). Les phrases courtes confèrent à l’action du personnage un aspect « mécanique ». La feinte de la fin suggère le caractère « rusé » du personnage.
-Deux aspects du caractère normand sont évoqués ici : l’avarice et la suspicion. Maupassant se focalise sur maître Hauchecorne, qui se baisse malgré ses rhumatismes pour récupérer « dans la crotte un bout de ficelle ». En effet, selon lui, « tout était bon à ramasser qui peut servir ». Cependant, ce geste provoquera la suspicion du village de Goderville, car tous pensaient que ce qu'il avait pris était en fait un portefeuille de cuir noir, richement garni. L'avarice d'un homme provoqua la suspicion d'un village entier, qui engendra finalement sa mort. Notons à ce propos que le narrateur –par souci d’impartialité et d’impersonnalité- évite les commentaires psychologiques étoffés qui expliquent le bien-fondé du geste du personnage comme l’aurait fait un Balzac par exemple.
Conclusion :
La description prédomine sur la narration. Cette trouvaille va perturber l’équilibre initial et entraîner le drame du personnage. Un cadre dévalorisé préfigure des protagonistes dévalorisés aussi.(cf. l’incipit des romans de Balzac).
…………………………………
Séance5 :
Explic. Linéaire
(La nouvelle se répandit…………du soupçon)
Objectifs :-reconnaître la technique du rebondissement dans une narration.
-analyser l’effet psychologique de l’accusation sur les personnage.
-faire noter comment un objet de peu d’importance(ficelle) se transforme en situation tragique.
a -Situation du passage : le porte feuille perdu a été trouvé.
b –Lecture expressive
c- Introduction
Le texte raconte l’effet bénéfique du fait que le portefeuilles a été trouvé , mais ce triomphe va être nuancé lorsque les gens ne vont pas croire Hauchecorne. Ce qui déclenchera chez lui la déception et l’indignation.
d- Découpage en mouvements: on peut découper ce texte en 3 unités de sens :
1-(la nouvelle…il était tranquille) :le faux triomphe de Hauchecorne.
-le narrateur « se joue » de son lecteur : tout laisse penser que l’affaire est close, or, un rebondissement est mis en marche : bien que le porte feuille soit retrouvé, maître Hauchecorne a la malchance de ne rencontrer que les « incrédules ».
-le fait de raconter son histoire devient une obsession /une monomanie pour le personnage.(remarquer la répétition de ce verbe et ses variantes : parler, narrer –histoire, récit, aventure…). Cette idée est renforcée par le triple emploi du participe présent : « Il allait, arrêté par tous, arrêtant ses connaissances, recommençant sans fin son récit et ses protestations, montrant ses poches retournées…» .
-les mentions du temps laisse croire que c’est interminable(cf. le mythe de Sisyphe) : la nuit, le jour, le soir, tout le jour, le mardi de l’autre semaine, le lendemain, vers une heure de l'après-midi, …
-remarquer les intensifs : tout, sans fin…….
- étudier le portrait du personnage et son évolution au fil du récit.
2-( et pourtant ….l’affaire) naissance d’un malaise(d’un soupçon) chez Hauchecorne.
-noter la valeur oppositive du coordonnant « et ».
-le doute : réaction apparente des interlocuteurs : «on avait l’air, on ne paraissait pas convaincu, il lui semblait »
-L’emploi des formes élidées « C'qui m'faisait » et syncopées « r'porte » garde au dialogue la saveur du parler local.
3- (Un maquignon de Montivilliers lui cria ………… la fin) : le soupçon élucidé.
(Un maquignon : marchand de bestiaux malhonnête). « quelque chose le gênait… » : on part du général au plus précis. C’est le 3ème personnage qui va éclaircir la situation pour Hauchecorne en lui expliquant clairement : « y en a qui trouve et y en a un qui r'porte »
Ce qui entraîne successivement chez lui : la déception - le délire -l’agonie- la mort.
- utilisation du point de vue interne : perception déformée du réel.
-Outils de la langue : La voix passive.
-Lexique : Les substituts du nom et leur évolution vers la perte d’identité. Les verbes modalisateurs.
-L’anaphore « il » mime la répétition maladive du geste du personnage :
« Il comprenait enfin. On l'accusait d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère, par un complice. Il voulut protester. Toute la table se mit à rire. Il ne put achever son dîner et s'en alla, au milieu des moqueries. Il rentra chez lui, honteux … »
La forme même du texte (plusieurs alinéas courts) semblent dire combien le personnage est désorienté, complètement désemparé. Il est dans une situation à la fois comique et tragique* . Plus il tente de prouver son innocence plus il s’enfonce dans le piège du groupe. Il est la risée de tout le monde car les autres ne veulent que le taquiner pour s’amuser de lui.
-Faire noter le procédé de la gradation dans le dernier paragraphe :
« honteux – indigné- étranglé par la colère - atterré - innocence impossible - frappé au coeur par l'injustice du soupçon. »
e- Conclusion
-l’importance de ce texte dans la nouvelle : l’évolution affective du personnage
-la morale du conte – « Y a rien qui vous nuit comme d'être en réprobation pour une menterie. »
-le mensonge pèse tellement sur le personnage : insistance : « dire, raconter, parler…).
-Sur le plan philosophique, cette scène montre la cruauté de l’Homme et son agressivité.
-Maupassant est influencé par Schopenhauer (1788-1860), philosophe allemand pessimiste. "la passion amoureuse est une ruse de la nature pour assurer le salut de l'espèce".


* -on peut faire photocopier par les élèves une fiche technique sur les principaux tons d’un texte littéraire, appelés aussi registres : comique, tragique, fantastique, pathétique…
…………………………………
Séance 6 :
LG : Etude de la passivation
Objectif :-en plus du mécanisme de la transformation passive, l’élève connaître certaines valeurs de la passivation.
Faire élaborer le corpus suivant à partir du T.vu :
(1-Il fut confronté avec M. Malandain.
2-…le vieux fut entouré, interrogé avec une curiosité sérieuse et goguenarde.
3-Il allait, arrêté par tous, arrêtant ses connaissances, recommençant sans fin son récit et ses protestations.
4-Et il se fâchait, s'exaspérant, enfiévré, désolé de n'être pas cru, ne sachant que faire, et contant toujours son histoire.
5-Il en fut malade toute la nuit.
6- Y a rien qui vous nuit comme d'être en réprobation pour une menterie.
7-Le mardi de l'autre semaine, il se rendit au marché de Goderville, uniquement poussé par le besoin de conter son cas.
8- On l'accusait d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère, par un complice.
9-Il rentra chez lui, honteux et indigné, étranglé par la colère, par la confusion
10- Son innocence lui apparaissait confusément comme impossible à prouver, sa malice étant connue.
11-Et il se sentait frappé au cœur par l'injustice du soupçon.)
1-Définition :
La forme passive est considérée comme une transformation ou une forme dérivée avec deux conditions : présence d’un verbe transitif direct et l’idée de présence d’un agent et d’un patient. Dans le passage étudié, la passivation sert à montrer l’effet de l’interrogatoire de la foule sur Hauchecorne.
2-Les modes de passivation :
a- COD +être+P.P+Compl. d’agent : Il fut confronté…
b-Les pronominaux : La place se dépeupla ; les plats se vidaient ; il se rongeait les ongles ; s’épuisant d’efforts inutiles…
c- L’infinitif :6( être en réprobation pour une menterie) : être l’objet de.., que d’être vu ainsi par..
d- L’impersonnel sans C.A. : Il a été perdu (…)un porte feuille. (L….)
e -L’adjectif en ble :10 (impossible à prouver…), cf. délectable, impassible, interminables…
f-La nominalisation : ex. : Construction d’un pont à Oujda.
g- Les verbes symétriques : de couleur ou de changement d’état : il dépérissait à vue d’œil.
3-Les rôles discursifs de la passivation :
a- Taire le responsable du procès : dans toutes les phrases du corpus, l’agent est ou bien occulté, ou bien relégué au second plan. Le personnage est mené(malmené) par une force externe. Il ne fait que subir le poids de la foule et des événements.
b- L’information primordiale et la thématisation :Au lieu de dire par exp. Un chien a mordu Pierre, on dit souvent : Pierre a été mordu par un chien. (on commence par l’humain).
c- La liaison avec une phrase précédente.
(…)
Conclusions :
Le style des nouvelles de Maupassant reprend quelques-uns des traits typiques de l’écriture réaliste et de l’école naturaliste. Ses récits comportent en outre des mots empruntés au patois normand; les propos et les pensées des personnages sont d’ailleurs souvent rapportés au style indirect libre, ce qui permet de mêler étroitement leurs idiolectes (langages spécifiques) à la narration. Le recours à la passivation (sous ses diverses formes)est une constante qui s’explique par la volonté d’occulter l’agent et de faire de l’Homme un être passif, entraîné par le cours des événements(lieu, groupe…).
…………………………………
Séance7 : PE :
Objectifs : -produire un texte argumentatif à partir d’une thèse donnée.
-apprendre à justifier son point de vue à partir du texte.
Essai littéraire
Consigne :
« Selon certains scientifiques du XIXème siècle , l’homme n’est que le produit du milieu où il vit.
Commentez cette réflexion à la lumière de votre lecture de La Ficelle de Maupassant. »
On procèdera par un travail collectif avant de laisser chaque élève produire son texte :
a- comprendre le sujet :
Les mots clés : Homme/milieu/produit.
Contexte : théorie du milieu : soubassement du réalisme et du naturalisme.
b- trouver des arguments et les illustrer par des exemples :
L’espace où nous voyons le jour et où nous grandissons détermine dans une grande mesure notre devenir. (sur ce point Maupassant rejoint quelque peu Zola).
-La ruse est une qualité des paysans normands :
« Les paysans tâtaient les vaches, s'en allaient, revenaient, perplexes, toujours dans la crainte d'être mis dedans, n'osant jamais se décider, épiant l'oeil du vendeur, cherchant sans fin à découvrir la ruse de l'homme et le défaut de la bête. »
L’incrédulité est une règle de conduite chez tous les villageois, non une exception. Maître Hauchecorne est victime de cette ruse supposée répandue.
-Le personnage n’arrive pas à se défendre parce qu’il est analphabète + son contact permanant avec la bête l’a « abêti » en quelque sorte.
-La vie « cruelle » de ces gens leur a ôté tout humanisme : voir la cruauté avec laquelle ils se comportent avec maître Hauchecorne. Une sorte de conditionnement.
- « Toute l'aristocratie de la charrue mangeait là ». Ce clin d’œil comique de l’auteur, en plus de l’insistance sur la saleté du lieu, nous renseignent sur l’absence de toute bienveillance chez ces normands. Autrement dit : un sale lieu produit un sale caractère !
-(…)
d- construire un plan
e- rédiger une introduction
f- rédiger une conclusion.
2-Sujet N° 2, à faire hors classe : Consigne :
« L’homme est un loup pour l’homme» disait Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVII ème siècle.
Commentez cette réflexion à la lumière de votre lecture de La Ficelle de Maupassant. »

NB. Pour motiver les élèves à traiter ce sujet, on leur rappellera que la problématique de la relation avec l’Autre (l’amitié) figure sur le programme de philosophie de la 2ème bac. Ils ont intérêt alors à s’habituer à l’analyse de ce genre de sujets.
…………………………………
Séance 8 :
Objectifs :-A partir de l’analyse du personnage principal de la nouvelle, l’élève découvrira peu à peu la vision du monde pessimiste de l’auteur .
AO : Etude du personnage principal
Maître Hauchecorne , est-il victime ou fautif ?
1-Un anti-héros :
1.1-Un prénom dévalorisant ( hauche /hocher et cornes)qui ravale le personnage à l’état d’une bête de somme. Le narrateur ne définit pas le statut social du personnage . L’épithète « maître » ne renvoie pas au domaine juridique. Est-ce une ironie ?
-Y a-t-il vraiment un héros dans cette nouvelle de Maupassant ? Avant de donner une réponse, il faut définir ce mot clé. D’habitude, on lie avec un héros des traits caractéristiques comme le courage, la force et l’intelligence. S’il y a des situations menaçantes, le héros agit tout de suite ou pour se défendre tout seul ou pour sauver la vie des autres. Il risque sa propre vie et développe des forces inconnues. Dans la guerre, on parle d’un héros, si quelqu’un a réussi à emporter la victoire. Il y a aussi des héros tragiques. Ce sont des personnages qui doivent choisir entre deux possibilités et chacune d’entre elles va mener à la catastrophe. Malgré une grave déchéance, la personne touchée par la crise n’en plaint pas du tout.
1.2- Une figure marginale : Maître Hauchecorne n’est pas susceptible de prouver son innocence. Il devient - comme la folle, une femme malade qui ne reçoit pas d’aide et qui doit mourir - une victime de la société qui échoue à cause de la cruauté vécue des gens en général et par suite de leur stupidité qui culmine à la simplicité et la platitude.
De façon générale, si l’on analyse le comportement des protagonistes dans les nouvelles de Maupassant, on découvre des gens marginaux : Mme Loisel, la personne principale dans « La parure » symbolise plus ou moins une héroïne tragique au sens classique. Elle tâche de payer toutes ses dettes et à la fin, elle y réussit. On rencontre chez le nouvelliste d’autres types : la folle, l’aveugle, le vagabond, le soldat lâche…etc.


2-Maître Hauchecorne : un personnage victime de la société:
2.1-Le poids du groupe sur l’individu : un individu affronte beaucoup d’interlocuteurs « unanimes » sur sa culpabilité) : la folie, la mort. D’où la forte présence de la passivation.
On découvre dans La ficelle une isolation systématique vis-à-vis de Maître Hauchecorne qui a l’idée fixe de prouver son innocence quoiqu’il n’y ait plus de chance. A la fin, il perd la raison jusqu’à ce qu’il meure. L’ennemi du personnage principal se venge alors de manière rusée en le poussant dans la folie. En conséquence, Maupassant critique la brutalité affreuse des hommes envers les membres de société qui ne savent pas se défendre. L’homme est un être impitoyable( la majorité des nouvelles de Maupassant traitent ce thème).Les Autres empoisonnent la vie du personnage. La société est donc source du mal.
2.2-victime du milieu : une vie de bête, rhumatisme, conditionné par le travail dur. Le marché/la foule tient lieu d’embuscade pour le personnage (chez lui= abri).
2.3-victime du destin, de la malchance (ironie du sort !) : un héros tragique ! Il est vu au moment où il ramasse la ficelle par son pire ennemi. Rappeler le thème de la « fortune » arbitraire chez les Antiques et les Classique. Disciple de Schopenhauer, Maupassant s’en prend à tout ce qui peut inspirer quelque confiance dans la vie.
3-Mais, il a aussi des défauts /des faiblesses :
Maître Hauchecorne = un être vulnérable.( dimension anthropologique de l’œuvre)
-rancunier
-curieux
-ne sait pas se défendre : dans les dialogues, il se contente de phrases très courtes, voire inachevées. Il n’a pas le pouvoir du discours(l’argumentation et la logique lui font défaut).
-se laisse prendre par le piège du groupe…
-économe
-sa « prétendue » ruse n’a pas servi à l’innocenter.
Bref : -L’homme est « une bête à peine supérieure aux autres »
-L’univers est un déchaînement de forces aveugles et inconnaissables.
-L’amitié est « une odieuse tromperie »
-D’où la fragilité de la condition humaine, par opposition à l’idéalisation /sacralisation de l’Homme chez les prédécesseurs : Humanisme, Classicisme, Romantisme…
Conclusion :
L’étude de la figuration de Maître Hauchecorne dans la nouvelle nous révèle qu’il est victime du milieu, du groupe social,du destin mais aussi de ses propres défauts. Une telle figuration de ce personnage n’en demeure pas moins emblématique de la condition humaine en général. En effet, si l’on compare les idées de Maupassant et son attitude face à l’humanité aux pensées « fin de siècle », on trouve beaucoup de parallèles (naturalisme, évolutionnisme, …). En particulier, l’auteur dessine un monde dans lequel il n’y a plus de place pour un être humain qui a besoin d’aide. (cf . La théorie de la sélection naturelle développée par Darwin)
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Séance 9 :
Langue : L’alternance imparfait/ Passé simple.
Objectifs : connaître les valeurs principales de l’imparfait et du P.S
L’imparfait :
Rappel : L’imparfait se forme à partir de la première personne du pluriel du présent de l’indicatif dont on enlève les désinences. On y ajoute les terminaisons –ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient.
L’imparfait s’utilise :
-pour une action habituelle dans le passé. Ex : Tout le jour , il parlait de son aventure
-pour la description/ l’état dans les récits au passé.
Ex : c’était jour de marché.. ; c’était une foule…
-Pour indiquer une action simultanée par rapport à un autre verbe au passé. Ex : il m’a dit qu’il ne me parlait que pour mes beaux yeux.
Il indique en général une action prise dans sa durée continue, sans que l’on prenne en compte ses limites.
Ex : Les uns tiraient au bout d’une corde une vache.
Il peut être utilisé pour un événement qui a failli se produire. Ex : Encore un peu et tu tombais ! Il indique un fait hypothétique rejeté dans le passé.
Enfin, il est utilisé après " si " dans les subordonnées hypothétiques pour signifier l’irréel du présent ou une
condition qui a peu de chances de se concrétiser. S’il faisait beau aujourd’hui, nous irions à la plage. / Si
j’étais riche, j’habiterais une maison en Corse.
3. Le passé simple
C’est un temps qui peut remplacer le passé composé. Il existe surtout à l’écrit, dans les textes littéraires ou historiques, et dans certains journaux. Il correspond à l’un des canons de la littérature traditionnelle et, pour cette raison, a tendance à disparaître. Il est très rarement utilisé à l’oral. Ex : Le premier texte en langue française fut écrit en 842, ce sont les Serments de Strasbourg.
Au contraire du passé composé, le passé simple ne peut pas exprimer de liens avec le présent.
Exercice :
Mettez les v. ( ) à l’imparfait puis indiquez la valeur exprimée :
1. Quand j’(être) ------------petit, je (avoir) ------------les cheveux blonds.
2. Au lycée, nous (étudier) -------------trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol.
3. Tu ne (manger) -------------pas de soupe tu (choisir) ------------toujours les desserts.
4. Les hommes politiques (dire) -------------toujours la vérité.
5. Mon frère et moi, nous (aller) -------------à l’école en bus et nous (revenir) --------------en voiture avec nos parents.
6. Les enfants (attendre) ------------le père Noël jusqu’à minuit, après, ils (prendre) -------------leurs cadeaux sous le sapin.
7. Les français (boire) ---------------du vin à tous les repas.
8. Je (réviser) mes leçons ----------------quand mon frère (regarder)-------------- à la télévision.
9. Tu (ne pas pouvoir) -------------comprendre l’exercice, il (être) -----------trop difficile.
Récapitulation
-A partir du texte, faire compléter le tableau suivant :
Passé simple Valeur Imparfait valeur
-
-
-
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Séance10 :
LG : Le discours indirect libre.
Objectif : connaître la forme et les valeurs du DIL.
Définition :
Le DIL comporte bon nombre des caractéristiques du style indirect (concordance des temps), mais :
Il n'y a plus de subordonnées puisque le verbe introducteur et la conj. de subordination ont été supprimés.
Il conserve parfois quelques unes des caractéristiques propres au style direct : interjections, exclamations, etc..., mais il n'y a aucune ponctuation propre au style direct et temps, et adverbes suivent la concordance des temps.
C'est donc une manière de rapporter des paroles intermédiaire entre le style direct et le style indirect (certaines caractéristiques communes aux deux) :
« Maître Hauchecorne demeura interdit et de plus en plus inquiet. Pourquoi l'avait-on appelé "gros malin" ? »
Le DIL pose des problèmes d’identification. Tenant ses marques à la fois de l’un et de l’autre – autonomie et modalisation du D.D, système du temps et de la personne du D.I – il n’est ni l’un ni l’autre. Le passage du récit au discours, puis du discours au récit est repérable pour le D.D et pour le D.I, mais pas pour le D.I.L ; seul le contexte permet d’interpréter un segment comme étant du discours, et encore quand il s’agit d’un récit de paroles ; le récit de pensée est, lui, difficilement repérable, et parfois, le doute persiste comme dans ce segment aux six dernières lignes du passage, dont on ne sait pas s’il s’agit d’un discours que se tient mentalement le personnage, ou si c’est un commentaire du narrateur, c’est-à-dire un discours au premier degré. Remarquons que pour ce passage, précisément, si c’est bien du DIL, il est très difficile de dire où il commence. Il en résulte une confusion de voix dont les stratégies énonciatives font un enjeu majeur : la polyphonie.
Selon La Grammaire systématique de langue française (Baylon et Fabre. (Nathan).), « le style indirect libre est un procédé de l’école naturaliste ; il répond au souci d’impartialité des écrivains du temps : parole et pensées du personnage seront rapportées sans que le narrateur s’interpose entre ce personnage et le monde crée » p.215.
Certains indices aident à l’ D.I.L : v. introducteurs : raconter, dire, comprendre :
-Les plats passaient, se vidaient comme les brocs de cidre jaune. Chacun racontait ses affaires, ses achats et ses ventes. On prenait des nouvelles des récoltes. Le temps était bon pour les verts, mais un peu mucre pour les blés.
- Il arrêtait des inconnus pour la leur dire. Maintenant il était tranquille, et pourtant quelque chose le gênait sans qu'il sût au juste ce que c'était. On avait l'air de plaisanter en l'écoutant. On ne paraissait pas convaincu. Il lui semblait sentir des propos derrière son dos.
Le paysan resta suffoqué. Il comprenait enfin. On l'accusait d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère, par un complice.
Mais parfois le lecteur hésite . Les linguistes parlent de « polyphonie », comme dans cette phrase :
-La nuit vient; Il fallait partir. ( qui prend en charge la phrase soulignée : le narrateur ou le personnage ?)
Conclusion :
Le DIL participe de l’ effet du réel, caractéristique de l’esthétique réaliste. Il est actuellement fréquent dans le nouveau roman, l’élève doit être sensibilisé à cette forme d’écriture et aux problèmes d’interprétation qu’ elle pose. Parfois plusieurs interprétations sont acceptées.
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Séance11 : AO : exposé-débat sur le genre de la nouvelle
(Si le niveau de la classe est très bas, on se contente d’une simulation de la scène entre Hauchecorne et le maire par exp).
Objectif :-connaître des critères définitoires du genre de la nouvelle.
On peut partit d’un exposé court d’un ou de deux élèves qui sera comme plate forme au débat.
NB. Certains ouvrages utilisent le terme « conte » pour désigner les nouvelles de Maupassant, vu leur caractère d’oralité.
1.Définition :
« nouvelle (littérature), genre de fiction narrative en prose, qui se différencie du roman par sa brièveté. Toutefois, on remarque aisément que cette caractéristique formelle ne suffirait pas à la distinguer d'un conte ou d'un roman court. En d'autres termes, les critères définitoires de la nouvelle, faute de trait générique véritablement distinctif, doivent inclure d'autres traits, notamment ceux concernant la construction dramatique. (…) La construction dramatique de la nouvelle est caractérisée par une unité d'intrigue et par le petit nombre des personnages. Le début d'une nouvelle, si on le compare à celui d'un roman de facture traditionnelle (c'est-à-dire en gros à un roman dont le modèle narratif est le modèle balzacien), comporte des préliminaires très rapides et parfois un début in medias res. Le début in medias res (qui caractérise des œuvres aussi éloignées de la nouvelle que l'Odyssée ou Ulysse de Joyce) suppose une entrée en matière abrupte : il n'est pas obligatoire dans la nouvelle mais il lui convient bien. Les nouvelles les plus représentatives réduisent donc à quelques traits marquants les notations concernant le cadre spatio-temporel ou le cadre social ainsi que la description des personnages. Tout dans la narration est censé tendre vers un effet unique et vers une chute qu'une série d'indices permet de deviner par anticipation (ou bien ne permet pas de deviner, auquel cas la chute est une surprise). »
CD ENCARTA 2002.
2-Caractéristiques :
-La brièveté : Récit de longueur variable mais généralement inférieure à celle du roman.
-L'histoire : Elle est constituée par une action rapide, centrée sur un noyau : une seule intrigue condensée(crise, événement extraordinaire, effet psychologique ...) autour duquel s'organise la structure du récit. C’est une « nouvelle » dans le sens d’information qui vise à divertir et/ou à instruire. Les faits racontés sont en général présentés comme vraisemblables.
-Les personnages : Ils sont souvent décrits à un moment de leur vie ; leur portrait est réduit à quelques traits significatifs. Leur comportement est surtout étudié face à l'événement. Donc, ils n’ont pas une épaisseur psychologique comme c’est le cas dans le roman.
-L'originalité : L'auteur cherche à capter l'attention de son lecteur en cherchant un sujet ou une narration qui sortent de l'ordinaire.
-Le décor : Organisé autour de l'événement central, il se limite souvent aux renseignements utiles pour comprendre le déroulement du récit ou pour s'imprégner d'une ambiance.
-La chute : Le récit s'achève parfois sur une (ou quelques) phrase(s) courte(s) qui ménage(nt) un effet de suspense, de surprise ou assène(nt) un trait de réflexion.
-Le "message" : Fréquemment l'auteur veut inciter le lecteur à réfléchir.
- Thierry Ozwald, récapitule les caractéristiques de la nouvelle dans : le souci du réalisme, la dramatisation (la théâtralisation : étudier le dialogue et les répliques courtes) et le fait brutal qui bouleverse la situation de départ.
-Une partie des nouvelles de Maupassant ( la farce normande) poursuivent la tradition du fabliau ( un genre ancien).
3-La nouvelle réaliste :
1) Le réalisme est une évocation d'une réalité, fondée sur des faits réels ou qui pourraient l'être.
Quels aspects, quels problèmes de la société du XIXe siècle peut-on trouver dans cette nouvelle?
2) Le réalisme ne cherche pas à embellir, à modifier le réel, même s'il est dur à soutenir.
Quelle scène de "La Ficelle" peut répondre à cette définition ?
3) La nouvelle réaliste doit avoir l'apparence de la vérité. Elle ne tolère pas les invraisemblances.
Relevez dans l'organisation du récit tous les éléments de la situation, des lieux, du temps, etc. sans lesquels la situation paraîtrait irréelle, impossible.
Conclusion :
L’unité de l’intrigue, la brièveté, l’oralité, l’inversion, la simplicité des personnages , la chute finale sont des caractéristiques du genre de la n
ouvelle en général. La nouvelle réaliste part d’un fait réel, pris dans la vie de tous les jours. Elle ne vise nullement à édulcorer la réalité comme chez les Romantiques par exemple.
Conclusion générale :
Au bout de cette séquence,l’élève aura appris les principales caractéristiques d’une nouvelle réaliste. Il fera des rapprochements avec le programme de l’arabe (cf : le recueil de nouvelles en 2ème bac.). Certes on ne fait pas de la littérature pure au lycée marocain, mais cela n’empêche que les connaissances littéraires ou philosophique simplifiées et bien dosées motivent l’élève et l’implique dans sa formation. Par contre, un enseignement plat et simpliste ne peut qu’ennuyer et démotiver notre lycéen .Les connaissances de langue n’ont d’intérêt que si elles sont intégrées dans le cadre d’un projet pédagogique sous-tendu d’une problématique bien posée.
Pour s’assurer que l’élève a retenu l’essentiel de ce qui a été dit, une séance d’évaluation a été prévue. Il s’agit de mettre l’élève en face d’un autre texte du même genre, du même auteur et l’inviter à la réflexion et à l’analyse par le biais d’un bref questionnaire.
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Séance12 :
Evaluation : Durée : 2 h.
LE VAGABOND (début)
« DEPUIS quarante jours, il marchait, cherchant partout du travail. Il avait quitté son pays' Ville-Avaray, dans la Manche, parce que l'ouvrage manquait. Compagnon charpentier, âgé de vingt-sept ans, bon sujet, vaillant, il était resté pendant deux mois à la charge de sa famille, lui, fils aîné, n'ayant plus qu'à croiser ses bras vigoureux, dans le chômage général. Le pain devint rare dans la maison; les deux soeurs allaient en journée, mais gagnaient peu; et lui, Jacques Randel, le plus fort, ne faisait rien parce qu'il n'avait rien à faire, et mangeait la soupe des autres.
Alors, il s'était informé à la mairie; et le secrétaire avait répondu qu'on trouvait à s'occuper dans le Centre.
Il était donc parti, muni de papiers et de certificats , avec sept francs dans sa poche et portant sur l'épaule, dans un mouchoir bleu attaché au bout de son bâton, une paire de souliers de rechange, une culotte et une chemise. Et il avait marché sans repos, pendant les jours et les nuits, par les interminables routes, sous le soleil et sous les pluies, sans arriver jamais à ce pays mystérieux où les ouvriers trouvent de l'ouvrage. Il s'entêta d'abord à cette idée qu'il ne devait travailler qu'à la charpente, puisqu'il était charpentier. Mais, dans tous les chantiers où il se présenta, on répondit qu'on venait de congédier des hommes, faute de commandes, et il se résolut, se trouvant à bout de ressources, à accomplir toutes les besognes qu'il rencontrerait sur son chemin.
Donc, il fut tour à tour terrassier, valet d'écurie, scieur de pierres; il cassa du bois, ébrancha des arbres, creusa un puits, mêla du mortier, lia des fagots, garda des chèvres sur une montagne, tout cela moyennant quelques sous, car il n'obtenait, de temps en temps, deux ou trois jours de travail qu'en se proposant à vil prix, pour tenter l'avarice des patrons et des paysans.
Et maintenant, depuis une semaine, il ne trouvait plus rien, il n'avait plus rien et il mangeait un peu de pain, grâce à la charité des femmes qu'il implorait sur le seuil des portes, en passant le long des routes.
Le soir tombait, Jacques Randel harassé, les jambes brisées, le ventre vide, l'âme en détresse, marchait nu-pieds sur l'herbe au bord du chemin, car il ménageait sa dernière paire de souliers, l'autre n'existant plus depuis longtemps déjà. C'était un samedi, vers la fin de l'automne. Les nuages gris roulaient dans le ciel, lourds et rapides, sous les poussées du vent qui sifflait dans les arbres. On sentait qu'il pleuvrait bientôt. La campagne était déserte, à cette tombée de jour, la veille d'un dimanche. De place en place, dans les champs, s'élevaient pareilles à des champignons jaunes, monstrueux, des meules de paille égrenées; et les terres semblaient nues, étant ensemencées déjà pour l'autre année.
Randel avait faim, une faim de bête, une de ces faims qui jettent les loups sur les hommes. Exténué, il allongeait les jambes pour faire moins de pas et, la tête pesante, le sang bourdonnant aux tempes, les yeux rouges, la bouche sèche, il serrait son bâton dans sa main avec l'envie vague de frapper à tour de bras sur le premier passant qu'il rencontrerait rentrant chez lui manger la soupe.
Il regardait les bords de la route avec l'image, dans les yeux, de pommes de terre défoules, restées sur le sol retourné. S'il en avait trouvé quelques-unes, il eût ramassé du bois mort, fait un petit feu dans le fossé, et bien soupé, ma foi, avec le légume chaud et rond, qu'il eût tenu d'abord, brûlant, dans ses mains froides.
Mais la saison était passée, et il devrait, comme la veille, ronger une betterave crue, arrachée dans un sillon.
Depuis deux jours , il parlait haut en allongeant le pas sous l'obsession de ses idées. Il n'avait guère pensé, jusque-là, appliquant tout son esprit, toutes ses simples facultés, à sa besogne professionnelle. Mais voilà que la fatigue, cette poursuite acharnée d'un travail introuvable, les refus, les rebuffades, les nuits passées sur l'herbe, le jeûne, le mépris qu'il sentait chez les sédentaires pour le vagabond, cette question posée chaque jour : « Pourquoi ne restez-vous pas chez vous ? ", le chagrin de ne pouvoir occuper ses bras vaillants qu'il sentait pleins de force, le souvenir des parents demeurés à la maison et qui n'avaient guère de sous, non plus, l'emplissaient peu à peu d'une colère lente, amassée chaque jour, chaque heure, chaque minute, et qui s'échappait de sa bouche, malgré lui, en phrases courtes et grondantes.
Tout en trébuchant sur les pierres qui roulaient sous ses pieds nus, il grognait : « Misère... misère... tas de cochons... laisser crever de faim un homme... un charpentier... tas de cochons...pas quatre sous... pas quatre sous... v'là qu'il pleut... tas de cochons !.... » Il s'indignait de l'injustice du sort et s'en prenait aux hommes, à tous les hommes, de ce que la nature, la grande mère aveugle, est inéquitable, féroce et perfide.»
QUESTIONS :
1- Etudiez la description réaliste dans ce début de cette nouvelle de Maupassant.
2- En quoi la misère du vagabond ressemble-t-elle à celle de maître Hauchecorne ?
3- Qu’est-ce qui montre que c’est un conte normand ?
4- Dégagez du texte les formes de la voix passive et le discours indirect libre.
5- Quels sont les point de vue narratifs mis en œuvre dans le texte ? Justifier.
6- Que va-t-il arriver à ce vagabond d’après vous ? qu’est ce qui le montre dans le texte ?
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Bibliographie :
1- La nouvelle, Thierry Ozwald, Coll. « Contours littéraires », Hachette, Paris 1996.
2- CD ENCARTA 2002.
3- Des sites Internet.
4- Des ouvrages scolaires sur Maupassant « Contes choisis »…
5- La Grammaire systématique de langue française. Baylon et Fabre. (Nathan).
Prolongement :
L’idéal serait de choisir des nouvelles de Maupassant (cf. Contes choisis) et de les mettre à la disposition des élèves, en vue de leur donner le goût de la lecture pour soi (pour le plaisir). C’est « l’autonomie » dont parlent les Orientations Pédagogiques.
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ANNEXE
La ficelle
A Harry Alis
(Sur toutes les routes autour de Goderville, les paysans et leurs femmes s'en venaient vers le bourg, car c'était jour de marché. Les mâles allaient, à pas tranquilles, tout le corps en avant à chaque mouvement de leurs longues jambes torses, déformées par les rudes travaux, par la pesée sur la charrue qui fait en même temps monter l'épaule gauche et dévier la taille, par le fauchage des blés qui fait écarter les genoux pour prendre un aplomb solide, par toutes les besognes lentes et pénibles de la campagne. Leur blouse bleue, empesée, brillante, comme vernie, ornée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc, gonflée autour de leur torse osseux, semblait un ballon prêt à s'envoler, d'où sortait une tête, deux bras et deux pieds.
Les uns tiraient au bout d'une corde une vache, un veau. Et leurs femmes, derrière l'animal, lui fouettaient les reins d'une branche encore garnie de feuilles, pour hâter sa marche. Elles portaient au bras de larges paniers d'où sortaient des têtes de poulets par-ci, des têtes de canards par-là. Et elles marchaient d'un pas plus court et plus vif que leurs hommes, la taille sèche, droite et drapée dans un petit châle étriqué, épinglé sur leur poitrine plate, la tête enveloppée d'un linge blanc collé sur les cheveux et surmontée d'un bonnet.
Puis un char à bancs passait, au trot saccadé d'un bidet, secouant étrangement deux hommes assis côte à côte et une femme dans le fond du véhicule, dont elle tenait le bord pour atténuer les durs cahots.)
(Sur la place de Goderville, c'était une foule, une cohue d'humains et de bêtes mélangés. Les cornes des boeufs, les hauts chapeaux à longs poils des paysans riches et les coiffes des paysannes émergeaient à la surface de l'assemblée. Et les voix criardes, aiguës, glapissantes, formaient une clameur continue et sauvage que dominait parfois un grand éclat poussé par la robuste poitrine d'un campagnard en gaieté, ou le long meuglement d'une vache attachée au mur d'une maison. Tout cela sentait l'étable, le lait et le fumier, le foin et la sueur, dégageait cette saveur aigre, affreuse, humaine et bestiale, particulière aux gens des champs.
Maître Hauchecorne, de Bréauté, venait d'arriver à Goderville, et il se dirigeait vers la place, quand il aperçut par terre un petit bout de ficelle. Maître Hauchecorne, économe en vrai Normand, pensa que tout était bon à ramasser qui peut servir ; et il se baissa péniblement, car il souffrait de rhumatismes. Il prit par terre le morceau de corde mince, et il se disposait à le rouler avec soin, quand il remarqua, sur le seuil de sa porte, maître Malandain, le bourrelier, qui le regardait. Ils avaient eu des affaires ensemble au sujet d'un licol, autrefois, et ils étaient restés fâchés, étant rancuniers tout deux. Maître Hauchecorne fut pris d'une sorte de honte d'être vu ainsi par son ennemi, cherchant dans la crotte un bout de ficelle. Il cacha brusquement sa trouvaille sous sa blouse, puis dans la poche de sa culotte ; puis il fit semblant de chercher encore par terre quelque chose qu'il ne trouvait point, et il s'en alla vers le marché, la tête en avant, courbé en deux par ses douleurs.)
Il se perdit aussitôt dans la foule criarde et lente, agitée par les interminables marchandages. Les paysans tâtaient les vaches, s'en allaient, revenaient, perplexes, toujours dans la crainte d'être mis dedans, n'osant jamais se décider, épiant l'oeil du vendeur, cherchant sans fin à découvrir la ruse de l'homme et le défaut de la bête.
Les femmes, ayant posé à leurs pieds leurs grands paniers, en avaient tiré leurs volailles qui gisaient par terre, liées par les pattes, l'oeil effaré, la crête écarlate.
Elles écoutaient les propositions, maintenaient leurs prix, l'air sec, le visage impassible, ou bien tout à coup, se décidant au rabais proposé, criaient au client qui s'éloignait lentement :
- C'est dit, maît'Anthime. J'vous l'donne.
Puis peu à peu, la place se dépeupla et l'angélus sonnant midi, ceux qui demeuraient trop loin se répandirent dans les auberges.
Chez Jourdain, la grande salle était pleine de mangeurs, comme la vaste cour était pleine de véhicules de toute race, charrettes, cabriolets, chars à bancs, tilbury, carrioles innommables, jaunes de crotte, déformées, rapiécées, levant au ciel, comme deux bras, leurs brancards, ou bien le nez par terre et le derrière en l'air.
Tout contre les dîneurs attablés, l'immense cheminée, pleine de flamme claire, jetait une chaleur vive dans le dos de la rangée de droite. Trois broches tournaient, chargées de poulets, de pigeons et de gigots ; et une délectable odeur de viande rôtie et de jus ruisselant sur la peau rissolée, s'envolait de l'âtre, allumait les gaietés, mouillait les bouches.
Toute l'aristocratie de la charrue mangeait là, chez maît' Jourdain, aubergiste et maquignon, un malin qui avait des écus.
Les plats passaient, se vidaient comme les brocs de cidre jaune. Chacun racontait ses affaires, ses achats et ses ventes. On prenait des nouvelles des récoltes. Le temps était bon pour les verts, mais un peu mucre pour les blés.
Tout à coup le tambour roula, dans la cour, devant la maison. Tout le monde aussitôt fut debout, sauf quelques indifférents, et on courut à la porte, aux fenêtres, la bouche encore pleine et la serviette à la main.
Après qu'il eut terminé son roulement, le crieur public lança d'une voix saccadée, scandant ses phrases à contretemps :
- Il est fait assavoir aux habitants de Goderville, et en général à toutes les personnes présentes au marché, qu'il a été perdu ce matin, sur la route de Beuzeville, entre neuf heures et dix heures, un portefeuille en cuir noir contenant cinq cents francs et des papiers d'affaires. On est prié de le rapporter à la mairie, incontinent, ou chez maître Fortuné Houlbrèque, de Manerville. Il y aura vingt francs de récompense.
Puis l'homme s'en alla. On entendit encore une fois au loin les battements sourds de l'instrument et la voix affaiblie du crieur;
Alors on se mit à parler de cet événement, en énumérant les chances qu'avait maître Houlbrèque de retrouver ou de ne pas retrouver son portefeuille.
Et le repas s'acheva.
On finissait le café, quand le brigadier de gendarmerie parut sur le seuil.
Il demanda :
- Maître Hauchecorne, de Bréauté, est-il ici ?
Maître Hauchecorne, assis à l'autre bout de la table, répondit :
- Me v'là.
Et le brigadier reprit :
- Maître Hauchecorne, voulez-vous avoir la complaisance de m'accompagner à la mairie ? M. le maire voudrait vous parler.
Le paysan, surpris, inquiet, avala d'un coup son petit verre, se leva et, plus courbé encore que le matin, car les premiers pas après chaque repos étaient particulièrement difficiles, il se mit en route en répétant:
- Me v'là, me v'là
Et il suivit le brigadier.
Le maire l'attendait, assis dans un fauteuil. C'était le notaire de l'endroit, homme gros, grave, à phrases pompeuses.
- Maître Hauchecorne, dit-il, on vous a vu ce matin ramasser, sur la route de Beuzeville, le portefeuille perdu par maître Houlbrèque, de Manerville.
Le campagnard, interdit, regardait le maire, apeuré déjà par ce soupçon qui pesait sur lui, sans qu'il comprît pourquoi.
- Mé, mé, j'ai ramassé çu portafeuille ?
- Oui, vous-même.
- Parole d'honneur, j' n'en ai seulement point eu connaissance.
- On vous a vu.
- On m'a vu, mé ? Qui ça qui m'a vu ?
- M. Malandain, le bourrelier.
Alors le vieux se rappela, comprit et, rougissant de colère.
- Ah ! i m'a vu, çu manant ! I m'a vu ramasser ct'e ficelle-là, tenez, m'sieu le Maire.
Et fouillant au fond de sa poche, il en retira le petit bout de corde.
Mais le maire, incrédule, remuait la tête :
- Vous ne me ferez pas accroire, maître Hauchecorne, que M. Malandain, qui est un homme digne de foi, a pris ce fil pour un portefeuille ?
Le paysan, furieux, leva la main, cracha de côté pour attester son honneur, répétant :
- C'est pourtant la vérité du bon Dieu, la sainte vérité, m'sieu le Maire. Là sur mon âme et mon salut, je l'répète.
Le maire reprit :
- Après avoir ramassé l'objet, vous avez même encore cherché longtemps dans la boue si quelque pièce de monnaie ne s'en était pas échappée.
Le bonhomme suffoquait d'indignation et de peur.
- Si on peut dire !... si on peut dire !...des menteries comme ça pour dénaturer un honnête homme ! Si on peut dire !...
Il eut beau protester, on ne le crut pas.
Il fut confronté avec M. Malandain, qui répéta et soutint son affirmation. Ils s'injurièrent une heure durant. On fouilla, sur sa demande, maître Hauchecorne. On ne trouva rien sur lui.
Enfin le maire, fort perplexe, le renvoya, en le prévenant qu'il allait aviser le parquet et demander des ordres.
La nouvelle s'était répandue. A sa sortie de la mairie, le vieux fut entouré, interrogé avec une curiosité sérieuse et goguenarde, mais où n'entrait aucune indignation. Et il se mit à raconter l'histoire de la ficelle. On ne le crut pas. On riait.
Il allait, arrêté par tous, arrêtant ses connaissances, recommençant sans fin son récit et ses protestations, montrant ses poches retournées, pour prouver qu'il n'avait rien.
On lui disait :
- Vieux malin, va !
Et il se fâchait, s'exaspérant, enfiévré, désolé de n'être pas cru, ne sachant que faire, et contant toujours son histoire.
La nuit vient; Il fallait partir. Il se mit en route avec trois voisins à qui il montra la place où il avait ramassé le bout de corde ; et tout le long du chemin il parla de son aventure.
Le soir, il fit une tournée dans le village de Bréauté, afin de la dire à tout le monde. Il ne rencontra que des incrédules.
Il en fut malade toute la nuit.
Le lendemain, vers une heure de l'après-midi, Marius Paumelle, valet de ferme de maître Breton, cultivateur à Ymauville, rendait le portefeuille et son contenu à maître Houlbrèque, de Manerville.
Cet homme prétendait avoir en effet trouvé l'objet sur la route ; mais ne sachant pas lire, il l'avait rapporté à la maison et donné à son patron.
(La nouvelle se répandit aux environs. Maître Hauchecorne en fut informé. Il se mit aussitôt en tournée et commença à narrer son histoire complétée du dénouement. Il triomphait.
- C'qui m'faisait deuil, disait-il, c'est point tant la chose, comprenez-vous ; mais c'est la menterie. Y a rien qui vous nuit comme d'être en réprobation pour une menterie.
Tout le jour il parlait de son aventure, il la contait sur les routes aux gens qui passaient, au cabaret aux gens qui buvaient, à la sortie de l'église le dimanche suivant. Il arrêtait des inconnus pour la leur dire. Maintenant il était tranquille, et pourtant quelque chose le gênait sans qu'il sût au juste ce que c'était. On avait l'air de plaisanter en l'écoutant. On ne paraissait pas convaincu. Il lui semblait sentir des propos derrière son dos.
Le mardi de l'autre semaine, il se rendit au marché de Goderville, uniquement poussé par le besoin de conter son cas.
Malandain, debout sur sa porte, se mit à rire en le voyant passer. Pourquoi ?
Il aborda un fermier de Criquetot, qui ne le laissa pas achever et, lui jetant une tape dans le creux de son ventre, lui cria par la figure : "Gros malin, va!" Puis lui tourna les talons.
Maître Hauchecorne demeura interdit et de plus en plus inquiet. Pourquoi l'avait-on appelé "gros malin" ?
Quand il fut assis à table, dans l'auberge de Jourdain, il se remit à expliquer l'affaire. Un maquignon de Montivilliers lui cria :
- Allons, allons, vieille pratique, je la connais, ta ficelle !
Hauchecorne balbutia :
- Puisqu'on l'a retrouvé çu portafeuille ?
Mais l'autre reprit :
- Tais-toi, mon pé, y en a qui trouve et y en a un qui r'porte. Ni vu ni connu, je t'embrouille !
Le paysan resta suffoqué. Il comprenait enfin. On l'accusait d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère, par un complice.
Il voulut protester. Toute la table se mit à rire.
Il ne put achever son dîner et s'en alla, au milieu des moqueries.
Il rentra chez lui, honteux et indigné, étranglé par la colère, par la confusion, d'autant plus atterré qu'il était capable, avec sa finauderie de Normand, de faire ce dont on l'accusait, et même de s'en vanter comme d'un bon tour. Son innocence lui apparaissait confusément comme impossible à prouver, sa malice étant connue. Et il se sentait frappé au coeur par l'injustice du soupçon.)
Alors il recommença à conter l'aventure, en allongeant chaque jour son récit, ajoutant chaque fois des raisons nouvelles, des protestations plus énergiques, des serments plus solennels qu'il imaginait, qu'il préparait dans ses heures de solitude, l'esprit uniquement occupé par l'histoire de la ficelle; On le croyait d'autant moins que sa défense était plus compliquée et son argumentation plus subtile.
- Ca, c'est des raisons d'menteux, disait-on derrière son dos.
Il le sentait, se rongeait les sangs, s'épuisait en efforts inutiles.
Il dépérissait à vue d'oeil.
Les plaisants maintenant lui faisaient conter "la Ficelle" pour s'amuser, comme on fait conter sa bataille au soldat qui a fait campagne. Son esprit, atteint à fond, s'affaiblissait.
Vers la fin de décembre, il s'alita.
Il mourut dans les premiers jours de janvier et, dans le délire de l'agonie, il attestait son innocence, répétant :
- Une 'tite ficelle ...une 'tite ficelle ... t'nez, la voilà, m'sieu le Maire.
25 novembre 1883.

  




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