Relation père/filles dans le père goriot

 Par NAOUFI SAMIR  (?)  [msg envoyés : 33le 01-09-10 à 13:24  Lu :32017 fois
     
  
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Naoufi Samir / Collège Bir Anzarane Ifrane A /S
La relation père / fils dans Le Père Goriot
I- Introduction
Les courants réalistes ont donné naissance à des productions romanesques dignes d’intérêt. L’étude d’une société dans ses différentes facettes était l’apanage de quelques romanciers du genre de Balzac. Celui-ci qui par des romans inédits, comme le Père Goriot, a pu ancrer un modèle romanesque fondé sur l’observation et l’interprétation des sociétés de l’époque.
En ce qui concerne notre étude qui ne prétend à l’exhaustivité, il sera axé sur un thème fondateur qui a toujours constitué le bien fondé du Père Goriot à savoir le thème de la paternité. Un thème qui a le mérite de faire couler beaucoup d’encre jusqu’au point de devenir un vrai mythe incarné par une passion folle d’un vieux pour ses filles incontrôlables. Cet amour qui répercute sur toute une société laissant naître des personnages revêtant différentes peintures.
Dans cette perspective l’on s’attachera en premier lieu à donner une présentation globale des personnages sur lesquels est axé le thème de la paternité : Goriot, Delphine et Anastasie pour analyser en second lieu les caractéristiques de ce drame paternel et ses enjeux dans une époque gérée par les lois de la spéculation.
II- Présentation du personnage Goriot et ses filles
A- Goriot
Vermicellier avant la révolution, Goriot rachète le reste du commerce de son patron ruiné par un soulèvement. Il vend vermicelles, pâtes d’Italie et amidon et profite de la disette pour décupler le prix de ses farines chose qui lui procure une énorme fortune. Après, il a épousé la fille d’un paysan de la Brie dont il a deux filles : Delphine, et Anastasie.
Devenu veuf, en compagnie de ses filles, il a développé un sentiment de la paternité allant jusqu’à la folie. Dans cette perspective, il a fourni à ses filles une éducation bien au-dessus de leur classe sociale, et leur dédie d’énormes dots. Mais la paternité exagérée de Goriot, transforme graduellement son amour pour ses filles en passion, puis en vice. Au lieu de ramener ses filles à la raison, il les a poussées au comble de leur folie.
Dans le roman Le Père Goriot, la vente de son fond à Muret après de longues années de veuvage, l’a poussé de se retirer à la Maison Vauquer surtout que ses gendres refusent de l’accueillir. A ce moment, il a encore quelques mille francs ce qui a mené Madame Vauquer à s’intéresser au veuf. Ponctionné par ses filles, Goriot demande à habiter le deuxième étage de la pension Vauquer (l’étage des pauvres). Dépitée, Madame vauquer commence à l’humilier. La même année, Rastignac l’a surpris en train de compresser des couverts en vermeil pour les vendre à un orfèvre. Il acquitte avec le produit de la vente un billet à ordre pour Anastasie de Restaud. Rastignac, voyant en lui la figure du père éternelle et l’intermédiaire entre lui et ses filles, décide de se rapprocher de lui. Saisi d’une maladie inguérissable, il attend désespérément sur son lit de mort la visite de ses deux filles. En 1820, il meurt dans un état de dénuement le plus scabreux. Seul Rstignac assiste à la messe funèbre de troisième classe donnée en l’église Saint- Etienne-du-Mont.
B – Anastasie de Restaud
La comtesse Anastasie de Restaud est une figure féminine importante dans le père Goriot où elle a pour rivale sa propre sœur Delphine de Nuncingen dans son incessant combat pour accéder aux salons les plus huppés du Faubourg Saint-Germain, celui de la vicomtesse de Beauséant. Grâce à son mariage avec le comte de Restaud elle a pu accéder au monde de l’aristocratie.
Comme sa cadette Delphine, elle a laissé sans vergogne mourir son père dans une parfaite solitude après lui avoir soutiré ses derniers deniers. Anastasie a succombé au charme d’un dandy voyou qui la ruine en l’obligeant à combler les dettes qu’il a contractées.
C- Delphine de Nuncingen
Femme du baron de Nucingen qu’elle a épousé en 1808. Ce riche banquier ne lui donne que le stricte nécessaire la raison pour laquelle Delphine est toujours en quête de l’argent. Elle vient arracher à on père les derniers deniers du vieillard pour payer les dettes contractées par elle chez Gobseck en faveur de son amant Henri de Marsay. Devenue la maîtrisse de Rastignac, elle s’installe avec lui dans un petit appartement aménagé par le Père Goriot qui pense finir ses jours aux côtés des deux tourtereaux ; hélas les espoirs du vieux seront déçus. Delphine est entièrement occupée à être reçue chez la vicomtesse de Beauséant dont le salon au Faubourg Saint-Germain ne s’ouvre qu’aux gens titrés de longue date.
