Quand le ciel tombera...!

 Par nawal nina  (?)  [msg envoyés : 2le 24-09-10 à 03:14  Lu :1592 fois
     
  
 accueil


Elle était à la gare, entre deux rêves, entre deux choix, elle a laissé ses quatre, dont la plus grande est âgée de 9ans avec une provision pauvre, enfermées sans que personne ne le sache. Mais elle a aussi laissé sa mère, à l’ancienne Medina, sur le lit entre la vie et la mort.
Elle était au milieu de la gare, entre deux choix dont le meilleur est le plus amère .Un dilemme. Les gens la regardaient avec étonnement, sa posture, son visage, ses bras lâchés, ses yeux alourdis par la dureté de temps, qui lui donnaient l’allure d’une forcenée, d’une fourvoyée.
Elle s’est dirigée à côté pour fuir leurs regards avec des pas alourdies. Ne sachant ou aller, elle ne pouvait pas prendre la décision, aller voir ses filles délaissées ou sa mère qui va mourir.
A force de penser, les larmes se sont précipitées, empressées, pour donner libre cours à des sentiments tant perplexes, tant confuses, tant perdues.
Assise sur le banc d’arrière de l’hôtel de la gare, elle a revisité sa vie à travers la mémoire en se faisant mal par la poussière qui s’en dégage .Une mémoire tant blessé par les mésaventures qu’elle préfère ne pas réveiller ,qu’elle refuse de dénoncer.
Elle avait un Riad Splendide, avec des plusieurs bonnes, elle était la première à avoir une voiture parmi toutes les filles de l’ancienne Médina. Aucune femme ne pouvait s’empêcher de vouloir lui ressembler. Tellement belle, calme, sereine, douce comme l’air frais d’un beau matin, avec un accent algérien des kabyles. On avait peur de s’approcher d’elle de crainte de tomber sous sans charme et traîner comme un fou derrière ses traces.
Lors de son mariage, toute la Médina voulait assister pour voir cette belle créature, cette esquisse majesté.
Elle était gâté par la vie, choyée, cajolé par tout ceux qui l’entouraient, tout ceux qui la connaissaient, elle avait tout ce qu’elle voulait, sans pour autant rien demander.
C’était une personne énigmatique, mystérieux ,elle ne pouvait passer inaperçue, on ne pouvait s’empêcher d’attarder le regard sur elle. Une espèce d’attraction, qui vient du ciel, qui vient du Dieu.
Elle était une belle maman avec quatre oiseaux, dont la moitié avait la trace des kabyles à travers les yeux de la verdure printanière, et les cheveux blonds comme le soleil du désert. Elle était heureuse.
Mais le temps joue souvent de sales tours. Le temps a tourné plusieurs fois avant de la jeter dans cette maisonnette sur la terrasse, et la mort lui a arraché son mari, en crachant le sang sur son visage, et le malheur a hanté sa vie sans vouloir s’en séparer. Depuis, elle galère durement. La peine s’est installée majestueusement chez elle, elle ne comprenait pas ce qui se passait ni d’ailleurs pourquoi.
Toujours assise, elle regardait devant elle tous les beaux souvenirs de son enfance. Les photos qu’elle collait sur les mures de sa chambre Rossana Podesta, Mastroianni Marcello, Gregory Peck, un univers plein de joie, plein d’amour.
Elle se souvenait de son père, l’algérien, qui lui racontait constamment les anecdotes issues de la tradition populaire de son pays d’origine, ses histoires quand il était en guerre de l’Indochine, tout un imaginaire assez riche ,assez féerique,assez parfait, mais surtout joyeux. Un imaginaire tant marqué par le bonheur de ses temps perdus qu’il s’est converti en malheur des temps à venir. Elle ne pouvait plus jouir, plus vivre heureuse.
Aller voir ses quatre enfants dont la plus petite est âgée de quatre ans, ou aller voir Lala Rahma alors qu’elle entretienne les dernières négociations avec la Mort.
Le choix était tellement difficile, elle devait choisir entre l’une de ses deux mains, entre son cœur et sa foi.
Anxieuse, confuse, elle sentait le monde sur ses épaules, elle respirait l’air des carburants que rejettent les moteurs des anciennes taxies qui traînent à côté de la gare. Elle n’entendait plus rien de la scène bruyante qui se passait devant elle, elle n’entendait que l’écho de ses rires qui se répétaient dans toute les pièces de sa maison d’enfance, elle n’entendait que la voix de sa mère qui l’appelait avec tant d’amour et d’affection pour joindre le déjeuner, alors qu’elle est dans la terrasse entrain de caresser les colombes blanches, comme la blancheur de son cœur, et les fleurs qu’elle arrosent par ses rêves enfantines.
La scène était funeste, les voix ne correspondait pas à ce qu’elle voyait, elle est entré dans un monde d’une dimension inconnue insaisissable, elle pouvait plus retourner pour sentir la joie de ses moments, mais elle pouvait pas non plus avancer car le destin avait bridé ses rêves, en lui jetant des malheurs au lever de chaque matinée, à l’arrivée de chaque nuit.
Brusquement, elle se leva en faisant signe à un taxi,elle monta,je m’efforçait de vouloir lire ses lèvres et savoir vers quelle direction elle ira,je n’ai pas parvenu à le savoir,elle avait l’air tellement assommée que le chauffeur a à peine compris de qu’elle a dit : Boujloud.
Arrivée, elle se précipita d’enlever le rideau qui masque l’entrée de la chambre, elle s’est dirigée vers son lit, se lâcha le corps devant elle, et s’est mise à embrasser ses mains son visage sa tête….
Elle était sur le lit de la mort. Les négociations prenaient bientôt leurs termes. Son corps avait commencé déjà à froidir, et ses yeux filaient ses derniers éclats de vie.
Sa sœur était la, elle remerciait Dieu qu’elle soit venu pour assister à ce moment mémorial. Elle l’informa qu’elle est ainsi depuis quelques heures, ne s’attendant qu’à son arrivée.
Elles se précipitaient à lire le coran. Elles ramenèrent deux tableaux contenant des versets coraniques « A Rahman » et « Ayat-Alkorssi », les mirent un à sa gauche, et l’autre à sa droite.
Elles avaient pris l’index de sa main droite, le redirigeaient vers le ciel, vers le Dieu. Elles lui fassent prononcer « Achahada », Elles se mettent à lire le coran, tout ce qu’elles avaient apprises chez « Lalla Fkihti », les mêmes versets pour lesquelles Lala Rahma avait fait manger toute la Kasbat parce que ses deux filles ont appris le Hizb de « Aama ». Les mêmes versets qui se répètent dans la même maison, avec la présence des mêmes personnes mais pas pour la même raison.
Son âme s’en alla avec la parution du premier trait blanc dans le ciel étoilé de KASBAT Boujloud, les oiseaux de Ababyle commençaient à faire leurs allers-retours majestueux dans la « Saha » chantant l’arrivée du jour et le départ des âmes les plus sinistrées.
Si seulement je pouvais lui parler… si seulement je pouvais accéder à son univers clos, sinistre, malheureux….Si seulement je pouvais lui dire que je vois son futur et qu’il est tellement euphorique et joyeux.
Si au moins je pouvais lui parler et lui dire que je suis un de ses quatre oiseaux errant dans le ciel heureux, qu’elle vit actuellement dans la terre la plus noble du monde, à la Mecque. Si seulement je pouvais lui dire que le temps s’excusera à elle, un jour, quand le ciel tombera… !
Nihad Said

  



Vous aimez cet article ?
Partagez-le sur


InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +