Réflexion sur les fondations théoriques et approches pédagogiques de l'enseignement à distance.

 Par Alaoui moulayabdelaziz  (?)  [msg envoyés : 1le 24-11-12 à 19:14  Lu :952 fois
     
  
 accueil


Enseignement à distance, voici un concept en continuel développement. Recherches universitaires, gouvernements, compagnies commerciales, acteurs du champ de l’éducation formation ou simples particuliers, tout le monde participe à ce développement sans précédent. Cela dit, dans ce texte nous nous intéresserons dans un premier lieu aux spécificités de l’EAD en nous focalisant sur les réponses que peuvent lui apporter les TICE, ensuite nous allons mettre à la lumière du jour l’approche pédagogique favorisant davantage l’autonomie de l’apprenant tout en examinant le rôle que peuvent jouer les TICE dans une telle approche, et enfin nous allons visiter les approches particulièrement utiles pour le FLE à distance en termes de modèle pédagogique d’interaction et d’outils.
Un bref détour du côté de l’histoire de l’EAD pourrait nous montrer avec suffisamment d’arguments que ce type d’enseignement n’a pas été introduit par hasard dans le champ très vaste et très complexe de l’éducation formation. En effet, ce sont les limites et les difficultés éprouvées par l’enseignement classique qui ont poussé les acteurs du champ de l’éducation formation à trouver des solutions spécifiques en dehors du paradigme – courant à l’époque — basé sur l’enseignement en présentiel.
Ces solutions, comme le souligne A.R.Trindade, existent bel et bien au sein du concept d’enseignement à distance. On peut noter aussi, à la suite de B. Holmberg, que le contexte social est l’un des facteurs clés dans l’émergence de ce genre nouveau d’enseignement. Pour lui, cela est dû d’un côté à la généralisation de l’esprit libéral qui encourage vivement la notion de l’étudiant et des études, et de l’autre côté à la nécessité sociale qui pousse les gens à améliorer leurs horizons, que cela soit sur le plan intellectuel ou sur le plan matériel.
Le glossaire des termes de technologie éducative – édité par l’UNISCO — présente l’enseignement à distance comme « un mode d’enseignement, dispensé par une institution, qui n’implique pas la présence physique du maître chargé de le donner à l’endroit où il est reçu, ou dans lequel le maître n’est pas présent qu’à certains moments ou pour des tâches spécifiques. Les communications enseignants-ensiegnés se font principalement par le recours à la correspondance, aux imprimés, aux divers médias audiovisuels, à l’information, à certains regroupements. ». Il est certain que les définitions de l’EAD font légion, mais celle-ci a la particularité de mettre l’accent sur un point nodal de l’EAD, il s’agit de la distance proprement dite. Cette dernière ne se résume pas à son acception traditionnelle de distance géographique, mais se multiplie comme le montre G. Jacquinot en distance spatiale, temporelle, affective, sociale ou technique…
Au côté de cette distanciation entre enseignant et enseigné qui colle à l’EAD comme corollaire, on peut évoquer l’autonomie que les formations à distance présupposent chez leurs adeptes, ou du moins elles font tout leur possible pour que leurs adeptes soient autonomes.
M. Linard soutient l’idée que l’EAD à distance est dans l’obligation de prendre en charge cette métacompétence qu’est l’autonomie, si on ne veut pas livrer les apprenants à une logique marchande. Ce qui revient à dire que celui qui sait travailler en autonomie peut apprendre à distance et celui qui ne le peut pas et condamné à périr dans l’ignorance.
Donc, l’EAD se base sur l’autonomie de ces apprenants confrontés à la distance sous ses multiples facettes. C’est un système d’enseignement qui peut être conduit de différentes manières ; mais si nous voulons un enseignement apprentissage à distance qui se respecte, il faut que ses démarches d’enseignement soient en parfaite harmonie avec des notions comme l’accessibilité, la contextualisation des apprentissages, la flexibilité, la diversification des interactions entre les différents acteurs de cet enseignement apprentissage, ou encore la désaffectivation des savoirs qui encourage la mise en œuvre de situations d’apprentissage enseignement n’imposant pas la médiation magistrale qui crée l’affectivation des contenus.
Face aux offres de formation à distance qui poussent comme des champignons, il y a lieu de dire que l’EAD n’est pas à l’abri de tentatives d’escroquerie et de formations bidons qui n’ont comme seul but que le gain matériel au détriment des missions nobles de l’enseignement formation. Ceci nous pousse à évoquer les conditions requises pour parler d’un enseignement à distance sein, pour cela nous rejoignons A.R.Trindade est ses trois postulats qui assurent la crédibilité de l’EAD. En effet, Trindade pense que l’organisme administrant un EAD doit assurer un lien institutionnel entre lui et l’apprenant, ce qui incite à une connaissance mutuelle entre eux. Il faut que l’EAD soit basé sur des matériaux d’apprentissage de qualité conçus spécialement pour le régime d’autoapprentissage. Et aussi, cet EAD doit prendre en charge le soutien des étudiants, surtout ceux qui n’ont pas un profil de métacognition qui facilite le travail en autonomie.