III- le drame de la paternité
A- La paternité de Goriot.
Goriot est tout d’abord une personne armée d’un amour paternel fou.une passion sans mesure qui a pressé son isolement, sa consumation voire sa destruction. Au commencement du roman, les pensionnaires attribuent au Père des relations vicieuses ne sachant encore rien de sa vie ni de ses filles qui le visitent rarement et en cas de nécessité. Pour ses filles, Goriot est prêt à entamer des entreprises les plus malsaines : il guette ses filles, écoute les confidences des femmes de chambre ou les interroge pour savoir tout ce qu’elles font. Pour le bonheur de Delphine il se fait entremetteur indiquant à Eugène où il peut la voir et ce en leur procurant une garçonnière qui facilitera leur liaison.
Goriot fait partie de ces pères qui bandent leurs yeux devant toute justice et dignité quand il s’agit de l’intérêt de leurs enfants. Certes, dans l’ensemble, Goriot est un type bien élevé sur des principes solides mais comme tout homme il a des faiblesses ; ces points faibles qui contestent l’achèvement de son message moral et la mise en pratique d’un idéal dont le double Rastignac rêve.
La faiblesse de Goriot c’est ses filles. Pour elles seules, il est prêt à sacrifier argent et moralité, santé et principes. Rien sur terre ne peut le contrarier pour tirer ses descendants de tout problème. Goriot semble trouver sa file d’Ariane dans la joie de ses filles. Mais cette attitude ne semble-t- elle pas anéantir l’avenir de ses fille au lieu de le poser sur des bases solides ?
La lecture du roman a révélé que la réaction du père face aux besoins de ses deux filles a contribué à la destruction de celle-ci tant sur le plan moral que sur le plan matériel. A observer les comportements de Delphine ou ceux d’Anastasie on dirait des brutes capables de commettre toutes sortes d’actes, même les plus immondes, en vue de leur satisfaction propre. Le sort des deux filles implique la responsabilité du père qui les gâte excessivement.
Pour être plus pragmatique, l’on ne peut aucunement nier l’échec du père et de ses deux filles. Contrairement à ce qu’il croit, Goriot n’était pas un bon père. Les paroles qu’il prononce que son lit de mort, constituent l’examen minutieux de sa conscience et une nouvelle et terrible leçon qui s’adresse à Rastignac et au lecteur. En effet, il n’a pas guidé ses filles, n’a pas réfléchi pour elles et n’a pas su empêcher leurs déplorables mariages. En bref, il a abdiqué non seulement ses droits mais ses devoirs de père. « Moi seul ai causé les désordres de mes filles, je les ai gâtées….je leur ai toujours permis de satisfaire leurs fantaisies de jeunes filles. A quinze ans, elles avaient voiture ! » (p.347). cet échec n’altère pas seulement l’être des filles mais aussi et surtout la société voire le père Goriot lui-même et c’est cela ce qui constitue le topos de l’œuvre.
B-Une paternité souffrante
Pour un père, l’enfer c’est d’être sans enfants. Peut-on alors dire que Goriot a des enfants ? Le narrateur met en lumière cet aspect très important qui gère la relation père/ enfant en l’occurrence père/filles. En effet, le Père est un personnage sans filles sur le plan pratique car celles -ci l’ont délaissé et ne viennent le voir que pour lui causer le désordre et le déchirement. Ces deux sentiments qui concourent à la perte de Goriot ont pour source des êtres pour lesquelles il a tout donné. Une réalité qui d’ailleurs a causé une profonde tristesse à Eugène de Rastignac et l’une des raison qui lui ont permis d’approprier une autre attitude en jetant loin les principes de Goriot. Ce choc social et émotionnel a des incidents sur presque tous les protagonistes du roman.
A analyser de près la situation de Goriot, l’on rend compte de sa souffrance mortelle. Il aime des filles qui ne s’intéressent plus à lui. Tout au long de son installation à la pension Vauquer aucune de ses filles n’a pris le soin de se renseigner sur l’état de santé de leur père car toutes les fois qu’elles décident de le visiter c’était uniquement pour demander soit l’argent soit une implication vicieuse au service de leur propre intérêt.
Même malade seul Rastignac s’occupe de lui. Rastignac qui n’est pas le fruit de son éducation constitue pourtant le modèle d’enfant dont Goriot rêvait. On comprend par là que l’état d’abandon qui déchire les tréfonds du père était la manœuvre de son propre travail. C’était lui qui a choisi une certaine éducation pour ses filles, c’était aussi lui qui pris la résolution de tout sacrifier pour ses filles même aux dépends de la moralité. Ses armes dont il se sert sont maintenant braquées sur lui au moyen des ses propres filles qui n’hésite un second de tirer le premier tir pour Goriot à même la terre.
