Quelle figure?


brahim el harfi  (Prof) [234 msg envoyés ] - 01-02-12 à 01:03  Lu :2745 fois

Quelle figure de style s'agit-il dans la phrase suivante
des yeux qui rient
voici le contexte
"Et puis, dit ma mère, elle est si jolie ! Toujours souriante, toujours vive. Son mari peut
remercier Dieu de lui avoir fait présent d'une brune si délicieuse. N'aimes-tu pas cette peau
hâlée au grain si fin, ces grands yeux qui rient ?

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Cet article est apprécié par :   Fatih brahim - 



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  • "le couteau triangulaire", quelle figure?


  •  Réponse N°1 22656

    re
      Par   marocagreg  (Adminle 04-06-12 à 17:08



    dire le roi des animaux à la place du lion, ou la capitale du Maroc à la place de Rabat, ce sont des péri - phrases, c'est-à-dire des phrases qui ne désignent pas la chose directement, mais tournent autour comme une route péri - phérique tourne autour de la cité. Mais "la chute verticale d'un couteau triangulaire" désigne-elle précisément la guillotine ? ou l'échafaud ? Je pense que Non. La phrase désigne plutôt un moment précis : le moment de la mise à mort. S'il y a périphrase, c'est donc pour dire que la seule chose qui intéresse le peuple, c'est bien ce moment crucial de la mise à mort, c'est-à-dire le côté spectaculaire. C'est donc penser que ce peuple habitué aux exécutions, est un peuple insensible, indifférent à la mort. Ce peuple fait fi du reste, de la justice, de la vie.





     Réponse N°2 22659

    re
      Par   marocagreg  (Adminle 04-06-12 à 17:22



    Non, ce n'est pas un euphémisme, M. Dkhissi. L’euphémisme qui repose sur la litote notamment suppose l'intention de celui qui parle d'atténuer l'expression d'une idée insupportable : exemple : "Abdellah n'est plus" au lieu de dire Abdellah est mort. Ici le peuple ne désigne pas le fonctionnement de la guillotine de cette façon parce qu'il a peur de la mise à mort. C'est même le contraire. ce peuple est tellement habitué aux exécutions que couper la tête d'un homme devient pour lui comme comme couper une pomme de terre.La mort est devenue tellement banale que la guillotine devient un simple couteau.




     Réponse N°3 22662

    je voudrais bien,
      Par   Jeafari Ahmed  (CSle 04-06-12 à 17:26



    Ces deux points, mais on ne peut considérer cela comme euphémisme: ça n'a pas l'air d'atténuer , mais plutôt d'expliciter autrement.

    Il faut croire que c'est une périphrase: j'ai essayé de me documenter pour répondre à Si Omari mais je ne trouve que ce qu'il a judicieusement expliqué! preuve à l'appui! Il a fait le tour de la question, et c'est bel est bien une périphrase, avec son rapport avec la métonymie etc...elle vise généralement une amplification ( à l'inverse de l'euphémisme).

    Donnez-moi un point si Dkhissi, svp?!





     Réponse N°4 22670

    re
      Par   marocagreg  (Adminle 04-06-12 à 18:00



    L'euphémisme ne peut être associé qu'à la parole (dire de manière atténuée) alors que la phrase ici est associée au VOIR. On ne peut concevoir un euphémisme de la vision ! d'ailleurs l'euphémisme et l'ironie sont à mon sens deux figures contradictoires qui ne peuvent pas s'associer dans un même contexte.





     Réponse N°5 22675

    re
      Par   marocagreg  (Adminle 04-06-12 à 18:33

    dans le passage de candide, s'agit-il d'un euphémisme ou d'une périphrase ironique ? est-ce que tu peux nous donner ta définition de l'euphémisme ?

    pourquoi je dis que l'euphémisme et l'ironie sont deux figures contradictoires ?

    Parce que, si l'on considère que l'euphémisme est une:"Expression atténuée d'une notion dont l'expression directe est évitée (comme déplaisante, brutale, vulgaire)" (Robert)

    et que

    l'ironie est une "Manière de railler, de se moquer (de qqn ou de qqch.) en disant le contraire de ce qu'on veut faire entendre" (Robert)

    on voit bien que l'euphémisme témoigne d'une intention bonne du locuteur qui cherche à épargner à ses auditeurs la violence ou la vulgarité d'une expression ou d'une idée. En revanche, l'ironie est une figure acide, une pointe qui pique et écorche l'auditeur lui-même, comment donc associer deux figures qui cherchent deux effets opposés.




     Réponse N°6 22677

    Où est l'image de l'auteur?
      Par   Adi Lachgar  (CSle 04-06-12 à 18:37



    Entendons-nous bien : la figure de style est une sorte de « gymnastique » imagée qui permet à l’auteur de représenter, de faire voir, de faire ressentir au lecteur ce qu’il ne peut lui dire simplement. Pour identifier une figure de style, il faut se poser les questions :

    • Qu’a voulu dire l’auteur, d’indicible autrement, à travers cette image ?

    • Quel est le principe fondateur de l’image ?

    Dans l’exemple« Ils ne voient dans tout cela que la chute verticale d'un couteau triangulaire", nous ne pouvons retenir ni la périphrase, ni l’euphémisme ni la synecdoque pour la bonne raison que ce n’est pas ce qu’à voulu dire l’auteur ou, si vous voulez, ce n’est pas à ce niveau que se situe la production de l’image. L’image à proprement parler, porte sur toute la phrase. L’auteur essaie de traduire l’insensibilité froide de ceux qui ne voient dans un acte aussi grave que la décapitation qu’un événement mécanique : la chute d’un couteau triangulaire. Si la guillotine implique pour nous un événement macabre, pour eux, c’est d’abord et surtout un objet, une machine. De la pure forme. J’avais dit que c’est compliqué parce qu’on peut y voir une litote, une sorte d’atténuation qui doit amplifier le dégoût du lecteur. On trouve la même chose chez Voltaire avec des faux euphémismes comme « brûlés à petit feu» par lesquels il traduit la cruauté des inquisiteurs. Le plus important à retenir c’est l’effet de distanciation.





     Réponse N°7 22756

    Re
      Par   OMARI Abdellatif  (Profle 05-06-12 à 00:11



         Vos analyses , chers messieurs Marocagreg et Adi Lagare, sont on ne peut plus acceptables mais une nuance :

        

    D’une part, une périphrase n'est pas toujours stéréotype ou cliché (le roi des animaux, la capitale économique, le billet vert, l'île de beauté, les lions de l'Atlas, etc). Une périphrase est une figure macrostructurale comme celle de l'ironie, et quand elle n'est pas stéréotypée ou cliché, elle a besoin du contexte ou de tout l'environnement culturel pour traduire sa signification. La grande majorité des périphrases ont pour fonction de remplacer des noms, et Fontanier les appelle des pronominations, et il donne un exemple tiré de la fable de La Fontaine Le Chêne et le roseau:

    Le vent redouble ses efforts

    Et fait c’est bien qu’il déracine

    Celui de qui la tête au ciel était voisine

    Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts


        

    Les deux derniers vers constituent une pronomination pour désigner le Chêne. Mais sans contexte, difficile de penser à « chêne ». Cependant, le fragment « L’empire des morts » est une périphrase stéréotypée, manière de désigner la terre (ou l’enfer).

        

    Mais lorsque la périphrase ne consiste pas en une pronomination, elle est une manière d’exprimer une idée plus longue. Fontanier donne un exemple tiré d’une tragédie de Voltaire Mérope :

    « Sous ses rustiques toits, mon père vertueux

    Fait le bien, suit les lois, et ne craint que les dieux »


        

    Les deux vers rendent l’idée de l’énoncé et qui est « mon père est un honnête villageois », mais dans le contexte, exprimer l’idée de la sorte apparaît trop prosaïque

       

    D’autre part, le but de la périphrase est l’ennoblissement de l’expression, mais cet ennoblissement peut revêtir une touche ironique. Parmi les expressions qu’emploie Victor Hugo, pour désigner la guillotine est « le triangle mystique », le mot « triangle », qu’on retrouve également dans l’expression « le couteau triangulaire », est un symbole qui peut signifier plusieurs approches : la triade volonté spirituelle, l’amour-intuition et l’intelligence supérieure ; la triade lumière, ténèbres, temps ; la triade bien penser, bien dire, bien faire ; la triade Liberté, Egalité, Fraternité, la triade Passé, Présent, Avenir, la triade Sagesse, Force, Beauté; la triade Naissance, Vie et Mort.    

        Sans aucun doute, par le mot « triangle » ou « triangulaire », l’auteur ne viserait pas à désigner la forme du morceau de l’acier mais à lui imputer ironiquement une certaine noblesse. Cette idée se voit confirmée dans les sept premiers vers du poème « L’Echafaud » :

    C'était fini, splendide, étincelant, superbe

    Luisant sur la cité comme la faux sur l'herbe,

    Large acier dont le jour faisait une clarté,

    Ayant je ne sais quoi dans sa tranquillité

    De l'éblouissement du triangle mystique,

    Pareil à la lueur au fond d'un temple antique,

    Le fatal couperet relevé triomphait

        

    Si les termes suivants, employés dans le poème pour désigner l’échafaud, à savoir « la faulx », « la hache », « glaive » et « coutelas » étaient des métaphores, les expressions « large acier », « triangle mystique », « fatal couperet », « bloc hideux de charpentes funèbres », employés également dans le poème, et « couteau triangulaire » ne seraient-elles pas des périphrases dans leur contexte ? Si non, quoi alors ?





     Réponse N°8 22773

    EXEMPLE DE VOLTAIRE
      Par   Benlahmar Mohammed  (CSle 05-06-12 à 08:45



    "logés dans des appartements dans lesquels ils n'étaient jamais incommodés du soleil ": C'est une périphrase pour désigner " cachots". L'analyse de M. Marocagreg. est convaincante.





     Réponse N°9 22810

    Cherchant le principe fondateur de cette image
      Par   ESSALHI Fatimazahra  (CSle 05-06-12 à 13:56



    A mettre le point sur la conception de l'auteur et l'objectif du narrateur, cette phrase qui représente une image "la chute verticale d'un couteau triangulaire" ne peut renvoyer au sens propre qu'à l'acte fondamental de l’ « exécution » ; c'est un mot qui est substitué par toute une expression, oui, mais encore elle ne représente que la partie de cet acte pour le condamné : Cette expression remplace un mot dans l'intention de restreindre toute la procédure en cette partie mécanique ; c'est, donc, une synecdoque contenant une périphrase qui cherche à amplifier l'expression de "la partie" pour "la mettre en valeur" car ce que voit la foule en la peine capitale n'est justement que l'exécution (rien avant et rien après) et elle lui donne une telle importance. Alors il fallait restreindre la peine de mort en ce fait (synecdoque) et l’exprimer de la sorte pour mettre en valeur ce moment seul (périphrase)

    Dès lors, on voit que cette figure de style consiste en une synecdoque qui quitte à remplacer l'opération de condamner à la mort - qui est l'acte de mettre fin au passé, faire souffrir dans le présent et puis priver de l'avenir pour sanctionner - par le fait de lancer le couteau ( la foule ne voit pas ceux qui condamnent pour une raison et par un raisonnement mais le bourreau qui tue spontanément, c'est de lui qu'on attend exécuter la justice)





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