Ce sont, donc, là les principales spécificités et les principaux défis que rencontre l’EAD. Des défis qu’il faut affronter en faisant appel à des alliés de choix, il s’agit des TICE : les technologies d’information et de communication pour l’enseignement. Certes, il est naïf de croire que les TICE soient une panacée, mais elles ont prouvé leur utilité et leur fonctionnalité dans le champ de l’éducation. Ce sont des adjuvants qui ont fait leur preuve dans la réduction des différentes distances de l’EAD et sont aussi de précieux aides à l’autonomie des apprenants si on les utilise d’une manière bien pensée. SergePouts-Lajus estime que ce n’est pas de leur utilité qu’il faut parler, mais de leur nécessité pour l’éducation formation, il ajoute que le fait de réduire l’objet technique au seul statut d’outil serait le cantonner dans une tâche subalterne, en dessous de ses potentialités qui peuvent rendre l’enseignement plus fonctionnel et plus flexible.
Face à l’attraction de l’outil technologique, les enseignants n’ont cessé d’en multiplier les usages, tantôt il est tuteur, tantôt partenaire, des fois même prétend remplacer l’enseignant lui-même. Cependant, relever les défis de l’EAD n’est aucunement une simple intégration des technologies dans le champ de l’éducation sous la première forme qui nous tombe sous les yeux ; mais plutôt une intégration et une utilisation réfléchie déterminée par la nature et le contexte d’apprentissage lui-même. Ainsi, M.Linard milite pour que les nouvelles technologies soient de véritables partenaires d’intelligence et non de simples tuteurs ou moyens de distraction. Dans cette perspective, les TICE permettront de définir une réelle pédagogie de soutien et une meilleure prise en charge de l’autonomie des apprenants moyennant une multitude de dispositifs de formation à distance qui cherchent l’amélioration de l’accessibilité et la fonctionnalité de l’EAD.
On l’aura compris, la prise en charge de l’autonomie de l’apprenant est la pierre angulaire de toute réflexion pédagogique destinée à l’EAD, à tel point que cette autonomie revient comme un leitmotiv par tous les concepteurs de ce type d’enseignement.
Par ailleurs, la recherche d’une approche pédagogique favorisant l’autonomie nous conduit à nous intéresser avec M.Linard aux fondements de l’apprentissage qui doit être perçu comme résultat et aussi comme processus. Elle précise que l’apprentissage au même titre que la connaissance est un processus interactif de structuration réciproque entre sujets et environnement, externe et interne, qui se développe lentement dans le temps. Elle ajoute que ce processus est en partie automatique, en partie intentionnel et s’autoorganise à partir de son propre fonctionnement et de ses propres résultats.
Donc, ce n’est ni le béhaviorisme, ni le cognitivisme qu’il faut mobiliser pour une bonne gestion de l’autonomie, mais plutôt les théories qui s’apparentent aux psychologues du développement de l’intelligence comme Piaget ou même Vygotsky. Il faudra considérer, suite à M.Linard toujours, que les apprenants, enfants ou adultes, sont avant tout des « acteurs », c’est-à-dire des agents intentionnels qui jouent un rôle actif essentiel dans les évènements et les activités auxquels ils participent. Dans ce cadre, la pédagogie interactive semble être la mieux lotie pour accompagner l’EAD. Selon M.Linard, l’efficacité des méthodes (inter)actives provient de leur mobilisation de quelques mécanismes élémentaires innés disponibles (plus ou moins) chez tous. Ces méthodes sont les seules à intégrer l’interdépendance entre dimensions individuelle et collective, psychologique et sociale de l’acte d’apprendre.
Dans une telle situation éducative, que peuvent faire les TICE ? Elles sont flexibles, interactives, motivantes pour les apprenants et pleines de potentialités, malgré cela leur intégration dans le champ de l’éducation n’est pas et ne doit pas être automatique. Cette intégration est tributaire d’un processus de rationalisation du rôle pédagogique qu’elles doivent jouer. En somme, elles doivent être au service de la pédagogie et non le contraire.
D’après Philippe Marton, les TICE ne doivent pas nous obnubiler. C’est leur rôle de partenaire de l’apprentissage qui doit être mis en lumière ; il faut que la conception, le développement et l’élaboration des cours en ligne soient basés sur un processus précis de multimédiatisation qui favorise l’interactivité entre les différents protagonistes de la situation d’enseignement apprentissage et une meilleure prise en charge de l’autonomie des apprenants. Ce processus de multimédiatisation doit aussi, et cela est très capital pour la bonne qualité pédagogique, émaner d’une équipe comportant les principaux experts indispensables à de telles réalisations.