Avant de rendre ses derniers souffles sur son lit de mort, Goriot a enfin avoué à son confident Rastignac qu’il est victime de lui-même et que cette souffrance dont il fait l’objet est tributaire d’un enseignement dont lui seul est le responsable. Maintenant il vit seul, puis meurt seul. Ses filles plongent dans un monde de vice et de trahison. Sa passion folle pour ses filles les a détruites en dernier ressort. Un enseignement dont Rastignac a tiré profit pour mieux s’imprégner dans la société. La fin du roman est très claire car Rastignac s’inspirant de l’expérience de Goriot et de son isolement a changé la peau du dévot qu’il croit toujours vouloir être un jour pour adopter l’attitude du jeune homme ambitieux de conquérir le monde parisien où gît les familles aristocratique.
Cela donne à lire que Rastignac est la troisième victime de Goriot.
Indirectement et sans le vouloir son désastre a changé les principes de son confident qui fera à son tour d’autres victimes. Le cycle interminable de la destruction est manifeste dans la fameuse phrase de Rastignac en s’adressant au monde parisien « à nos deux maintenant » comme si Rastignac n’attendait que la mort de Goriot pour s’atteler à sa principale tâche : la conquête qui trouve ses sources dans les préceptes de l’ancien forçat Vautrin.
B- Le mythe balzacien de la paternité
Goriot semble ne vivre que pour ses filles. A entendre ce qu’il dit les concernant on dirait qu’il vit par procuration au rythme de ses filles. « Je n’ai point froid si elles ont chaud ». C’est cet amour paternel excessif voir fou que l’entend par le mythe balzacien de la paternité.
Toutefois cette paternité insiste sur l’importance de réfréner l’avancée des sentiments pour qu’ils ne soient pas dirigés contre l’objectif tracé. Goriot a laissé traîner son amour fou sans remise en compte ce qui lui vaut sa vie est celles de ses fille.
Cette obsession surhumaine fait du Père l’exemple de l’amour paternelle pas sur le plan pratique mais sur le plan charnel. Il est bien de tout sacrifier au service de nos enfants mais dans la limite du contrôlable. L’erreur de Goriot et de laisser ses filler prendre des décisions immorales sans oser les contredire sous peine de leur causer le malheur. Mais le vrai malheur c’est de lisser des adolescentes agir à leur bon gré en mettant en jeu leur avenir et celui de ceux qui les entouraient (Goriot et Rastignac en l’occurrence).
En réalité Balzac à travers son roman donne à voir deux sortes de paternité : une charnelle représenté par le modèle de Goriot et ses filles, et une autre paternité moral qui lie Vautrin à Eugène de Rastignac.
Sur le plan moral Goriot n’est pas un bon exemple car son amour démesuré pour ses filles lui permet de manifester des actes contradictoires ce qui a choqué à maintes reprises Rastignac chose dont il s’est rendu comte le jour même de l’enterrement du vieux dans un climat de désert et d’abandon total. Et l’institution familiale, et l’institution religieuse sont indifférentes aux conditions déplorables du miséreux. Le dernier mot est celui du protagoniste qui décide de prendre la revanche pour fuir le destin de son maître et s’approprier une fortune moteur essentiel pour une vie digne dans une société animée par les mouvements spéculatifs, et où, seul le riche a le mérite de mener sa vie à son bon gré.
IV- Conclusion
Cette modeste recherche nous a permis de faire le point sur la nature de la relation qui lie Goriot à ses deux filles et l’impact de cette relation basée sur un amour fou et unilatéral sur les personnages en question. Ainsi a-t-on déduit que le vieux Goriot a mal géré l’éducation de ses filles qui l’ont abandonné même dans les circonstances les plus critiques générant par le fait même un drame qui a ruiné la vie de leur père.
Nous avons également constaté que Rastignac a tiré une leçon des événements qui ont traversé la vie de son compagnon en décidant le jour de l’enterrement de Goriot de s’identifier à Vautrin et commence dès lors sa conquête d’un monde féminin aristocratique.
La compagnie et les préceptes de Goriot n’ont pas contenté, sur le plan moral, de détruire ses filles seulement car ils s’étendent pour concerner d’autres sujets incarnés en la personne de Rastignac. La paternité de Goriot atteint son summum et laisse derrière elles les ruines d’une éducation échouée et peu commune.
V-Bibliographie
- Honoré De Balzac, « Le Père Goriot », édition Flammarion.
- Profil d’une œuvre (41), résumé, personnages, thèmes.
- Pierre Barberis, « Le Père Goriot de Balzac : écriture, structure, signification (Larousse, « thème et textes », 1972).
Naoufi Samir
Collège Bir Anzarane Ifrane A/S

  



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