Quel type de focalisation est adopté dans ce fragment?

 Par brahim el harfi  (Prof)  [msg envoyés : 234le 16-02-12 à 12:01  Lu :4035 fois
     
  
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Le jeune Oluf est un enfant bien étrange:on dirait qu'il y a dans sa petite peau blanche et vermeille deux enfants d'un caractère différent; un jour il est bon comme un ange, un autre jour il est méchant comme un diable, il mord le sein de sa mère, et déchire à coup d'ongles le visage de sa gouvernante.
Le vieux comte Lodbrog, souriant dans sa moustache grise, dit qu'Oluf fera un bon soldat et qu'il a l'humeur belliqueuse. Le fait est qu'Oluf est un petit drôle insupportable: tantôt il pleure, tantôt il rit; il est capricieux comme la lune, fantasque comme une femme ; il va, vient, s'arrête tout à coup sans motif apparent, abandonne ce qu'il avait entrepris et fait succéder à la turbulence la plus inquiète l'immobilité la plus absolue; quoi qu'il soit seul, il paraît converser avec un interlocuteur invisible!
Quand on lui demande la cause de toutes ces agitations, il dit que l'étoile rouge le tourmente".
je pense qu'il s'agit de la focalisation interne
qu'en pensez vous chers collègues? Merci pour vos réponses

  




 Réponse N°1 17404

re
  Par   bensaidi brahim  (CSle 16-02-12 à 22:03



Il s'agit plutôt de la focalisation zéro car le narrateur est omniscient.Il en sait plus que les personnages.il est au courant des sentiments d'Oluf(bon;méchant;inquiet;capricieux;fantasque).Le point de vue interne par contre suppose que les évènements sont narrés à travers le regard et la sensibilité d'un personnage qui participe aux actions.C'est pour cette raison qu'on y trouve employés des verbes de perception tels que voir:apercevoir;regarder;écouter;entendre;sentir...





 Réponse N°2 17407

focalisation externe
  Par   brahim el harfi  (Profle 16-02-12 à 23:09



bonjour cher bensaidi merci pour votre réponse. je voulais dire focalisation externe: un lapsus de frappe. le fait que le narrateur rapporte le tempérament d'Oluf n'impose pas forcément la focalisation zéro. on connait le "bon;méchant;inquiet;capricieux;fantasque" de quelqu'un à partir de son aspect.

Cordialement





 Réponse N°3 17421

re
  Par   bensaidi brahim  (CSle 17-02-12 à 13:57



Pas de quoi cher collègue.J'avais l'impression que c'était une inadvertance de frappe.Votre remarque sur l'aspect apparent des sentiments cités est pertinente.Mais je pense que parfois la bonté ou l'inquiétude... pourraient être des sensations latentes.De plus, dans ce passage nous n'avons pas affaire à la focalisation externe parce que le narrateur n'est pas un témoin qui raconte d'une façon objective sans entrer dans la conscience des personnages. Le narrateur par contre en sait plus que le personnage du vieux comte Lodbrog lorsqu'il dément les dires de celui -ci en disant:"le fait est que Oluf est un petit drôle insupportable..."

cordialement





 Réponse N°4 17423

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 17-02-12 à 14:45



rebonjour cher Brahim

Certes, on a l'impression que le narrateur est omniscient "le registre verbal". Seulement, il ne dément pas les dires du père ""le fait est que Oluf est un petit drôle insupportable..." le narrateur présente un constat qui résume le caractère d'Oluf. D'ailleurs l'emploi du terme "le FAIT" souligne la distance du narrateur vis à vis de l'histoire narrée. un FAIT est observable .

Amicalement





 Réponse N°5 17429

re
  Par   bensaidi brahim  (CSle 17-02-12 à 16:22



Rebonjour cher Brahim,

j'ai interprété "le fait est que..." comme "en réalité...en vérité...".Le narrateur ici montre le vrai profil moral d'Oluf(défavorable) qu'ignore le personnage du comte Lodbrog qui en a une bonne impression(bon soldat...)Donc le narrateur en sait plus que le personnage Lodborg sur le caractère d'un autre personnage qui est Oluf.





 Réponse N°6 17434

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 17-02-12 à 19:06



rebonsoir cher Brahim

en effet le père, d'après le portrait de son fils, souhaite qu'il devienne un bon soldat, ce qui sied avec l'humeur d'Oluf. mais le Narrateur décrit davantage le tempérament d'Oluf "antôt il pleure, tantôt il rit; il est capricieux comme la lune, fantasque comme une femme ; il va, vient, s'arrête tout à coup sans motif apparent, ......" a noter que se sont des faits observable de l’extérieur.

Amicalement





 Réponse N°7 17448

EXTERNE
  Par   Boumhidi khadija  (CSle 18-02-12 à 04:55



Salam

Je pense que la focalisation est externe ds ce passage vu que les caractères d'Oluf sont des comportements observables, en plus l'emploi du "on" souligne une mise à distance du narrateur.

NB:je crois qu'un texte fantastique ou merveilleux est loin d'être soumis au point de vue du narrateur. L a focalisation s'applique plutôt aux textes réalistes, romantiques,naturalistes....n'est_ce paaaaaaaaaaas????

Cordialement





 Réponse N°8 17460

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 18-02-12 à 14:50



salam Mme KHadij

la focalisation s'applique au texte littéraire quelque soit son esthétique "réalistes, romantiques,naturalistes surréaliste, fantaqtique....

Dans le monde romanesque (récit), le point de vue 'focalisatio) concerne la perception du monde extérieur et celle du monde intérieur des personnages par un sujet-percepteur

Amocalement





 Réponse N°9 17469

focalisation
  Par   houssini naima  (CSle 18-02-12 à 18:21



il s'agit de la focalisation zéro , c'est un narrateur omniscient qui sait tout sur le personnage d'oluf, notamment sur son caractère





 Réponse N°10 17503

Type de focaisation
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 19-02-12 à 11:17



Comme je l’ai promis, je vais bientôt poster un message dans lequel je donnerai mon point de vue sur le type de focalisation adopté dans le passage concerné. Il s’agit d’une analyse, certes moins exhaustive, mais qui permet de justifier ce point de vue par des arguments narratologiques, car il ne suffit pas de dire ou de transmettre , rien que par des paroles légères, que le narrateur est omniscient ou non, que la focalisation est interne ou externe, que… et etc, mais il faut justifier cela par des indices linguistiques en s’appuyant sur l’écriture elle-même et sur des critères de méthode. A bientôt.

Cordialement





 Réponse N°11 17513

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 19-02-12 à 17:37



Bonsoir cher ami Abdellatif

je suis impatient de connaitre ton avis sur le type de point de vue. Seulement, je te prie de prendre en compte la nomenclature partagée par nos chers collègues, et ce pour un fructueux échange constructif.

Bien Amicalement





 Réponse N°12 17800

avis de M OMARI
  Par   brahim el harfi  (Profle 25-02-12 à 08:04



bonjour

pour M OMARI la focalisation adoptée dans ce texte est interne et zéro

La présence d’un personnage-percepteur et l’absence de registre verbal neutre et non individualisé, exclue la possibilité d’une focalisation externe. L’absence d’omniscience quant à la perception externe et interne du narrateur, la présence de l’idiolecte du personnage-percepteur et de scènes d’événements verbaux, la focalisation, de ce côté, est on ne peut plus « interne ». Mais puisque tout le fragment est dominé par les évocations itératives (une série de plusieurs événements identiques assumés par une seule émission narrative), la focalisation est de ce côté « zéro ». Ainsi focalisation interne et focalisation zéro se recoupent-elles dans ce passage

Cordialement





 Réponse N°13 17807

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 25-02-12 à 14:51



bonsoir cher collègue.

Dans votre article" à propos de la focalisation" http://www.marocagreg.com/forum/sujet-a-propos-de-la-focalisation-17031.html, vous avez évoqué que dans la focalisation interne:

"Rappelons que lorsque le narrateur veut adopter le point de vue d'un personnage, il mobilise souvent des verbes de perception qui indiquent l'origine du regard, et tout est perçu en fonction des impressions du personnage: surprise, curiosité, admiration, émerveillement, attirance, fascination, ennui, peur, angoisse, dégoût"

alors on aimerais voir dans ce passage "des verbes de perception qui indiquent l'origine du regard, et tout est perçu en fonction des impressions du personnage: " qui témoigne de type de focalisation

Cordialement





 Réponse N°14 17809

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 25-02-12 à 16:06



salut cher collègue Omari

nous savons que pour parler de focalisation interne, les verbes de perceptions doivent être sollicitées.

tout passe à travers un personnage, le narrateur mobilise souvent des verbes de perception qui indiquent l'origine du regard, et tout est perçu en fonction des impressions du personnage:

j'aimerais savoir ces verbes de perceptions dans le texte ci-dessus

Cordialement





 Réponse N°15 17826

Verbes deperception
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 26-02-12 à 11:16



Notre ami et collègue Monsieur El Harfi,

Je comprends vos soucis par le fameux avis déclaré dans votre réponse n°12. Seulement, ce que vous avez rapporté de mon article n’est que le contenu de la conclusion qui était l’aboutissement d’une analyse. Ainsi retranchée de son contexte, cette conclusion complique-elle peut-être la situation. On peut, par exemple, s’interroger sur la présence de ce prétendu personnage-percepteur, alors que dans l’analyse, pour le montrer, j’ai expliqué comment l’emploi du pronom personnel indéfini « on », particulièrement dans la dernière phrase du passage, non seulement représente les membres de la famille qui entourent Oluf, mais implique aussi que ce sont ces membres mêmes qui observent quotidiennement sa conduite extérieure, et qu’à chaque fois ils lui demandent la cause de ses agitations.

Concernant les verbes de perception mobilisés dans la focalisation interne, sont évoqués en premier lieu ceux qui indiquent l’origine du regard pour suggérer au lecteur que tout ce qui sera décrit, non seulement sera perçu par un personnage mais sera également apprécié et jugé en fonction des impressions de ce personnage. Le narrateur, adoptant l'angle de vue d'un personnage-percepteur, semble nous dire qu'il ne prend pas en charge cette optique. Dans certains énoncés descriptifs, même courts, nous pouvons trouver plusieurs verbes en rapport avec le centre d’orientation visuel. Dans le fragment suivant tiré de Il Etait une fois «Chacun appréciait ce calme crépusculaire qui baignait les environs d'une étrange douceur et que seul le bruit des bêtes rompait par intermittence. On avait apprêté les lampes à carbure et l'on attendait patiemment le déclin du jour pour les allumer. On pouvait manger et passer la nuit sur la terrasse car l'air était agréable et le ciel prodigieusement étoile ; on voyait nettement la Voie lactée, qui semblait un plafond de diamants rayonnants. En observant cette fantastique chape de joyaux cosmiques, le Vieux louait Dieu de lui avoir permis de vivre des moments de paix avec les seuls êtres qu'il aimât : sa femme, son âne et son chat, car aucun de ces êtres n'était exclu de sa destinée, pensait-il », trois verbes de perception sont mobilisés. Or, l’évocation des verbes de perception n’est pas une fatalité. L’adverbe « souvent » («Rappelons que lorsque le narrateur veut adopter le point de vue d'un personnage, il mobilise souvent des verbes de perception qui indiquent l'origine du regard») suggère que cette technique peut se faire également de manière indirecte, le cas de notre passage est exemplaire. Cependant, dans mon analyse, j’ai essayé de justifier la perspective narrative actorielle par certains indices en disant que le procès répété de l’acte de « demander » (« Quand on lui demande la cause de toutes ces agitations, il dit que l'étoile rouge le tourmente ») renforce plus la perspective narrative des membres de la famille, car comment des membres de la famille doivent-ils demander à leur enfant les causes de ses agitations si ces agitations ne sont pas observées par ces mêmes membres?

Cordialement





 Réponse N°16 17869

ON
  Par   brahim el harfi  (Profle 26-02-12 à 19:25

Bonsoir cher ami et collègue

merci de vos analyses poussées. l'agrégation a fait son effet apparemment.

seulement, le fragment sur lequel vos justifiez la focalisation interne " « Quand on lui demande la cause de toutes ces agitations, il dit que l'étoile rouge le tourmente »me laisse un peu perplexe.

on est amené à s'interrogé sur la valeur de ce pronom" on"

"on dirait qu'il y a dans sa petite peau blanche et vermeille deux enfants d'un caractère différent" l'utilisation du conditionnel place montre qu'il s'agit d'une supposition, d'une hypothèse : c'est l'attitude type de l'observateur externe et non d'un narrateur omniscient. le On est attribuable au narrateur. en plus, cette supposition découle naturellement de l'observation du comportement externe d'Oluf, comportement étrange rapporté dans la suite "un jour il est bon comme un ange, un autre jour il est méchant comme un diable, il mord le sein de sa mère, et déchire à coup d'ongles le visage de sa gouvernante." le narrateur ici ne fait que rapporter fidèlement ce que fait Oluf

le fait même de chercher à comprendre le comportement d'Oluf en demandant à celui-ci de s'expliquer montre que le narrateur ne s'accorde pas dans ce passage le pouvoir de l'omniscience : "Quand on lui demande la cause de toutes ces agitations, il dit que l'étoile rouge le tourmente", .

Certes, c'est les membres de la famille qui lui "demande" mais c'est le narrateur encore par souci de neutralité qui introduit le point de vue du personnage lui-même. "il dit..... ce discours indirect est présenté par le narrateur et non sous la perception d'un personnage.

Bien Amicalement





 Réponse N°17 17898

La pause descriptive?
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 27-02-12 à 12:53

Première participation

Bonjour chers/ chères confrères! Je me présente: je suis JAAFARI Ahmed, je travaille depuis peu dans le cycle qualifiant, après 24 ans de labeur dans le cycle collégial. C'est grâce à un master (en genre: gender Studies, dont vous verrez sûrement l'influence dans mes propos) que j'ai pu accéder au changement de cadre.

Voilà! Je tiens d'abord à remercier M. Harfi Brahim, qui m'a encouragé à participer, et qui m'a présenté M. Omari Abdelletif.

Bref! J'aurais peut-être l'occasion de m'étaler un peu plus sur ma propre personne.

Pour ma première participation, je voudrais réagir à la réponse de M. Omari , dans une autre intervention, à propos de la focalisation dans « Aux champs » :S'il vous plaît Monsieur EL Omari, Peut-on parler de " Pause descriptive", alors que l'auteur entame son récit?"

Et si nous prenons en compte que dans une nouvelle, à forte raison courte telle "Aux champs" la description a un rôle très important dans l'économie et le sens de l'histoire: sûrement ici, le réalisme, peut-on la considérer comme une pause( aussi descriptive que soit-elle)? Serait-ce plutôt, une construction de sens, à travers une esquisse de touches successives, mais sélectives d'éléments susceptibles de participer à la diégèse et non seulement à une simple fonction mimésique?

Et concernant la focalisation, je vous rejoins quand vous parlez de degré Zéro, même si je soupçonne un peu une part de focalisation interne dans le fait que "les mamans distinguent à peine leurs propres enfants", toujours est-il que Maupassant, disciple de Flaubert, partage sans doute avec lui, sa " « L'auteur dans son œuvre doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part. »

Bien à vous, et pardonnez le pèle-mêle de ces réflexions: j'ai tellement de choses à soulever, et c'est la première fois!





 Réponse N°18 17925

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 27-02-12 à 22:25



Bien venu cher JAAFARI Ahmed

soyez le bien venu dans votre grande famille virtuelle. J'aimerais savoir ton avis sur le passage ci-dessus "chevalier....