L’enseignement des langues à distance, et en particulier celui du FLE à distance, est très spécifique puisqu’il vise l’enseignement apprentissage de la faculté à communiquer langagièrement. Cette dernière –sensée acquise dans les autres matières enseignées à distance - nécessite dans un premier lieu la focalisation sur la compétence de compréhension (orale et écrite) ; et ensuite, au fur et à mesure, l’introduction de cours visant la compétence de production (orale et écrite). Bien sûr, cette démarche n’est aucunement linaire mais plutôt schématise le processus d’apprentissage qui nous dicte qu’un apprenant ne peut pas produire s’il n’a pas encore compris.
En termes d’outils, il faut dire que le marché de l’édition n’a pas cessé d’innover et de multiplier les productions ; il est même parfois dépassé par les initiatives privées qui émanent des quatre coins du monde. Que cela soit sur CD-ROM, cassettes audio ou vidéo, sur des sites internet mobilisant le Web1 ou le Web2, les propositions ne manquent pas et elles sont très diversifiées : parfois rudimentaires, parfois très techniques, des fois stylisées ou encore avant-gardistes, etc.
Cependant, la majorité de ces offres de cours de FLE sont des propositions d’exercices autocorrectifs qui se basent sur une approche béhavioriste plus pavlovienne que skinériènne. Ce genre d’exercice a démontré, certes, une certaine efficacité dans la mémorisation de quelques notions de grammaire ou quelques mots de vocabulaire, mais il est incapable à lui seul de mener une opération aussi complexe que celle d’enseigner une langue étrangère. D’un autre coté, il y a les logiciels (téléchargeables ou sur CD-ROM) qui ont pour but d’introduire l’apprenant dans un scénario stimulant qui sera comme prétexte à l’apprentissage, là encore on constate qu’il sont très limités et très généralistes ; cela peut aider dans les niveaux intermédiaires et pour des compétences spécifiques, mais dans l’ensemble ils sont aussi incapables à eux seuls de guider un apprentissage de langue à distance étant donné leur incapacité à traiter correctement l’erreur de l’apprenant qui est une marque de son « interlangue » et donc de son niveau de maîtrise ou de progression dans l’acquisition de la nouvelle langue. Il y a aussi des cours payants en ligne qui vantent leur mérite d’individualisation des parcours d’apprentissage et leur capacité de tutorat ainsi que leur méthode virtuelle disponible sur des plateformes interactives (qui rivalisent en ingéniosité et en design, il y en a d’ailleurs plus de deux-cents).
Par ce bref aperçu des outils mobilisés par le FLE à distance, nous ne voulons et nous ne pouvons pas privilégier un outil sur un autre, et nous ne sommes pas d’ailleurs à la recherche du dispositif de formation le plus original. Tout ce qu’on peut dire, c’est que tous ces outils peuvent intervenir dans le processus d’enseignement apprentissage d’une langue à un moment ou un autre. Cependant, pour les puristes, un outil complet est celui capable de faire face aux spécificités de l’EAD des langues surtout dans les moments que M.Linard qualifie de fragiles dans le parcours d’apprentissage, il s’agit du démarrage de l’activité d’apprentissage qui doit être explicite et très facile d’accès ; et en suites les activités d’explication et du passage à la conceptualisation.
Pour ce qui est du modèle pédagogique à conduire dans ce genre d’enseignement, il est intéressant de préciser que les méthodologies qui émanent d’un paradigme d’apprentissage sont à privilégier. Ces méthodologies dites interactives sont inspirées, selon M.Linard toujours, du constructivisme interactionniste et se fondent sur des recherches de type sociocognitif. Elles démontrent leur talon dans l’initiation et dans la prise en charge de débutants en autonomie. Dans ce cas l’interactivité pourrait compter sur les apports non négligeables des tuteurs et sur la mobilisation de travaux collaboratifs et coopératifs entre groupes d’apprenants –si le contexte le permet-.
Enfin, et en tout état de cause, les concepteurs de cours à distance doivent se munir de la boussole des trois postulats d’A.R.Trindade s’ils veulent garder le cap de la crédibilité et de la réussite. Ils doivent aussi considérer les TICE comme des partenaires du processus d’enseignement apprentissage et non comme une panacée capable de promulguer des solutions à tout remord, bref ils doivent croire que l’apprenant est un acteur principal de toute éducation formation et que chaque approche pédagogique doit être impérativement dictée par la nature et le contexte d’apprentissage.

  



Vous aimez cet article ?
Partagez-le sur


InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +