Psychanalyse et critique littéraire

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 942le 19-05-13 à 21:18  Lu :2037 fois
     
  
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PSYCHANALYSE ET CRITIQUE LITTÉRAIRE, Par Abdelouhab TOUATI
Dans ses Essais de psychanalyse appliquée, Freud affirme que le « poète fait comme l’enfant qui joue ; il se crée un monde imaginaire qu’il prend très au sérieux, c’est-à-dire qu’il dote de grandes quantités d’affects, tout en le distinguant nettement de la réalité » (S. Freud , Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, p.70). Cette comparaison n’est pas totalement fortuite. Ailleurs, Freud traite l’enfant de « pervers polymorphe ». L’artiste à son tour est considéré comme un « introvertis qui frise la névrose » (S. Freud , Introduction à la psychanalyse, Payot, p. 354). Ces présuppositions freudiennes ont marqué durablement la critique littéraire qui s’inspire de la psychanalyse.
C’est ainsi que Charles Baudoin , vers les années 30( du siècle dernier) , intitule son étude Psychanalyse de Victor Hugo, signifiant par là qu’il s’intéresse au Sujet Hugo, plus qu’à l’œuvre , tel un analyste face à un cas névrotique. Cet excès clinique a été atténué relativement vers les années 60 par Charles Mauron ( C. Mauron, Des Métaphores obsédantes au mythe personnel, Corti, 1961) qui accorde plus d’importance à l’œuvre étudiée et ne fait appel à la biographie de l’auteur qu’en dernière analyse, pour appuyer les résultats obtenus par la superposition.
La tendance actuelle, surtout avec Jean Bellemin-Noël , cherche avant tout à dégager « l’inconscient du texte » (J. Bellemin-Noël , Vers l’Inconscient du texte, P.U.F., 1978) ,sans se préoccuper de l’auteur. Freud lui-même avait défini les bases minimales de tout travail psychanalytique . Comme le rapporte Philippe Brabant, les pierres angulaires de la théorie psychanalytique se ramènent à l’affirmation relative à l’ « existence de processus mentaux inconscients et du refoulement , l’importance accordée à la sexualité et au complexe d’Œdipe » (Ph. Brabant , Clefs pour la psychanalyse, Seghers, p.107) . Freud précise que tels sont les points essentiels dont traite la psychanalyse et aussi les fondements de sa théorie. Il ajoute que « celui qui ne les accepte pas globalement ne saurait se compter au nombre des psychanalystes ».
Abondant dans le sens de Feud, Jean Bellemin-Noël conçoit le travail psychanalytique dans le domaine littéraire en ces termes :
« La psychanalyse , le freudisme, il ne faut pas en démordre, c’est l’inconscient et la sexualité – ou si l’on veut le désir – inséparables puisque nés ensemble et forment couple dans l’histoire des idées comme celle de chaque être humain . toute lecture de Freud qui oublie ou néglige un des deux mots ou leur jointure est frauduleuse » (J. Bellemin-Noël, Psychanalyse et littérature, P.U.F. ,1978)
Dans Le Neveu de Rameau , Diderot de son côté suppose que « si le petit sauvage était abandonné à lui-même , qu’il conservât toute son imbécilité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau, la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le col à son père, et coucherait avec sa mère » ( D. Diderot, Le neveu de Rameau, G.F. , p. 166°) . Freud postule cette attitude chez tout être humain. En somme , tout individu est Œdipe en puissance. L’enfant , en effet, ne cesse de diriger sa libido vers sa mère. L’entrée en scène du père menace de castration ce désir incestueux. L’enfant reste partagé entre la poursuite de l’objet prometteur de satisfaction et de castration d’une part, et le renoncement , générateur de tension d’autre part.
L’incertitude intellectuelle vient accentuer cette agitation puisque réalité concrète et réalité psychique tendent à se confondre. L’enfant se demande s’il n’a pas déjà commis l’acte prohibé et si le châtiment redouté n’est pas imminent. Mû par des désirs inconscients contradictoires, tiraillé par l’angoisse, l’enfant est tenté de renoncer à l’objet , mais comme le rappelle Freud :
« À vrai dire nous ne savons renoncer à rien, nous ne savons qu’échanger une chose contre une autre ; ce qui paraît être renoncement n’est en réalité que formation substitutive » ((S. Freud, Essais de Psychanalyse appliquée, Gallimard, p. 71)
Par conséquent , la nécessité l’oblige à opter pour des compromis , des substituts propres à entretenir l’illusion de la satisfaction . Les fantasmes viennent « corriger la réalité » (Ibid., p. 73) dure et insupportable. L’artiste , à l’instar de l’enfant , exprime donc , par sa création , la réalisation d’un désir positif, négatif ou ambivalent. Tout texte est ainsi le support d’un désir , le plus souvent infantile ( Ibid., p. 74). Il revient à l’interprétation de clarifier certains éléments du désir et montrer comment la pulsion , devenue représentation, parvient à libérer l’affect grâce à l’efficacité symbolique.
Sans vouloir mettre le texte au service de la théorie psychanalytique, nous allons essayer d’illustrer comment le désir parvient à se déguiser pour échapper à la censure et réaliser son intention cachée qui est le plus souvent en rapport avec le complexe d’Œdipe que Freud considère comme le complexe nucléaire, source de toutes les créations imaginaires. À cet effet, nous avons retenu le conte intitulé « Un fils » qui fait partie des Contes et nouvelles de Maupassant, Tome premier, Bibliothèque de la Pléiade, Avril 1977. Ce conte a été publié pour la première fois dans le Gil Blas du 19 Avril 1882. Il a été recueilli ensuite dans le texte des Contes de la bécasse, édition 1887. Nous partons de l’hypothèse selon laquelle un texte exprime à la fois le désir, sa réalisation et la sanction qui en découle.
Le conte commence par présenter deux vieux amis ; l’un, sénateur, l’autre académicien ; en promenade, évoquant d’anciens souvenirs. L’un d’eux, l’académicien, se met à raconter une vielle aventure personnelle qui a ébranlé subitement la sérénité de son existence. Jeune, il avait entrepris un voyage en compagnie d’un autre ami, aujourd’hui conseiller d’État. En outre, cet ami, est tombé malade. Ils ont été obligés de rester quelque temps dans une auberge. Durant ce séjour, le jeune académicien d’alors, a eu une petite aventure avec la servante de l’auberge. Mais il a bien vite oublié cette aventure qu’il avait crue passagère et insignifiante.
Trente ans plus tard , il revient à la même auberge . Il apprend que la jeune servante était morte en couches, qu’elle avait laissé un fils infirme, de père inconnu. Cet homme âgé de trente ans à présent est garçon d’écurie , dégénéré et ne connaît d’autre occupation que l’alcool. En apprenant cette nouvelle , l’académicien s’est mis à rire. Mais bientôt une certaine inquiétude s’empare de lui. De plus en plus , il a la conviction que ce garçon d’écurie est son fils. Seulement il ne peut ni le reconnaître , ni l’abandonner. Alors, il vit un déchirement permanent entre l’attirance et la répulsion que lui cause ce fils étrange.
Comment passer de ce contenu manifeste apparemment innocent, au contenu latent, généralement coupable ?

Pour échapper à la censure ,l’objet de désir est présenté sous forme méconnaissable, à peine perceptible. La représentation par le paysage est un procédé de figuration pour symboliser d’une manière déguisée l’objet de désir véritablement poursuivi. Grâce à cette élaboration , la pulsion pourra trouver une décharge hallucinatoire , qui diminue la tension, sans que le sujet désirant ait pu pénétrer les causes de son plaisir.
« Un vieux château baigne le pied de ses tours dans un grand étang , triste, avec des vols d’oiseaux sauvages. Une rivière sort de là que les caboteurs peuvent remonter jusqu’à la ville »
C’est la description du lieu de séjour de l’académicien durant son voyage en Bretagne. Or, ce paysage peut être compris comme le cheminement que doit accomplir chaque individu pour vivre sa tragédie œdipienne. Au départ, le Surmoi est encore chétif. Il ne peut interdire à l’imagination de jouir de ses fantasmes incestueux. Le Surmoi est donc cet ami malade, compagnon de voyage, incapable d’avancer :
« Mais le matin venu , une fatigue étrange retint au lit mon camarade (…) impossible d’être malade en ce lieu (…), il fut pris de malaises intolérables , et le médecin constata une forte fièvre , sans en déterminer la nature »
Devant cette absence de contrôle , le Ça peut donner libre cours à sa nature amorale. Il n’hésite donc pas à se rapprocher de l’interdit. Mais l’objet, bien que représenté clairement , est tout de même soigneusement distingué du véritable. En effet, la mère ne peut pas figurer directement dans la construction fantasmatique. C’est un Substitut semblable par le trait de féminité qui va tenir sa place afin que la satisfaction hallucinatoire aboutisse.
« La servante de notre auberge avait dix-huit ans au plus, des yeux tout bleus, d’un bleu que perçaient les deux petits points noirs de la pupille ».
L’objet du désir étant adroitement présenté, la satisfaction devient possible. Mais la conception sadique du plaisir est le trait saillant de cette scène. L’enfant conçoit cet acte comme une agressivité brutale d’un partenaire sur l’autre :
« Ce fut une lutte longue et silencieuse, une lutte corps à corps, à la façon des athlètes, avec les bras tendus , crispés ,tordus , la respiration essoufflée , la peau mouillée de sueur , Oh ! elle se débattit vaillamment ; (…) puis nous recommencions acharnée bataille , moi l’attaquant, elle résistant ».
Après la réalisation à peine déguisé du désir , va s’installer une période d’amnésie qui empêche la manifestation du sentiment de culpabilité et d’angoisse. Le sujet s’aide de prétextes pour justifier cet oubli et l’insignifiance manifeste qu’il accorde à l’acte commis.
« Huit jours après, j’avais oublié cette aventure commune et fréquente quand on voyage , les servantes d’auberge étant généralement destinées à distraire les voyageurs. Et je fus trente ans sans y songer et sans revenir à Pont-Labbé ».
Mais à l’instar de Labarbe , le jeune académicien est tenté de lire son beau livre dans la pépinière du Luxembourg durant toute une vie.
« Or, en 1876, j’y retournai par hasard au cours d’une excursion en Bretagne , entreprise pour documenter un livre et pour me bien pénétrer des paysage ».
Comme tout homme , l’académicien est incapable de renoncer à un plaisir auquel il a déjà goûté . Le retour du refoulé va l’amener à vouloir répéter la satisfaction antérieure aux mêmes lieux et auprès des mêmes personnes :
« Rien ne me sembla changé. Le château mouillait toujours ses murs grisâtres dans l’étang, à l’entrée de la petite ville ; et l’auberge était la même quoique réparée , remise à neuf, avec un air plus moderne ».
Après l’établissement du décor archaïque , il va falloir le meubler par l’objet de la même nature. C’est alors que les difficultés commencent à surgir. En effet, le début d’appréhension ou plutôt de malheur va envenimer le bonheur d’Oedipe . La peste éclate. L’énigme se dévoile. La tragédie commence. L’académicien continue de vouloir jouer l’innocent. Il s’adresse au nouveau patron de l’auberge pour s’enquérir de l’objet :
« Avez-vous connu les anciens maîtres de cette maison ? j’ai passé ici une dizaine de jours, il y a trente ans maintenant. Je vous parle de loin.
Il répondit : « C’étaient mes parents , Monsieur ».
Alors, le vieux académicien tente de re-tuer le père pour reposséder la mère. Mais le nouveau patron de l’auberge, le Surmoi, devenu assez puissant, ayant pris la palce des parents, va dévoiler au sujet ses forfaits antérieurs :
« Vous rappelez-vous une gentille petite servante qu’avait alors votre père, et qui possédait , si ma mémoire ne me trompe de jolis yeux et des dents fraîches ? Il reprit : »Oui, Monsieur ; elle est morte en couches quelques temps après ».
En somme, la possession passée de la petite servante qu’avait alors le père n’a été que l’élimination symbolique de ce dernier. Mais cette possession a été également fatale à l’objet. Par ailleurs , le sujet Œdipe qui a accompli une telle œuvre , est lui aussi exposé à la souffrance pour le reste de ses jours.
« Et tendant la main vers la cour où un homme maigre et boiteux remuait du fumier, il ajouta : »Voilà son fils ».
La première réaction du sujet devant la conséquence de ses actes est la dénégation, l’indifférence, voire le sadisme moquer et particulièrement à l’égard de son double. L’académicien refuse dans un premier temps de reconnaître cette image de lui-même. Il n’évoque même pas la disparition de l’ancien maître de la maison. Il ne s’est pas apitoyé le moins du monde à l’annonce de la mort tragique de la petite servante. L’apparition de ce fils a pu tout juste susciter son agressivité railleuse. Cependant, un début de doute va déclencher une certaine agitation qui devient une angoisse étrangement inquiétante.
« J’eus une sorte de frisson désagréable , un de ces effleurements pénibles qui nous touchent le cœur, comme à l’approche d’un lourd chagrin ».
Progressivement , le retour sur soi accentue l’incertitude. La dénégation , l’indifférence , le sadisme se transforment en aveux, en sentiment de culpabilité et en masochisme. L’exploration minutieuse d’un passé imaginaire archaïque , confrontée aux constatations similaires du présent , jettent le sujet dans une souffrance obsessionnelle quasi névrotique.
« Or, depuis six ans , je vis avec cette pensée , cette terrible incertitude , ce doute abominable. Et chaque année je reviens ici, plus indécis , plus torturé, plus anxieux ».
Malgré ce déchirement pénible , l’académicien garde le nostalgie de ce passé archaïque et cherche au moins à l’entretenir de loin. En effet, il donne de l’argent au patron de son fils, c’est-à-dire qu’il cherche à adoucir la sévérité du Surmoi à l’égard du Ça. Seulement , le Surmoi reste intraitable . Il refuse tout relâchement de la surveillance à l’égard de ce fils sauvage. Il sait qu’il est fatalement attaché à son fumier , à sa paille, à la terre.
« Tout ce que vous ferez pour lui, Monsieur, ne servira qu’à le perdre. Il faut le tenir comme un prisonnier. Sitôt qu’il a du temps ou du bien-être, il devient malfaisant ».
À la fin l’académicien s’aperçoit de l’inutilité de ses efforts pour améliorer la situation de cet enfant naturel. Toutes les tentatives en vue de le socialiser ont avorté. Ce fils est irrémédiablement poussé par sa nature vers ce qui est réprouvé.
« J’ai essayé de la faire instruire. Il est idiot sans ressource. J’ai essayé de lui rendre la vie moins pénible. Il est irrémédiablement ivrogne et emploie à boire tout l’argent qu’on lui donne »
Pourtant le reniement reste impossible. La culpabilité s’installe. Le désir d’autopunition apparaît sous forme de masochisme déclaré . L’académicien reconnaît avoir tué la mère et perdu cet être atrophié sans jamais faire expressément allusion au père comme rival ou victime. En somme l’académicien est le Moi du Sujet. Enfant, il a succombé à la tragédie d’Œdipe. Il a tué Laïos. Il a épousé Jocaste. Mais il a été obligé de se crever les yeux. En accomplissant symboliquement l’inceste , tout sujet détruit le rival, l'objet et lui-même. Les trois sommets du triangle œdipien ne font qu’un.
C’est pourquoi le déchirement , l’Unheimliche est une fatalité proprement humaine. L’homme, en effet, est le seul animal qui sache qu’il doit mourir. Néanmoins, il supporte ce meurtre du père, de soi-même , de l’idéal à jamais détruit. Il accepte la vie, la terre, la mère , le destin. En fin de compte, il reste indécis sur le jugement à porter sur cette option. A-t-il bien ou mal fait en acceptant sa tragédie ? alors, il ne cesse de revenir sur ce choix terrible . Faudrait-il se réjouir de cette témérité humaine ou au contraire , la regretter ? L’académicien , pour sa part, est incapable de départager : le fruit qu’il a recueilli de la vie est tentant et repoussant.
« Et je sens , parfois, d’intolérables envies de l’embrasser . Je n’ai jamais touché à sa main sordide ».
Cette ambivalence vis-à-vis du fils, de la vie, de l’idéal est la source de l’Unheimliche chez le Moi, représenté par l’académicien. C’est le Moi, en effet , qui est placé au point de jonction de désirs contradictoires. Le patron de l’auberge , personnifiant le Surmoi, peut tout au plis , limiter la vie. Mais malheureusement , le sénateur est là pour travailler au service d’Éros et défendre les pulsions de vie :
« Et le sénateur ajouta : « c’est bon vraiment d’avoir vingt cinq ans , et même de faire des enfants comme ça »
Qui peut reprocher au sénateur son optimisme, à l’académicien son malaise, au patron de l’auberge son pessimisme ?
Ainsi l’analyse du conte « Un fils » de Guy de Maupassant montre bien que le complexe d’Œdipe est le complexe nodal de toutes les formations substitutives. Au départ l’enfant vit dans une euphorie totale. Le principe de plaisir prédomine dans ses relations avec le monde extérieur. Il reçoit plus qu’il ne demande .La satisfaction réelle ou imaginaire dépasse la privation et les frustrations possibles . Il est comblé au-delà de ses espérances.
Mais bientôt, il découvre la différenciation du monde extérieur. Il s’aperçoit que l’objet de son désir est ambivalent puisqu’il est en relation avec un troisième terme jusque là dans l’ombre. Progressivement , la satisfaction effective se subordonne à l’insatisfaction imaginaire. L’irruption de l’obstacle a refroidi, gelé, pétrifié le désir. Désormais, l’enfant sait que son bonheur est perturbé en profondeur. Cette blessure narcissique le marque définitivement. Toutes les actions ultérieures seront des substituts pour voiler cette lumière trop vive du Soleil qui a consumé brutalement toutes les délicieuses espérances antérieures.
Par le jeu , par le fantasme, par le rêve éveillé , par la création littéraire , l’artiste , à l’instar de tous les hommes , demeuré toujours enfant, rejette le monde brutal de la réalité amère qu’il vient de découvrir pour se réfugier dans un monde plus maternel, plus berceur, plus égoïste , plus narcissique, celui de l’imagination mielleuse et consolatrice. Œdipe ne pouvait avoir Jocaste sans tuer , même involontairement , c’est-à-dire inconsciemment , Laïos , symbole de l’éternité. Mais ce meurtre équivoque se révèle non seulement un parricide mais encore un suicide.
En effet , Œdipe se crève les yeux dans l’espoir d’échapper à la lumière trop vive du Soleil. Il vient de fixer la tête de Méduse. En possédant Jocaste , il a fatalement opté à son insu pour le retour à la terre. Il a perdu l’immortalité . La mère protectrice , dispensatrice de jouissance se confond avec la mère castratrice et pétrifiante. La poursuite active et consciente de la satisfaction oblige à tuer le père, épouser la mère et retourner à la terre. Ce triple acte ne fait qu’un. Les éléments du triangle œdipien sont indissolubles, indissociables. Dès que l’homme a pensé, son paradis a été perdu.
La tragique consiste dans le fait qu’un seul acte suffit pour déclencher tous les mécanismes ultérieurs. La prévoyance est inefficace devant la fatalité. Pourtant, l’artiste , pareil en cela à l’enfant, prétend pouvoir réaliser l’impossible en accomplissant son désir tout en échappant à son destin, c’est-à-dire se soustraire à la mort. Grâce à des modes de pensée archaïques, l’art ne parvient-il pas à aider l’humanité à supporter son déchirement , par la répétition incessante , mais sans conséquence, de son drame primitif qui, sans cela, risquerait à tout moment de la pousser dans un infantilisme dégradant ou dans une insensibilité insupportable ? L’art n’est-il pas alors l’intermédiaire indispensable à tout homme pour réussir son passage du principe de plaisir au principe de réalité que l’humanité désormais tend de plus en plus à vouloir adopter ?
Bibliographie :
Bellemin-Noël, (J.) :Vers l’Inconscient du texte, P.U.F , 1978.
Freud , (S.) : Délire et rêve dans la Gradiva de Jensen, Idées , Gallimard.
Freud, (S.) : Essais de psychanalyse appliquée, idées , Gallimard.
Girard , (R.) : Mensonge romantique et vérité romanesque, Pluriel, 1982
Greimas (A6J) : Maupassant : La sémiotique du texte , Seuil, 1976.
Kofman, (S.) : Quatre romans analytiques, Galilée, 1973.
Kofman, (S.) : L’Enfance de l’art, Payot, 1975.
Mauron ,(Ch.) : Des Métaphores obsédantes au mythe personnel, Corti, 1963
Robert, (M.) : Roman des origines et origines du roman, Gallimard, 1976.
Rosolato,(G.) :Essais sur la symbolique, Gallimard, 1978.
Todorv, (T.) : Théories du symbole, Seuil, 1977.


  



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