Bien cordialement





 Réponse N°19 17929

Votre interrogation
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 27-02-12 à 23:59



Cher ami et collègue Monsieur JAAFARI Ahmed,

Très heureux de faire votre connaissance, intellectuelle particulièrement, je voudrais répondre à votre interrogation rhétorique « Peut-on parler de " Pause descriptive", alors que l'auteur entame son récit? ». Si je peux considérer mes articles comme des textes, ils ne sont au juste que des intertextes, je suis encore loin de créer ou d’inventer, mais je ne peux jamais avancer des informations qui pour moi demeurent encore incertaines. « La pause descriptive » est définie par Gérard Genette, dans "Figures III", Editions du Seuil, P134, Comme « Un traitement de la description où le narrateur, abandonnant le cours de l’histoire ou avant de l’aborder, se charge, en son propre nom et pour la seule information du lecteur, de décrire un spectacle qu’à proprement parler, en ce point de l’histoire, personne ne regarde». L’expression « avant de l’aborder » répond probablement à votre interrogation.

Très cordialement





 Réponse N°20 17950

On
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 28-02-12 à 12:36



Cher ami et collègue Monsieur El Harfi,

Dans la phrase « on dirait qu’il y a dans sa petite peau blanche et vermeille deux enfants d’un caractère différent », le pronom « on » a une valeur d’indéfini, désignant un ensemble totalement indéterminé en identité comme en nombre et ne peut être substitut d’un autre pronom personnel. Au contraire, dans la phrase « Quand on lui demande la cause de toutes ces agitations », le pronom « on » est substitut de pronom personnel, il renvoie alors à des êtres identifiables et non plus indéterminés, et peut remplacer « ils » renvoyant à des animés, participant à la scène décrite ou à l’action, et c’est ce que j’ai dit dans mon analyse (« L’emploi du pronom personnel indéfini « on », particulièrement dans la dernière phrase du passage (« Quand on lui demande…le tourmente »), non seulement représente les membres de la famille qui entourent Oluf, êtres animés, identifiables et participant à la scène décrite, mais implique aussi que ce sont ces membres mêmes qui observent quotidiennement sa conduite extérieure ». Mais que l’expression « on dirait que…» soit hypothétique ou non, cela n’est pas le problème.

J’aimeraits tout d’abord que vous sachiez que le discours direct, indirect et indirect libre, qui rapportent in extenso les paroles et les pensées des personnages, sont une caractéristique pure de la focalisation interne et que seul le discours direct, quand il ne rapporte que des paroles, et non des pensées, qui est caractéristique de la focalisation externe, alors que le discours narrativisé, rapportant des paroles ou de pensées, est le seul discours, caractéristique de la focalisation zéro. Ensuite, dans mon analyse j’ai dit « la focalisation est interne, puisque les paroles des personnages sont rapportées in extenso, transposées au discours indirect et indirect libre (scènes d’événements verbaux) et non rapportés au discours narrativisé (sommaire) ». J’aurais aimé que vous me demandiez où est le discours indirect dans le passage. (J’ai oublié dans mon étude de signaler dans une remarque que l’analyse n’est pas exhaustive, et si elle l’avait été, j’aurais développé des choses passées sous silence, et c’est l’occasion d’en parler de quelques unes).

En effet, des fragments dans le passage tels « Le jeune Oluf est un enfant bien étrange : on dirait qu'il y a dans sa petite peau blanche et vermeille deux enfants d'un caractère différent» et «Le fait est qu'Oluf est un petit drôle insupportable » doivent nous amener à nous interroger sur leur origine. S’agit-il de récit d’événements, et donc ils seraient attribués au narrateur, ou s’agit-il de récit de paroles (ou de pensées), transposées au discours indirect libre, et donc elles seraient attribuées au personnage-percepteur ? Cependant, Dans mon analyse, j’ai signalé indirectement les fragments que j’ai considérés dans le passage comme discours indirects libres lorsque j’ai dit “ « lesquelles appréciations leur ont permis d’émettre finalement l’hypothèse de la présence de deux caractères différents dans sa personne (« on dirait qu’il y a dans sa petite peau blanche et vermeilles deux enfants d’un caractère différent… ») » ; et « de juger finalement son comportement extérieur de bien étrange et d’insupportable »”. Ce qui veut dire que, personnellement, j’ai opté pour le récit de paroles (ou de pensées) transposé au D.I.L. L’un des traits de l’écriture fantastique, comme je l’ai signalé au début de l’introduction de l’analyse, est l’emploi de procédés narratifs visant à brouiller les pistes. Qui parle, le personnage ou le narrateur ? est l’interrogation qui s’impose devant un discours indirect libre avant de trancher après une analyse minutieuse. Gustave Flaubert a été jugé devant un tribunal correctionnel pour chef d’inculpation « atteinte à la religion et à la morale » à cause de fragments dans Madame Bovary qui semblent glorifier l’adultère et que le procureur a pris pour une description objective impliquant le jugement du narrateur. Mais l’avocat de l’auteur a pu démontrer que l'accusateur de Flaubert était victime d'une erreur: les phrases incriminées ne sont pas une constatation objective du narrateur, à laquelle le lecteur pourrait adhérer, mais l'opinion toute subjective du personnage, par le biais du discours indirect libre, dont l'auteur veut décrire ainsi la sentimentalité romanesque. Flaubert fut acquitté. D’où l’importance, cher ami et collègue, du ce phénomène de focalisation ou de point de vue. On peut s’interroger sur l’utilité ou l’inutilité de l’étude de tel ou tel phénomène de l’énonciation, mais rien n’est gratuit.

Cordialement





 Réponse N°21 17955

Preuve à l'appui !
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 28-02-12 à 18:04



Bonsoir chers amis et grand merci à M. Harfi pour son message de bienvenue.

Je remercie aussi M. Omari pour ses éclaircissements "preuve à l'appui", bien que je me serais( fusse) contenté d'une réponse personnelle, Vous êtes de taille à défendre n'importe quel point de vue!Et vos argument en seraient beaucoup plus savoureux!





 Réponse N°22 17992

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 29-02-12 à 22:44



merci cher ami pour ces éclaircissements

toutefois, il me reste une question qui me taraude. dans ton analyse "Cependant, le lecteur ne trouve pas de difficulté, après une première lecture du passage, à relever la valeur historique de tous ces temps, employés aussi bien dans les événements verbaux que dans les événements non verbaux, dans la mesure où ceux au présent, sont commutables par un imparfait, et le seul verbe au futur, inséré dans un discours indirect, est commutable par un conditionnel."

il semble difficile de commuter les verbes au présent par un imparfait.

un jour il est bon comme un ange, un jour il ÉTAIT BON

un autre jour il est méchant comme un diable, / IL ÉTAIT MÉCHANT

il mord le sein de sa mère, MORDAIT

et déchire à coup d'ongles le visage de sa gouvernante. DÉCHIRAIT

tantôt il pleure, PLEURAIT

tantôt il rit; RIAIT

Je pense qu'il s'agit d'un présent scénique (descriptif) l'imparfait était bon, suppose qu'il ne l'est plus maintenant.

Cordialement





 Réponse N°23 18112

Les valeurs du temps du présent
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 02-03-12 à 23:18



Notre cher ami et collègue M. El HARFI,

Vous avez remis en cause la valeur que j’ai donnée au présent dans le passage sur Oluf (valeur historique) et vous avez dit que vous pensiez qu’il s’agissait d’un présent scénique (descriptif). Je n'ai aucune idée de cette valeur et j’aimerais bien que vous me donniez la source et que vous vous étaliez dans l’explication de cette valeur. A ma connaissance les valeurs du présent qui existent sont les suivantes :

1-Valeur de base : temps du discours

a-Présent momentané ou présent d’actualité ponctuelle

Ce présent se rencontre avec les verbes perfectifs dont le procès est limité dans sa durée, il coïncide assez étroitement avec le moment de l’énonciation.

b-Présent d’actualité dilatée

Il se rencontre avec les verbes imperfectifs dont le procès implique un élargissement temporel. L’événement qui est en cours au moment où je parle, inclut une parcelle plus au moins grande d’instants déjà réalisés, et une autre somme d’instants à venir. Des compléments de temps peuvent d’ailleurs préciser l’extension du côté du passé.

c-Présent omnitemporel

Le présent peut exprimer des vérités générales, on parle de présent à valeur « gnomique ». Le présent peut aussi servir à décrire une propriété conférée à un être, une chose, une notion, pour une durée indéterminée, on parle de présent à valeur de « caractérisation ».

Remarque : l’emploi du présent omnitemporel dans un récit implique systématiquent la présence du narrateur par un discours extradiégétique.

d-Présent à valeur itérative

Le procès au présent, dans ce contexte, avec les verbes perfectifs ou imperfectifs, doit s’interpréter comme se répétant régulièrement. Des indications temporelles l’accompagner et imposent cette interprétation : tous les jours… / tous les matins…

2-Valeur stylistique

Présent historique ou présent de narration dans un récit, il constitue une variante stylistique de l’imparfait ou du passé simple, avec lesquels il peut toujours commuter.

3-Valeur modale

Le présent sert à traduire l’attitude de l’énonciateur par rapport à l’événement considéré :

a-Dans le système hypothétique

Après la conjonction « si », le présent s’associe à un autre présent ou au futur pour marquer l’éventualité du procès intégré au présent ou au futur.

b-Dans la modalité jussive

La phrase s’interprète comme l’énoncé d’une volonté, il s’agit d’une variante de l’impératif: tu finis ton assiette ou tu vas au lit tout de suite.

Je pense que vous voulez parler, peut-être, du présent à valeur de « caractérisation » (omnitemporelle), la seule valeur vraiment descriptive du présent, mais dans le passage il n’en est rien. D’abord, aucune des propriétés évoquées à propos d’Oluf ne revêt une durée indéterminée dans la mesure où aucune ne représente une caractéristique durable et inhérente aux enfants dans la réalité. Comparez, par exemple, avec le verbe « faire » au présent dans l’incipit de La Ficelle (…Qui fait en même temps monter l’épaule gauche et dévier la taille ; …qui fait écarter les genoux »). Visant à afficher à la description une touche réaliste, le narrateur impute aux paysans une propriété durable et inscrite dans leur réalité (non fictive mais historique) dont le point de départ dans le passé n’est pas précisé, non plus que la borne finale (vers l’avenir), le narrateur est alors obligé d’employer ce présent à valeur de caractérisation. Faire commuter, ici, le présent par l’imparfait serait incongru. Ensuite, les procès évoqués à propos d’Oluf, loin de revêtir la valeur d’une durée indéterminée, ne font que se répéter quotidiennement, d’où la seconde valeur itérative de ce présent superposée à celle de la valeur historique. Quand je parle d’une personne au moment de l’énonciation en disant « Il sort tous les jours à sept heures », le présent, ici, se voit affecté d’une double valeur, la valeur d’ « actualité dilatée » incluant nécessairement une parcelle plus au moins grande d’instants déjà réalisés, et une autre somme d’instants à venir et la valeur « itérative » puisque le procès se répète. Mais lorsque je parle de cette personne dans le passé et je dis «Il sort tous les jours à sept heures », le présent, ici, sera employé stylistiquement et a une valeur historique (de narration) parfaitement commutable par un imparfait dont il emprunte parallèlement la valeur de répétition, puisque dans « Il sortait tous les jours à sept heures », l’imparfait a une valeur itérative.

Cordialement





 Réponse N°24 18190

présent scénique
  Par   brahim el harfi  (Profle 04-03-12 à 14:53



Le présent scénique (ou présent de la description) : c’est le présent utilisé à la place de l’imparfait dans le récit, et qui hérite donc de ses valeurs aspectuelles, en y ajoutant une sorte d’atemporalité. Souvent utilisé dans une description, il ouvre une sorte de parenthèse dans la chronologie du récit.

Attention : le présent scénique ne correspond pas forcément à un présent que l’on peut remplacer par un imparfait. Il faut que le passage soit suffisamment long, et traduise cette volonté de « faire une scène », c’est-à-dire un moment en marge de la narration

http://www.farum.unige.it/francesistica/pharotheque/analyse.textuelle/Fiche 4 temps et aspect verbal.htm

Cordialement





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